Bee Jazz 2008
Jérôme Sabbagh (ts), Ben Street (cb), Rodney Green (dm)

Jérôme Sabbagh fait partie de cette cohorte de jeunes musiciens hyper talentueux partis il y a quelques années se frotter aux pointures du jazz de New York auprès desquels ils ont appris à grandir. Repéré par ce grand découvreur de talents qu’est Jordi Pujol qui l’avait pris au sein de son écurie ( Fresh Sound New talent), Jérôme Sabbagh vole désormais de ses propres ailes et a rejoint depuis deux albums déjà l’écurie Bee Jazz. Il revient ici avec un album totalement en rupture avec le précédent qui revendiquait des accent pop, pour un trio pianoless dédié entièrement aux standards du répertoire. La chose n’est pas nouvelle et l’on pense inévitablement aux trios de Sonny Rollins tant le jeune homme semble en être proche. Et la comparaison n‘est pas hasardeuse. Jérôme Sabbagh y montre dans cet exercice en apparence très simple mais en réalité extrêmement périlleuse pour le saxophoniste surexposé, l’étendue de son talent. Car pour jouer des standards de cette façon il faut posséder au-delà de la simple technique de jeu, deux qualités essentielles. D’une part l’âme de ce que l’on joue et d’autre part des partenaires de grande classe sur qui s’épauler et faire sonner le tout. Visiblement Jérôme Sabbagh possède ces deux atouts. L’âme bien sûr tant il montre combien il peut mettre sa science de l’improvisation au service d’une expression très habitée de ces thèmes pour l’essentiel très connus mais qu’il parvient, dans le respect d’une longue tradition, à faire redécouvrir sous le même angle que ses grands aînés. N’abusons pas de superlatifs ni de comparaison audacieuse. Juste de quoi souligner qu’il y a chez ce jeune ténor, un discours qui emprunte autant à Rollins qu’à Coleman Hawkins. La généalogie du ténor respectée ici. Mais Jérôme Sabbagh s’appuie aussi sur un duo de grande classe que l’on peut entendre sur un sublime Body and soul commencé en solo par le ténor, rejoint ensuite par le son profond et rond de Ben Street puis par les frôlements de Rodney Green. Pour ceux qui ne connaissent pas Ben Street, il fat rappeler qu’il est l’un des piliers de la formation de Kurt Rosenwinkel. Une précision redoutable. Quand à Rodney Green, sobre et terriblement efficace c’est toujours le bon riff au bon moment et ce n’est certainement pas un hasard si un pianiste comme Mulgrew Miller fait régulièrement appel lui et si Charlie Haden l’a papelé pour intégrer son Quartet West. C’est dire combien notre jeune frenchy est ici remarquablement entouré de musiciens qui connaissent sur le bout des doigts leur histoire du jazz, portés collectivement qu’ils sont par le désir d’exalter sans façon mais avec grâce ce patrimoine jazzistique. Délectable comme ce tea for two que l’on boit sans soif. Un sucre d’orge dont on ne se lasse pas. Jean-Marc Gelin

