Jazz IMAGE « lES GRANDS PHOTOGRAPHES DE JAZZ »
Lee Taner
SEUIL – 40€
| La photo de jazz est un art que l’on croyait bien codifié. Une sorte d’esthétique obligée dont les règles ont longtemps contribué à établir l’esthétique du jazz. L’ouvrage du photographe Lee Tanner en propose ici une sorte de best of puisée auprès de 27 photographes (dont un français dans le lot Guy Le Querrec) qui de 1935 à 1992 ont traversé l’histoire du jazz et de ses figures légendaires. Mais Lee Tanner en propose surtout 150 clichés sublimes choisis avec un œil qui privilégie, avec un certain regard, celui de l’amour du photographe pour les photographes. Ses frères d’armes en sorte. Et l’on comprend à feuilleter ce livre qu’en photo comme peut être en musique tout est affaire d’angle. Angle d’attaque, angle de vue. L’angle de vue qui dévoile ce que la photo de l’homme immobile ne dévoile pas toujours. Prenez une photo de Billie Holiday ou de Mary Lou Williams par exemple. Vous en avez vu des centaines. Mais il suffit que le photographe se place de ¾, qu’il surélève un peu son objectif et alors apparaît un bout de la scène et aussi |
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| du public révélant plus qu’un portrait, un moment de la vie du club. Par un léger décentrement de l’image tout est dit différemment et l’artiste déstatufié prend une autre vérité (Gjon Mili – 1943 – p.19 et p.30). Ou alors il peut s’agir d’un autre angle que celui de la photo de face. | ||
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| Regardez ces photos prises de profil depuis les loges comme cette photo célèbre de Duke Ellington prise en 1958 par le grand Herman Leonard ( P.41) ou la chanteuse Dinah Washington dans une danse nègre par William Claxton (p.51). On pourrait parler du photographe Chuck Stewart qui semble en embuscade aux cotés de l’organiste Jimmy Smith. Et pour ce qui me concerne un penchant tout particulier pour Louis Armstrong et Velma Middleton prise en 1960 par Herb Snitzer. Là encore violant les lois florentines de la perspective, le photographe décentre et laisse les deux protagonistes sur la gauche du cadre, l’espace central étant occupé par la trompette de Louis Armstrong qui devient alors véritablement incarnée ici. Et puis il y a aussi ces moments impudiques pris dans l’intimité des artistes comme cette photo de Sarah Vaughan prise derrière le rideau de scène, celle de Clifford Brown et ses copains répétant torse nu dans une chambre d’hôtel ou celle encore d’une balance avec Ornette Coleman dans un moment où le photographe saisit au plus près la vérité d’un instant non dit | |
en musique mais réellement exprimé. Et l’on pourrait multiplier à l’envie les exemples de ces clichés rares et magnifiques.
Le livre donne aussi quelques repères biographiques sur ces photographes légendaires ainsi que quelques repères bibliographiques. La préface est signée du légendaire critique Nat Hentoff.
Plus qu’un regard ou qu’un témoignage sur une époque du jazz ce livre est un véritable geste d’amour qui salue avec émotion ces musiciens aimés et avec un tendre respect, ces chasseurs d’images de jazz.
Jean-Marc Gelin

