Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 08:43

Heartcore 2017
Kurt Rosenwinkel (g, b, p, dms, perc, synth, vc), Pedro Martins (dms, vc, perc), Eric Clapton (g), Alex Komzidi (g), Mark Turner (ts), Kyra Garey (vc), Antonio Loureiro (vc), Zola Mennenöh (vc), Amanda Brecker (vc), Frederika Krier (vl), Chris Komer (cor), Andi Habert (dms)

Kurt Rosenwinkel s’engage dans une voie toute nouvelle pour lui en créant son propre label (Heartcore) et en se rapprochant de celui du contrebassiste Avisai Cohen (Razdaz records).
A 47 ans, le guitariste de Philadelphie emprunte dès aujourd’hui un réel tournant dans sa brillante carrière.
Avec « Caipi », Kurt Rosenwinkel est en terre inconnue inspiré parfois par les rythmes brésiliens et parfois par une pop éthérée et presque lounge. Son sens de la mélodie nous emporte sur des rivages lointains et aériens flottant sur une sorte de tapis vocal volant qui fait chatoyer les harmoniques. Kurt Rosenwinkell sur des terres jazz et pop entre Robert Wyatt et Radiohead. Le guitariste, qui se fait ici homme-orchestre prend des chemins Metheniens et se fait directeur musical talentueux, multi-intrumentiste organisant son monde autour d’une musique inspirée. Il convie pour l’occasion Eric Clapton mais aussi et surtout un Mark Turner qui allume la braise et porte haut le discours.
Dans cet albums il est de vrais moments d’allégresse comme sur cette tournerie légère sur Casino Vanguard où les voix mettent la guitare sur orbite. Ce qui prédomine dans « Caipi » c’est le soin porté  aux arrangements absolument superbes et à une orchestration savamment organisée. Une brise marine sur un rythme roulant. Les arrangements subtils lui permettent de partir sur des rythmes brésiliens, presque « bossa » pour évoluer vers le jazz harmonique qu’il affectionne et sur lequel il pose de bien élégants chorus. Et dans tout cela l’émotion qui émerge comme sur Ezra dont Mark Turner sait prolonger le chant.


Au final un album heureux. Un vrai feel good album.

Jean-Marc Gelin

Repost 0
Published by Jean-Marc Gelin - dans Chroniques CD
commenter cet article
17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 19:39

Louis Sclavis (clarinette, clarinette basse), Dominique Pifarély (violon), Vincent Courtois (violoncelle)

Pernes-les-Fontaines, septembre 2016

ECM 2504 5732668 / Universal

 

Ces trois-là se sont rassemblés pour un nouveau trio, mais leurs relations sont tissées d'anciennes connivences avec le clarinettiste : depuis 1987 pour Dominique Pifarély, et depuis 1999 pour Vincent Courtois. Et ils s'étaient déjà rassemblés en 2000 pour l'album «Dans la nuit», musique qui avait accompagné des projections très beau film éponyme, et muet (1929), de Charles Vanel. J'avais eu la chance d'assister à la première reprise parisienne, en septembre 2016, à l'Atelier du Plateau, de ce programme inauguré six mois plus tôt au festival A Vaulx Jazz. L'univers est celui d'une espèce de jazz de chambre : chambriste par l'instrumentation, par l'esprit, par le savant dosage des dynamiques, par la science musicale qui se déploie sans la moindre ostentation ; et jazz par le goût des syncopes, par l'énergie fantasque des musiques improvisées, par l'absolue liberté toujours remise en jeu. Les thèmes sont signés par chacun des trois membres, à quoi s'ajoute une plage improvisée collectivement. La musique puise à toutes les sources : le lyrisme d'Alban Berg, les rythmes de Bartók ou Stravinski, les répétitifs de tous bords, les constructions savantes du contrepoint, l'horizon lointain des musiques du monde.... C'est une plongée dans un ailleurs de tous les instants, et cette plongée est fascinante. Expérience à tenter d'urgence pour ceux qui n'y ont pas encore goûté : plongée en eaux (très) profondes !

Xavier Prévost

 

Le groupe est en tournée dans le Grand Ouest du 17 mars au 9 avril dans le cadre de l'Europa Jazz festival du Mans http://europajazz.fr/regional-tour-programmation/ et aussi à Strasbourg (7 avril), Poitiers (30 mai)....

Repost 0
Published by Xavier Prévost - dans Chroniques CD
commenter cet article
17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 17:30
JAZZ LADIES 1924-1962

Jazz Ladies 1924-1962

Frémeaux et associés

3CD (Livret de 32 pages en français et anglais)

Saluons la sortie d’un coffret de 3 CDS chez FREMEAUX qui redonne enfin aux femmes dans le jazz un rôle plus conséquent, réparant ainsi une énorme injustice.  Nombreuses furent les instrumentistes pionnières à avoir contribué au développement de cette musique : souvent pianistes (Lil Harding, Mary Lou Williams, Marian Mc Partland , Barbara Caroll, Lorraine Geller, Carla Bley…. ) mais pas uniquement. Pourtant, le jazz reste encore trop souvent masculin et la femme, fatale comme dans le roman et le film noirs. Dans le meilleur des cas, on la considère comme admiratrice, inspiratrice, compagne, ou créature idéale,donc rêvée. Quand on parle des femmes dans le jazz, ce sont les chanteuses qui occupent toute la place, ce sont elles, les véritables stars.

Jean-Paul Ricard, le Président fondateur de l’AJMI ( la scène de jazz d’Avignon), s’est toujours intéressé aux femmes du jazz[i] et à « leur longue marche », ainsi qu’il titre ses érudites notes de pochette qui comprennent un petit dictionnaire biographique des musiciennes citées. Il tente ainsi une réévaluation de ces jazz women dont le nom nous est souvent inconnu. Ce sont elles qui ont ouvert la voie, défriché le terrain pour les musiciennes d’aujourd’hui, dont le nombre est en augmentation constante.

Cette formidable compilation commence par les pianistes (1936-1961), sans oublier les autres instrumentistes (1924-1962) et les Girls Bands (1934-1954) . Il ne sera pas question des chanteuses, qui, si elles ne sont pas du tout dédaignées par les créateurs de ce coffret, n’ont jamais eu ce problème de visibilité. Pour le grand public, les femmes dans le jazz sont avant tout chanteuses, s’exposent sur le devant de la scène, en pleine lumière. Cette position qui peut paraître avantageuse les cantonne à une discrimination machiste et misogyne, aujourd’hui encore, avec des photos de couverture dans des poses et des robes volontairement glamour[ii]. Car la femme est vue avant la musicienne. N’entendait-on pas encore couramment … «elle joue bien pour une femme»?

Revenons à cette distinction en 3 catégories : les pianistes forment le premier groupe, car la présence d’une femme au piano est plus communément admise que sur d’autres instruments, d’autant plus quand elle chante. Ainsi dans le premier CD, sont mises en avant Lil Hardin, qui eut, sur la carrière de son mari, Louis Armstrong une certaine influence, la grande Mary Lou Williams, figure emblématique dès les années 30, compositrice, arrangeuse des plus brillantes, qui ouvrit la voie à Marian Mc Partland, à Barbara Carroll(qui se produisait essentiellement dans des clubs new yorkais). Mais le mérite de cette sélection soignée est de nous faire découvrir de belles personnalités comme Dorothy Donegan, Hazel Scott, Beryl Booker, Lorraine Geller qui s’illustra sur la West Coast, Terry Pollard ( également vibraphoniste) et Jutta Hipp, née à Leipzig. Quant à Toshiko Akiyoshi, venue de son Japon natal, elle monta un big band à New York toujours actif.

Le deuxième CD fait la part belle aux trompettistes Dolly Jones, Valaida Snow (qui connut une existence des plus aventureuses), Clora Bryant, à la tromboniste Melba Liston qui collabora aux orchestres de Randy Weston et Dizzie Gillespie, aux saxophonistes Kathy Stobart, Vi Redd. Si la harpiste Dorothy Ashby parvint à s’imposer comme soliste, c’est qu’aux femmes étaient réservés les instruments peu présents dans le jazz.

Le dernier CD évoque les orchestres de femmes obligés de se constituer pour exister c’est-à-dire enregistrer. Ainsi, pour les blanches, Ina Ray Hutton and Her Melodears , pour les afro-américaines, The Harlem Playgirls. L’un des meilleurs orchestres, The International Sweethearts of Rhythm, était mixte : composé de 17 musiciennes, il se produisit avec succès de 1939 à 1949, ne connaissant des problèmes que lors des déplacements dans le sud, ségrégation oblige!

En s’appuyant sur l’expertise de connaisseurs comme JP Ricard et Jean Buzelin qui a supervisé la discographie, on se constituera ainsi avec ce coffret, un petit bréviaire du jazz des plus instructifs. Sans argumenter indéfiniment sur la situation des femmes dans le jazz, sujet qui revient régulièrement sur le devant de la scène, peut même être «tendance», comme lors de la sortie du film de Gilles Corre, il faudrait arriver à ne plus se poser de question, du genre s’agit-il d’un disque de femme, ou d’un album féminin? Les jazzwomen n’ont donc rien à envier aux jazzmen, la femme étant un homme comme les autres. La féminisation du milieu jazz progresse mais beaucoup de musiciennes ont encore du mal à se faire entendre. Ou alors comme pendant la journée des femmes le 8 mars chaque année, pour permettre de mieux les oublier ensuite pendant 364 jours…

Merci donc messieurs de nous avoir permis de les écouter dans une sélection musicale des plus soignées qui leur rend un hommage à la mesure de leur talent !

Sophie Chambon

 

 

 

[i] Jean Paul Ricard avait déjà choisi de rendre hommage aux femmes dans cette musique, en 2006 et pour la traversée du « continent noir », il avait programmé une semaine de concerts à Arles, au Méjan qui se conjuguait au féminin.

 

[ii] Pour preuve, dans le livret, la photo aguicheuse de Valaida Snow, trompettiste, surnommée « Little Louis » en référence à Armstrong, chanteuse, danseuse également avec Joséphine Baker dans la revue des Chocolate Dandies.

Repost 0
Published by sophie chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 09:12

 

Paru en mai dernier, mais introuvable dès sa sortie par la faute d'une entreprise de logistique défaillante, le nouveau CD en duo de JEAN-MARC FOLTZ & STEPHAN OLIVA sera enfin disponible le 31 mars grâce à L'Autre Distribution. Retour de la chronique publiée le 14 mai 2016

JEAN-MARC FOLTZ : STEPHAN OLIVA « Gershwin »

Jean-Marc Foltz (clarinette, clarinette basse), Stephan Oliva (piano)

Pernes-les-Fontaines, décembre 2015

Vision Fugitive VF 313012 / L'Autre Distribution

 

On est souvent avec eux du côté d'une musique qui privilégie l'extrême nuance, la mise en suspens, le silence ou le bruissement imperceptible d'un monde en (re)naissance : une sorte de jazz de chambre si l'on veut. Ce qui n'écarte nul éclat, nulle intensité expressive. Le choix est fait ici de s'en remettre pour le répertoire aux frères Gershwin : George bien sûr, mais aussi Ira qui était, seul, signataire d'un texte pour un thème ( I Can't Get Started ) dont la musique est signée Vernon Duke. Mais c'est bien plus qu'une thématique, un concept ou un fil conducteur. C'est une plongée dans l'âme d'une époque, soulignée par un livret iconographique qui fait revivre Gershwin en son temps. Dans l'âme assurément : pas question de mimer les contours de thèmes familier, mais au contraire d'interroger leurs tréfonds et leurs mystères. Car nous sommes bien ici en présence de jazzmen, et le propre du jazz est de transfigurer, de dévoyer, de gauchir ou de sublimer (et parfois tout cela d'un seul geste).

Les musiciens conçoivent aussi quelques courtes séquences de leur cru, pour introduire un thème, installer un climat.... Ainsi fait Stephan Oliva, dès la première plage, en esquissant quelques secondes durant une voie d'accès à l'inoxydable The Man I Love : comme un prélude au renouveau dans l'inconnu. La clarinette étire le thème dans un absolu recueillement, le piano détaille les harmonies en y mettant ce qu'il faut d'altérations pour créer une tension. Ensuite Fascinating Rhythm révèle sa vitalité syncopée, entre clarinette basse et piano, mais les deux musiciens se jouent des accents attendus, et nous emportent vers l'ailleurs : c'est bon signe. It's Wonderful, usuellement donné en version joyeusement dansante, est ici étiré, version plus que lente, comme une introduction idéale au sublime My Man's Gone Now , quintessence de toutes les nostalgies. Une première évocation du thème de la Rhapsody in Blue suit un prélude qui, une fois encore, nous à montré la voie des harmonies célestes.... Et tout se poursuit dans l'intense beauté d'un déroulement cohérent, où pourtant chaque transition garde sa part de mystère. Le ressassé Summertime est donné dans une apparente littéralité par la Jean-Marc Foltz, mais les harmonies distillées par Stephan Oliva le parent de charmes inédits, et la clarinette s'évade à son tour. Et ainsi de suite jusqu'au conclusif I Love(s) You Porgy, qui nous fait aimer ce disque, magnifique, de bout en bout.

Xavier Prévost

 

Le duo donne un concert à Paris au Sunside, le vendredi 17 mars 2017 à 19h30, dans le cadre de Paris Music Festival

 

Pour découvrir le CD sur Youtube :

https://www.youtube.com/watch?v=Y-jtC9MSuME

 

Le compte rendu du concert du festival 'Jazz in Arles' par Sophie Chambon en mai dernier

http://lesdnj.over-blog.com/2016/05/gershwin-jazz-in-arles-au-mejan.html

 

Repost 0
Published by Xavier Prévost - dans Chroniques CD
commenter cet article
15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 17:23

Giovanni Mirabassi (piano solo)

Ludwigsburg, 16 septembre 2014

Cam Jazz CAMJ 7910-2 / Harmonia Mundi

 

D'entrée, j'ai préféré ce disque de Giovanni Mirabassi à ses précédents solos («Avanti !», 2000, «Cantopiano», 2006 & «¡Adelante !», 2011). Le lyrisme est le même, le choix de partir de chansons est identique : est-ce la maturité qui fait la différence ? Je ne sais. Le premier et le troisième reprenaient des chansons de luttes. Le deuxième des chansons françaises : là ne résidait pas la différence. Dans ce nouveau solo, ce sont des chansons popularisées par trois icônes de l'interprétation : Piaf (Édith), Ella (Fitzgerald) et Mercedes Sosa, chanteuse d'Argentine, très aimée dans toute l'Amérique Latine, et bien au-delà. Et il semblerait que le lyrisme du pianiste se nourrisse cette fois de la très singulière expressivité de chacune de ces chanteuses. On commence avec Sous Le Ciel De Paris : le pianiste italien s'est-il souvenu qu'en 1963 Martial Solal avait joué cette valse.... à 4 temps («Concert à Gaveau»)? En tout cas, après une intro-mystère, il en traite le rythme et le phrasé à sa fantaisie, et c'est un régal. Il est sûr que pour nous autres jazzophiles français, Édith et Ella sont des références plus que familières. Mais l'on comprend très vite que le pianiste va nous rendre plus que proche Mercedes Sosa, par le même processus de métamorphose lyrique. Et pour intensifier l'hommage, Giovanni Mirabassi a composé trois plages, intitulées Mercedes, Ella et Édith : pour la première, ce sera en forme de contrepoint ; pour la deuxième, en langueurs harmoniques de ballade ; et pour la troisième, après une introduction en forme de jeux d'eau virtuose, en chant d'amour mélancolique sur un rythme de valse. Le public présent dans la salle de concert du studio Bauer ne s'y est pas trompé : l'écoute est palpable, et l'accueil d'une chaleur intense.

Xavier Prévost

 

Giovanni Mirabassi jouera au Sunside en solo le 16 mars 2017, en duo avec Flavio Boltro le 17 , et en trio avec Thomas Bramerie et Lukmil Perez le 18

 

Des détail sur le site du label Cam Jazz : http://www.camjazz.com/releases/8052405142580-live-in-germany-cd.html

 

Repost 0
Published by Xavier Prévost - dans Chroniques CD
commenter cet article
14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 21:23

ENSEMBLE ART SONIC «Le Bal Perdu»

Joce Mienniel (flûtes), Sylvain Rifflet (clarinettes), Sophie Bernardo (basson), Baptiste Germser (cor), Cédric Chatelain (hautbois, cor anglais). Invité : Didier Ithurssary (accordéon)

Paris, 11-14 avril 2016

Drugstore Malone DM 006 / L'Autre Distribution

 

Après «Cinque Terre», enregistré en 2013, Art Sonic récidive avec un second CD. Toujours une sorte de «musique de chambre progressive», comme le définissait alors le groupe, avec cette fois un parti pris de bal populaire. Des valses, signées par les maîtres de l'accordéon jazz (Gus Viseur, Jo Privat, Marc Perrone....), mais aussi par Gainsbourg, Alain Goraguer (à l'origine sur un texte de Boris Vian : la Java des bombes atomiques), et Il Camino d'Aldo Romano, avec le double pari d'orchestrer selon les ressources, considérables, offertes par l'instrumentation du quintette à vent classique, mais avec les libertés que le jazz et les musiques populaires autorisent. Le résultat est musicalement subtil, mais aussi très vivant, et comme le jazz c'est aussi une musique qui s'écoute avec les pieds (ici ceux des fondus de la valse), ça tangue avec bonheur. De l'humour, de la légèreté (la page introductive baptisée Ouverture ; le désir de danser qui traverse tout le disque), mais aussi un formidable amour, doublé d'un savoir-faire, d'artisans de la musique. Et des arrangements-orchestrations signés par les membres du groupe (les deux initiateurs : Joce Mienniel et Sylvain Rifflet, mais aussi par le corniste Baptiste Germser), qui reprennent parfois, en les citant, des arrangements antérieurs (d'André Popp à Christophe Monniot en passant par Lionel Belmondo). Bref de la (très bonne) musique de musiciens, entièrement faites à la main. On aime !

Xavier Prévost

 

En concert au festival Banlieues Bleues le 16 mars 2017 à la Dynamo de Pantin

Des infos :

http://www.drugstoremalone.com/drugstoremalone/EAS_Le_Bal_perdu.html

Repost 0
Published by Xavier Prévost - dans Chroniques CD
commenter cet article
11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 11:41
NUCLEAR FAMILY Joe MCPHEE & André JAUME

NUCLEAR FAMILY Joe MCPHEE & André JAUME

Corbett Vs Dempsey

Joe McPhee alto & tenor saxophones, pocket cornet

André Jaume alto and tenor saxophones, bass clarinet

 

Enregistré en studio à Paris pour le  label suisse Hat Hut en 1979, ce Nuclear family est une nouveauté qui est restée près de 40 ans oubliée, puisque cet album n’est jamais sorti ! Mystère de la production, défaut de distribution? On ne saura vraiment jamais ce qui s’est passé mais l’essentiel est que nous puissions entendre aujourd’hui, avec le recul et une certaine émotion- il faut bien le reconnaître, deux très grands improvisateurs autour de grands classiques du jazz.

Deux compositions de Mingus et non des moindres, «Pithecanthropus Erectus», "Self Portrait in Three Colors", « Blue Monk » de T.S Monk, « Come Sunday » de Duke Ellington, « Chelsea Bridge » de l’alter ego du Duke, Billy Strayhorn et cerise sur le gâteau, « Lonely Woman » d’Ornette en final (avec un solo d' André Jaume), sont les thèmes repris, déconstruits, en utilisant dans divers contextes leurs instruments, alto, ténor, cornet de poche, clarinette basse. Ils passent de l’un à l’autre avec aisance selon le « mood », la couleur qu’ils veulent donner, inversent en miroir les rôles, se complétant intelligemment et avec sensibilité. Le jazz de la grand époque (encore proche en 1979) mais aussi par extension, leur «actualité musicale», toujours empreinte de révolte et de rage. Pour rappel, Nation Time de Mc Phee date de 1970.

Le titre peut s’expliquer de différentes façons : «Nuclear» est le nom d’une des compositions de McPhee, où il joue du cornet de poche, ne manquant ni de délicatesse ni de force, avec une réponse des mieux adaptées, sur «la même longueur d’onde» de Jaume au ténor et à la clarinette basse. Pour McPhee, le son qu’il tire de son embouchure est « a plausibly impossible sound ». Yaurait-il à voir avec une autre forme d’explosion nucléaire, sonique cette fois?

Il faut aussi comprendre l’inclusion de nos deux amis dans un plus grand ensemble, une famille de musiciens beaucoup plus large. Ils se situent parfaitement dans cette suite augmentée, dans le sillage des Monk, Mingus et Ellington. Ecoutez les reprendre avec une fidélité émue les thèmes splendides de «Blue Monk», "Chelsea Bridge", «Come Sunday» avant de les désintégrer justement.

Il ne saurait y avoir enfin de titre plus juste pour évoquer ce que l’on ressent en écoutant ces frères de son, à défaut de sang, ces musiciens de "clan "qui ne se sont jamais perdus de vue. Ils posent en page intérieure sur une photo d’époque de Christian Ducasse, côte à côte, complices, constamment sous tension, superbement réactifs. C’est toujours à l’ampleur de la voix, à la fascination du chant intérieur, à l’expression libre que tous deux se réfèrent. Ils imposent un climat insolite, rebelle, intégrant avec souplesse imprévus et artefacts de leur musique qui se veut aussi dérangeante. Car elle était réellement engagée et politique. Vibrantes démonstrations d’un souffle , d'une "anima" free, distorsions légères, transgressions exprimées en un élan continu pour rendre compte des fractures de l’âme et du corps.

Un témoignage précieux qui nous est enfin restitué : à se procurer de toute urgence.

Sophie Chambon

 

 


 

Repost 0
Published by Sophie Chambon - dans Chroniques CD
commenter cet article
9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 15:30

Jean-Marie Machado (piano), Didier Ithurssary (accordéon)

Pernes-les-Fontaines, juin 2016

Cantabile 06 / L'Autre Distribution

 

Éloge de la mélancolie : ce pourrait être le sous-titre de ce disque, comme d'ailleurs celui de cette chronique. Jean-Marie Machado et Didier Ithurssary excellent dans ce registre, nourri de mémoire, d'émois anciens, et de passions musicales enfouies. Mélancolique souvent par le choix des tonalités, par l'évocation des lieux, et par les reprises : Perseguição, immortalisé voici plus de 50 ans par Ester de Abreu, ou le premier Nocturne de Chopin, rajeuni par une accentuation rythmique marquée, avant de revenir à sa nostalgie foncière, et de nourrir une improvisation très ouverte. Mélancolique aussi par l'évocation chaleureuse d'un ami disparu voici tout juste un an, le batteur-chanteur-compositeur Jacques Mahieux, avec un titre qui lui ressemble : No church but songs. Mais le répertoire fait aussi une place au tempo vif : Vuelta, sorte de danse hypnotique 'à la Bartók', ou Broussailles, escapade cursive 'à la Tristano'. Dans tous les cas, le lyrisme est intense, le degré d'élaboration musicale élevé, et le feeling omniprésent. Lunaire en somme, comme le suggère son titre, «Lua» : la lune, en portugais, la langue de ses origines pour Jean-Marie Machado, qui signe une fois de plus, et en belle compagnie, une beau disque d'artiste.

Xavier Prévost

En concert le 11 mars 2017 à Savigny-le-Temple, Espace Prévert, et le 13 mars à Paris au Café de la Danse

Repost 0
Published by Xavier Prévost - dans Chroniques CD
commenter cet article
7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 18:08

Arnaud Roulin (piano, synthétiseur, électroniuqe, accordéon, percussions),Frédéric Galiay (guitare basse, voix), Edward Perraud (batterie, voix, électronique), Laurent Bardainne (saxophone ténor, voix, synthétiseur), Fabrice Martinez (trompette, bugle, voix, percussions), Thomas de Pourquery (saxophone alto, voix, électronique, percussions, composition)

La Frette-sur-Seine, juillet 2016

Label Bleu LBLC 6723 / L'Autre Distribution

 

Après «Thomas de Pourquery & Supersonic Play Sun Ra», publié en 2014, on guette dans cette nouvelle mouture l'ombre du Mage interstellaire. Et si la troisième plage est bien un thème d'icelui (WeTravel The Space Ways), il semble que l'on puisse écouter ce disque sans le subordonner à cette référence, hormis peut-être le goût d'une liberté sans limites (fussent-elles inter-galactiques). L'énergie est folle, à n'en pas douter, mais elle n'oblitère ni le talent de composition/arrangement, ni l'irrépressible groove, et moins encore cette faculté de chanter avec douceur ou violence, d'improviser en toute liberté sans perdre de vue les sources plurielles du langage choisi à l'instant ''T''. Tout se mêle ici, dans un état de conscience comme décuplé qui semble viser le pur bonheur de jouer, l'horizon d'une jouissance musicale sans frein. Tous les musiciens sont impeccables d'engagement et de pertinence. C'est une fête de l'oreille et de l'esprit, l'occasion de se rappeler que l'on pense aussi avec ses oreilles (et même avec ses pieds, quand la danse s'en mêle). Jouissif ? Alors jouissons, une fois libérés de nos entraves stylistiques !

Xavier Prévost

 

Le groupe fait l'ouverture du festival Tendance Jazz d'Amiens  le 8 mars 2017. Et il donnera un concert de sortie du disque à Paris, à la Gaîté Lyrique, le 25 avril.

 

 

Un des thèmes du disque, dans une version de scène, sur Youtube

Repost 0
Published by Xavier Prévost - dans Chroniques CD
commenter cet article
7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 09:39

Après un disque en quartette («Mikado», Grand Prix Jazz de l'Académie Charles Cros 2014), le pianiste revient en trio, ou plutôt en trios : deux CD, deux combinaisons trianguliares suscitées par deux approches musicales distinctes ; et deux incontestables réussites.

 

«The Party»

Paul Lay (piano, composition), Clemens Van Der Feen (contrebasse), Dré Pallemaerts (batterie)

Malakoff, 6-10 juin 2016

Laborie Jazz CDLJ 41 / Socadisc

 

Avec «The Party», c'est le trio de jazz dans sa forme canonique, avec contrebasse et batterie, et le choix du jazz tel qu'on l'identifie généralement. Mais ce trio-là ne ronronne pas. Le piano du studio Sextan est d'une qualité rare. Paul avoue avoir mis quelque temps à en apprivoiser les ressources, mais le résultat vaut le détour : précis, soyeux, l'instrument délivre du pur cristal, des harmoniques très riches, mais aussi des grondements telluriques. Le pianiste a scénarisé le répertoire d'une manière programmatique, comme le ferait un album concept. Mais l'essentiel est ailleurs : dans la richesse d'inspiration des compositions (très variées dans leur conception), et dans la parfaite coïncidence avec une idée du jazz qui englobe l'esprit des standards (alors qu'il s'agit exclusivement de compositions originales, excepté le magnifique I Fall In Love Too Easily conclusif, en solo). La grande aisance du pianiste n'a rien d'ostentatoire, et les phrases qui jaillissent sont d'une pertinence qui n'exclut pas la surprise. La connivence est parfaite avec Clemens Van Der Feen et Dré Pallemaerts, déjà présents sur le disque en quartette : Paul Lay a manifestement trouvé les partenaires qui conviennent idéalement à son approche du trio, la structure de ses compositions leur laisse tout l'espace pour s'exprimer, et ils maintiennent dans le déroulement de la musique une effervescence permanente. Décidément, ce disque est une totale réussite !

 

 

«Alcazar Memories»

Pauyl Lay (piano), Isabel Sörling (voix), Simon Tailleu (contrebasse)

Malakoff, 30 mai-3 juin 2016

Laborie Jazz CDLJ 40 / Socadisc

 

L'autre trio, c'est celui du disque «Alcazar Memories», avec la chanteuse suédoise (et souvent parisienne : elle a étudié au Conservatoire de Paris) Isabel Sörling. L'idée maîtresse de ce trio, c'est de relire en toute liberté la chanson populaire, qu'elle soit suédoise ; française.... ou américaine. Le contrebassiste du trio, Simon Tailleu, était membre du premier trio de Paul Lay, pour le disque «Unveiling», en 2010. Simon Tailleu est de Martigues, presque marseillais donc : quoi de plus naturel que de le retrouver dans une évocation de l'Alcazar de Marseille ? Quoi qu'il en soit, Vincent Scotto (Adieu Venise provençale) revit dans une version très singulière, au côté d'Amour et Printemps, valse qui fut très populaire, signée par le Strasbourgeois Émile Waldteufel, (que l'on appelait à la fin du XIXème siècle le Wagner français ! ). Il y a place aussi pour des chansons originales, composées par le pianiste. La chanteuse a signé nombre de textes ; elle traverse les langues et les langages musicaux avec un naturel confondant, incarnant chaque chanson dans un registre différent, et réinventant dans l'ultime plage The Man I Love. Ce trio-là est aussi une vraie réussite. Un an après le prix Django Reinhardt de l'Académie du jazz, l'année 2017 pourrait bien être encore marquée par le talent de Paul Lay.

Xavier Prévost

 

Les deux CD sont également disponibles en un coffret Laborie Jazz LC 24585 / Socadisc

 

Les deux trios joueront le 15 mars à Paris au Café de la Danse

 

Le trio «The Party» se produira le 7 mars à Charleville-Mézières, le 16 à Agen, le 17 à Limoges, le 18 à Marciac, le 19 à Orthez et le 30 à la Criée de Marseille

 

Le trio «Alcazar Memories» jouera au Château de Maintenon (Eure-et-Loir) le 12 mars, et les 6 & 7 avril à Guebwiller

 

Découvrir «The Party» sur Youtube

 

Découvrir «Alcazar Memories» sur Youtube

Repost 0
Published by Xavier Prévost - dans Chroniques CD
commenter cet article

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj