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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 10:40

patchwork-dreamerVENT D’EST
Collectif artistique et label
www.ventsdest.com
booking@ventsdest.com

 DVD filmé et réalisé par Alain Julien

 
Comment avions-nous laissé passer aux DNJ, ce formidable Patchwork dreamer, voyage filmé et enregistré en Afrique de l’Ouest au Mali et en Guinée-Conakry en 2010 ?
Patchwork dreamer est l’aventure commune des musiciens Daniel Erdmann, Francis Le Bras et d’ Alain Julien, le photographe,vidéaste ici, de Djazz 51, qui ont su réunir autour d’eux une famille recomposée d’artistes d’horizons différents dans un projet cousu-main. Une immersion dans ce continent aussi étrange qu’étranger pour nous. En Afrique de l’ouest, la musique est le langage essentiel de la vie quotidienne, les échanges et le mouvement sont constants, la tradition fait remonter les souvenirs, en irriguant la mémoire. Les Africains connaissent la musique, on ne les trompera jamais là dessus.
En concert, difficile de détacher ses yeux des images qui accompagnent la musique du groupe. Mais quoi de plus passionnant que d’y revenir, en réécoutant chez soi, confortablement installé et pas sur mp3 ou autre gadget sonore, avec la vidéo qui se déroule sous les yeux sur un bel écran ? La musique prend toute son amplitude, admirablement révélée, soulignée et jamais illustrée par les longs plans-séquences du film. C‘est une chance que d’avoir pu entendre Alain Julien expliquer comment il avait procédé, de très loin toujours, sans vraiment que les protagonistes ne s’en rendent compte. D’où cette fraîcheur, ce réalisme pas toujours naturaliste, souvent poétique, cette improvisation sous-jacente dans n’importe quel geste, avec des instruments récupérés, bricolés. Et puis ce va-et-vient incessant, la marche continue des femmes qui travaillent très dur. On a bien l’impression que ce sont les seules qui avancent et font avancer, essaaynt de capter un peu de liberté, contrariée mais néanmoins présente.
Préférant depuis toujours le film à la photographie,on adhère à l’histoire qu’il raconte, plus longue, plus intense, plus apte à déclencher quelque réaction dans l’imaginaire. Le film est construit, monté d’une certaine manière,  pensé avec une certaine structure. Ce DVD est plein de choses observées mises en scène. Le son est essentiel, la musique se crée, s’enroule, laisse place au silence parfois (très rare en Afrique), intègre les bruits de la vie, intégrant des fragments de dialogue (scène de l’école) dans cette B.O très originale, ancrée dans la vie africaine .
La musique traduit cette joie grave. Si nous retrouvons le formidable duo du pianiste Francis LeBras et du saxophoniste Daniel Erdmann, apparaît  l’étonnante figure du Malien Chérif Soumano, joueur de kora, soutenu par la rythmique de l’Américain John Betsch (qui vit en France depuis longtemps) et de l’Allemand Johannes Fink. La production d’une Europe enfin unie qui fait le pont avec l’Afrique. Les rythmes africains irriguent le jazz d’aujourd’hui tout comme le blues s’est inspiré jadis des racines africaines. L’utilisation de l’instrument national malien, cette harpe africaine, peut fasciner, plonger dans une sorte de transe tant elle est virtuosement jouée. Sonorité étonnante, épatante qui s’écouterait à elle seule jusqu’à ce que le duo sax-piano ne  reprenne la main, nous fascinant en éveillant ces « fleurs africaines », mélodiques et swingantes. Les compositions sont de la patte du saxophoniste et elles exhalent, comme à chaque fois, un authentique  parfum qui va puiser aussi à la source, la tradition jazz cette fois, de Duke Ellington à Charlie Parker sans oublier Dizzie Gillespie, inoubliables maîtres de cette musique. Avec ce qu’il faut aussi de « free » sons. Le collectif joue  la musique qu’il ressent, en totale écoute de la vie africaine dont ils saisissant et rendent la pulsion vitale, les rythmes et couleurs.
C’est une véritable irrigation, une double fertilisation que nous fait entendre ce groupe dont la cohésion est forte.  Si le mot « métissage » est trop galvaudé, « patchwork » est juste pour témoigner de l’aspect hautement artisanal, noble de cette équipée, jamais sauvage, rêvée sans être idéalisée. Une belle histoire d’hommes au travail, eux aussi. Ne ratez surtout pas ce concert si le collectif passe près de chez vous…

Sophie Chambon

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