Discograph 2008
Dernier opus en date du pianiste italien Giovanni Mirabassi, récompensé tour à tour par un django d’or ainsi qu’une victoire du Jazz, « Terra Furiosa » annonce un trio enflammé lorsqu’on découvre qui accompagne ce protagoniste. D’abord le contrebassiste romain encore trop méconnu Gianluca Renzi, auteur dans le passé de plusieurs arrangements autour des compositions de Charles Mingus et de Joe Henderson, faisant l’objet d’un merveilleux disque paru en 2005. Le troisième musicien de ce trio n’est autre que le fantastique percussionniste et coloriste américain Leon Parker, maintes et maintes fois reconnu pour son talent de sideman sur une multitude de disques, aussi bien sur cet album mythique réunissant Brad Meldhau, Mark Turner et Peter Bernstein, que sur les faces légendaires des disques du guitariste « extra-terrestre » Charlie Hunter. Les présentations faites, il ne nous reste plus qu’à plonger, nez bouché mais oreilles ouvertes, dans le monde méditatif de ce romantisme à l’italienne qui nous est offert. Dès les premières notes se révèle une poésie dont Giovanni Mirabassi use avec grâce et passion, au sein de chacune de ses compositions, de ses interprétations, de ses improvisations. Impossible de nier la filiation avec le grand Bill Evans, lorsque les voicings et les accords soigneusement choisis et distillés nous font penser à cette merveilleuse époque où Scott Lafaro et Paul Motian furent les premiers témoins de ce qui allait être LA référence. Impossible non plus de nier les grandes qualités de compositeur, réunissant sur cet album huit œuvres sous son nom, le pianiste offre une nouvelle fois un aperçu de ce qu’il a de plus profond dans le cœur. Parfois mélancolique, d’une tristesse légère et nostalgique, tout cela emballé dans un lyrisme à l’italienne, ici se révèle une nouvelle fois la rare capacité d’un pianiste à nous emporter sur son épaule, pour traverser ce grand désert de plénitude. Le soleil est là, la Musique rayonne à chaque mesure. Manquant peut être de fantaisie, ce trio avait besoin d’un batteur tenant son rôle dans la surprise. Il est bien évidemment impossible de passer à côté du dernier morceau du disque, « We Have The Blues Mr President », enregistré en Juin 2007, après cette période houleuse qu’était les élections. Une réponse ? Un appel ? Un clin d’œil, sûrement. Malheureusement, rien ne paraît bouleverser cette timidité dont on pourrait accuser notre pianiste. Un manque de prise de risque. Cet album est entièrement réalisé dans un cocon soigné et protégé de toute folies externes et incontrôlables. C’est ce qu’il manque peut-être à cet album, qui, du reste, est une référence poétiquement correcte. Ce trio commence une tournée en 2008 qui l’amènera jusqu’au Japon, invitant les fidèles mellow-men nippons à (re)découvrir cette Musique aux couleurs latines. Tristan Loriaut

