Olivier Robin / Sébastien Jarrousse Quintet : « Dream time »
Aphrodite Record 2008.

Globalement on prend les mêmes et on refait (presque) la même chose avec (presque) le même bonheur. Alors que « Tribulation », le précédent album de ce formidable quintet est encore tout chaud sur nos platines, Aphrodite Record nous propose une suite heureuse avec ce « Dream time » qui sort aujourd’hui. A l’entame de l’album on est immédiatement séduit par la cohérence et l’énergie de ce groupe qui porte la marque des grandes formations. Celles dans laquelle chacun trouve sa place en fusion avec tous les autres. Pourtant, dès le premier morceau installé, la séduction de ce quintet opère moins. On attend des compositions qu’elles nous embarquent, qu’elles sortent du format, on attend le jaillissement pas sage, le grain de folie, l’audace qui n’arrive pas. Ce que nous ne remarquions pas dans le premier album se révèle plus ici et l’on croit avoir affaire à ces grosses écuries américaines qui alignent les pointures aux thèmes post coltraniens et aux compositions riches mais dans lesquelles le plaisir de jouer semble se perdre un peu.
Et pourtant cela vient ! Car dès le 4éme morceau (Le Pèlerin de Cadaquès), il se passe quelque chose. Les interventions de Olivier Bogé se font lumineuses. Le garçon réédite d’ailleurs sur Dream Time. Emil Spanyi, le véritable ressors de cet album prend sa part sur Calame. Emil Spanyi, ce véritable prodige du piano jazz qui semble toujours s’amuser avec son clavier, ne pas prendre les choses trop gravement et qui vous balance un swing terrible avec un sens inné du blues, une sorte de Mc Coy Tyner absolument irrésistible. Puis la rythmique sous ses appels se met en branle et Jarrousse hisse son jeu au plus haut dans la mouvance des plus grands. Lorsque l’on entend Jarrousse sur Widow’s bar on sait qu’il a beaucoup écouté Coltrane, Michael Brecker ou Lovano. Dans cette mouvance exactement. On sait aussi combien Robin et Botta maîtrisent aussi leurs classiques. En fin d’album quelques thèmes plus hard bop comme Duel (on croit entendre un public applaudir ?) donne à cette belle formation le moyen de sortir de ses gonds et de se dépenailler un peu, de sortir la chemise du pantalon, de se mettre en peu en vrac histoire de remettre les choses à leur place. Puis tout se termine avec des volutes plus shorteriennes, ultime apaisement comme un murmure, histoire de finir le coup en douceur.
Jean-Jacques Grabowski, le patron du label a bien raison de nous alerter sur son groupe fétiche : d’album en album le quintet Jarrousse-Bogé-Spanyi-Robin-Botta s’impose sur la scène du jazz comme une référence, comme une valeur sûre. Une sorte de Dream team ! De la trempe de ces groupes rares qui existent collectivement et font vivre au jazz français de bien belles heures. Il serait bon que les oreilles de nos académiciens se penchent un peu sur leur berceau. Car ces garçons là sont porteurs d’une très bonne nouvelle : qu’on se le dise le jazz vit encore ! Jean-marc Gelin

