JJJ François JEANNEAU : « Quand se taisent les oiseaux »
Bee Jazz 2007
François Jeanneau (ss), Emil Spanyi (p), Joe Quitzke (dm), Guillaume Juramie (cb), Ablaye Cissoko (kora), Sebatsien Boisseau (cb)
Douze ans d'absence discographique, autant dire que cet album était attendu. Il ne faut pas comprendre que François Jeanneau - véritable référence au sax soprano en France depuis plusieurs décennies et fondateur de l'Orchestre National de Jazz - était musicalement inactif durant ce temps-là, bien au contraire, il parcourait le globe... Son quartet est d'ailleurs composé de musiciens venant de divers horizons : le pianiste hongrois Emil Spanyi, le batteur d'origine suédoise Joe Quitzke, Guillaume Juramie (basse électrique) ou Sébastien Boisseau (contrebasse), avec pour invité, le virtuose de la kora et chanteur Ablaye Cissoko. "Quand se taisent les oiseaux" est un album dont la thématique est celle des éléments et plus précisément celle du vent, puisqu'il raconte en dix étapes la venue, le déchaînement, et la mort d'un cyclone. Huit des dix titres ont été composés par Jeanneau en suivant ce fil directeur, et l'on ressent qu'il a été confronté au phénomène... Le disque a une architecture en miroir, le point central étant la plage 6, "L'oeil du cyclone", ballade tranquille et sereine, dont les dernières notes fuyantes laissent planer comme une incertitude... et pour cause ! Qu'on ne s'étonne pas de trouver quelque remue-ménage dans les titres évocateurs que sont "Alerte 3", "Rumeurs", "Au dehors, les éléments", "Tourmentes"... l'intensité y est variable, mais l'on retrouve toujours la sonorité acidulée, douce-amère de Jeanneau, si personnelle... "Rumeurs" est une pièce volontairement décousue, alternant sans ménagement breaks de batterie ombrageux et lambeaux de thème, donnant le sentiment que l'on constate pour ainsi dire l'ampleur des dégâts, une sorte de chaos suggéré, des brisures tragiques... il y a sur certaines plages, "Tourmentes" en tête, des sons de synthé assez étranges, qu'on aurait tendance à comprendre comme un caprice des éléments, des énigmes naturelles, nos trop humaines incompréhensions... fort heureusement on trouve dans ce "maelstrom" de belles plages libres et improvisées, ou chacun tire son épingle du jeu... La kora superbement aérienne et la voix délicate d'Ablaye Cissoko apportent sans doute une bouffée d'oxygène... Nulle part François Jeanneau n'excelle davantage que dans les pièces lentes, ou sa sonorité et son phrasé, son propos ont quelque chose de touchant et unique... L'album s'achève sur une magnifique "Embellie" qui semble nous réconcilier avec le monde, malgré ses inévitables discordes...Au final, un disque atypique et très original, certainement attachant...
Jean-Denis Gil