JJJ PAT METHENY / BRAD MEHLDAU
Nonesuch 2006
Hier Metheny enregistrait avec son idole d’enfance (Ornette Coleman sur SONG X) désormais c’est à Brad Mehldau d’accomplir son rêve. Et logiquement dans ce rêve accompli où les deux hmmes ont apporté leurs compositions, il aurait dû émerger un album exceptionnel.
Et pourtant quelque chose nous incite à la retenue. En effet chacun des partenaires semble chercher une sorte de terrain d’entente minimum sans oser se livrer vraiment. Il faut attendre les trois premiers morceaux, où l’endormissement guette, pour qu’il se passe enfin quelque chose. Que la pâte veuille bien prendre. Car pour l’essentiel c’est plutôt un service minimum sans aucune prise de risque où l’on peine à retrouver chez l’un comme chez l’autre l’empreinte de leur style propre. Pour qu’il en fût autrement il aurait fallu aux deux hommes une terre commune à explorer. Comparaison n‘est certes pas raison mais l’on a tous encore en tête un autre duo publié l’an dernier par Cam Jazz entre Jim Hall et Enrico Pierannunzi qui partageait tous les deux un amour commun pour Bill Evans et qui se montraient capables chacun de dialoguer tout en explorant à tour de rôle des univers caché dans la musique inspirée par le pianiste. Ici on en et loin. Le dialogue est réduit à sa plus simple expression chacun jouant sa partie à tour de rôle, certainement avec brio mais sans plus. Et l’on est agréablement surpris lorsque la rythmique de Mehldau intervient sur deux titres, apportant alors un réel soutien à cette élégante musique qui vraiment ne dérangera personne.
Mais ne boudons pas notre plaisir. Il y a quelques beaux moments comme ce Bachelors III composé par Metheny ou ce Ring of Life dans lequel Metheny livre un chorus stupéfiant. Et puis, et puis il y a en toute fin d’album un morceau admirable. « Make peace » commence mal et l’on pourrait craindre le pire mais les deux hommes parviennent à hisser ce morceau à un véritable chef d’œuvre pour conclure de façon magistrale dans un moment poignant cette session en demi teinte. Musique intime et raffinée, au moelleux lénifiant cet album est à savourer par un après midi d’automne glacial et pluvieux à l’heure du thé.
Jean-Marc Gelin

