JJJGrupa Palotaï – Singapore

Surprise ! Autour des nouvelles compositions du guitariste hongrois Csaba Palotaï et de ses comparses parisiens Thomas de Pourquery et Rémi « Wildmimi » Sciuto aux saxophones, Nicolas Mathuriau à la batterie et Didier Havet au soubassophone. Grupa Palotaï est fondé en 1999 à Paris. C’est un troisième album qui consiste à plonger nos oreilles dans le monde du « road-jazz ». Teinté des couleurs de musiques de l’Est naviguant du post-rock au jazz contemporain, ce nouvel opus intitulé « Singapore » promet une fantaisiste et visionnaire façon de faire de la Musique. Singapore, c’est probablement cette ville humide au bout du monde avec des gratte-ciels entourés de bidonvilles, sur la dernière île des pirates. Déjà, il faut noté en ouvrant la pochette du disque qu’il s’agit d’une réunion de drôles d’oiseaux. Une préparation à être malmené est-elle possible ? Pas dans le cas où la palette d’images que proposent ces musiciens vous transporte aussi du coté des douces rêveries printanières et régénératrices. Des thèmes simples comme « Fleur de Glace » suffisent à vous conduire au relâchement des sens. Le travail du son est lui aussi conséquent. Sylvain Thévenard au son, explore les possibilités électroacoustiques. Les guitares « cowboy-gitan » et les saxes sur-réverbérés s’entremêlent de boucles lo-fi non-quantisés, ou encore les sons ralentis ou accélérés, inversés, ou superposés. Un vacarme me direz vous. Non, une parfaite prise de son et un mixage de grande qualité. Un projet digne d’une production de Goran Bregovitch, le traditionnel en moins. Cela nous amène à cette pluralité qu’apporte le métissage des musiques, et notamment sur le sol français. Parlons de Hongrie avec Emil Spanyi le pianiste installé à Paris, tout comme Gabor Gado, autre fleuron d’une esthétique européenne de l’est. Ce n’est pas seulement le simple et médiatique résultat de l’immigration, Il s’agit là aussi d’un appel que nos oreilles font aux autres cultures que la nôtre. Un besoin. Retour au disque et aux enchaînements de scènes extraverties. La Musique cherche manifestement à sortir de la chaîne hi-fi dans laquelle on l’a inséré, par n’importe quel moyen. Une folie de l’écriture, alliée à celle de l’impro, on obtient une rare qualité de l’ébauche, de la tranche de vie superposée, du rire aux larmes, et toujours avec poésie. Ce frappant retour au Jazz dans « Adieu Printemps part 1 » est touchant de ressemblance avec la thématique d’Ornette Coleman. Encore et toujours, les blagueurs aux premiers rangs (mais au fond de la classe) prêts à bondir sur la note étrange. Le rire en Musique, c’est comme l’humour dans la vie. Comment dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.
Tristan Loriaut

