Sophia Domancich (p), Dave Liebman (ss), jean-Jacques Avenel (cb), Simon Goubert (dm)
Cristal 2009
Fallait-il vraiment que ce trio déjà presque mythique, demande au saxophoniste Dave Liebman de venir les rejoindre pour enregistrer 4 titres ensemble ? Peut-être par crainte de se répéter, Sophia Domancich, Jean-Jacques Avenel et Simon Goubert ont en effet choisi de rompre leur face-à-face (pourrait-on dire) pour apporter un autre relief à leur musique. Mais c’est précisément tout le contraire qui se produit ici où la présence de Dave Liebamn affadit le propos ne mettant que plus en valeur les plages où le trio piano-basse-batterie se retrouve seul. Peut-être trop respectueux de la personnalité de Dave Liebman tout se passe comme si DAG laissait le sopraniste jouer, se contenait d’assurer une rythmique pas trop envahissante et l’observait avec une certaine déférence. Le sopraniste quant à lui, habitué ces derniers temps à multiplier les sessions un peu partout dans le monde, fait ce que l’on attend de lui avec toujours autant de métier. Il devrait bien sûr y avoir du contraste entre le son grave de ce trio et les arabesques lumineuses de DAG. Mais c’est surtout lorsque le soprano disparaît et que le trio se met en marche, en interaction totale et porté ici par un Jean-Jacques Avenel dont la présence conforte cette extrême gravité que le trio révèle tout, se dévoile en toute intimité, à la fois rythmique exceptionnelle et corps en action, dans une sorte de trialogue fécond. Chacune des plages en trio met en valeur la grande force de DAG qui navigue entre Andrew Hill, Cecil Taylor ou encore Martial Solal parfois. Un trio powerful qui ne cesse d’affirmer l’urgence de l’essentiel. La présence de Dave Liebamn, en opposition avec les 8 autres morceaux en trio, apparaît alors comme une présence contraignante où les énergies ne se libèrent qu’une fois le saxophoniste parti, à la seule exception toutefois, du très Coltranien Tursiops de Simon Goubert où les 4 semblent trouver là leur dénominateur commun.
Jean-Marc Gelin

