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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:41

JJJJJ JACQUES COURSIL : « Clameurs »

Universal 2007

 

coursil.jpgEn 1969, il y a 38 ans, Jacques Coursil, alors trompettiste virtuose de la scène free-jazz, compagnon de Sunny Murray, d’Antony Braxton, d’Albert Ayler, de Frank Wright, se retire discrètement de la scène après l’enregistrement de son deuxième album, The way ahead, pour se consacrer à la linguistique, qu’il enseignera à Caen et aux Antilles avant de partir à l’université Cornell aux États-unis. En 2005, à la demande d’un de ses anciens élèves de Cornell, un certain John Zorn, qui l’accueille sur son label Tzadik, il rejoue enfin de la trompette en public et enregistre son troisième album, Minimal Brass. Il a passé dit-il ses trente dernières années à démanteler la trompette, à supprimer de son jeu toutes les affèteries, à travailler inlassablement son instrument, pour ne conserver que le souffle continu. Less is more…ne peut-on que se dire à l’écoute de ce sublime album. Avec Clameurs, Jacques Coursil appelle avec les mots du poète martiniquais Franz Fanon au refus du « «meurtre de ce qui a de plus humain dans l’humain, la liberté ! […] Je demande que l’on me considère à partir de mon désir […] Exister absolument ! » Né en 1939 à Paris, Jacques Coursil ne découvre sa terre d’origine martiniquaise qu’à 40 ans. C’est une terre de brassage culturel, de passage, de lumière, de chaos, de labeur, de blessures, de révoltes mais surtout de cris étouffés. « Le cri de l’esclave, de l’opprimé, s’étouffe dans sa gorge. S’il crie, on le bat, il est mort –le cri à pleine voix est le privilège de l’homme libre. Dans la langue des poètes, le cri noué se mue en écrit », explique Jacques Coursil dans le livret qui accompagne son nouvel album. Son projet ici est à la fois politique, musical et linguistique et se décline en « 4 oratorios pour trompettes et voix ». Coursil rend hommage dans leur langue (français, créole, arabe),  à quatre poètes du cri : Franz Fanon, le révolutionnaire martiniquais mort en Algérie en pleine révolution, Monchoachi et Edouard Glissant, poètes martiniquais contemporains et Antar, poète pré-islamique réduit à la servitude, fils d’une esclave éthiopienne et d’un arabe (« Ignorants, ils blâment le noir de ma peau. Or sans noir, l’aube ne parait [pas] dans la nuit »). Ni violence ni provocation dans leurs cris toutefois, simplement la parole mise à nu pour dire les déchirures de l’histoire et proclamer, envers et contre tous,  la liberté de l’homme, le refus de tout asservissement. «Le malheur du nègre est d’avoir été esclave. Mais je ne suis pas esclave de l’esclavage qui déshumanisa mes pères. Je suis homme et c’est tout le passé du monde que j’ai à reprendre –la guerre du Péloponnèse est aussi mienne que la découverte de la boussole…Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ! ». Grâce au re-recording ce n’est pas une trompette mais un chœur de trompettes, toutes jouées par Coursil qui répondent à cette ode de l’homme debout. Les trompettes s’entremêlent, s’entrechoquent, entrent en conversation dans des combinaisons circulaires, concentriques et répétitives. Le son de Coursil est d’une pureté exceptionnelle. Son jeu est à la fois intense et dépouillé et l’alchimie avec Alex Bernard à la contrebasse et Mino Cinelu est parfaite.   « Je demande que l’on me considère à partir de mon désir », c’est ainsi que Coursil conclut cet album-ovni !

Régine Coqueran

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