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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 18:41
Roberto Fonseca: « la musique cubaine est simple et… compliquée »

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand
Il a choisi de titrer son dernier album, Abuc, palindrome pour Cuba. Natif de La Havane, Roberto Fonseca entend bien jouer avec la musique cubaine en toute liberté, quitte à secouer les traditions. Le pianiste quadragénaire a mobilisé ses complices de l’Orquesta Aragon, un percussionniste brésilien (Zé Luis Nascimento) et le (remuant) tromboniste néo-orléanais Trombone Shorty pour un voyage musical à sa guise, au fil de ses propres compositions à l’exception (notable) d’un titre-hommage de Ray Bryant (Cubano Chant).
Les DNJ: Comment expliquez-vous que la musique cubaine résiste aux modes ?
Roberto Fonseca: Il y a quelque chose de magique qui n’a pas besoin d’explication (sourire). Nous les cubains venons d’un petit pays mais nous avons une forte tradition rythmique et mélodique. Quand vous mariez ces deux éléments, vous avez la musique cubaine, qui est belle et rend les gens heureux. Pour nous, c’est simple mais pour ceux qui ne connaissent pas le rythme cubain c’est compliqué. C’est un peu comme le reggae, cela paraît simple.
-Vous résidez toujours à Cuba. N’êtes-vous pas tenté  de vivre à New-York, à l’instar de nombreux musiciens cubains dans le passé ?
-Je vis à La Havane où je suis né et je n’ai jamais pensé à m’installer à New York. Mais nous sommes très proches des Etats-Unis. Les relations entre les musiciens cubains et nord-américains ne datent pas d’hier. Et aujourd’hui beaucoup de musiciens cubains vont jouer aux Etats-Unis et nombreux sont les musiciens américains qui aimeraient venir à Cuba.  Quant à moi, actuellement, j’aimerais bien vivre deux-trois mois par an à Paris, une ville plus romantique.  Plus généralement, je suis toujours ouvert à de nouvelles collaborations. C’est la meilleure façon d’enrichir ma musique.
-Quels sont les avantages de la notoriété que vous avez acquise ?
-C’est beaucoup plus facile. Je peux me concentrer sur un projet. Je n’avais pas vraiment l’intention de diriger un groupe mais c’est arrivé comme cela quand Ibrahim Ferrer m’a demandé de devenir directeur artistique du Buena Vista Social Club. En tant que leader, j’essaie toujours d’écouter les autres musiciens du groupe. Se comporter en artiste, c’est être capable de prendre conseil et d’avoir l’esprit ouvert.
-Sur ce dernier album, vous revenez à vos premières amours avec les percussions …
-Dans ma jeunesse, j’ai commencé à jouer des congas mais j’avais un frère qui était déjà percussionniste. Mon père, qui lui-même jouait des percussions, a estimé qu’il suffisait d’un seul autre percussionniste dans la maison où nous vivions à cinq  ! Il m’a convaincu d’apprendre le piano, un instrument plus mélodique et qui m’a permis aussi de pratiquer les claviers. Je dois beaucoup à ma famille qui baigne littéralement dans la musique, ma mère  chante, et j’ai un frère et un oncle musiciens.

Abuc. Roberto Fonseca (piano, claviers, vocal, percussions),Yandy Martinez (basse), Ramsès “Dynamite”Rodriguez (batterie, percussions), Trombone Shorty (trombone), Eliades Ochoa, Rafael Lay Bravo, Roberto Espinosa Rodriguez, Daymé Arocena, Carlos Calunga (vocal), Manuel “Guajiro”Mirabal (trompette), Zé Luis Nascimento (percussions). Impulse-Universal. Octobre 2016.
Roberto Fonseca est en concert à La Cigale (Paris) le 21 mars.

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 10:21

@christopheDrukkerL’entretien téléphonique avait été calé à 19 h, heure de Paris. Le premier coup venait à peine de sonner au clocher de l’église voisine qu’arrivait l’appel de Grégoire Maret. De New York où il réside depuis près de deux décennies, l’harmoniciste n’a pas perdu le sens de la ponctualité de sa Suisse natale. Le goût de la mécanique de précision non plus. Il lui en a fallu pour dompter un instrument minuscule (en poids) mais majuscule (en émotion). « Pendant des

@christophe Drukker

 

années, j’ai travaillé huit heures par jour. C’est un instrument très dur à jouer rythmiquement. Trouver une technique personnelle m’a demandé un travail titanesque ».
Tout naturellement, le diplômé du conservatoire supérieur de musique de Genève et de la New School University of New York cite parmi les interprètes qui l’ont influencé Stevie Wonder et –peut-être plus encore- Toots Thielemans, tout récemment disparu. Mais il a su faire entendre sa propre voix, exprimant tout le lyrisme dont est capable l’harmonica chromatique. On l’a entendu dix ans durant dans le groupe de Cassandra Wilson mais aussi auprès de Dianne Reeves, Steve Coleman, Ravi Coltrane, Jeff « Tain »Watts, Terri Lyne Carrington, Herbie Hancock.  
Le sideman d’excellence a pris la musique à son compte en composant des titres qui constituent l’ossature de ce deuxième album « Wanted » sous sa direction. Un disque éclectique  et plaisant qui offre quelques morceaux bien estampillés jazz (comme Blue in Green de Bill Evans-Miles Davis avec Chris Potter à la clarinette basse ou le cultissime Footprints de Wayne Shorter) et permet de saluer une dernière fois un de ses chanteurs préférés, le sensible Jimmy Scott (qui disparaîtra quelques semaines plus tard).
Né d’un père suisse de Genève et d’une mère afro-américaine de Harlem, Grégoire Maret entend inscrire son œuvre artistique dans le contexte politique actuel des Etats-Unis. Après « Wanted » consacré à la situation raciale, le compositeur travaille actuellement à deux autres albums devant finalement constituer un tryptique : prévu pour cette année, le premier sera consacré au système carcéral américain (« une forme moderne de l’esclavagisme avec le régime de travaux forcés appliqué en contradiction avec le 13ème amendement de la Constitution ») ; le deuxième traitera plus généralement de la liberté à travers le prisme du jazz, du gospel (Grégoire tourne actuellement avec un groupe de gospel) et de la musique au sens le plus large.  
Jean-Louis Lemarchand

Grégoire  Maret. Wanted. Grégoire Maret (harmonica), Gerald Clayton (piano, Fender Rhodes) James Genus (basse), Terri Lyne Carrington (batterie) et en invités notamment Chris Potter (clarinette basse), Dianne Reeves, Luciana Souza, Frank Mc Comb, Mark Kibble, Jimmy Scott, Kokayi, Ivan Lins (vocal), Mino Cinelu (percussions). Sunnyside (2016).

@christophe Drukker

@christophe Drukker

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 09:26
Niels Petter Molvaer, ou la relation Nord-Sud


Il affiche une décontraction qui fait plaisir à voir, Nils Petter Molvaer en ces premiers jours de septembre. Tout à la joie de retrouver ses comparses norvégiens pour donner la musique de Buoyancy (flottement en français), album qui vient de sortir dans les bacs, mais qu’ils n’ont guère eu l’opportunité de jouer sur scène. Le lendemain, le 9 septembre, sur la scène de La Villette, le trompettiste enchaînera les titres avec sérénité et cette légèreté qui constitue sa signature depuis deux décennies.
Les DNJ : Ici même à La Villette, Miles Davis donnait son dernier concert européen voici 25 ans. Ecoutez-vous encore sa musique ?


-Nils Petter Molvaer : J’aime bien On the Corner. Mais pour être franc, je n’écoute pas beaucoup de musique et surtout pas mes vieux enregistrements (rires). C’est un peu par périodes et pour cela Spotify est formidable.

Les DNJ : Vous considérez-vous comme un représentant de la culture norvégienne ?

Nils Petter Molvaer : Je ne réfléchis pas en termes de culture norvégienne. Je suis très content de jouer avec des musiciens norvégiens. Mais je suis beaucoup plus intéressé par la rencontre des cultures que par la défense d’une seule culture, même si c’est la mienne.

Les DNJ : Vous êtes fidèle à votre pays natal …

Nils Petter Molvaer : Je vis toujours dans une île, Sula, où je suis né. L’air y est très frais et ma famille est là-bas, mes parents et mes enfants. Quand je ne suis pas en tournée, plus de deux cents jours par an tout de même, j’essaye de vivre comme tout le monde, travailler mon instrument, écrire de la musique de 10 h à 15 h, et aussi marcher dans la campagne, aller à la pêche. J’aime beaucoup cet équilibre entre la vie de musiciens itinérant qui est amené à rencontrer des gens partout dans le monde et la vie à la maison en famille pour penser à la musique, composer.

Les DNJ L’envie de vous installer à New-York, comme nombre de jazzmen européens, ne vous taraude pas ?

Nils Petter Molvaer : Je pourrais vivre à Paris, à Berlin mais à New York, ce serait impossible. Tout simplement parce que ce serait un cauchemar sur le plan financier. Vous savez bien que les jazzmen new yorkais viennent gagner leur vie à Paris (rires).

Les DNJ : Depuis vingt ans, et la sortie de Khmer, vous mariez jazz et électronique. Peut-on encore réaliser des découvertes sur ce terrain ?

Nils Petter Molvaer : Il y a toujours des découvertes à effectuer. Dans mon dernier disque, Buoyancy, nous sommes restés une semaine en studio mais j’ai ajouté des sons par la suite, comme par exemple des bruits entendus la nuit dans une île en Indonésie.

Les DNJ : L’an prochain, vous serez à nouveau à l’affiche à Paris pour un projet avec le danseur-chorégraphe Nicolas Le Riche. Vous composez également pour le cinéma. Vous avez crée votre propre label. C’est un plan de carrière ?

Nils Petter Molvaer : Je n’ai jamais pensé à contrôler ma carrière. J’aime bien cette incertitude, la rencontre de gens, le voyage en général. Mais dans le même temps, je veux me montrer aussi précis que je le peux dans l’expression musicale.

Jean-Louis Lemarchand

Buoyancy. Nils Petter Molvaer (trompette, electronique, voix), Geir Sundstol (guitares, banjo), Jo Berger Myhre (basse, electronique), Erland Dahlen (batterie, piano, xylophone). Sony-Okeh.

Niels Petter Molvaer, ou la relation Nord-Sud
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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 09:18
Avishai Cohen, la flamboyance du silence

AVISHAI COHEN : « Into the silence »
ECM 2016

Avishai Cohen (tp), Bill Mc henry ( ts), Yonathan Avishai (p), Eric Ravis (cb), Nasheet Waits (dms)


Mercredi 2 mars. Lendemain de concert à guichet fermé au New Morning.
Il a beau avoir un nom qui est plutôt connu pour être celui de son homonyme qui s’illustre à la contrebasse, Avishai Cohen, le trompettiste commence sérieusement à faire parler de lui en France. On dit de lui qu’il se place aux côtés d’un Roy Hargrove, d’un Ambrose Akinmusire d’un Jeremy Pelt comme l’un des plus grand trompettiste au monde. Opinion que pour ma part je ne suis pas loin de partager.
Les initiés connaissent ses albums avec son groupe familial « Triveni ». Les français l’avaient aussi découvert aux côtés du contrebassite Israélo-New-yorkais ( comme lui), Omer Avital ou encore lors d’un mémorable trumpet summit organisé à Marciac il y a deux ans.
Si on lui connaissait la verve d’un trompettiste post hard bop, saignant et brillant, Avishai Cohen s’était aussi un eu « institutionnalisé » et avait participé, sur le label ECM au sublime album enregistré aux côtés du saxophoniste Mark Turner ( « Lathe of Heaven »). C’est d’ailleurs à cette occasion que Manfreid Eicher, le patron du label allemand était littéralement tombé sous le charme de ce trompettiste exceptionnel.

C’est donc sur le germanique label qu’Avishai Cohen signe aujourd’hui son nouvel album dans une démarche très intimiste et très forte puisqu’elle est liée à la mort de son père. Durant les six mois qui ont suivi son agonie, le trompettiste a écrit, beaucoup autour de la souffrance pour exorciser le silence inéluctable qui allait désormais à présent remplacer la propre voix de son père.
Cet album chargé d’émotion mais toujours sans aucun pathos ni mélodrame est une pure merveille d’écriture, d’osmose et de douce sérénité.


Avishai Cohen : « C’est quelque chose que je voulais exprimer. L’idée de ce silence qui s’installait. Je ne pouvais pas mettre de mots dessus, juste de la musique qui pour moi exprimait au mieux ce que je ressentais alors »

Les DNJ : « comment as tu fais pour faire passer cela aux musiciens qui t’accompagnaient durant ces sessions ? »

A.C : « J’ai un peu parlé individuellement avec chacun. Mais surtout chacun y a mis de ses propres expériences personnelles. Comme Nasheet par exemple qui a aussi vécu la mort du père. Ou encore avec Yonathan Avishai. Tu sais, je le connais depuis l’âge de 12 ans et depuis toutes ces années, nous jouons ensemble. Alors forcément il connaissait très bien mon père et comprenait intimement ce que j’avais écrit, ce que je voulais exprimer. Mais pour revenir à ta question je n’ai pas réuni les musiciens en leur donnant les partitions et en leur demandant de jouer. Il y a forcément autre chose, une part d’eux-mêmes dans ces émotions qui étaient les miennes. Mais ce que je voulais dire, c’est plus que ce que la musique elle-même peut exprimer »

Les DNJ : « tu joues habituellement avec ton frère et ta sœur. Leur as-tu fait écouter l’album. ? »

A.C : « Oui. Je ne sais pas si mon frère l’a fait mais je sais que ma sœur l’a écouté. Elle a trouvé qu’il manquait quelque chose de mon père. Et j’ai aujourd’hui compris ce qu’elle voulait dire »


L’album d’Avishai Cohen surprend par la nouvelle direction que semble prendre le trompettiste. Alors qu’on le connaissait dans l’incroyable énergie que ce familier des jams du Smalls, ce petit club New Yorkais, déploie avec force dans des registres post bop, c’est ici un son, un sens de l’harmonie qui nous enveloppe. Un calme et un silence rempli de musique qui s’installe dans l’album.
Parenthèse dans la carrière d’Avishai ou vraie rupture ?

A.C : « Je crois qu’effectivement cet album correspond à une évolution dans laquelle je souhaite aller et qu’ECM m’offre la possibilité de réaliser. Je me situe dans une démarche dans laquelle je souhaite désormais plus écrire et y mettre plus de moi-même. J’ai adoré par exemple les arrangements que j’ai apporté pour le SF Jazz Collective. Aujourd’hui je sens qu’il est temps pour moi de jouer autre chose, autrement. Je veux aussi donner plus de place à l’écriture pour piano. C’est une autre part de moi qui prend naissance ici ».

Alors que l’on entendait chez Avishai Cohen le mordant des saxophonistes flamboyants, ce que l’on entend ici c’est l’ampleur du son, beaucoup plus relâché, beaucoup plus dans le temps et moins dans l’urgence. Mais au fait quelles sont les grandes influences d’Avishai Cohen.

A.C : « Je peux te citer Lee Morgan, Clifford Brown, Kenny Dorham, Thad Jones, Art Farmer, Don Cherry »

Les DNJ : « Tu as déjà joué avec Roy Hargrove . C’est quelqu’un qui compte pour toi ? »

A.C : « Ma rencontre avec Roy est de celle qui ont changé ma vie. Pour moi jouer à côté de Roy Hargrove a été un choc, une vraie leçon de swing ! Je ne m’en suis jamais vraiment remis »

Les DNJ : « ton père vivait en Israël ou aux Etats-Unis ? »

A.C : « Il a passé 10 ans à New-York mais ensuite il est retourné vivre là-bas »

Les DNJ : « et toi tes racines sont où ? »

A.C : « un peu des deux côtés même si j’essaie de m’affranchir de ces notions »


Les DNJ : « Tu es lié à la scène juive de New York »

A.C : « Absolument pas. Je les connais. je m’intéresse à leur musique. J’adore John Zorn mais je raisonne absolument pas en terme de communauté. Ce n’est pas du tout un référentiel pour moi »

Le père d’Avishai Cohen vivait entre deux mondes. Sans être musicien lui-même, Avishai Cohen nous expliquait que la musique emplissait leur univers. Que le jazz était omniprésent à la maison.
Avec la mort de son père, Avishai Cohen semble s’inscrire aujourd'hui dans une sorte de rupture. Comme si humainement et musicalement l’insouciance de son jeu laissait la place à une forme de maturité musicale.
Il faut absolument se plonger dans cet album. Le chant de la trompette d’Avishai Cohen y est ample et superbe. Sa musique monte au ciel. C’est son plus bel hommage.

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 19:39
Jazz From America on disques Vogue : Entretien avec Daniel Richard

Coup de projecteur sur la production 1951-56

Les lecteurs des DNJ ont déjà pris connaissance de la sortie du coffret Jazz from America on Disques Vogue (chez Sony Music) qui présente en 20 CD 41 albums originaux diffusés par le mythique label français entre 1951 et 1956. « Un panorama qui impressionne par sa qualité », écrivait Jean-Marc Gélin.

Co-réalisateur du coffret avec François Lê Xuân, Daniel Richard nous en dit plus sur la genèse de cette œuvre patrimoniale qui doit figurer dans la discothèque de tout amateur de jazz digne de ce nom.

Les DNJ : Pourquoi avoir retenu cette courte période ?

Daniel Richard : Nous avons souhaité démontrer la diversité de la production de Vogue dans cette période de six ans. Les trois patrons de Vogue, label fondé en 1947, Léon Cabat, Charles Delaunay et Albert Ferreri sont des collectionneurs qui adorent tous les jazz et le démontrent en « passant à l’acte ».On retrouve aussi bien du blues, du gospel, du be-bop, du boogie-woogie, du New Orleans revival, du cool et même l’avant-garde avec ce trio de Red Norvo où figurent Charles Mingus et Tal Farlow.

-En quoi cette période est déterminante dans l’histoire du jazz enregistré ?

-On se trouve à une époque où apparaît un nouveau support, le microsillon- le premier 25 cm date de 1948- et où les 78 tours sont toujours disponibles, ils disparaîtront en 1958. Vogue va sortir en France des albums publiés aux Etats-Unis en piochant dans les labels indépendants (Aladdin, Commodore, Dial, Fantasy, Blue Note….) et en apportant sa propre touche graphique avec des pochettes dessinées signées Pierre Merlin, surtout, mais aussi Michel David, Pierre Noury ou même Charles Delaunay pour un album de Sidney Bechet. Les albums qui sortent en France chez Vogue sont aussi bien des disques d’actualité chaude tout juste sortis aux Etats-Unis –un Chet Baker dans les bacs à New York en juillet 1953 disponible en septembre à Paris chez Vogue- que des 78 tours repris sous microsillon comme des Jelly Roll Morton ou des Tatum.

-Quels furent les grands succès parmi ces disques ?

-Le premier album publié par Vogue et consacré à Sidney Bechet a été bien accueilli. Le disque de Mahalia Jackson, des sessions de 1947 à 1950 publiées originellement sous le label américain Apollo, a fait un tabac. Vogue a aussi été le premier label à publier en France le bluesman John Lee Hooker. Mais l’objectif des patrons de Vogue n’était pas du tout commercial, même si leurs disques étaient aussi distribués au Royaume-Uni et en Scandinavie.

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand

41 albums originaux en 20 CD

Noël ! Noël ! C’est encore Noël avant l’heure qu’on vous dit !

Le label Legacy a eu en effet cette merveilleuse idée d’éditer dans un coffret de 20 CD, quelques-uns des enregistrements originaux du très célèbre label Vogue. Avec Charles Delaunay aux commandes les éditions Jazz-Disques (Vogue, Jazz-Selection et Swing) avaient en effet, dans les années 50 un directeur artistique de luxe dont l’éclectisme gourmand le disputait à sa connaissance encyclopédique du jazz. Qui d’autre mieux que lui pour éditer dans la même foulée des albums de Duke Ellington, Mahalia Jackson, Wynonie Harris, Stan Getz, Red Norvo, The Spirit of Memphis quartet, Artt Tatum, Charlie Christian, Dixiland Jubilee, Charlie Parker, Originators of Modern Jazz, Erroll Garner, Kings of Boogie Woogie, Jerry Roll Morton, Dave Brubeck, Miles Davis, Red Norvo, Gerry Mulligan, Chet Baker, Syndey Bechet et enfin Lester Young.

Grâcve aux accords que delaunay avaits pu nouer avec des labels étrangers Vogue pu ainsi constituer un ilpressionant catalogue où les productions maisons côtoyaient les éditions d’Outre Atlantique. C’est ainsi que les Français purent profiter des accords passés avec Blue Norte, Dial, Aladdin ou encore Pacific Jazz

Legacy, sous la direction de Daniel Richard et François Lê Xuan a la bonne idée de rééditer ces albums avec la pochette originale dont les fameux dessins étaient notamment signés Pierre Merlin qui marquait de sa superbe signature des couvertures pleines d’à-propos et d’humour à l’image de cette couverture très drôle et un poil irrespectueuse de Jerry Roll Morton.

Ce panorama du jazz impressionne encore par la qualité de ce qui compose ce coffret.

Un cadeau essentiel à mettre au pied du sapin et à mettre absolument entre toutes les mains.

Jean-Marc Gelin

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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 07:06
YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre

Quelque part avant le grand rush de l'été dans le salon d'un hôtel parisien près de Bastille. Le 8 juillet. Yaron et moi on se connait depuis quelques années. On est pas dans le cérémonial. Straiight to the point. Je le sais très sensible à la moindre critique.Très grande sensibilité d'artiste qui a le coeur à plaire à tous. Charmeur, brillant et surtout animé d'une profonde reflexion sur lui même et sur la musique. Artiste libre et sans concession.

Deux mois avant la sortie de "Everyday" chez Blue Note, et avant sa grande scène à La Villette le 10 septembre à Paris, rencontre avec un pianiste qui n'a jamais semblé aussi inspiré qu'aujourd'hui, ni aussi moderne.

A l'image d'un Robert Galsper ?

Yaron Herman : Je suis flatté que tu me compares à des gens comme lui. Mais pour te dire, je n'ai pas vraiment une réflexion où je me dit il faut absolument que cela rajeunisse. Mais c'est ce que je ressens. Il y a des influences divers et variées que j'essaie de faire tourner autour de l'axe immuable qu'est l'improvisation. C'est l'essence de la musique que j'aime. Mais il faut faire attention, car ce n'est pas choix du répertoire qui rajeunit le genre. Ce qui le rajeunit c'est vivre dans l'instant. Cette capacité à garder la fraîcheur et à renouveler l'instant présent.

Les DNJ : Puisque nous parlons d'influences, il y en a une qui m'a semblé très marquante dans ton dernier album ( Everyday), celle de Radiohead.

YH : Oui, c'est clair ! J'aime tellement leur musique que je voulais l'intégrer un peu plus dans mon univers. Nous sommes les enfants du même creuset. De la fragmentation d'une même lumière. C'est cela que je cherche.

Les DNJ : Tu as mis des voix sur Volcano, c'est la première fois que tu intègres des chanteurs à ton travail ?

YH : Je me suis rendu compte qu'il y avait quelques mélodies qui se prêtaient bien à cela. La voix, notamment sur Volcano apporte un côté très "poppy" que j'adore.

Les DNJ : C'est un début ?

YH : En tous cas c'est un format que j'aimerai vraiment approfondir. La voix a sa place non seulement en tant que lead mais aussi, comme cela est le cas dans l'album pour contribuer au background, pour accentuer les détails, à peine perceptibles à certains moments.

Les DNJ : Lorsqu'on lit des papiers sur toi on entend toujours la référence à Keith Jarrett. Ce n'est pas quelque chose qui t'agace à la longue ?

YH : Je trouve cela un peu facile. C'est vrai que depuis mes débuts, cela a toujours été quelqu'un pour qui j'ai un amour débordant. Je suis fier de cette affiliation.Après tout nous avons tous une origine, on ne vient pas de nulle part. Mais en même temps, un peu d'effort quand même ..... J'ai l'impression quand j'écoute " Everyday" qu'il y a toutes ces années de travail qui y convergent. C'est un long chemin qui continue d'ailleurs, tous les jours. Tous les jours je me demande comment je peux aller à l'essentiel. Comment être encore plus authentique. Encore plus dans l'instant présent. Et ce qui me plaît sur cet album, du fait de la façon dont il a été conçu, largement improvisé, c'est que j’entends cette spontanéité.

YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre

Les DNJ : Comment l'avez vous conçu ?

 

YH : Ziv ( Ravitz) était de passage, 2 jours à Paris. Je lui ai proposé que l'on se voie en studio. Je lui ai dit que j'avais ecrit quelques thèmes et que j'aimerai voir avec lui en studio comment cela tourne. Le but c'était, si cela devait bien fonctionner que je retravaille les morceaux et les arrangements pour enregistrer six mois plus tard. On s'est rendu compte qu'il se passait ce jour-là quelque chose de spécial. Quelque chose de très fort. Il n'y avait rien à ajouter. C'est devenu l'album.

 

Les DNJ : Alors que Bill Evans disait que pour un pianiste c'était la relation avec le batteur qui était le plus difficile, il semble que toi tu aies résolu cette équation.

 

YH  : Avec Ziv, oui, absolument. J'ai trouvé avec lui l'acceptation de ce qui peut se passer à tout moment, un amour de cette musique ouvert à tous les styles et tous les sons qu'ils viennent du proche-orient ou du jazz New-Yorkais ou les sons africains....

 

Les DNJ : Mais dans ta relation avec le batteur, c'est ce dernier qui est à l'écoute du pianiste, pas le contraire....

 

YH: Avec Ziv ce n'est pas comme cela. Cela interragit tout le temps. Il lance des idées et l'impulsion ne vient pas toujours de moi. Presque un tiers de l'album est conçu comme cela.

 

Les DNJ : Comment vous êtes vous rencontrés ?

 

YH : On s'est connus à Jazzahead il y a 7 ou 8 ans puis on s'est revus souvent et nous sommes devenus de très bons amis, un peu comme un frère. Cela fait le 2ème album que l'on fait ensemble.

 

Les DNJ : Tu prends le parti de rester exclusivement en acoustique. Tu as des réticences pour le fender ?

 

YH :  Pour le moment je n'ai pas le sentiment d'avoir fait le tour de ce que je peux exprimer au piano et d'avoir utilisé toutes ses potentialités. Ce qui ne m'empêche pas dans l'album de faire intervenir des sons electro par exemple. Sur Everyday, j'essaie d'explorer d'autres choses au piano ou même dans With Open Hands où je ne joue que de la main droite.

Je pense que je n'ai pas encore exploré suffisamment de nuances au piano. Pour moi la modernité ne passe pas par les sons du fender mais par ce que l'on exprime. Pour moi être moderne c'est dans l'approche, dans l'intention et pas forcement dans les outils.

 

Les DNJ : On te voyait moins ces derniers temps....

 

YH : Pourtant j'étais là. Mais il est vrai que j'avais besoin d'un peu de recul. De poser mon regard sur ce que j'ai déjà accompli et ma réflexion sur le chemin que je souhaite emprunter. Une réflexion plus axée sur moi.

 

Les DNJ : Jeter ce regard rétrospectif et se demander où l'on va, c'est la grande angoisse des artistes ?

 

YH : Cela peut être angoissant si l'on considère que c'est un drame. Moi je ne le crois pas. D'où la nécessité de prendre un peu de recul pour revenir avec plus de lucidité,  de calme et de joie. Il faut sortir de cette obligation d'avoir à faire des albums, pour faire l'actualité, pour faire des concerts. Maintenant ce qui m'intéresse c'est d'aller à l'essentiel. Dans ma vie personnelle, cela veut dire être heureux tout simplement, et rendre les gens autour de moi heureux. Des choses simples mais essentielles et que l'on a tendance à oublier surtout quand on est sur un train qui file à toute allure.

 

Les DNJ: Je me souviens de ce concert que tu avais donné un jour en province en première partie de Keziah Jones. Les gens n'étaient pas là pour toi mais pour la pop star. Tu as déroulé ton concert sans concession. Les gens au début parlaient, n'écoutaient pas vraiment mais tu es resté droit dans tes choix, les assumant jusqu'au bout et jusqu'à ce qu'au final le public soit totalement captivé et conquis. Cela m'avait beaucoup marqué.

 

YH : Mais le truc c'est que je ne vois pas d'autre option que de continuer ma route coûte que coûte. Bien sûr on ressent les ondes. Mais il faut faire attention parce que parfois tu as des salles où le public surréagit (positivement) mais sans avoir vraiment écouté. Et  parfois ce n'est pas parce que le public ne réagit pas qu'il n'est pas dans ta musique. J'ai fait cette expérience au Japon. Je croyais qu'ils s'en foutaient. Mais pas du tout ! Ils attendent, ils digèrent, ils sont dans l'écoute. Donc finalement mon boulot n'est pas de savoir comment cela va être reçu mais juste de donner. Je n'attends rien, sincèrement mais je suis là pour partager et donner toujours le maximum à chaque instant, avec les musiciens qui sont avec moi sur scène.

 

Les DNJ  : Tu as des souvenirs marquants de concerts qui t'ont renversé ?

YH : Pleins. Ne serait-ce qu'au tout début lorsque je jouais à la Fontaine ou au squat de la rue de Rivoli. J 'y ai passé des moments mystiques, de réelle communion.  Ces moments où l'on est tous lévitation. C'est ce pourquoi je fais de la musique. Je me souviens aussi de ce moment à l'église de St Germain, là aussi c'était magique.

 

Les DNJ  : Comment travailles tu ?

YH : D'abord je travaille beaucoup. Tu ne peux pas devenir un grand musicien sans travailler. Quand je sais que Coltrane dès la moindre pause travaillait son instrument et quand je me rend compte que je suis loin du talent de ces musiciens, cela veut dire que je dois travailler mille fois plus. Cela n'a rien a voir avec le performance mais avec mon train de vie. Je le dois pour atteindre cet état qui est au delà même du piano. Je travaille le piano d'abord pour toutes les raisons logiques qui t'amènent à progresser mais aussi pour l'explorer, pour parvenir aux nuances, aux sons, pour établir le contact avec ce que j'ai vécu.

 

Les DNJ  : Tu parles d'aller à l'essentiel. Beaucoup de musiciens pensent pour aller à l'essentiel il faut épurer au maximum. Or je ne trouve pas que ton album soit particulièrement épuré.

 

YH :  Dans épuré j'entends le mot "pur".  Mais pur ne veut pas dire minimaliste. Cela ne veut pas dire " rien". Pour moi " pur" c'est riche.

 

Les DNJ  : Je pensais à des pianistes comme Abdullah Ibrahim ou Ran Blake

 

YH : Ils vont à l'essentiel mais cela n'a rien à voir avec la quantité de note.  Si tu fais référence à la musique soit disant conceptuelle où tu joues une note tous les 1/4 d'heure, elle n'a rien de "pure". Ce silence-là est pour moi un silence vulgaire. Il y a du silence profane et du silence sacré comme celui que tu rencontres lorsque tu vas dans une église. La musique de ces deux géants  est de cet ordre-là.

 

Les DNJ : Comment cela se passe t-il en concert, lorsque tu es dans le processus d'improvisation et que le silence prend place et que l'idée suivante n'arrive pas. Comment fais-tu face à ce blanc ?

YH :  Le blanc c'est justement ce qui contient toutes les couleurs. Je l'accepte. mais après on est sur scène et il faut avancer. Nous avons des outils pour cela. Par exemple lorsque je suis confronté à cela il peut m'arriver de ne garder que la main gauche, de jouer une seule note. Cette note va alors m'en emmener une autre et ouvrir d'autres portes. Il faut considérer que c'est de la matière. Idéalement je ne dois pas avoir de choix, les choix se font pour moi. idéalement bien sûr. Je suis un organisme vivant que je vois évoluer de manière naturelle. Un peu comme un architecte.

En fait la musique ne nous appartient pas. Nous ne sommes que des facilitateurs.

 

Propos recueillis par Jean-Marc GELIN

 

YARON HERMAN sera en concert le 10 septembre à La Grande Halle de la Villette à Paris  http://www.jazzalavillette.com/evenement/16313

 

Sortie de l’album “ Everyday” le 8 septembre chez Blue Note.

YARON HERMAN ou le Flux essentiel, rencontre avec un pianiste libre
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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 20:30

 

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Laurie Pepper a été la dernière compagne du grand saxophoniste Art Pepper.

Ils s’étaient rencontrés au centre de désintoxication de Synanon en Californie en 1969 et ne se sont plus quittés jusqu’aux derniers souffles du saxophoniste en juin 1982. Si Laurie Pepper avait largement contribué à aider Art dans l’écriture de sa célèbre autobiographie ( Straight Life), c’este elle qui aujourd’hui raconte la sienne, sans fard et sans pudeur dans un livre aussi passionnant qu’émouvant.

 

Rencontre avec Laurie Pepper......

 

 

 

 

 

JMG : Pourquoi avoir attendu si longtemps pour écrire ce livre ( Why I stuck with a junkie jazzman) ?

 

LP :  En fait c'est un livre que j'ai commencé il y a environ 12 ans. J'y ai donc travaillé dessus sur une période assez longue.

 

JMG :  Vous pensiez que c'était le bon moment pour écrire ce livre ?

 

LP : Oui mais vous savez ce que c'est. Lorsque vous n'êtes pas vous même un écrivain et que vous n'écrivez pas tout le temps, cela prend beaucoup de temps pour arriver à en faire quelque chose de présentable et surtout pour commencer ce travail que bien sûr j'avais en tête depuis la mort d'Art en 1982.

 

JMG : Est ce une sorte de renaissance après tout le travail que vous aviez fait sur « Straight Life » (*) ?

 

LP : Oui, absolument.

 

JMG : Comment vous sentez vous après avoir écrit ce livre ?

 

LP : Je ne peux pas avoir le même sentiment que celui que j'avais après avoir écrit Straight LIfe. Lorsque j'ai écrit ce livre avec Art, j'avais le sentiment d'une petite mort lorsqu'il est sorti parce que, comme je le dis dans mon livre " c'était le meilleur job que j'ai jamais eu dans ma vie". Avec " Why I stuck" c'est autre chose. Je n'ai pas la même impression. D'abord parce que lorsque j'ai écrit Straight Life avec Art, je pensais que ce serait la seule et unique fois que j'écrirais un livre comme celui-là.

 

JMG : Quand vous l'avez rencontré à Synanon, pensez vous avoir sauvé sa vie ?

 

LP : Non, je ne sais pas, je ne peux pas le dire. J'écris dans le livre que si cela n'avait pas été moi cela aurait très bien pu être quelqu'un d'autre. Parce que tout simplement il cherchait quelqu'un qui pouvait sauver sa vie. Mais en fait il a toujours cherché, tout au long de sa vie quelqu'un qui pourrait le sauver. Mais je pense que lorsqu'il m'a rencontré il a pensé que je pourrai le sauver. je ne savais pas à l'époque que c'était le job qu'il avait en tête pour moi. J'ai réalisé cela plus tard.

 

JMG : Pouvez vous nous expliquer l'influence que vous avez eu sur la musique d'Art Pepper après que vous l'ayez rencontré à Synanon pour vivre ensuite près de 20 ans avec lui ?

 

LP :  Je ne sais pas si c'était une bonne chose ou non mais, oui effectivement j'ai eu une grande influence sur la musique d' Art. D'abord parce qu'il y avait certains types de musiques que j'aime et que je lui ai fait partager. Je l'ai influencé aussi au travers de mes encouragements. Je voulais qu'il joue plus de blues et de ballades que j'aimais. Vous savez il était très influencé par Coltrane. Mais de mon côté je trouvais que cette art-1.jpgmusique était dure à suivre. Art etait dans un état d'esprit où il voulait me plaire. Il savait que j'aimais les choses un peu funky, les jolies mélodies et il a répondu à cela.

 

DNJ :Vous pensez donc qu'après votre rencontre, sa façon de jouer a changé ?

 

LP : Je vous l'ai dit je pense que j'ai eu une influence. Maintenant je ne saurai jamais ce qui se serait passé dans l'évolution de sa musique si nous ne nous étions pas rencontrés. Peut être aurait elle été la même. Ce que je sais c'est que Art était très attentif aux goûts de ceux qu'il côtoyait. Particulièrement les femmes à qui il voulait plaire. Et à ce moment là cette femme c'était moi. Je ne sais pas quelle a été mon influence mais je sais bien qu'il a alors commencé à jouer beaucoup plus de blues et de ballades. Dans les albums que j'ai récemment édité, il y en a un en live au Ronnie Scott en 1980. A un moment, à la fin de l'album on entend une femme dans la salle qui crie " joue du blues !". C'était moi.

 

JMG : en fait vous êtes devenue le vrai manager d'Art Pepper

 

Retrouvez ici la suite de l'interview de Laurie Pepper : " why I stuck with a junkie jazzman"

 


Propos recueillis par Jean-Marc Gelin en octobre 2014

 

 ART: Why I Stuck with a Junkie Jazzman
Laurie Pepper
358 Pages
ISBN: # 978-1494297572
Art Pepper Music Corporation
2014

 

 

 

 

 

(*) Laurie Pepper est en fait celle qui avait largement contribué aux côtés d'Art Pepper à écrire l'autobiographie du saxophoniste, "Straight Life"

 

 

 

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 08:25

 

 courvoisier.sylvie.jpg

 

La pianiste suisse était hier à Paris pour un concert qu'elle donnait à la Dynamo à Pantin. Elle y présentait son nouveau projet avec son violoniste de mari, Mark Feldman, Scott Colley à la contrebasse et Billy Mintz à la batterie.

 

 

Les DNJ : C'est une formation originale que vous présentez ici. Un quartet inédit pour vous ?

 

 

Sylvie Courvoisier : Effectivement c'est une toute nouvelle formation. Nous souhaitions avec Mark apporter une couleur beaucoup plus jazz à notre musique. Mark avait déjà en tête de faire quelque chose avec Scott. Il apporte beaucoup de profondeur à la musique et il apporte aussi son sens du blues qui nous manquait peut être. Quand à Billy Mintz, c'est un batteur au feeling incroyable mais trop peu connu ici. Il est d'un très grande inventivité. Nous avions déjà joué en quartet avec lui et Thomas Morgan.

 

 

 

DNJ : Votre précédent album en duo (avec Mark Feldman) a été très bien accueilli par les critiques. Vous jouez avec Mark Feldman depuis de nombreuses années. Qu'est ce qu'il y avait de spécial dans cet album que vous n'aviez pas exprimé avant ?

 

SC : Je crois surtout que c'est la magie du live. L'album a été enregistré en public et nous y avons apporté un soin tout particulier au mixage pour qu'il n'apparaisse justement pas comme un live. Par exemple nous avons cherché à gommer tous les applaudissements. C'est quelque chose qui me fait horreur, quand j'entend ces albums et que l'on entend les applaudissements du public entre chaque morceau. Et puis nous avons fait aussi un gros travail sur le traitement du son. Du coup il y a je crois dans cet album la magie de la scène, la spontanéité de ce que nous disons mais comme si cela avait été enregistré en studio.

 

DNJ : Quelles sont les influences que vous revendiquez aujourd'hui dans votre jeu ?

 

SC : La question des influences est délicate. J'ai bien sûr des gens, des pianistes que j'adore mais que je mets un point d'honneur à ne pas " imiter". Je revendique bien sûr des influences comme celles d'Amhad Jamal. Mais aussi et surtout Keith Jarrett qui est quelqu'un que j'adore absolument. Pourtant j'essaie vraiment de me dégager de son influence. Et c'est cela qui est vraiment difficile.

 

 

DNJ : Quel est l'accueil que votre musique reçoit aux Etats-Unis ?

 

SC: Il est très bon. Mais vous savez nous jouons très souvent à New-York dans quelques lieux comme Le Stone où nous bénéficions d'un cercle de fans absolus, de gentils fous qui  nous sont totalement dévoués. Ils vont même parfois jusqu'à créer leur propre label et à produire eux-mêmes nos propres albums. C'est incroyable parce que ce sont des gens dont ce n'est pas le métier, qui ont un  job par ailleurs....

 

DNJ : C'est la constellation de la planète Zorn ?

 

SC : Oui en grande partie

 

DNJ : cette appartenance à la planète Zorn n'est elle pas être parfois enfermante ?

 

SC : En tous cas moi et Mark nous ne le vivons pas comme cela. Nous adorons jouer avec John ou jouer sa musique tout simplement. Dans le dernier album que nous avons réalisé avec Scott et Billy c'est vrai que vous retrouvez pas mal de compositions qui portent un peu sa marque, son esthétique comme les "3 Cards for capitaine".

 

 

DNJ : Oui et jusqu'au titre de l'album ( "Birdies for Lulu")

 

SC : Ah oui c'est vrai vous pensez à l'album News from Lulu ! Mais en fait figurez vous que Lulu,.....c'est mon chat.

Mais pour en revenir à l'influence de Zorn j'ai l'impression de m'en dégager aussi lorsque je fais mon album en trio avec Kenny Wollesen et Drew Gress.

 

DNJ : Kenny Wollesen est quand même un pilier du dispositif de John Zorn !

 

SC : Oui mais pas du tout Drew. Ni même Scott Colley. C'est comme cela que nous ouvrons notre musique à une autre forme de jazz tout en gardant l'identité de la musique que nous aimons jouer. En intégrant des musiciens qui n'ont rien à voir avec cette histoire et qui apportent une personnalité différente.

 

DNJ : L'album que vous sortez aujourd'hui n'est d'ailleurs pas sur le label de Zorn ( Tzadik)

 

SC : Non il est sur un label suisse (Intakt). Il a été enregistré à New-York par James Farber qui est aujourd'hui l'un des plus grandes références.

 

Intakt records - Birdies for Lulu

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DNJ : Un label suisse ? Justement quel accueil reçoit votre musique dans votre pays ?

 

SC : Pratiquement aucun. Vous savez je suis installée à New-York depuis 1998. Cela fait longtemps que j'ai quitté la Suisse et je ne sais plus trop ce qu'il s'y passe aujourd'hui.

 

 

Propos receuillis par Jean-marc Gelin

 



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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 10:19

 

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14 juillet à Porquerolles. Du haut du Fort Ste Agathe on entend Anna Carla Maza faire ses balances avec Vincent Segal . Nous surplombons la baie de porquerolles aux couleurs  bleues turquoise.

2014 3932

 

 

David Krakauer le maître New-Yorkais du jazz New-Yorkais m’accueille dans les loges et me reçois dans un français impeccable même si l’interview mêle allègrement la langue de Voltaire et celle de Shakeaspeare.

David Krakauer est à l’image de sa musique : prolixe, généreux, amoureux des choses et des mots. Il se dégage de lui un amour de l’humanité.

Avec nous il survole son nouveau projet ( Ancestral Groove), qui vient prendre la suite de son précédent groupe, Klemzmer Madness et Abraham Inc.

Il le sait, il va encore une fois enflammer son public, aujourd’hui celui de Porquerolles qui, avec le bouillonant et génial clarinettiste viendra clôturer en dansant le festival qui ce soir là avait sur scène les véritables couleurs du feu d’artifice.

 

DNJ : C'est la première fois que tu viens à Porquerolles. C'est un lieu qui tinspire ?

 

 

David Krakauer : on ne peut pas être humain sans être touché par ce lieu magnifique. Cette vue, la mer, ce château magnifique c'est superbe. Cela fait une parenthèse extraodinaire sur le chemin de mes tournées.

 

 

DNJ : Ce soir tu vas jouer ton nouveau projet Ancestral Groove, et donc bien sûr ta musique essentiellement tournée sur la musique Klezmer. Comment abordes t-on un concert comme cela par rapport à un public qui n'a pas cette culture ?

 

DK : Mon groupe s'appelle Ancestral Groove. Avant c'était Klezmer Madness mais je trouvais que cela ne reflétait pas mon projet car je ne suis pas quelqu'un qui ne joue pas de la musique klezmer traditionnelle. Bien sûr je suis inspiré par les grands maîtres comme Naftule Brandwein par exemple mais c'était des musiciens des années 20. Je ne suis pas un nostalgique. Je suis plutôt dans l'exploration de mon patrimoine dans l'exploration des émotions très fortes de mes ancestres. J'ai trouvé que "Klezmer Madness" c'était finalement trop spécifique, trop étroit. Là dedans il y a tout mon amour pour le jazz sans quil ne sagisse simplement de coller le jazz avec le Klezmer. Avec Klezmer Madness il y a toute l'histoire que nous avons écrit avec So Called autour du Klezmer en ajoutant des samples et aussi tout ce que nous avons fait avec Fred Wessley autour du funk où nous avons créé une vraie rencontre entre le monde juif et le monde afro-américain. Tout cela, comme les rencontres avec  le répertoire de John Zorn, fait partie de ma propre histoire. Les premiers albums chez Tzadik et le Radical Jewish Culture, ce sont aussi des moments fondateurs pour moi. Lorsque j'ai sorti mes 2 premiers albums de Klezmer Madness et Klezmer New-York, je les ai fait écouter à mon ami Alex Dutilh ( Producteur de Open Jazz sur France Musique et alors rédateur en Chef de Jazzman). Il m'avait proposé de les faire jouer au Festival à Amiens en 1999. J'ai joué là-bas et tout de suite j'ai commencé ma collaboration avec Label Bleu. Ma carrière en France a commencé avec ces deux premiers disques sortis chez John Zorn. ET ensuite comme tu peux le voir beaucoup de chose ont contribué à la constitution de mon propre patrimoine musical. Mais dans le projet Ancestral Groove, il ne sagit pas que de mon patrimoine mais aussi de celui de mes ancestres.

 

 

DNJ : Revenons sur cette collaboration avec Fred Wessley. A t-elle marqué un tournant dans ta façon de voir l'évolution de ta propre musique ?

 

 

DK : Cette rencontre est importante. Elle a commencé surtout avec ma collaboration avec So Called. J'ai rencontré p Called en 2001. C'etait  un jeune homme d'une 20 aine d'années.

Il m'avait proposé d'écouter un disque qu'il avait gravé dans son sous-sol à Montréal ( "Hiphopkhasene") et je me suis dit : franchement la musique pour Pâques juive avec des boucles de hip hop, ça va pas être très très bon. Mais j'aimais beaucoup ce garçon alors j'ai écouté son disque.

(.../... lire la suite ici : DAVID KRAKAUER ET LA MODERNITÉ DES ANCESTRES)

 

 

Interview David Krakauer réalisée par Jean-Marc GELIN le 14 juillet 2014 dans le cadre de Jazz à Porquerolles

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 21:00

 

    

À l’occasion de la sortie de son dernier album  «  Birds requiem » nous avons rencontré Dhafer Youssef. Je joueur d'Oud et chanteur Tunisien est revenu pour nous sur sa vision de la musique, sur son chant et sur ses inspirations Soufie ou plutôt devrions-nous dire mystiques.

Naviguant entre la france, la Tunisie, l'Autriche, la Turquie ou la Norvège, c'est un Dhafer Youssef citoyen du monde serein et tranquille que nous avons rencontré.

 

(A retrouver aussi demain sur l'émission d'Alex Dutilh, Open Jazz sur France musique à 18 h sur France Musique)

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Que représente cet album pour toi dans ta discographie

 

DY : C’est un moment de mon évolution personnelle. Chaque album est une étape. Je le trouve que c’est l’album du commencement de ma maturité. Comme artiste et surtout comme être humain. Un artiste n’est pas divisé entre son travail d’artiste et son travail,d’être humain. Les deux se confondent. Cet album est arrivé à un moment où je me suis senti obligé de travailler avec ces musiciens-là. Mais je ne sis pas dans une démarche où je fais un album par besoin de me justifier en tant qu’artiste.

 

DY : Tu évoques une dimension cinématographique de ton travail. Pourquoi ?

Je pense ma musique comme évocatrice d’images. En tout cas c’est comme cela que je compose, en voyant des cènes qui se passent dans un théâtre ou dans un film. Mais il y a une suite dans l’album, une sorte de leitmotiv.

 

Quelles étaient les images que tu avais en tête ?

 

DY : Je sortais d’une période où ma mère était en très mauvaise santé. Du coup j’étais très mélancolique. Pas triste mais j’étais entrain de dire au revoir à ma mère sans réellement savoir si elle allait me quitter demain ou après-demain. Cela m’a donné une force incroyable. Un peu comme si je prenais l’humanité de ma mère pour me renforcer. UN peu comme boire chaque gorgée de vin, chaque goutte de bonheur que je voulais dédier à ma mère mourante. Mais en même temps je ne voulais pas vraiment lui dédier l’album parce que je sentais que je l’avais déjà fait.

 

Quand tu écris Hyme to the absent, c’est en référence à ta mère ?

 

DY : Depuis le moment où tu a s eu le master , j’ai changé le titre. Il s’appelle maintenant Sweet blasphemy ( Doux Blasphème). Mais je ne voulais pas être trop direct dans cet hommage à ma mère. Je ne veux pas évoquer directement et imposer une idée ou des images à celui qui écoute. Je veux qu’il se sente libre d’imaginer ce qu’il veut.

 

Il pourrait donc n’y avoir aucun titre à tes morceaux ?

 

DY : Exactement . mais pourquoi ce titre ? J’étais inspiré par un livre d’Elik Shafak ( écrivaine turc). Elle a écrit beaucoup de livres très intéressants et notamment « Soufi mon amour » qui s’inspire notamment de Roumi, le prédicateur persan ( 1207-1273) qui est à l’origine du soufisme. Je chante dans ce titre un texte d’Abbû Nouwâs qui parle du vin

 

 

 

 

 

D’où le caractère blasphématoire

 

DY : Je suis né en Tunisie, un pays musulman, qui prend la voie de le devenir de plus en plus. Pourtant ma foi n’est pas seulement islamique, mes rêves ne sont pas l’Islam ou la religion en elle-même. Je vis sur ce fil étroit entre le monde de ma famille, de maa nation et l’autre partie qui est mon monde intérieur.

 

 

 

Tu parles de la distinction entre religion et mysticisme ?

 

DY : Pour beaucoup je fais juste de la musique soufie avec un peu de jazz, de classique, d’orient etc… Mais au final je ne suis pas Soufi, même si cela l’intéresse énormément. Et cela même si l’idée de ce disque est dédiée à un maître soufi. Mais je ne suis pas au service de ce maître. Je me sens très libre. Ce qui m’intéresse dans le soufisme ce n’est pas la religion mais la mystique. C’est cela qui m’intéresse chez Coltrane par exemple. Je me fiche de savoir si c’est spirituel ou pas, je veux juste que les gens s’en fassent quelque chose de très personnel, très intime, mystique ou pas.

Dans ma vie de tous les jours je suis quelqu’un de très nerveux, je cours partout, je passe ma vie à bouger. Mais dans la musique c’est une deuxième nature qui s’exprime. Dès que je joue je passe dans un  état second. Dans la vie nous avons toujours besoin de nous revendiquer. On est toujours en compétition avec les autres. Mais avec la musique je n’ai jamais ressenti cela. La musique est pour moi, source de zénitude.

 

 

 

Il y a dans l’album une vraie rencontre, celle avec Hüsnü Selendirici, le clarinettiste

 

DY : C‘était pour moi une vraie révélation. C’est pour moi, la voie de Dieu. J’ai entendu parler de lui il y a quelques années, ensuite j’ai eu l’occasion de l’écouter et ce fut pour moi un vrai choc. Il a un trio qui s’appelle Taksim Trio. C’est une sorte de maître aussi pour moi. Il a un son incroyable qui fait que tout le monde pense qu’il joue de la clarinette basse. Sa clarinette et ma voix parviennent, je pense à créer un son unique. On est un peu comme des hirondelles qui s’envolent ensemble.

 

 

Ta voix est incroyable. Tu montes dans des aigus hallucinants. Est elle enregistrée en l’état ou y a t-il du mixage ?

 

DY : Non, il n’y a rien. C’est celle que tu entends en concert.

 

Comment arrive t-on à une telle liberté vocale ? Tu travailles beaucoup ta voix ?

 

DY : Oui lorsque j’étais jeune. Mais maintenant je dois avouer que je ne le fais plus. Par contre je fais attention, à bien dormir, à bien m’alimenter.

 

   

Comment as-tu appris à chanter


......  Retrouvez ici la suite de l'interview de Dhafer Youssef

 

 

 

 

 

Sortie de " Bird requiem " le 28 octobre chez Okeh

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