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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 10:10

JJJJJ GETACHEW MEKURYA and The Ex : “ Moa Anbessa

 TerP records 2007

 Attention à vous, c’est du brutal ! Un bon gros son comme ça, c’est pas fait pour les mauviettes ! On  vous aura prévenu. « Mais de quoi qu’il cause » disent ils ? Tout simplement de cette rencontre incongrue organisée un jour entre des anciennes gloires néerlandaises de la musique punk, «  The Ex » et du roi, que dis je, de la légende vivante, du Négus du sax éthiopien, Getachew Makurya qui doit aujourd’hui afficher pas loin de 80 piges au compteur. Et Getachew n’est chez nous totalement inconnu pour ceux qui ont suivi les magnifiques éditions des Éthiopiques qui permirent il y a quelques années de découvrir les gloires fameuses du jazz du côté d’Addis-Abeba. Ces gloires qui explosèrent dans les années 70 à peu près en même temps qu’à l’autre bout du continent émergeait le phénomène Fela.

Rencontre en tout point étonnante qui naquit le jour où ces petits gars, alors invités à Banlieues Bleues entendirent Mekurya chevaucher son saxophone tel on dresse un cheval en liberté. Alors de ce son rauque à gros grain ils se dirent qu’il y avait quelque chose à faire. Ils perçurent l’évidence de la rencontre pourtant  curieuse sur le papier. Ils perçurent que dans les deux cas il s’agit du même art brut, de la même animalité voire de la sauvagerie tripale. Car il y a du cri et du grincement parfois, de la rage souvent mais jamais de violence. Bien au contraire. Des tourneries païennes qui peuvent renvoyer autant aux plaines d’Afrique qu’aux docks de Londres. Terrie et Andy donnent alors dans la guitare saturée et à plusieurs moments le chanteur de « The EX », GW Sok brandissant un mégaphone porte sa voix entre chant et parlé chanté. Getachew Mekurya habitué aux fanfares dans sa jeunesse, a peut être trouvé dans ce brass band néo-punk (aux accents lointainement Ska) une source de jouvence. Toujours est il que c’est avec une terrible force Aylérienne qu’il trace les sillons dans lesquels la bande des «  Ex » semble se régénérer à son tour.

Enregistrée pour partie en studio et pour partie en «  live » lors d’un concert à Tourcoing, cette rencontre vous prend aux tripes, bouscule vos repères, décoiffe le bourgeois assoupi qui d’habitude d’une oreille distraite se demande avec un  air distingué, entre deux volutes de sa cigarette de quoi donc sera fait l’avenir du jazz.

Ce n’est pas là qu’il trouvera forcément la réponse. Peut être pas dans la perpétuation du gros son d’Albert Ayler ou dans l’énergie de Fela. Mais certainement dans la confrontation face à face de ces deux cultures musicales, dans le travail en commun qui, croyez moi en l’occurrence n’a rien d’un métissage. Car vous ne ressortirez pas de cet album avec le sentiment d’y avoir vu un mélange des couleurs qui trop souvent se traduit par l’affadissement de l’une d’entre elle mais plutôt à une sorte de rapprochement au terme duquel, et c’est là toute la magie de cet album, aucun vraiment aucun n’a perdu son identité mais sort grandi de cette expérience commune.

Une leçon de vie en somme qui, en ce début de XIX° siècle traduit une incroyable modernité. Et nous rend optimiste sur l’avenir du jazz.

Jean-Marc Gelin

 

 

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