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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 07:18

JJJJ ANDRE JAUME : « Sapto Raharjo - Gamelan Project first session»

2 CD Celp

Distribué par les Allumés du jazz

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Le label sudiste Celp s’engage depuis longtemps dans une action aventureuse autant que difficile (actuellement, sa distribution n’est  plus assurée que par les Allumés du Jazz )  pour  éclairer le travail de quelques acteurs jazz en région. Le jazz a toujours été une musique d’urgence, de liberté, de prise de risque. Ce qui signifie que ces musiciens dits « régionaux » doivent s’engager dans une passe terriblement  étroite. Et pourtant leur justification est de donner à voir et entendre leurs musiques.

André JAUME, un des maîtres des saxophones et de la clarinette basse, est à ce titre particulièrement emblématique de cette démarche.

Cofondateur du label bleu  CELP avec Robert Bonaccorsi,  bien que totalement enraciné dans la réalité méditerranéenne, il a été toujours ouvert sur le monde, multipliant les expériences avec les musiciens et cultures planétaires, du Nord au Sud, d’Est en Ouest. Cette recherche de métissages sans préjugés ni effets de mode l’a conduit à parcourir le monde et c’est ainsi qu’en 1995, invité par le Centre Culturel  Français de l’île de Java, à Yogyakarta, il a tenté et réussi une expérience mémorable que l’on pourrait intituler «  Jazz et gamelan », objet d’un double Cd que l’on peut se procurer sur le site des Allumés.

Le gamelan  est un ensemble de percussions constitués de gongs isolés ou en carillon, de métallophones accordés, fonctionnant  comme un clavier éclaté entre différents instrumentistes. A Java comme à Bali, les gamelans se rencontrent lors de diverses cérémonies, fêtes de cour, processions religieuses, théâtres d’ombres ou de masques, danses.

« Expérimenté, prêt à toutes les audaces, André Jaume a rencontré son équivalent-miroir en Sapto Raharjo » comme l’écrit joliment  André Billy, à l’initiative du projet.  Lors de cette rencontre qui eut lieu juste  après la visite du temple de Borobodur, décision fut prise collectivement d’enregistrer librement selon l’émotion du moment : deux pièces en forme de suite furent ainsi enregistrées en deux jours.

Face au groupe, au véritable collectif des musiciens indonésiens qui jouent à tour de rôle des divers instruments sans que l’on puisse même  les identifier, André Jaume  est sur touts les fronts, improvisant brillamment au saxophone ténor et soprano, relançant le jeu, équilibrant la donne avec talent, toujours  inventif. Il soutient furieusement l’échange, développe le dialogue, fiévreux, virevoltant, toujours expressif, rarement mélancolique ou dans le registre de la plainte. Plutôt dans l’exaltation du chant.

Ainsi, on se surprend  à reconnaître ce que l’on croyait impossible, la fusion devient effective et  par extraordinaire, cette association de timbres ne se révèle jamais détonante, elle atteint très vite une qualité et une évidence troublantes pour une oreille occidentale. L’accord est parfait entre les saxophones vifs, acérés parfois ou rauques, plus sombres et les sonorités métalliques, percutantes, brillantes du gamelan.

Si les tambours indiquent  pulsation et changements de rythme, les gongs marquent les cycles, en fournissant  des frappes éparses, la mélodie principale est  rehaussée de contrepoints complexes. On ne s’embarrasse pas longtemps à essayer de déchiffrer cette musique savante, mais on s’abandonne vite au lancinant  vertige, à l’ivresse poétique du moment. Combinant spontanéité, lyrisme, rigueur des échanges  cet album saisissant conduit sans violence vers de nouveaux territoires aux frontières toujours repoussées, selon la capacité d’ouverture de l’auditeur.

Il nous entraîne de climats percussifs en moments de méditation et de rêve éveillé, sous la protection du volcan, au coeur des stupas, tout au  long de la Borobodur suite. Entre réflexion et transe, maîtrise et croyance. Jusqu’au bout de souffle

Sophie Chambon

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