JJ MANU DIBANGO : « Hommage à Sydney Bechet »
Cristal 2007
Le saxophoniste qui a choisi pour l’occasion de s’appuyer sur les services de Danny Doriz aux mailloches y déploie à l’alto le jeu d’un très grand. Véritablement impressionnant de groove, de phrasé, de souplesse rythmique à l’alto il joue comme Bechet des trucs à vous donner une banane immense. Quel son ! A écouter Si tu vois ma mère ou encore son chorus sur Strutting with some Barbecue où Manu transpose la même maestria à l’alto que celle de Bechet à la clarinette. Sur les tempi lents ou medium Manu impressionne (Don’t you know what it means to miss Orleans). Et Manu malgré cette excellence y est toujours attachant, s’amuse, chantonne (Petite fleur) se fait hâbleur (Les Oignons). Hommage est parfaitement réussi tant dans l’esprit que dans la lettre. Cependant lorsque l’on entend par moment Manu Dibango laisser échapper ça et là quelques raucités bien senties dans la pure verve Dibangienne, on se prend à regretter que l’exercice fût aussi respectueux du maître empêchant à la rencontre des genres, tant attendue de se produire. Un peu d’irrévérence n’aurait pas fait de mal. Car ceux qui comme nous aiment Manu auraient souhaité entendre Dibango. Et l’on se prend à imaginer alors ce qu’un Rollins aurait pu faire d’un répertoire comme celui là.
Quand au DVD qui vient s’ajouter à l’album il est épouvantablement mal réalisé (shame on Art Studio et son réalisateur !) et n’apporte pas grand chose à l’affaire si ce n’est s’offrir ce luxe totalement inutile sur seulement 3 titres qu’il contient de passer deux fois le même ! Le travail vidéo est totalement bâclé (cochonné devrait on dire) et indigne d’un artiste qui ne méritait pas d’être traité de la sorte. Et qui nous rend tout triste de quitter ainsi cet immense saxophoniste que l’on aime tant.
Mais au final on laissera ses pieds fourmiller Dans les rues d’Antibes car l’on sort de cet album avec des pépites de joie dans les oreilles, heureux d’avoir croisé un jour cette musique là qui à nos yeux c’est sûr ne prendra jamais la moindre ride.
Jean-Marc Gelin

