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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 22:55

Rééd. 1965 – Blue Note 2008
 

Curieusement dans son livre référence, Stéphane Carini ne mentionne pas cette session dans sa discographie sélective de Wayne Shorter (1). Il est vrai qu’entre 64 et 65 ces sessions se sont succédées chez Blue Note à une période où Wayne Shorter, alors engagé dans le fameux quintet de Miles, fait un break de courte durée entre l’enregistrement de « ESP » et le « Live at The Plugged Nickel ». Parmi ces 8 enregistrements chez Blue note entre 64 et 65 (dont les fameux Juju, Speak no Evil, The All Seeing eyes ou encore Adam’s apple), the Soothsayer est rarement mentionné. Outre la qualité évidente de l’album c’est pourtant la première fois que Tony Williams, lui aussi membre du quintet, se joint à la formation. Et il est assez intéressant d’entendre le jeune batteur de génie aux côtés de Mc Coy Tyner qui de son côté jouait avec Elvin dans la quartet de Coltrane. Et réciproquement….

Ces sessions dans la pure tradition hard bop témoignaient alors du besoin de Shorter de graver son propre matériau et d’exister sous son propre nom. Une sorte de pause par rapport à sa collaboration avec Miles. Mais si, du coup, ces sessions en 1965 peuvent paraître déjà décalées par rapport à la nouvelle musique alors en vigueur chez Miles et Coltrane ce serait portant avoir l’oreille un peu limitée que de ne pas voir dans ce travail là ce qui va poindre par la suite. Entre le hard bop et le free radical, Wayne Shorter va en effet livrer l’issue salutaire qui débloquera le jazz pendant de longues années à venir. Et indubitablement, ce travail est déjà en gestation dans les compositions de Shorter. Ces sessions qui feraient pâlir d’envie n’importe quel producteur, conservent aujourd’hui l’incroyable fraîcheur de ces maîtres du hard bop totalement engagés dans la musique de Shorter. James Spaulding qui le double au ténor est ici en compagnie de Freddie Hubbard, tous deux en très grande forme. La mayonnaise prend dans ce quintet de luxe hélas éphémère où chaque composition se révèle pour ce qu’elle est, un bijou (même si parfois, quelque soit le regard exigeant de A. Lion et de Rudy Van Gelder on note quelques morceaux qui n’auraient pas forcément mérité d’être gravés). On notera pourtant l’intensité du bien nommé The Soothsayer ou encore cette Valse Triste qui avait inspiré auparavant Shorter dans l’écriture de Dance on Cadaverous dans le « Speak no Evil ». Ne pas penser que ces sessions ont été écrites et jouées à la chaîne dans un esprit très commercial par des pros rompus à l’exercice. Y voir au contraire la marque de cette esthétique qui, finalement n’est jamais si complaisante et qui porte en elle la trace indispensable de ces moments héroïque que ces génies, stakhanovistes jubilatoires, ont gravés et sans laquelle le jazz assurément ne se serait pas écrit de la même manière.                         Jean-Marc Gelin

 

(1) « Les singularités flottantes de Wayne Shorter » – Stéphane Carini – 2005 . Ed. « Rouge profond 
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