17 mai 2008
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UNIVERSAL JAZZ MUSIC 2008

Il faut avoir vu Kenny Barron dédicacer affectueusement son CD, "Images", à la sortie d'un set au Sunside en 2005, pour à la fois découvrir la modestie du personnage et aussi comprendre pourquoi cet artiste gigantesque s'est résolu à vouer une partie de sa carrière au service des autres. Qu'on en juge: c'est à ses qualités que l'on doit le magnifique chant du cygne de
Stan Getz (de 1987 à 1991). Que partenaire du saxophoniste Charlie Rouse, il a fait passer l'héritage titanesque de Thelonious Monk, dans le phénoménal quartet SPHERE. On était alors loin de se douter que ce musicien qui a porté tant d'oeuvres sur ses épaules était lui-même un grand organisateur de voyages. Il nous confiait en 2005 : "mon rêve est de composer une musique qui emmène loin, sans marcher sur les pieds de personne. Je compose pour faire défiler devant les gens, des climats, des atmosphères, des ambiances". Dans le dernier CD, secondé par son fidèle contrebassiste japonais, Kiyoshi Kitagawa, le pianiste tient la promesse de beauté. Cette fois, confirmant un réel talent d'orchestration, il emmène plus de monde en expédition. Pour la première escale, le compositeur convoque le saxophoniste soprano Steve Wilson, lyrique à souhait sur les balades comme il le fut brillamment avec Chick Corea. Le philadelphien pousse également en avant, sur un répertoire de sa composition, trois vocalistes haut-de-gamme : Greg Tate, Gretchen
Parlato et Ann Hampton Gallaway. Fidèle à son personnage, Barron reste très discret, cédant la part du lion de ses mélodies à leurs voix. On se laisse bercer sans rechigner dans l'écrin confortable et coquet de la tradition. La seconde partie du disque est plus audacieuse, avec l'arrivée de Lionel Loueke. A partir du duo guitare/piano (Duet), nous embarquons en trépignant
de joie vers des horizons plus foisonnants et résolument contemporains. De dériver ainsi porte l'excitation de la découverte à son comble. Un très bon disque, forcément. Le prochain Kenny Barron, entièrement inspiré du matériel de la deuxième partie de celui-là , serait un bonheur parfait

