Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 mai 2021 5 28 /05 /mai /2021 21:28

Bernard Lubat (piano, voix), Gérard Assayag (ordinateur, logiciel Omax & Smax), Marc Chemillier (ordinateur, logiciel Djazz)

Textes de Bernard Lubat, George Lewis, Marc Chemiilier & Gérard Assayag

New York, Strasbourg, Uzeste, Lille, Philadelphie, 2005-2020)

Livre-CD Phonofaune, édition bilingue français-anglais

 

Un CD avec des sessions de Bernard Lubat travaillées en direct ou a posteriori par les logiciels de Gérard Assayag (IRCAM -Institut de recherche et coordination acoustique/musique) et Marc Chemillier (EHESS-École des hautes études en sciences sociales). Et des textes des trois, ainsi que de George Lewis, pionnier du traitement en temps réel de l'improvisation au tout début des années 80. Les amateurs de jazz se souviennent des performances de George Lewis au premier Dunois, l'historique, celui de la rue Dunois. Des camarades formés au GRM (le Groupe de Recherche Musicale de la RTF, puis de l'ORTF, puis de l'INA....), et qui taquinaient la synthèse numérique à coup de DX 7 naissant et d'Apple II C archaïque, trouvaient à l'époque son approche balbutiante, sans prendre peut-être la mesure des perspectives qui s'ouvriraient dans le traitement informatique de l'improvisation.

La musique procède de toutes les métamorphoses de l'improvisation selon Bernard Lubat (et en matière de métamorphose, il en connaît un sacré rayon....). On y trouve des miniatures issues des solos en concert, ou sur le disque «Improvision», retravaillées ensuite par les deux sorciers du logiciel, et des performances de concert avec traitement en direct.

Le livre-disque est sous-titré 'cyber improvisations'. Les textes parlent de cocréation, d'intelligence artificielle, et ceux de Bernard Lubat font jaillir cette créativité lexicale qui n'appartient qu'à lui.... On y trouve aussi le verbatim d'un séminaire de 2006. Bref, c'est d'une richesse de musique et de pensée qui ne laissera pas indifférent.e.s 'celles et ceux' (comme disent les politiciens en surchauffe démagogique) pour qui la musique et l'improvisation sont une préoccupation prioritaire.

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 23:04

Dominique Sampiero (poèmes), Sylvie Serprix (dessins), Sébastien Texier (saxophone alto, clarinette, composition), Manu Codjia (guitare électrique), François Thuillier (tuba), Christophe Marguet (batterie, composition)

Livre-disque Phonofaune, 2021

 

Sous-titré We Celebrate Freedom Fighters, c'est un manifeste en forme d'hommage à des combattant.e.s de la liberté : les Indiens Yanomami d'Amazonie et Claudia Andujar, Aimé Césaire, l'inconnu de la Place Tian'anmen, James Baldwin, Louis Coquillet, Gisèle Halimi, Rosa Parks, Sitting Bull, Olympe de Gouges, Simone Weil (la philosophe) et Simone Veil (la rescapée des camps et femme politique). L'écrivain et poète Dominique Sampiero, convié par Sébastien Texier à se joindre à cette aventure, pose sur ces figures exemplaires des poémaroïdes aussi lyriques que combatifs. Les dessins de Sylvie Serprix mêlent à ce combat une pointe de poésie graphique où affleure parfois l'humour, et la musique, alternativement composée par Christophe Marguet et Sébastien Texier, porte la marque de ces mélodies lyriques qui gardent le poing levé (comme le fait de longtemps Henri Texier, avec qui l'un et l'autre ont abondamment partagé la scène). Sans détailler (ce serait stérile) les convergences entre les figures évoquées (invoquées ?) et les musiques qui soulignent chaque séquence, toujours la pertinence saute à l'oreille. Plaisir du texte, des yeux et des oreilles, plaisir souvent grave mais non exempt de jubilation ; et incantation finale du poète « Liberté, liberté chérie, je suis sur des braises en attendant ton retour ». Et pour conclure je m'en remettrai à un extrait de la postface signée Dominique Sampiero : « Le jazz existe pour ne plus s'appeler jazz mais juste vision du monde. Sensation, intuition, amour sans objet. Quête absolue de l'absolu. On parle sans mot. On est avec ». Musique de combat et de résistance. Le jazz en somme.

Xavier Prévost

Partager cet article
Repost0
26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 16:48
Noël BALEN  MINGUS ERECTUS

Noël BALEN

Mingus Erectus

Les Fables de Charles

Le Castor Astral

Livre-CD

Photographies d’Amaury Voslion

Couverture de José Correa

www.noelbalen.com

Belle idée que d’illustrer un livre par un CD, quand il s’agit d’une ode à la mémoire du fabuleux contrebassiste Charles Mingus, farouche résistant à tous les racismes, insoumis perpétuel dont on a pu découvrir la vie singulière et tragique dans une autobiographie explicitement nommée Moins qu’un chien ( Editions Parenthèses).

Ecrivain, critique, musicien ( bassiste et contrebassiste) Noel Balen a de multiples intérêts dans la vie  ce qui  n’est pas pour nous déplaire. Outre sa passion pour le jazz ( L’Odyssée du Jazz, Liana Levi, 1993, 7ème édition tout de même ) et d’illustres figures musicales, jazz ou pop dont il a tracé de vigoureux portraits (Miles Davis, Billie Holiday, Django Reinhardt, Charles Trenet, Neil Young ), il est passionné de gastronomie et d’œnologie (ayant co-écrit des fictions devenues des séries romanesques sur le vin comme Le Sang de La Vigne et Crimes Gourmands, sans flic mais avec critique gastronomique qui mène l’enquête, sa compagne Vanessa).

Ouvrage soigné sorti chez Le Castor Astral, maison sérieuse aux auteurs passionnés et experts, on pourra apprécier autant les petits poèmes de Balen que leur illustration sonore aux accents de jazz poetry, un recueil de « fables de Charles ». Mettant en mots une série d’épisodes qui donnent une remarquable idée de l’intensité douloureuse, de la violence rageuse qui animait Mingus « droit dans ses notes », Balen traduit l’état d’esprit du compositeur contrebassiste toujours fiévreux et l’intensité de ces hymnes-manifestes ancrés dans le blues et gospel . En se référant aux titres de chacun de ces courts poèmes, on se repasse les moments forts de sa vie -il y en eut beaucoup : les amitiés (« Brother Danny », « So long Eric »), les concerts mythiques ( Toronto, 15 mai 1953 »), la femme aimée ( « Elle, Susan ») les séjours au Mexique (« Tijuana Fuck », « Cuernavaca ­­56 »). Il y a même une sorte de rapide déroulé biographique, une drôle de notice nécrologique «  A kind of Bio (comme une sorte de bout de bio) » de celui qui n’était pas né sous la bonne étoile, « On the sunny side of the street ».

Le CD qui fait intervenir sur 18 plages de très nombreux musiciens (voir la liste sur http://www.castorastral.com/livre/mingus-erectus/), chanteurs, acteurs sur les textes même du recueil a été produit et réalisé par  Noel Balen et Etienne Gauthier (compositions et arrangements) qui orchestre un ensemble à cordes. Auquel se joint une section de cuivres Thomas Enhco (tp), Julien Cavard(as), Glenn Ferris (tb), dirigée par Philippe Jakko et le Fame’s Macedonian Symphonic Orchestra. La liste des intervenants, imposante, réunit un ensemble assez composite d’artistes actuels. Un ouvrage collectif qui ne se veut pas une somme mais qui conserve en dépit d'un apparent éclatement, une unité, une dimension poétique et originale. Un magma très personnel, un hommage sincère à l’un des plus grands musiciens de jazz qui prend la forme d’une aventure permanente, avec des interventions plus "sauvages", parlées, slamées, chantées.

Nb: un CD inédit commercialisé avec le livre seulement mais des concerts sont prévus avec les artistes du disque . A suivre donc!

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0