Fresh Sound new talent 2007
Cela fait déjà près d’une dizaine d’année que Roger Mas, jeune joueur de Fender, écume les clubs de Barcelone. Au départ il s’agit d’une banale histoire de copains qui se sont rencontrés à l’Ecole Supérieure de musique de catalogne à Barcelone. Un trio de base auquel sont venus s’ajouter le ténor Jon Robles, le guitariste Jaume Llombart et le non moins ténor Enrique Oliver. Les thèmes sont tous signés Roger mas à l’exception d’un thème de Coltrane (Moment notice) et d’un autre de Jobim (God and devil in the land of the sun). Parce que leur culture n’est pas exactement la même, les musiciens évoluent alors entre deux styles opposés, d’un côté un jazz très ancré dans la tradition, axée sur un bop assez classique où la reprise de Coltrane sonne très bien ainsi que sur un blues de J. Kern réarrangé par Roger Mas dans un genre très old style où le ténor cherche à sonner comme Lester. Ils abordent alors cette musique sans complexe et se jettent avec beaucoup de talent dans l’histoire du jazz qu’ils n’ont pas besoin de beaucoup dépoussiérer. Ils lui rendent vie. Lorsqu’ils s’attaquent au répertoire de Roger Mas, les jeunes musiciens semblent chercher à tout prix à se démarquer de l’esthétique post Rosenwinkel chère au manager du label tout en en conservant la patte, évidemment ; Du coup tout se passe comme s’ils n’allaient pas au bout de l’émancipation qui à l’évidence bouillonne sous leurs doigts. La musique est de qualité et les solistes sont remarquables. On retiendra le lyrisme très doux de Roger Mas qui évoque parfois Larry Golding (comme dans ce God and Devil). On aime aussi le jeu des ténors qui se livrent sans forcer à une joute sympathique sur Mason ou encore les belles sinuosités tranchantes de Jon Robles lorsqu’il conclut l’album au soprano (Millenium Park). La redondance du guitariste et du fender peut parfois donner une impression de ronde mollesse mais l’équilibre est néanmoins parfaitement trouvé avec les saxophonistes. Sympathique album en somme mais néanmoins un peu jeune ou prématuré pour sortir dans les bacs. Gageons pourtant que la notoriété de Roger Mas
Devrait rapidement franchir les pyrénées. Sa belle sensibilité devrait être légitimement reconnue.
Jean-Marc Gelin

