Editions CHRISTIAN BOURGEOIS
304p, 24 euros
On pourrait facilement se laisser abuser par un titre, par une image, par une première impression placée sous les auspices d’un astucieux marketing si l’on y prenait pas garde. Tenez, moi par exemple. Z’imaginez bien qu’en entrant dans ma librairie favorite, en voyant le titre « l’église de John Coltrane », en voyant mon « Dieu » en prem de couv’, eh ben forcément j’ai pas pu résister. Couru l’acheter illico ! Parce que dans ma petite tête, Coltrane en couverture c’est forcément que ça jazz un chouia… Et puis j’avais en tête les autres fêlés, les créateurs de « l’ Eglise Africaine Orthodoxe Saint John Coltrane » à San Francisco ( non, non c’est pas une blague, elle existe et a même un sacré bon orchestre) et je me suis dit qu’il y avait peut être un rapport.
Que nenni! Car si le jeune romancier Néo Zélandais Chad Taylor s’intéresse un peu au jazz (en général) et encore moins à Coltrane (en particulier) c’est juste par incidence, par distraction pourrait-on dire. Dans son 7ème et dernier roman paru chez Christian Bourgeois il y est en effet vaguement question d’un fils partant à la recherche des souvenirs de son défunt père, journaliste de jazz, collectionneur invétéré de Vinyles et découvreur d’une obscure chanteuse chinoise. Dans son errance de vieux loup solitaire ( bonjour les clichés !), notre homme, Robert Marling, « architecte désabusé » (et encore un !), semble déambuler sans que l’on sache vraiment vers quoi, rencontre des personnages auxquels on ne prête ni attention ni intérêt, raconte son moment de vie sans que cela ne nous atteigne un seul instant. Car ce roman qui manque pour le moins d’une certaine profondeur et surtout d’une réelle trame ne va réellement nulle part, effleure tous ses sujets, n’accroche jamais l’attention. L’ensemble est écrit (ou traduit) sans style. Inodore, incolore et sans saveur, sa lecture , pour celui qui comme moi recherchait Coltrane désespérément, tourne malheureusement bien vite au pensum. Jean-Marc Gelin

