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9 janvier 2008 3 09 /01 /janvier /2008 07:59

JJJJ Manuel Hermia : «  Rajazz »

Igloo 2007

rajazz.jpgPour son album « Rajazz », alliance du ragga et du jazz, le saxophoniste belge Manuel Hermia  célèbre ses inspirations sous couvert d'un jazz classique, vigoureux et subtil à la fois. Autour d'un coltranisme non clairement revendiqué mais réel, Manuel Hermia construit. Il construit sa musique  autour de structures musicales empruntés aux musiques traditionnelles d'Asie, allant de la Chine à l'Inde, sur les fondements du jazz modal fortement développé sous l'ère Coltrane.

Pour  autant il ne s'agit pas de tentatives de fusion plus ou moins adroites de sonorités traditionnelles avec du jazz. Non, l'assimilation des structures ragga et l'utilisation des gammes pentatoniques est entières dans la musique d’Hermia. Cette assimilation lui sert à enrichir un jazz modal sur les morceaux coltraniens et un jazz tonal, chronologiquement plus classique, qu'on rencontre chez Dolphy, Mingus et consorts. D'où le rajazz.

Tout ce travail est très réussi avec inspiration, cultures et intelligence artistique.

Cet album est muni d' « objets » hétérogènes qui vivent en osmose et qui sont liés par des vertigineuses montées en tension qui ne connaissent ni essoufflement ni verbiage. Enfin, à part une, toutes les compositions sont écrites par le saxophoniste, ce qui confère à l’œuvre un côté authentique.

Le premier morceau « It's Just Me » est un rajazz très coltranien où Hermia nous démontre sa grande maitrise du soprano. « Internal Sigh » est toujours d'obédience coltranienne mais est plus personnel que le précédent. Curieusement « Rajazz #1 » a des sonorités hendersoniennes et se constitue de trois parties dont la première, plus libre que les deux autres, est véritablement un enchantement. Si « Contemplations » par McCoy Tyner est moins convaincant, « Awakening » et « Always Smiling » sont des réussites dans le travail d’Hermia dans un contexte hardbop. « Indian Suite », qui met clairement en exergue l'Inde et ses traditions musicales, et « Little Sonate for el Mundo » sont des pièces intérieures, graves et méditatives et rappellent Coltrane et Dolphy par l’utilisation de la flûte. Ces deux pièces lyriques sont probablement les deux pièces les plus abouties de l'opus.

Une fois n’est pas coutume, nous émettons une opinion d’auditeur affable.

De nouveau, nous avons à faire avec une musique dont John Coltrane est source d’inspirations. Ce type d'approche musicale est usuelle et ne surprend pas. On ne reproche pas à des musiciens d’honorer leurs inspirations et de leur rendre hommage. Non, il ne s’agit pas de cela.

Ce qui est dommageable, pour la musique et pour certains musiciens eux-mêmes, est que beaucoup d’entre eux créent leur musique autour de leurs influences en tentant de reproduire ce qui est, toutefois aujourd'hui, du passé.

Certes le résultat est le plus souvent de bon goût, quand les exécutants ont du talent, mais si peu novateur que l’œuvre en devient rapidement ennuyeuse. Il est courant que ces inspirations, nécessaires il faut le rappeler, étouffent la création de certains artistes et les empêchent de faire « leur » musique. Las d'entendre des beautés sans surprise, il serait temps que ces musiciens sachent, à l’instar d’Hermia, faire un travail d’assimilation puis d’intégration de leurs propres ressources afin qu’il serve leur musique.

Citons ces quelques mots de Jean Louis Chautemps dans le bel ouvrage de Franck Médioni («John Coltrane – 80 musiciens de jazz témoignent » chez Actes Sud): « ... il est on ne peut plus nécessaire et de toute urgence de sortir d'un tel coltranisme. L'avenir du jazz est à ce prix ».                                                                                                Jérôme Gransac

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