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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:20

JJJ DAVID MURRAY: “Sacred Ground”

Justin Time 2007

 murray.jpgIl y a dans cet album de David Murray qui compte parmi les saxophonistes actuel les plus prolixes (parfois jusqu’à 12 albums /an), quelque chose de terriblement gênant. En effet loin de ses habitudes, il s’agit d’un de ses albums qui de prime abord pourrait paraître comme le plus impersonnel. Alors que d’habitude Murray se donne le temps d’élaborer de vrais projets dans lesquels son investissement intime est réel et dense on est ici en face d’un album fourre-tout dans lequel Murray jette pèle mêle du post free aylérien, de la rumba, quelques morceaux faciles voire funky à deux balles et, histoire de ne fâcher personne, du bon gros blues qui tâche sur une grille simplissime. Pas de quoi se faire du mal. On est donc bien loin de ses projets les plus personnels, loin du World Saxophone Quartet, loin de son travail sur Pouchkine, très loin de ce qu’il fait sur la musique Gwo Ka et il y a pour tout dire dans cet album quelque chose de très commercial qui ne serait pas loin de nous fâcher tout rouge. Cerise sur le gâteau, la galette nous est présentée avec en featuring, Cassandra Wilson herself, ce qui bien sûr ne manque pas d’appâter les chalands curieux que nous sommes. Tout cela pour se rendre compte qu’en réalité la divine chanteuse n’apparaît que sur deux titres (en début et en fin d’album), juste un passage éclair (mais dense néanmoins) histoire de préciser tout de même qu’elle reste effectivement l’une des plus grandes chanteuses de jazz actuelle (impressionnante Cassandra).

Mais à la réflexion on est en droit de se demander finalement s’il n’y a pas dans la travail qu’il livre ici quelque chose de beaucoup plus intime qu’à l’accoutumée. Un peu comme s’il jouait pour le plaisir et sans arrière pensée, un simple set,  Murray semble ici débarrassé de toutes ses exubérances caricaturales pour revenir aux racines du jazz. Et c’est avec une très grande force de conviction que l’on entend dans son jeu l’histoire du saxophone jazz avec une lignée qui va de Coleman Hawkins (Believe in love) à Albert Ayler (Pierce city)  dont il est assurément l’un des émules émérite. Rollins aussi qui comme d’habitude chez lui ne traîne pas bien loin. Il y a toujours chez Murray ce vibrato superbe et cette propension à riper dans le cri rauque. Comme le continuum de cette déchirure Aylérienne toujours prégnante. Et l’album devient alors une sorte de leçon de saxophone hissant quasiment chaque morceau au rang de modèle. Lorsqu’il s’empare de la clarinette basse pour un morceau (Banished) c’est aussi l’occasion de montrer alors la profondeur incroyable de son jeu sur cet instrument, profondeur doublée ici par la ligne d’archet. Quand le blues arrive, comme la conclusion d’un set, il est là encore un modèle du genre dans la pure tradition, Murray et Cassandra s’entendant à merveille pour faire tourner  la grille avec classe. Même dans les moments les plus simples, David Murray reste encore et toujours le digne héritier de ce jazz éternel. Une sorte de collossal géant.

Jean-Marc Gelin

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