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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 07:12

Eric Legnini (p, fender rhodes), Mathias Allamane (cb), Franck Agulhon (dr) – BFlat Records – novembre 2007.

 


 On parle de plus en plus d’Eric Legnini (comme musicien, comme producteur, comme directeur artistique). Il ne fallait au demeurant pas être grand clerc (mais sans doute amoureux des clubs) pour discerner l’amplitude du savoir-faire de ce pianiste mal dissimulé derrière Stefano di Battista et Flavio Boltro lorsqu’ils déboulèrent en France, accompagnés de Rosario Bonaccorso et du génial Benjamin Hénocq. Cet album, combien le liraient comme une carte de visite, un « non-choix » de brillant touche-à-tout, relativisant d’emblée sa portée. Prévenons cette approche en disant qu’il décline la gourmandise du piano-jazz fait groove, en toutes ses formes et ses couleurs. Vous voulez des références à tout prix ? Pourquoi pas le « Mister Hands » de Hancock, avec son insolent brassage de fender rhodes, de boucles, de piano acoustique. En somme Eric Legnini, superlativement accompagné par Franck Agulhon et Mathias Allamane (tous les trois, ils forment « la bille » comme aurait dit Charles Bellonzi), ne fait ici rien d’autre que de conquérir facétieusement sa liberté dans l’alternance des sonorités, des rythmes, des époques, des références. « Bleak Beauty » sonne mctoytynerien, « Rock the Days » a une couleur post-Beatles et « Doo Goo » n’aurait sans doute pas été renié par Horace Silver ? Rien de plus…malaisé au pays d’un jazz déboussolé, déclinant ses chapelles péniblement. Eric Legnini lui jubile tant et plus de « jumper » d’un idiome à l’autre, les possédant tous de l’intérieur (voyez les passages soulfull de « Them That Got ») tout en affichant, à chaque fois, ce qui est crucial, une totale maîtrise du traitement rythmique et des extensions harmoniques, comme un Oscar Peterson batifolant chez Waller, Tatum, Bill Evans ou Gillespie, pour sonner toujours lui-même. Et puis comme avec Peterson à qui on a joué jadis les mêmes sacrés tours, si vous voulez savoir ce qui se passe au-delà du syncrétisme, écoutez la version acoustique, en solo, de « The Secret Life Of The Plants ». Quoi, Stevie Wonder ?! Oui du jazz, qui louche ailleurs, au-delà des répertoires imposés. En moins de trois minutes.

Comme les plus grands… Stéphane Carini

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