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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 07:35

Cristal 2007

Eric Plandé (ts), Joachim Kühn (p, as), Jacques Mahieux (dm), François Verly (perc)

plande-between2.jpg  De ses deux derniers opus « Abyss »  et « Jails of Innocence »,  nous avions retenu le son et l’énergie passionnée d’un artiste étonnant et engagé, dont on ne parle guère, même dans les « chapelles » les plus extrémistes. Et pourtant voilà un musicien qui a  traversé de façon exemplaire toutes les modalités du jazz, du début des années quatre vingt  à nos jours, sans exclusive aucune, et sans jamais d'autre recherche que celle exigeante qui découle du désir de musique. On en revient toujours là.  Eric Plandé  impose sa vision grave et épurée d’une musique à vif. Il continue visiblement à réaliser avec rigueur et précision, des albums aussi tranchants qu’euphorisants. A peine plus apaisé mais toujours très déterminé, ce nouvel album  indique une direction potentielle plus  « écrite », littérale, qui puise sa source dans les pages âpres et efficaces d’écrivains comme Eric-Maria Remark, Guy de Maupassant (le Horla) ou de Stephan Zweig (Amok).

Between the lines est le titre bien choisi de ce cri d’amour d’Eric Plandé pour ces mots brûlants d’auteurs qui ont souvent payé de leur personne leur engagement dans l’écriture. Des mélodies fortes, sensibles, et terriblement prenantes, intemporelles comme la souffrance dont elles témoignent, puisque ce sont les textes de ces écrivains « maudits » qui sont le conducteur de cet album étrange que l’on écoute recueilli, en songeant à la lecture. On retrouve la même intransigeance pour faire entendre un jazz vif sans frontières et repères, libre en un mot, avec des musiciens dans le feu de l’improvisation, toujours  au rendez vous quand il s’agit de jouer  avec lyrisme, tout en assurant la rigueur de l'échange.  Le saxophoniste au seul ténor est entouré d’une  rythmique efficace, d’autant plus complice qu’il retrouve le frémissant Jacques Mahieux à la batterie, que rejoint le brillant François Verly aux percussions. Une rythmique splendide donc, qui se moque des genres et des contraintes de style et laisse chanter la pulsation, ternaire ou binaire dans les compositions personnelles du saxophoniste. Pas de contrebasse mais  le formidable Joachim Kühn qui, au piano et sur deux plages à l’alto, donne la mesure une fois encore de tout son talent. La sonorité toujours aventureuse du saxophoniste  ténor est rejointe par le piano tourmenté et rebelle de Kuhn. C’est en effet le partenaire rêvé pour une entreprise de ce type, une aventure du corps et de l’âme.  Il se laisse traverser par la musique violemment et ardemment aussi, son phrasé plus harmonique que mélodique, se combine aux  emportements  tout de même très mélodiques du saxophoniste

Cette musique encore austère résonnera immédiatement aux oreilles de ceux qui partagent le même territoire  dans lequel on peut s’immerger, en confiance si ce n’est en toute sérénité.

Une musique vivante qui s’écoute de l’intérieur, sans concession aucune à la mode, exprime une colère non rentrée, l’audace étant une constante, comme  cette exacerbation lyrique, très coltranienne. Sophie Chambon

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