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19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 11:24
MARC COPLAND DAVE LIEBMAN RANDY BRECKER DREW GRESS JOEY BARON    QUINT5T

 

 

 

MARC COPLAND DAVE LIEBMAN RANDY BRECKER DREW GRESS JOEY BARON

QUINT5T

LABEL INNERVOICE JAZZ 

SORTIE 18 SEPTEMBRE

http://innervoicejazz.com/produkt/quint5t/

https://www.jmp.fr/artistes/item/root/brecker-liebman-copland-quintet.html

 

 

 

Neuf titres dont une seule reprise d’un titre rare de Duke Elligton, enregistré en 1931 et une répartition assez égale de 2 compositions, soigneusement alternées pour quatre des musiciens de la formation. Seul le pianiste Marc Copland ne donne rien cette fois, lui qui est tout de même auteur de près de trente albums en leader!

L’alchimie entre les membres de cet “all star,” de ce quintet sans leader, est immédiatement palpable dès le “Mystery Song” inaugural de Duke Ellington, rajeuni en quelque sorte, si je peux me permettre cctte audace, avec une grande fidélité au thème. Ce qui est la moindre des choses avec pareilles mélodies. Mais nos compères, mélodistes hors pair, savent garder l’esprit, si ce n’est la lettre.

On nous intime ensuite de prendre le large, de nous envoler avec cet “Off bird” du saxophoniste Dave Liebman, drôle d’oiseau sautillant et plein d’esprit, qui s’élève en douceur, vers un point de vue aérien avant de s’accorder en duo avec son autre partenaire soufflant, jusqu’à une brusque et amusante pirouette finale.

Le temps est alors venu d’une première ballade de Drew Gress , ce “Figment” bien titré, tant elle est inventive, créative avec chacune des interventions de ces frères de son, au phrasé impeccable, au jeu jamais trop linéaire, qui savent se rejoindre dans un échange constructif. Comment ne pas suivre, ne pas être en phase, adhérer à une vraie couleur d’ensemble, un chant d’une évidence lumineuse, qui paraît simple?

Les interventions du trompettiste Randy Brecker, impérial, bouleversent, quand il étrangle les aigus, hoquète, éructe, bourdonne comme “a busy bee”. Alors que c’est le pianiste qui ferme, en douceur, à la façon d’une comptine, un peu mélancolique. Comme le poème de son ami Bill Zavatsky qui accompagne fidèlement chaque album de Marc Copland.

Broken time” est double, avec une reprise en trio, très différente, plus apaisée que la version en quintet où la rythmique harcèle les soufflants, les pousse à se démultiplier, à vibrionner avec swing! Ils vont vite avec le vent, comme le vent, sans rencontrer d’obstacles, heureux hommes volants.

Le thème de Randy Brecker qu’ils jouent souvent en quintet, “There’s a Mingus aMonk us”, réveille des effluves d’un jazz aimé, exalté et exaltant, étrange fusion entre le neuf et l’ancien, en échos légers, néanmoins perceptibles qui imprègnent la mélodie, donnent de la couleur, posent une atmosphère, donnant des fredons inoubliables.

Cet album au titre sans fioriture, QUINT5T, à la pochette précisionniste même, au sens du peintre Demuth illustrant William Carlos Williams à la manière de “I saw the figure 5 in gold” suit un montage cohérent avec des pièces aux cadences changeantes, trame d’un ensemble plus que résistant dans lequel on s’immerge très vite, dans une durée rafraîchissante et légère. 

Un jazz enjoué, qui a du corps, de la saveur et qui, dans la ballade finale, “Pocketful of change” est propice aussi à la rêverie avec un piano exquisément perlé. Comment rêver de plus beau final? 

Cette “Dream team”, belle équipe et machine rutilante, invite justement à entrer dans la danse du jeu, quel qu’il soit, à suivre une inspiration vagabonde, un cheminement buissonnier, à moins que ce ne soit l’inverse. Qu’importe, on les suit les yeux fermés, en progressant sans crainte, tout en remontant le courant du temps qui s’étire comme les ailes d’un curieux volatile. Rassérénant!

 

Sophie Chambon

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 17:00
HUMAIR BLASER KÄNZIG  1291

 

HUMAIR BLASER KÄNZIG  1291

OUTHERE MUSIC/OUT NOTES RECORDS

On a toujours autant de plaisir à écouter le tromboniste Samuel Blaser, à le retrouver dans une autre configuration, cette fois un "jeune" trio des plus singuliers, avec une rythmique sensationnelle composée de Daniel Humair à la batterie et du contrebassiste Heiri Känzig.

Trois musiciens suisses dans 1291? Un titre qui n’évoquera pas grand chose aux Français, pas toujours à jour avec leur propre histoire et géographie. Alors celles des voisins....

Ce que l’on apprend, avec cet album, sorti sur le label Out There, c’est que la création de la vénérable Confédération helvétique, remonte à 1291.

C'est un salut enjoué, humoristique à la mère “patrie” des trois comparses, qui, sans reprendre les clichés attendus de Guillaume Tell, des chalets fleuris ou du chocolat, évitent au contraire les idées reçues, même si un chant  des alpages, remontant au folklore du XVIIIème, “Guggisberglied”, fait résonner les cors de montagnes et entendre les feuilles tomber! Le dernier titre est tout de même, “Cantique suisse”, l'hymne national, antienne chère à leur coeur. Il le fallait bien tout de même, vu que très symboliquement, nos “trois petits Suisses” polyglottes sont nés dans des cantons différents : le maître des baguettes, Daniel à Genève, Samuel à la Chaux de Fonds (comme Le Corbusier) et Heiri à Zürich (il maîtrise donc le “schwizerdutsch”, clin d’oeil suprême aux voisins teutons qui ne comprennent pas grand chose à ce dialecte grasseyant et plutôt rapide).

L’expression collective est intense, essentielle, dans ce trio “osmotique” à la formule instrumentale originale (trombone/contrebasse/batterie) avec une rythmique jamais surpuissante, qui soutient, sous tend et propulse le soliste. Mais qui peut aussi ronronner tout autant que le trombone, comme si les trois permutaient leurs places. Un exemple? Ce “7even”, où l’emballement progressif du batteur est soutenu par le chant du trombone, dans une grande fluidité.

Les quatorze petites pièces, courtes et virtuoses car concentrées pour faire ressortir les mélodies de ces traditionnels, reprises blues, ou originaux qui composent ce 1291, enregistrées en février dernier, au Centre Culturel Suisse à Paris, glissent dans l’oreille et la musique s’avale facilement à grandes goulées.

Samuel Blaser peut tout obtenir de son instrument, du growl le plus attendu aux stridences atonales elles aussi espérées. Il a une qualité rare, un son moelleux, pas forcément caressant. Il conserve ainsi une touche personnelle, travaillant au mieux sa tonalité, son timbre. Une envergure de soliste qui maîtrise le sens de la construction et du motif avec une énergie tranquille, que ce soit dans du Machaut ou du Ducret! S’il y a bien un grégorien, un duo contrebasse/trombone, “Grégorien à St Guillaume de Neufchâtel”, l’inspiration dominante vient du blues dont le trio arrive à restituer l’esprit, par une écriture “arrangée” qui sonne actuelle en faisant réécouter autrement ces gemmes de temps historiques. On part de l’“Original Dixieland One Step”, le préjazz blanc de 1917 pour arriver à Ory’s Creole trombone”, jusqu’à l’antépénultième composition commune, une synthèse “ Ory’s Original Creole Dixieland Trombone One step”. Le tromboniste retrouve les émois des fanfares, l’exubérance des premiers “Marching bands” néo orléanais qui plurent tellement à “Little Louis” (Armstrong) qui entendit un jour son maître, le roi du cornet King OLIVER. Pour Samuel Blaser, s’il doit laisser ses traces dans les pas d’un père, il s’est choisi Kid Ory. 

Les trois comparses tordent le cadre de la tradition, tout en revenant pour le tromboniste aux origines jazz de l’instrument comme dans le titre inaugural où il joue charnu, gouleyant; il baille même de plaisir sur ce Dixie du premier orchestre blanc. Plus loin, il escaladera la gamme avec un plaisir renouvellé, véloce et profond aussi, toujours prêt à descendre dans les graves.

Du blues encore, avec sourdines dans le formidable “Belafonte”, dédié au chanteur et acteur, vrai héros et héraut de la lutte pour les droits civiques qui n’hésita pas à compromettre sa carrière, à qui Spike Lee rend hommage dans son dernier BlacKkKlansman.

Du blues  dans “Where did you sleep last night?”, “High Society” de Cole Porter (thème popularisé par le musical puis le film éponymes, grand succès des années cinquante), dans ce “Bass Song”, le très beau thème, le plus long de l’album, dû au contrebassiste qui soigne ses complices!

Dans une étonnante reprise, très courte (2’ et des poussières) des célébrissimes “Oignons” du soprano Bechet, Daniel Humair qui s’y connaît en matières et en fourneaux, se mêle des oignons, mitonne son propre plat d'oignons, pas confits en chutney mais délicieusement frits et juste blonds! Il nous réserve un dernier plaisir en créant la pochette colorée, graphique, lui qui aime peindre autant que jouer des peaux et des fûts! D’ailleurs, “Jim Dine”, une de ses compositions -où le trio joue à plein, rend hommage à cet artiste inclassable, qu’il apprécie dans son grand éclectisme,  peintre, sculpteur, compositeur, qui créa ( entre autres) des “Hard hearts” rouges.

Intense, intelligemment construite, tournée à la fois vers les formes libres et un amour authentique des origines, ce 1291 procure une véritable “Jazz Envy”, une attirance forte pour ce jazz “en vie”, d’autant plus essentiel en ces temps volontiers déprimants. 

Cette musique élastique, à la plasticité brillante d'un trio partageant gourmandise et sensualité, est “crunchy” à souhait (rappel de l’incontournable "madeleine", du chocolat de l’enfance, Crunch?).

Sophie Chambon

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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 10:53
Non, t’es pas tout seul ANDY

 

A propos de No solo d'ANDY EMLER sur le label La Buissonne.

Retrouvez la chronique de Jean Louis Lemarchand :

http://lesdnj.over-blog.com/2020/08/andy-emler-no-solo.html

A l'écoute de ce nouvel opus du chef du Mégaoctet, je me suis interrogée sur certaines compositions qui ont réveillé ma nostalgie. 

Si le titre n’était déjà pris, Alone Together résumerait bien mieux que de longs discours le nouveau projet du pianiste Andy Emler qui a créé une suite de petites pièces pour piano et solistes (instrumentistes et vocalistes) mettant en valeur la personnalité musicale de ses amis/partenaires.

Il a plus que jamais un vrai désir de musique en commun pour traverser le temps, les espaces naturels, se moquant des dénivellés, gravissant les escarpements rocheux allègrement pour mieux dégringoler les pentes, ou se coulant en rivière, enflant et grondant comme un torrent…

Au fil des pièces qui se succèdent, on se réjouira des surprises abordées avec le chant de la flûtiste syrienne Naïssam Jallal; dans “12 oysters in the lake”, il réserve à  Ballake Sissoko avec lequel Emler a joué de l’orgue dans des églises, un ostinato qui permet au chant de ce maître de la kora de s’élever. Dans la délicate pièce “The Rise of the Sad Groove”, le timbre sensible de la saxophoniste alto Géraldine Laurent mêlé aux voix d'Hervé Fontaine, en un doux ressac, ebb and flow, nous transporte au bord de l’océan!

Son partenaire du “chauve power”, le saxophoniste Thomas von Pourquery, il le fait chanter, avec Phil Reptil, dans ce “Light please” exalté, lointainement inspiré de Ludwig von … et d’une demande en concert de faire du Beethoven. Bizarre requête mais tous deux s’étaient gentiment exécutés à partir du Clair de Lune…. “Light Please”, une impro détonante qui s’appelle ainsi Car après la nuit….

Abrupt dans les graves, percutant et percussif encore et toujours, comme dans cette intro “Jingle Tails” (un jeu de mots avec "Jingle Bells", ça ne m’étonnerait pas!). Mécanique et obsessionnel, martelant des accords surprenants, sa musique rythmiquement appuyée, affirme un sens dramatique évident avec un goût prononcé pour les reprises, les boucles, les échos, les répétitions passionnées.

Quand on pense à un soliste, on n’écrit pas de la même manière, il faut simuler la présence de l’autre et jouer comme s’il était là! “Travail de mémoire, de réminiscences comme il a su très bien faire avec son My own Ravel, où il ne jouait pas du Ravel. Je me souviens à l’époque avoir été prise de cours tant sa partition me semblait faites de citations, d'extraits existants ravéliens! Non, tout provenait de sa plume. Géraldine Laurent partage son goût pour Ravel même si c’est dans “Près de son nom”, avec son pote de toujours, le contrebassiste Claude Tchamitchian, qu’il joue au plus près du maître, à grands traits d’archets, déchirants de mélancolie, avant de prendre la main, tant il connaît son Ravel sur le bout des touches.

Même impression en écoutant “The Warm up”, un échauffement harmonisé, inspiré de la musique symphonique de Genesis, celui de Peter Gabriel. Mais à 90% d’EMLER et 10% du groupe anglais. Il ne nous facilite pas la tâche, jamais de citation franche, même courte, mais des fredons qui se fondent littéralement dans sa version, un écho fugace qu’au détour d’un fragment, d’une phrase musicale, la mémoire croit reconnaître! J’ai écouté plusieurs fois ce titre et me pose cette devinette: est-ce un retour de l’intro grandiose de The lamb lies down on Broadway ou une “resucée” emlerienne de Firth of Fifth de l’admirable Selling England by The Pound? Il y mêle peut être un écho de Foxtrot ou Nursery Rhymes ?

Je donne ma langue au chat mais voilà encore un exercice de style qui n’en manque pas: s’il renvoie aux maîtres de l’instrument, ce piano qui danse, est assez éloigné du jazz américain. Andy Emler a une culture, une formation et se reconnaît dans une génération qui l’autorisent à sortir de ces références. Ecoutons donc ce compositeur à la signature immédiatement reconnaissable, à l’univers des plus attachants qui sait se fondre dans celui de ses partenaires. Merci et encore bravo l’artiste!

 

Sophie Chambon

 

 

 

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 13:44
BEATLESTONES  Un duel, un vainqueur

BEATLESTONES  Un duel, un vainqueur

Le Mot et le Reste

https://lemotetlereste.com/musiques/beatlestones/

 

Puisque l’été est le temps de la vacance de l’esprit, propice à toutes sortes de jeux plus ou moins futiles, d’établissement de listes (films cultes, séries à conserver dans notre mémoire collective, meilleurs podcasts), faisons une exception et laissons de côté très momentanément le jazz. Pour revenir, par la grâce d’un livre écrit à quatre mains pour les éditions marseillaises du MOT et du RESTE, sur cette question qui agite régulièrement le petit monde de la musique pop rock Etes vous Beatles ou Stones?

En général, il est difficile de ne pas choisir son camp et la discussion tourne court, après avoir balancé une liste (encore une!) de titres déterminants. On sait bien cependant qu’au delà de l’engouement suscité à l’époque, (Beatlemania contre Stonefuria), ces groupes ont laissé une empreinte durable, les Stones gagnant haut la main la palme de la longévité. Il n’est donc pas vain de revenir sur les apports historiques, sociaux, voire politiques des deux géants britanniques!

Les auteurs Yves DELMAS et Charles GANCEL, chefs d’entreprise reconnus, s’avèrent aussi experts dans cette passionnante étude comparative, à coup d’arguments irréfutables, de chiffres et de faits historiques révérés. Un critique de bonne foi n’a d’autre droit et devoir que de saisir l’opportunité d’une comparaison entre les talents respectifs des deux groupes en les jugeant sur pièces! Il ne montrent aucun sentimentalisme niais ni aucune bouffée nostalgique, mais le suspense sera de courte durée,  la comparaison vite biaisée, annonce rapidement une préférence nette pour l’un des groupes. Le résultat final de cette très sérieuse “battle” ne vous étonnera pas si vous lisez le livre. Mais ne vaut-il pas mieux prendre un angle du vue, choisir une position d’attaque que l’on conforte, consolide et qui va s’avérer plutôt rigoureuse dans sa défense et illustration? Si j’ai aussi le même parti pris, tous deux arriveront à convaincre leurs adversaires, les tenants de l’autre bord, par des démonstrations logiques, solidement étayées.

Il ne s’agit pas d’une biographie hagiographique, d’une histoire des Beatles ou/et des Stones, d’un gros pavé qui vous apprend tout jusqu’aux plus intimes potins avec révélations crapoteuses, mais d’une authentique recherche quasi-scientifique. Sous une forme ludique et claire, ce livre est instructif, voire didactique! Vous pourrez damer le pion à n’importe quel amateur, même éclairé sur le sujet, qui, en général, et c’est là où le bât blesse, connaît beaucoup mieux un groupe que l’autre! Nos deux auteurs eux connaissent parfaitement les deux camps, et se demandent si cette rivalité n’a pas été créée artificiellement par un marketing ingénieux. “Les années soixante, en les opposant, les associent, couple tumultueux et indissociable qui a su mettre en musique et en mots une époque.” Beatles et Stones se sont d’ailleurs prêtés au jeu qui opposait les premiers, gentils garçons, gendres parfaits aux seconds, “bad boys” qui ne souriaient jamais, et ne semblent toujours pas atteints par la limite d’âge! Si les Stones se placent contre les Beatles, ils sont vraiment tout contre et leur parcours en est indissociable.

On revit avec plaisir cette incroyable décennie à la vitalité impensable. En décortiquant le travail des musiciens, Yves DELMAS et Charles GANCEL passent en revue l’évolution des musiques respectives, les influences, la concurrence de la scène, les intros marquantes, le meilleur guitariste, le plus grand bassiste, le batteur génial sans nécessaire solo, l’opposition des Glimmertwins ( Jagger/Richards) aux frères ennemis ( Mc Cartney/ Lennon), l’orientation politique, les paroles des chansons, la pochette la plus innovante et jusqu’à la communication très étudiée via les logos des groupes! A la fin de chaque chapitre, s"impose la conclusion logique sur le point traité. Sans mauvaise foi. Un sans faute! Basé sur des interrogations pertinentes et des réponses parfaitement documentées, vous aimerez ce livre que vous soyez connaisseur de la musique des Beatles, des Stones, ou pour les plus jeunes, que vous ayez juste entendu Blur ou Oasis, et assisté à un concert des Stones avec parents ou/et grand parents; ce Beatlesstones, un duel un vainqueur propose une découverte d' une histoire déjà ancienne où la musique était en ébullition constante…

Sophie Chambon

 

https://music.youtube.com/watch?v=NCtzkaL2t_Y&list=RDAMVMNCtzkaL2t_Y

 

 

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5 juin 2020 5 05 /06 /juin /2020 12:34

Martial Solal (piano), Dave Liebman (saxophones ténor & soprano)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 29 octobre 2016

Sunnyside SSC 1551 /Socadisc

 

Deuxième volet, chez Sunnyside, des rencontres entre le Maître pianiste et le Maître souffleur. Le premier volume, «Masters in Bordeaux» (chronique ici), avait également été capté en concert, deux mois avant celui de Paris, non à Bordeaux mais à Sauternes ; le détail mérite d'être souligné car le vin, comme la musique, est un monde d'esthètes qui attachent du prix aux nuances... Et si le vignoble commence aux portes de la métropole régionale, la grande ville pratique le négoce quand les communes d'appellation pratiquent l'artisanat d'art. Et c'est de cela justement qu'il s'agit avec cette musique. De grands Artistes qui travaillent comme des Artisans d'Art, refaçonnant l'objet avec chaque fois le supplément d'âme et de créativité qui de l'objet fait une Œuvre. L'aventure avait commencé en décembre 2015 à Paris, au Sunside (chronique ici), avec 4 concerts et 2 captations par France Musique. On espère d'ailleurs écouter un jour un CD de ces premières rencontres. Et le concert presque intégralement restitué par ce disque, au mythique studio 104 dont Martial est un habitué (et qui accueillit naguère Monk, Bill Evans, Dizzy Gillespie, John Lewis, et tant d'autres), aura été la sublime conclusion d'une année de collaboration entre ces deux très grands musiciens (chronique du concert en suivant ce lien). Grâce soit rendue à Arnaud Merlin d'avoir organisé cet événement dans la série des concerts 'Jazz sur le Vif' dont beaucoup (amateurs de jazz, -et de radio-, et musiciens) savent qu'ils me tiennent particulièrement à cœur. N'allez pas croire que cet assaut de sentimentalisme corrompt mon jugement : il dope simplement mon enthousiasme à rendre compte le plus fidèlement possible.

L'ordre du concert a été modifié pour le disque, et quatre titres ont été écartés (manque de place sur un Cd très rempli, et bien sûr choix des artistes et du label). Donc pas le 'tour de chauffe' du début de concert sur Invitation, qui était pourtant déjà bien sur les rails, ni Cosmos, composition de Liebman où, comme à son habitude pour ce thème il jouait d'une petite flûte traditionnelle. Le premier rappel, Lester Leaps In, est également absent, tout comme Just Friends, joué pendant la première partie, et que Martial avait 'passé à la moulinette' au point de désarçonner (mais seulement pour une fraction de seconde) son partenaire.

Assez batifolé dans les souvenirs du concert, venons-en au disque.... Il commence avec l'inoxydable monument du bebop : A Night In Tunisia. Le thème avait été joué au concert à la fin du premier set, mais le mettre en ouverture du disque est une belle idée : c'est comme un condensé de la joute ludique qui unit les deux partenaires. Dave, au ténor, joue le célèbre riff introductif de la composition, et très vite Martial répond par une fracture virulente, incitant son ami saxophoniste à quitter les rails. On y revient exactement sur le temps qui convient, avec l'exposé du thème, et le piano place ses fusées, avec une précision diabolique, ce qui fait que l'on est, d'un seul geste musical, et dedans et dehors. Ici pas d'ostentation pyrotechnique, rien que la vitesse de pensée investie dans le plaisir du jeu. Ma chevelure parcimonieuse et dégarnie en est toute décoiffée ! Vient ensuite Stella By Starlight, à sa place si l'on peut dire car le thème était le deuxième du concert. Le piano démarre sur des bribes du thème, lequel est fragmenté sur des harmonies qui sortent délibérément du cadre. Et pourtant le thème est là, tel que le jazzfan peut l'entendre s'il est réceptif au rêve de Solal. Le soprano expose, dans un phrasé qui prend des libertés, comme l'auraient fait Billie Holiday, ou Sinatra, ou Carmen McRae. Comme toujours c'est dedans-dehors. Quel régal. La surprise surgit à chaque mesure. Je ne vais pas détailler chaque plage, de peur de vous lasser, mais sachez simplement que sur les standards, majoritaires (Night and Day, Satin Doll, Summertime...), comme sur les compositions des deux compères (Small One, que Dave avait enregistré avec Elvin Jones ; In and Out, que Martial avait composé pour son duo avec Johnny Griffin), la surprise, le contre-pied, l'espièglerie et l'inspiration sont constamment au rendez-vous. La pénultième commence par une brève citation de Lester Leaps In, qui précédait immédiatement lors du concert, avant de s'engouffrer dans un What Is This Thing Called Love en métamorphose permanente. Quant à la dernière plage, sur le mystérieux Coming Yesterday de Solal, elle nous embarque encore vers des sentiers que, personnellement, je n'avais jamais explorés lors des nombreuses fois où j'ai entendu Martial jouer ce thème en concert. Bref, ne tournons pas autour du pot : c'était un Grand concert donné par de Grands musiciens, et c'est de la GRANDE musique.... Alors on se précipite !

Xavier Prévost

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Infos

http://sunnysiderecords.com/release_detail.php?releaseID=1017

 

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 10:56
Very cool Lee?

VERY COOL LEE? 

 

Disparu à 92 ans du covid 19 le 15 avril dernier, le saxophoniste alto Lee KONITZ était un vagabond de l’improvisation qui ne s’est jamais fixé sur un style, et a fini par créer le sien; et on sait bien que le style c’est l’homme. Il a traversé pourtant les périodes les plus fécondes du jazz, les plus enthousiasmantes, a joué avec les plus grands musiciens, tous singuliers. Il semblait ailleurs, décalé, toujours en avance d’un pas.

Une notice nécrologique serait par trop fastidieuse avec un étalage de noms illustres, car une si longue carrière ne mérite aucun oubli, des sessions mythiques avec Miles, des disques Verve avec Jimmy Giuffre, des sessions avec le ténor Warne Marsh, ou de ses derniers duos avec le jeune pianiste Dan Tepfer...

Remonter dans ma mémoire, nous vivons actuellement de souvenirs, et l'actualité m'ennuie! Comment dans sa transparence voulue, a-t-il pu m’ échapper?

Il adopte, adapte et améliore, fait évoluer la musique. Tout en réussissant à inventer un discours nouveau et identifiable! S’il n’est pas un génie décisif comme Charlie Parker dont il descend en droite ligne (période et instrument oblige), ni un chef de file comme le pianiste Lennie Tristano, décisif dans son apprentissage, n’a-t-il rien bâti, construisant sur du sable, “lame d’eau fraîche et de fumée” comme le soulignait Réda, fantasque, insaisissable?

Sa langue n’était faite que de standards, son matériau de base, dont il voulait se démarquer par une syntaxe originale. Loin de la mélodie originelle, il ne posait jamais le thème et partait bille en tête. De mes premières écoutes de Lee Konitz à la radio, rien ne demeura vraiment, puisque je ne pouvais en répéter le chant. Son chant, car je avais pas compris alors qu’il était chanteur avec son sax! Les variations m’importaient moins alors que la pureté d’une ligne mélodique, immédiatement saisissable. Il attaquait autrement, de côté, déconcertant de par sa fantaisie inimaginable, alors que j’étais avide d’un plaisir immédiat donné par l’écoute attentive d’un jazz classique, depuis ma découverte fortuite sur France musique, de la série Tout Duke de Claude Carrière. Alors qu’il avait été élevé au son même de ceux que j’écoutais passionnément, les Harry James, les Benny Goodman, les Artie ShawSes études avaient consisté à se faire siennes les leçons des grands, en se repassant les solos d’Armstrong, de Roy Eldridge, de Lester Young!

Lee Konitz me devint accessible, avec la période dite “ cool”où ce Lesterien dans l’âme, saxo post bop, sortit de l’influence écrasante du Bird! Il est vrai que cette période m’a semblé “parfaite”...

C’est la raison pour laquelle, encouragée par cette affection nouvelle, intrépide, je me rendis un soir au Dreher, un club de jazz, aujourd’hui disparu, en sous sol, près du Châtelet, pour entendre un duo improbable, celui de Martial Solal et Lee Konitz : nous étions en 1980 et je vivais alors d’heureux temps d’étudiante à Paris, pas vraiment la vie de bohême mais libre avec comme disent les Anglais “Time on my hands”...

Konitz a toujours aimé jouer en duo et il trouva très vite en Solal, le compagnon parfait qui, tout en étant complémentaire, partageait sa règle du jeu: ne jamais se répéter, prendre à contre pied le public et son partenaire qui le lui rendait bien, avec cet humour vif, lucide dans le processus de déconstruction! Un concert assez exceptionnel dont je ne compris pas tout de suite la valeur, par cette libre improvisation, où chacun, apparemment, jouait sa partition, tout à son aise, dans un renouvellement joyeux des thèmes abordés. Ils ne reproduisaient pas, ils inventaient!J’ai mis du temps avant de comprendre sa traversée expérimentale du be bop ou du cool vers une certaine abstraction qui lui appartenait.

Mon dernier souvenir de lui remonte à l’édition 2003 du festival jazz d’Avignon. Il avait répété à la balance, imperturbable, attentif à la beauté du cloître des Carmes, inaccessible.

 

PHOTO DE CLAUDE DINHUT ( 6 août 2003)

 

Le concert avec le sextet de François Théberge, sur le programme de Soliloque, titre paradoxal de ce CD, sorti chez Cristal, fut un exemple réussi de ce “jazz vif” que l’on aime! A l’époque, nous dînions après le concert, non loin des Carmes. Et j’ai toujours aimé ces temps partagés, où la rencontre pouvait aussi s’improviser! Par un hasard étrange, je suis assise à table, tout à côté de lui, peut-être me suis-je installée rapidement pour garder contenance. Il est là, assis, maussade; nous attendons longtemps, un peu trop longtemps et visiblement, il s’ennuie, fatigué, affamé aussi! Très sage, comme tétanisée, je ne dis mot ! Qu’aurais je pu lui dire? Une photo qui me fait encore sourire nous montre tous deux, étrangers à l’autre et au monde!

Je ne sais si ce portrait brossé à grands traits de mon Lee en saxophoniste lui rend justice mais une vidéo de 1972 montre un autre aspect tout à fait épatant: un Lee binoclard, sans ses verres pour la scène, très à l’aise, goguenard même, tenant son public en haleine pour se livrer à un exercice de style un rien périlleux, avec sûrement la petite satisfaction de celui qui a confiance. Loin de vouloir se laisser écraser par le fantôme de Charlie Parker, il provoque un duo hilarant, décalé, de deux altistes sur le même thème de Tadd Dameron “Hot House”! Comment ne pas être séduite par cette brillante façon, décomplexée d’affirmer sa liberté, sa maîtrise de l’instrument et son indépendance!

Tel était Lee, really...

Deep Lee, Frank Lee, Lone Lee, peut être pas humb Lee mais Tender Lee… aussi.

Sophie Chambon

 

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 21:26

Carla Bley (piano), Andy Sheppard (saxophones ténor & soprano), Steve Swallow (guitare basse)

Lugano, mai 2019

ECM 2669 /Universal

 

Certaines connivences confinent à l'extase, comme celle qui unit Carla et Steve. Lui jouait de la contrebasse quand, voici près de 60 ans, il enregistra une première fois la musique de la compositrice-pianiste dans le trio du mari d'icelle, Paul Bley. Très longtemps après, alors qu'il avait abandonné la contrebasse pour la guitare basse, il firent vie commune ; mais la connivence musicale s'était déjà installée de longtemps. Et cela fait des lustres qu'ils communiquent d'une façon presque magique par la musique. Trois suites composées par Carla Bley, trois miracles de formes surgies de la simplicité la plus pure pour s'épanouir dans une douce complexité. La teneur de la majorité des plages est mélancolique. On commence par le blues, au plus près des racines. Les basses introductives du piano, plus que lentes, résonnent comme un appel des origines. Résonnent même un peu trop, car dans ce magnifique auditorium en bois de la radio publique suisse de langue italienne (RSI), ça sonne terriblement bien, et la réverbération ajoutée frôle un court instant la faute de goût. Mais ce sera un très furtif manquement, dans une prise de son superlative. Il n'y a plus qu'à s'abandonner. La rondeur de la basse trace un chemin où s'épanouit le chant des saxophones, et la pianiste, toujours pertinente, n'élude pas les écarts poétiques. Il y aura aussi un duo piano-basse qui dépasse de loin les frontières usuelles de l'empathie.

De plage en plage la magie opère, et soudain va sourdre l'humour indestructible de Carla. Magnifique, de bout en bout. Chant du cygne ? On espère que non, pour elle et eux comme pour nous.

Xavier Prévost

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1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 08:00
UN POCO LOCO   Ornithologie

ORNITHOLOGIE UN POCO LOCO

Fidel FOURNEYRON (tb)

Geoffroy GESSER (cl, ts)

Sébastien BELIAH (cb)

Umlaut/L’autre Distribution

 

http://www.fidelfourneyron.fr/ornithologie/

 

http://www.fidelfourneyron.fr/un-poco-loco-presente-ornithologie-a-latelier-du-plateau/

 

Le tromboniste leader Fidel Fourneyron est actif sur la scène jazz hexagonale et il multiplie les expériences dans divers groupes comme La Fanfare du Carreau, son formidable projet sur la rumba cubaine Que vola? ou Sobre sordos ; mais il aime toujours jouer en trio, et il revient à cette formation essentielle dans son parcours, Un Poco Loco. Et avec Sébastien Beliah à la contrebasse et Geoffroy Gesser à la clarinette et au sax ténor, il place encore et toujours la barre très haut, osant reprendre du Charlie Parker dans ce nouvel album, entièrement dédié aux compositions du Bird et de Dizzy ! Comme quoi, Fidel Fourneyron ne s’éloigne jamais de son tropisme afrocubain, puisque Parker était souvent entouré du génial Gillespie!

Les trois compères s’emploient à détourner la musique de ces musiciens uniques, en premier lieu par une instrumentation originale, sans saxophone alto ni trompette : leur formule instrumentale permet, ce qui est peut-être plus facile, de se détacher des timbres et couleurs originales, tout en restant tout contre. Et très proches dans l’esprit, reprenant le flambeau des boppers, avec lequel le parallèle est immédiat, car imaginer encore autre chose sur la trame des standards, c’est poursuivre les innovations du bop et ainsi rester fidèle à l’esprit du jazz! On est au pays du jazz, on y reste et l’on met son pas dans les pas de ses pères…

Haute tenue et teneur musicale pour ce programme qui se prête aux variations sur 13 pièces courtes, plutôt enlevées qui vont droit à l’essence de cette musique.

Ils ne sont que trois mais ça envoie grave! Fantaisie, imagination, humour sont au pouvoir pour célébrer le plus grand saxophoniste de tous les temps peut-être (avec Coltrane évidemment) par des arrangements malicieux et modernes du collectif. Ils se partagent la tâche et le résultat est vraiment très réussi!

A partir d'une idée de départ audacieuse mais logique, dans la continuité de leur premier album, intitulé justement Un poco loco , le trio avance avec élégance, virtuosité et jubilation même : l'exécution est précise, avec un sens pointilliste du détail même, la mélodie originale aisément reconnaissable, le rythme intense, le groove impressionnant. Ce qui est indispensable quand on s’attaque au «Groovin high» de Dizzy Gillespie!

 

Domine un jeu  fragmenté, sans volonté de lier les mélodies parkeriennes, tout en parvenant toutefois à rendre très lisible cette partition. Un ensemble de questions-réponses, de chant contre-chant où chacun est parfaitement identifiable dans sa ligne mélodique ou rythmique, tout en changeant de place selon le thème, puisqu’ échangeant volontiers et sans effort les rôles dans ce trio sans batterie!

Fourneyron aime les animaux- il l’a prouvé en reconstituant toute une ménagerie dans un album précédent avec un autre trio Animal. Mais au pays des oiseaux, le trio est à parfaitement à sa place. On pourra dire ce que l’on veut, ce sont même de drôles d’oiseaux qui nous font aimer l’ornithologie, en dépit d’Hitchcock!

Après un «Salt peanuts» brillantissime ( la vidéo est un bijou  de précision) sur un arrangement de Geoffroy Gesser au ténor, un medley magnifiquement fondu en «Barbillie’s time» sur «Barbados, Billie’s bounce et Now’s the time» ( un programme casse-gueule!), survient le climax (pour moi) à la mitan du disque, quand ensemble, en un jazz de chambre subtil, déchirant même, ils livrent une version hallucinée, crépusculaire, sur un tempo encore ralenti du (déjà mélancolique)«Everything happens to me» (1). Un unisson des soufflants  splendide dans une composition pourtant déstructurée qui plonge dans un blues outrenoir, où jamais le trombone ne se rapproche tant des pleurs et étranglements de la voix humaine. Tout ça en 4 mn et sans l’émotion des paroles, du chant de Billie ou Frankie. Volontairement, ils prennent à rebours les versions instrumentales, des plus toniques des  SonnyRollins e, Stitt… et se passent du tapis moelleux de cordes ajouté à l'envol du Bird.

Comme le disait un ami très cher, si après avoir entendu ça, vous ne ressentez rien, consultez!

(1)Une version qui mérite de figurer dans les anthologies du jazz ou dans l’émission du dimanche soir de Laurent Valero sur France Musique «Repassez moi le standard» qui se saisit d’un thème et en offre de multiples versions….

 

Sophie Chambon

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28 février 2020 5 28 /02 /février /2020 08:01
André JAUME Retour aux sources

ANDRE JAUME

Retour aux sources

Absilone/Socadisc

 

http://label-durance.com/cd-retour-aux-sources-andre-jaume.html

 

Si le jazz conserve sa pertinence en ces temps de “distractions musicales”, c’est grâce à des gens comme André JAUME qui s’y ressourcent continuellement. Le peintre, crtique et historien d'art Jean Buzelin a presque tout dit avec cette phrase qui résume  le parcours rigoureusement intègre, sans renonciation aucune, d’un musicien poly-instrumentiste (clarinette, flûte, saxophone ténor), créateur et enseignant d’une des premières classes de jazz du conservatoire d’Avignon. Il s'est consacré à une musique, le free qu’il a traversé dans son évolution et qui lui a conféré liberté, sens de l’engagement sans renier clarté de l’articulation et du phrasé.

André Jaume a pu être considéré jadis comme un musicien voyageur-les titres de beaucoup de ses compositions ("Borobodur", "Marratxi", "Casamance") marquent une géographie humaine, une errance musicale qui n’a rien de touristique. Depuis qu’il s’est fixé en Corse, André Jaume n’en finit pas de reprendre son périple, à présent imaginaire avec ses instruments. Lui qui a toujours privilégié l’échange dans toutes les combinaisons possibles et le dialogue complice (Raymond Boni, Steve Lacy et surtout son cher Jimmy Giuffre), sort sur le label sudiste ami, Durance, installé dans les Alpes de Haute Provence, un (deuxième) solo intitulé pertinemment Retour aux sources, dédié à son ami, autre soufflant Joe Mc Phee, frère d’armes et de son, défini par l’ampleur de la voix, la fascination du chant, l’expression libre à laquelle il se réfère depuis Nation Time, un de ses premiers albums paru en 1970.

C’est encore à Jean Buzelin que l’on doit, dans ses notes de pochette, une explication circonstanciée sur la conception de ce solo, le deuxième après le fondateur Le Collier de la Colombe, sorti en juin 1971, sur le label PALM de JEF GILSON . Une première alors pour un saxophoniste français qui fut un pionnier dans le développement de cette musique de jazz. Et il serait bon que l’on en garde aujourd'hui une mémoire un peu plus vive.

Voilà un exercice de style au ténor, variant les nuances et atmosphères de son instrument, que ces douze petites pièces de sa composition et un arrangement sur un thème du grand William Breuker, pas vraiment faciles, qui engagent avec nous un dialogue fécond. La position de l’instrumentiste peut s’avérer délicate à garder de façon satisfaisante, avec cette dimension narrative appuyée et aussi émotionnelle. Un récital sans esbroufe, tout un art de compositions vives, libres, subtiles, servant de base à des improvisations souvent fougueuses, colorées, qui nous réconcilie, si besoin était, avec la complexité des sons et rythmes libres. On se laisse bien volontiers entraîner par cette déferlante avec ce “Dinky Toy” qui évoque plus un oiseau (per)siffleur que l’on tenterait vainement de suivre sur les cimes de son chant; alors que la douceur de “Song for Estelle” conduit à une rêverie, tout autre.

Le saxophoniste a saisi la chance de se portraiturer une fois encore, dans une nouvelle aventure musicale et humaine. Qu’il est bon de s’abreuver à cette source fraîche du jazz, éternellement désirante…car ce n’est pas seulement un écho nostalgique à quelque chose qui nous fascina jadis, mais un travail patient de transmission qui prend tout son sens aujourd’hui. Une sorte de discours sur la lisibilité du temps.

 

Sophie Chambon

 

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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 12:18
CLAUDE TCHAMITCHIAN TRIO  POETIC POWER

 

POETIC POWER CLAUDE TCHAMITCHIAN TRIO

EMOUVANCE/ABSILONE

Sortie le 14 FEVRIER

Claude TCHAMITCHIAN (cb)

Christophe MONNIOT (as)

Tom RAINEY ( dms) 

www.tchamitchian.fr

Sourde, tenace confiance en l’autre! Partant du jazz sans jamais le quitter, fidèle à cette musique d’imprévus, le contrebassiste continue à creuser son chemin, en sideman dans les meilleurs groupes qui soient mais aussi en leader. Quel magnifique trio, Claude Tchamitchian constitue ici dans ce Poetic Power de son label EMOUVANCE. Il me semble, qu’il me reprenne si je me trompe, qu’il n’a pas souvent joué dans ses propres groupes avec des saxophonistes. Le choix de l’altiste Christophe Monniot est évident, lumineux et espéré! Le musicien a le souffle inventif, la concentration agile et son chant est toujours émouvant, tant il recèle de capacités d’abandon. Un effacement de soi qui aboutit à un réel dépassement, il nous entraîne loin, haut, dans ses paysages intérieurs, sculptés dans sa mémoire et sa capacité exceptionnelle à des écarts maîtrisés! Ecoutons-le dès le premier thème “Katsounine” où propulsé par la rythmique, époustouflante, il embrase notre imaginaire, sans laisser de côté des instants plus tendres et rêveurs! Beauté fluctuante, fragile et dangereuse, intermittente le long de cette errance, en six pièces, longues, amples où tous les trois se livrent à corps perdu, multipliant les détours jusqu’aux fractures: ils peuvent se perdre, mais ils se retrouvent après des envolées plus ou moins joyeuses mais libres toujours, celles que réclament un jazz vif.

Claude Tchamitchian a une écriture sur son expérience qu’il désire moins encombrée par la joliesse de la mélodie, le sentimentalisme des passions que par le cheminement précis, ouvert aux “improvista”, attentif aux rencontres, aux interactions naturelles, comme dans “une promenade en forêt”, selon les notes toujours justes de Stéphane Ollivier. Jamais on ne l’a entendu aussi décisif, déterminant dans le travail de cette rythmique impeccablement réglée : aidé du merveilleux Tom Rainey d’une précision diabolique, il nous rattache, à ces obscures forces terriennes, ce grondement sourd et jaillissant que l’on perçoit en nous, “So close, so far”.

Ancrée dans le monde sensible, ouverte aux visions et sensations, c’est la musique exposante, jamais probante d’un “power trio” qui a aussi le sens de la nuance, de l’épure. Si le titre n’était déjà pris, on pourrait parler de “poetic motion”. Salutaire et salvateur!

Sophie Chambon

 

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