Laborie Jazz 2009
Murat Öztürk (p, fder), Laurent Gauther (cb), Olivier Strauch (dm), jean-Pascal Boffo (g)
Le pianiste turc prend son temps : 3 albums en 7 ans et 4 années depuis son dernier opus ( « Candies » ) et celui qui sort ces jours-ci chez Laborie, voilà qui est une façon bienvenue de mûrir sa propre musique et de signer les 13 compositions qui figurent au programme de ce nouvel album. Murat Öztürk assez peu connu sur la scène parisienne est un jeune pianiste, Turc par son père et Italien par sa mère qui a grandi au jazz en Lorraine ( d’où il vient plus précisément ) nourri par ses rencontres avec Bernard Maury, Michel Petrucciani ou encore Clare Fisher et dans les jam sessions dans le fameux caveau des trinitaires à Metz dont il est l’invité régulier.
De quoi se forger un caractère bien trempé. Et du caractère ce jeune pianiste n’en manque pas si l’on juge par les premières notes de cet album d’où émerge un phrasé à la fois sensuel et grave, profond et fluide. Un jeu tout en retenue qui exalte un swing élégant et discret. Bien sûr rien qui ne vienne révolutionner l’art du trio piano-basse-batterie mais juste un façon de l’exprimer avec une belle sincérité. Une incroyable densité de jeu. S’appuyant sur une rythmique « qui tourne » (comme on dit habituellement), Murat özutürk livre ici des compositions basées sur des mélodies simples, prétextes à de délicieuses digressions qui ouvrent des horizons personnels dans lesquels le pianiste ne se laisse jamais aller à l’introspection. Le fender n’est utilisé que sur deux titres et vient apporter un autre relief. Le thème éponyme, Crossing my bridge nous fait témoin d’une sorte de miroir intérieur, évoquant à touches d’une infinie discrétion un horizon délaissé emprunt d’une poignante nostalgie. Nostalgie légère porteuse de d’espoir, de danse ( dédé’s dance) et d’amour ( Anna Thème). Thèmes ouverts. Véritables « passages ». Le jeune pianiste transmet son amour de l’orient et de l’occident, de la musique dite et suggérée, sa vision douce et forte de la musique. Avec quelques interludes posés ça et là et des raccords de sons de rues venus de l’extérieur, Murat Öztürk franchit un pont derrière lequel le monde qui s’ouvre est généreux et sa beauté poignante.
Jean-Marc Gelin

