JJJJ Bill Perkins: “Just Friends”
Pacific Jazz 2007
Bill Perkins (ts, bcl, fl), Richie Kamuca (ts), Hampton Hawes (p), Red Mitchell( cb), Mel Lewis (dm) Art Pepper (as), Jimmy Rowles (p), Ben Tucker (cb)
Se souvenir de la belle association du ténor Bill Perkins avec son frère d’armes Richie Kamuca sur l’ album d’origine, « Tenor Head on Plus ». A l’époque on ne nous avait pas tout livré et ces quelques galettes de 1956 s’étaient envolées au pays du soleil Levant. Elles sont rééditées aujourd’hui en version import avec pour bonus les sessions enregistrées avec Art Pepper. Se souvenir de cette époque. C’était celle de la grande confraternité des jazzmen de la côte ouest ( West coast comme on dit), élevés à l’époque où le jazz faisait le contrepoint de dentelle et où les solistes rêvaient tous de finir chez Stan Kenton ou se rencontraient chez Woody Herman et où les plus hardis d’entre eux délaissaient parfois Anita O’ day pour se repasser en boucle quelques volutes tristaniennes. Les gars marchaient alors deux par deux. Mulligan donnait encore le bras à Chet Baker et Lee Konitz cherchait à voler plus haut que Warne Marsh. L’époque bénie de ce label mythique, Pacific Jazz qui produisait alors autant de Art Pepper que de Curtis Counce, à moins qu’il ne s’agisse de ce pianiste de génie, Hampton Hawes. Les gars sérieux s’amusaient alors et les plus volages d’entre eux révisaient au soleil de la cité des anges où loin de la ville qui ne dort jamais ils allumaient leurs veines insomniaques au son d’un solo de Bird, loin d’eux alors, si loin. Certains hésitaient entre le cool de Gil Evans et les autres, les frénétiques New Yorkais. Les gars revenaient de la guerre de Corée et ceux qui n’y étaient pas rêvaient d’en découdre. Perkins et Kamuca. Kamuca et Perkins. Jamais l’un pour battre l’autre. Tout à l’oreille. Avec derrière un rythmique à faire rêver, une rythmique tous risques du genre à cavaler derrière les cavaleurs, ceux qui sans crier gare réinvente les thèmes ( Limehouse Blues), avec ces airs d’arrangeurs au raffinement que dispute l’envie d’en découdre sur ce ring gentil. Et puis il y a l’apparition de Hampton Hawes. Et puis il y a l’apparition de Art Pepper (dans la deuxième partie de l’album) où curieusement tout prend une autre tournure et où paradoxalement c’est l’alto, le plus léger qui donne ces airs de gravité et de profondeur légère. Et l’album alors de se refermer sur Zenobia, sorte d’hymne de la côte californienne. Sorte de marque de fabrique de ce jazz jouissif.
Jean-Marc Gelin

