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5 mai 2007 6 05 /05 /mai /2007 23:06

JJJJ GUILLAUMEE DE CHASSY :  PIANO SOLO.

Bee Jazz 2007

 Guillaume de Chassy, dont on appréciait déjà la sensibilité dans les albums « Chansons sous les bombes » ou « Wonderful world » (avec entre autres le contrebassiste Daniel Yvinec pour complice), nous livre maintenant son premier opus solo… Pari osé, car il est impossible de tricher ou se reposer sur la moindre forme d’interaction dans la pure solitude, pari obligé, car il faut bien un jour montrer tout ce que l’on a dans le ventre in fine… mais pari ô combien brillamment relevé !

 

 

Tous les disques de piano solo ne sont pas passionnants, loin de là, et l’on sombre souvent dans une certaine monotonie ou lassitude, un je-ne-sais-quoi de récurrent ou stérile… Rien de tel ici.  Il y a dans le jeu de Guillaume de Chassy et dans les 10 titres de ce disque une telle charge d’émotions qu’il me semble impossible à tout mélomane de passer à côté… De l’extrême douceur, parfois teintée de nostalgie, à la révolte flamboyante, on passe insensiblement des sanglots à l’effroi, de l’inquiétude à la plus grande sérénité, sans pathos excessif, sans une once d’artificialité ou de maniérisme… Bravo !

 

 

De Chassy a reçu une formation classique, et bien sûr cela s’entend. Il y a une composante « néo-romantique » dans son approche artistique, une sorte de background impressionniste, souvent à découvert... Mais après tout, ne trouvait-on pas déjà des réminiscences brahmsiennes ou debussystes chez Bill Evans, pour ne citer que lui ? Pour autant, qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien de Jazz qu’il s’agit, et du grand ! Cet homme improvise depuis son plus jeune âge, et croyez-moi, on sent quelques heures de folle liberté au compteur, une maturité exemplaire dans sa musique !

 

 

On dirait que De Chassy prend d’ailleurs un malin plaisir à brouiller les pistes, à jouer la surprise, susciter l’étonnement… Incontestablement, c’est un maître du contraste, autant que de la transition ! La première pièce est déjà hautement symbolique et révélatrice… « Slava » est une de ses compositions, basée sur un thème de Serge Prokofiev (Concerto pour violon N.1)… Et d’une certaine façon, tout y passe ! Quelle synergie, quel onirisme !… Mood nocturne façon club embrumé, envolées lyriques et « concertantes », cadence be-bop, pulse incroyable… Difficile de décrire l’alchimie souveraine qui naît ici, avec une maîtrise du clavier (indépendance MG – MD incroyable d’aisance et de densité) et des timbres exceptionnelle… Chaque titre vaudrait à lui seul une analyse minutieuse et approfondie, tant cela regorge de pétites, de moments rares et intenses… Le raffinement à l’état pur ! 

 

 

L’écoute ne peut laisser indemne, on a affaire à une musique de l’absolu, exigeante et sans compromis, musique du passage, de la frontière, et qui ose, jusqu’au vertige… Prenons en exemple cette « Valse bulgare » au beau milieu du disque, très douce et musicale, introduite par 40 secondes pour le moins galopantes… Rupture de style qui force le respect ou questionne… Cela pourrait agacer mais montre un tel brio et une telle sincérité, qu’on a pour le coup l’impression de voir naitre une musique sous ses yeux, échappant aux carcans, faisant fi des standards et autres cloisonnements ! On sent vraiment ici qu’une musique personnelle se fait, nourrie par des idiomes variés, et surtout parfaitement assimilés…  Sa version d’«Ugly beauty», thème moins connus que d’autres parmi ceux écrits par Monk, est si personnelle qu’on n’a plus du tout l’impression d’une « reprise »… Il y a un aspect intemporel dans ces solos, et l’on croise aussi l’ombre d’autres géants, Paul Bley en tête… Cette profondeur des silences et des respirations, ces relances, ces subites éclaircies…  Tout cela fait merveille dans « Lune », dont le trope lancinant et obstiné est particulièrement touchant ou encore dans le sublime « Récapitulons », dont la furieuse dispute cède la place à une intense harmonie… L’énergie parfois bouillonnante dans ces pages est (tonalement et totalement) contenue, feline et racée, elle retombe pour ainsi dire toujours sur ses pattes, on ne dérive jamais vers certains écueils du free jazz : point de véhémence gratuite ici !  L’élégance de la forme et du phrasé, l’articulation et la poésie de l’instant priment… qui s’en plaindrait ? Dans le fond, échappant aux clivages, on a quasiment l’impression d’entendre ce qu’on appelait à une époque une « musique à programme », sauf que là il s’agit d’un programme libre, d’histoires imaginaires, ouvertes…

 

 

Libre à vous d’entendre ces ruptures, ces réconciliations et de les habiter de votre vécu…

 

 

Ce piano solo magique et unique, est une formidable passerelle entre le meilleur des mondes…

 

 

Jean Denis Gil

 

 

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