JJJJSébastien Jarrousse / Olivier Robin Quintet : « Tribulation »
Aphrodite records - 2006
Titre éponyme, la première plage donne le ton. Dès la première note, le quintet de Jarrousse et Robin nous jette dans un hard bop fiévreux et tumultueux guidé par un climat énergique.
Les tribulations musicales de Jarrousse et Robin traduisent une détermination esthétique précise quand aux chemins choisis pour cet opus. En effet, les influences se font immédiatement sentir : on entend des phrasés propres à Kenny Garrett chez l’altiste Olivier Boge et une atmosphère coltranienne dans le sax ténor de Jarrousse. Sur « Au bout du rouleau », le style posé de Jarrousse rappelle cette particularité chez Steve Grossman. Disons le sans ambages, les premières choses qui frappent à l’écoute du cd sont une très sérieuse envie de jouer de la part des musiciens et une joueriez à l’américaine terriblement efficace qui assène un swing tranchant. L’homogénéité et la constance esthétique et artistique de l’œuvre et la sincérité de la musique sont telles que l’on croit que les pièces sont toutes des premières prises enregistrées « straight ». Sans excès, et peut être légèrement sur la réserve pour Jean Daniel Botta à la contrebasse plus musical que ses comparses, la section rythmique piano/contrebasse/batterie est très cohésive et responsable de cette jouerie qui tourne comme une horloge suisse, en particulier sur les morceaux enlevés. On retient en particulier le drive sûr et swinguant de Robin. Soutenus par la rythmique, les saxophonistes ne sont pas en reste. La masse sonore qu’ils dégagent et les arrangements de Jarrousse rendent leur jeu incisif et éclatant à tel point qu’ils sont les deux locomotives de ce train à grande vitesse Si la rythmique s’emploie à ne jamais relâcher la tension, Emil Spanyi retient toute notre attention. Son accompagnement est très riche et novateur en particulier par ses accents sur les temps forts qui terminent les phrasés du batteur et l’engagent sur de nouvelles idées. Sur à peu près tous les morceaux à tempi up, la complicité entre Spanyi et les deux saxophonistes est palpable tellement le jeu d’accompagnement du pianiste est peuplé de répons et d’à propos tout en conservant une densité de jeu à Pour ses chorus, Spanyi s’appuie beaucoup sur la force rythmique du batteur. Il dispose ainsi de tous les repères nécessaires pour libérer une énergie lumineuse et épanouie et un discours qu’on déguste la bouche ouverte. Toutes les compositions et arrangements sont de Jarrousse. On devine une ferme maîtrise du métier de la composition chez le saxophoniste qui parvient à combiner habilement mélodies et fulgurance. Dans un style qui date mais avec une modernité surprenante, ce quintet peut le crier haut et fort : le bop est en pleine forme ! Jérôme Gransac

