Cam Jazz 2008

Ce jubilée « Martial Solal » ne cesse, définitivement d’être « jubilatoire » si l’on en juge par la succession d’album que nous livre récemment le maître. On sait tout le chemin qu’il lui a fallu parcourir pour arriver à trouver son public. A moins que ce ne soit le contraire et que le public ayant évolué musicalement soit aujourd’hui plus à même d’en découvrir ses joyaux.
Mais il faut bien reconnaître qu’à 80 ans Martial Solal est plus libéré que jamais, voire carrément irrévérencieux, mutin, insaisissable dans les codes de la musique « bien pensée ». Un peu comme s’il était libéré de tout enjeu, Martial Solal s’affiche avec une liberté rarissime. Après une première expérience au Vanguard au timing plus que malheureux (programmé pour la première fois le 12 septembre 2001 dans un New York aux cendres encore fumantes), Solal revenait quelques années plus tard dans ce temple du jazz donner, chose rare en ce lieu mythique, une série de concerts en solo. Avant lui seul …….. avait investi ces lieux avec son seul clavier au bout des doigts. Et pour l’occasion, Martial Solal se livrait à une lecture époustouflante des grands standards. On aurait tort de dire qu’il convoquait pour l’occasion Art Tatum beaucoup, Bud Powell un peu, Hank Jones par moment et même du Fats Waller dans l’esprit. On aurait bien tort de dire cela, car Solal en l’occurrence jouait, comme Solal. Insaisissable fanfaron du clavier, indomptable, revêche à la forme traditionnelle des standards, Solal crée sur le moment, invente les phrases, prend des détours inattendus, fait l’école buissonnière et vagabonde toujours à portée de nous mais parfois loin dans ses chemins de feux follets. Solal connaît ces chansons par cœur mais en fait des œuvres d’une personnalité rare, se les approprie avec une grande dose d’humour et de facétie. A entendre ce qu’il fait sur Round Midnight on ne peut qu’être émerveillé par tant de science pianistique qui semble s’écouler du bout de ses doigts comme le prolongement naturel d’une pensée mutine.
Du grand, du très grand piano jazz. On a juste peur en entendant Solal que cette façon de jouer ne se perde à jamais. On se retournera peut être plus tard vers un Stefano Bollani ou une Manuel Rocheman qui semblent à eux deux porteur d’une tradition que leur lèguera un jour le maître. Mais avant cela Martial Solal fera encore longtemps la synthèse : celle d’un siècle de jazz entre les doigts d’un tout jeune génie de 80 ans. Jean-Marc Gelin

