Effendi 2008
Saxophoniste français basé à Montréal, Jean-Christophe Béney sort un quatrième album avec une formation en quartet semi-acoustique (fender rhodes et piano/sax/basse/batterie) constitué de musiciens canadiens. L'album s'appelle « Pop Up » et annonce clairement l'utilisation de structures de musiques pop dans le jazz. Dès les premières secondes du CD, Béney attaque avec un morceau-chorus très coltranien que – heureusement- le groupe finit par étouffer dans une mélodie pop très bien amenée et rondement menée. Cela semble être symbolique: un signal de la part du saxophoniste? Comme pour nous signifier que cet album est orienté pop et qu'il s'écarterait des structures jazz, comme celles de Coltrane justement? Il faut dire que les compositions de Béney sont concises et facilement transposables en chansons (Béney ne fait pas de reprises). Elles empruntent à la musique pop en général tant dans l'écriture de la mélodie que dans la structure binaire/ternaire des pièces. De manière générale, les mélodies sont gracieuses, tapent à l'oreille immédiatement (« Chinese Checkers », « Pop Up ») et ont toutes leur évidence. Enfin, les chorus sont épurés et efficaces, sans verbiage « saxophonistique ». Au ténor ou au soprano, Béney ne fait pas dans la démonstration. Son jeu est posé et lyrique et marque volontairement la mélodie. Le leader adopte ainsi un style distingué qui n'écrase pas l'harmonie et la motricité du groupe. Le quartet de Béney fait penser par certains côtés à celui de Jérôme Sabbagh (avec le guitariste Ben Monder) mis à part que Béney utilise des rythmiques plus variées mais originales, comme « Chinese Cheekers » avec sa rythmique afro-cubaine sur le refrain, ou empruntées à des styles de musiques modernes et utilisés de manière diluée. La musique de Béney est moins spacieuse dans les atmosphères et plus dense dans la jouerie. Pour terminer, le quartet de Béney est soudé et présente par son jeu une version intelligente des « power quartet » actuels. Jérôme Gransac

