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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 09:55

Claudia Solal (voix, textes, composition), Benjamin Moussay (piano, piano électrique, synthétiseurs, électronique, composition)

Malakoff, 2015

Abalone AB 031/L'Autre distribution

 

Voici vingt ans ils jouaient en quartette. Depuis 2003, ils se retrouvent aussi en duo. Et après «Room Service», de son quartette Spoonbox, publié en 2010 sous le même label, Claudia Solal a invité Benjamin Moussay à élaborer le répertoire de ce duo résolument inclassable. Enregistré voici près de deux ans, l'objet arrive enfin jusqu'à nos oreilles étonnées, et conquises. L'univers rappelle un peu celui du tandem John Greaves/Peter Blegvad, et aussi dans une moindre mesure l'entour de Robert Wyatt ; le jazz est dans les parages, mais l'univers musical embrasse un champ plus large. Les textes de Claudia Solal, mitonnés dans un anglais très riche (héritage de sa grand-mère écossaise ?), transformeraient volontiers des comptines enfantines en contes surréalistes. La musique, concoctée par le pianiste et la chanteuse, est sinueuse à souhait, glissant parfois avec force chromatismes comme un ruban onirique vers une sorte de sérialisme tempéré par l'émoi, et vers le souvenir des répétitifs américains. Le traitement du son est remarquablement enrichi par le dispositif Sensomusic Usine, conçu par une musicien que le jazz avait vu éclore, le contrebassiste Oliver Sens. Les deux partenaires ont travaillé longuement autour d'improvisations et d'interprétations expérimentales, fruit de leur travail sur les deux registres, pour finalement nous offrir l'objet, très abouti, de leur connivence. La convergence texte/musique est remarquable, dans l'accord comme dans la tension. C'est une sorte d'invitation au voyage : «Il est un pays superbe, un pays de cocagne....» ; mais aussi : «Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté». En fait, ce sont plusieurs voyages, parallèles ou croisés, auxquels nous sommes conviés, et même embarqués. Laissons nous porter, le calme engendre aussi de turbulents remous. C'est un disque de chansons sophistiquées, apparentées au jazz, dans ses acceptions les plus larges. À écouter avec un œil sur les textes (inclus dans le livret) car ils en valent vraiment la peine. Bref, exactement ce qu'il faut pour espérer découvrir, un jour, «Tout un monde lointain».

Xavier Prévost

 

Le duo sera en concert le 17 octobre à Toulouse (Jazz sur son 31), le 18 à Nantes au Pannonica, le 21 aux Lilas (Le Triton), puis en novembre le 12 à Strasbourg (festival Jazzdor), le 13 à Nevers (festival D'jazz), et le 23 à Lens (festival Tout En Haut Du Jazz)

 

Un bref aperçu sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=ehRN6kvAG6c

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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 17:40

ACT 2017

Rudresh Mahanthappa (as), Rez Abassi (g), Dan Weiss ( dms, tablas)

 

Et revoilà le saxophoniste pakistanais de retour 10 ans après la parution de « Apti » qui avait secoué la scène du jazz à sa sortie. Le saxophoniste bousculait alors les codes et livrait, hier comme aujourd’hui une oeuvre exceptionnelle de syncrétisme entre ses racines indo-pakistano-américaines ( il vit en Californie) et le jazz, à tel point que l’on pouvait dire qu’il était le créateur d’une véritable langage poussant bien loin les expériences coltraniennes en terre indiennes ou celle, d’une autre manière de Don Cherry.
Rudresh Mahanthappa n’est pas seulement un saxophoniste de génie, il est aussi l’inventeur d’un son qui n’appartient qu’à lui.
Avec Agrima ( qui signifie « suite ») le saxophoniste emporte tout le monde dans le flow d’un son où se mêlent son lyrisme si particulier avec le son de la guitare de Rez Abassi et les percussions de Dan Weiss, ce dernier illustrant le propos avec des talents d’orfèvre.
La musique est d’une incroyable intensité, animée d’une force vitale irrésistible. Les improvisations de Rudresh et surtout le son si particulier du saxophoniste atteignent des sommets. Lui aussi est une sorte d’oiseau, aigu, pointu, virevoltant et piquant, entraînant tout le monde dans une danse vernaculaire.
La fusion des trois musiciens est intense dans cette musique serrée où les espaces sont rares.
Et alors que Apti était entièrement acoustique, Rudresh Mahanthappa s’initie ici à l’électronique dont il joue des effets, renforçant dans ce voyage transfronalier une dimension onirique puissante.

Avec Rudresh Mahanthappa, il n’est pas question simplement de jazz mais d’une véritable expérience inédite.
Un choc culturel qui démontre les passerelles musicales entre les cultures et l’universalité de ce langage musical. Coltrane avait montré la voie. Il lui manquait l’ancrage de ses racines. Rudresh n’ouvre pas les portes, il les explose littéralement.
Jean-Marc Gelin

 

 

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12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 10:09

Daniel Humair (batterie, percussions),

Vincent Lê Quang (saxophones ténor & soprano),

Stéphane Kerecki (contrebasse)

Malakoff, 15 & 16 octobre 2016

livre CD Incises 001/ Outhere

 

Treize évocations musicales de treize peintres (Alan Davie, Jackson Pollock, Yves Klein, Larry Rivers, Pierre Alechinsky, Cy Twombly, Bram Van Velde, Jean-Pierre Pincemin, Paul Rebeyrolle, Jim Dine, Vladimir Veličkovič, Bernard Rancillac, Sam Szafran). Et des compositions (anciennes ou récentes) des trois protagonistes, à quoi s'ajoutent des thèmes de Jane Ira Bloom (Jackson Pollock) et Tony Malaby (Alechinsky). La musique est un hymne à l'art moderne, à l'Art Musical Moderne qui, comme les arts plastiques (et les autres disciplines) s'efforce de regarder au-delà d'un horizon qui serait « Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui ». Daniel Humair, et ses jeunes acolytes qu'il contribua à former au Conservatoire national supérieur de musique, se lancent à corps perdu dans des formes hardies, des expressions périlleuses. Et le résultat est à la hauteur de nos espérances, lesquelles étaient fondées sur ce que nous connaissons de ces trois musiciens d'exception. « Nous avons choisi plusieurs peintres du XXe siècle, explique Daniel Humair. Soit nous avions telle ou telle composition dans notre besace qui correspondait à l’univers pictural d’un artiste, soit nous avons composé en regard de l’œuvre du peintre. L’esprit plus que la lettre. Modern Art, ce sont des voisinages, des cousinages, des associations libres. Je suis musicien et peintre, mais je ne cherche pas à établir de lien direct entre les deux expressions : le lien, si il y a, ce sont les couleurs, mais pas au premier degré. ''Le rouge, c’est Sonny Rollins, le bleu, c’est Bill Evans'', ce serait trop facile ! ». Le livre qui inclut ce CD offre des reproductions des peintres évoqués, et comme le souligne Daniel Humair « c'est une invitation à la découverte ». Alors découvrons avec eux : c'est un enchantement pour l'oreille autant que pour l'œil, lesquels sont toujours en prise directe.... avec notre esprit.

Xavier Prévost

En concert le13 octobre, à Paris, au cinéma le Balzac, avec la projection du film " En résonance" de Thierry le Nouvel

http://www.cinemabalzac.com/public/musique/festivaljazz.php

Et aussi le 20 octobre à l'Opéra de Lyon, et le 17 novembre au Comptoir de Fontenay-sous-Bois

Sur Youtube, un concert au Triton en décembre 2015

https://www.youtube.com/watch?v=BSiOt5kp7PQ

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 17:07
LATTICE  DAVID REMPIS
LATTICE  DAVID REMPIS

LATTICE

DAVE REMPIS- alto, tenor, baritone saxophone 

 

www.daverempis.com

www.aerophonicrecords.com

 

 

Dave Rempis est un musicien sérieux, extrêmement engagé dans son parcours de musicien de jazz  free et de musiques improvisées, un saxophoniste chicagoan qui use de tous les registres de ses saxophones avec une grande virtuosité. S'il maîtrise la respiration circulaire, il peut jouer fort en faisant du "yowl and skronk"(hurlement et discordance). Sur un autre versant, sa musique résonne d'une grande délicatesse dans la recherche du son, le travail des timbres et du souffle.         

Il avoue dans les notes de son dernier album, qui sort le 10 octobre sur son label Aerophonic records qu’il a attendu longtemps avant de se risquer à l’art difficile du solo, suivant pour se donner du courage l’exemple de tous les grands de l’instrument qui l’ont inspiré : Coleman Hawkins, Eric Dolphy, Anthony Braxton, Steve Lacy, JoeMcPhee, Ab Baars et Mats Gustavsson… Avec une expérience de plus de vingt ans dans le « métier », ayant vécu les contextes les plus divers, il s’est lancé dans ce voyage personnel, odyssée à la recherche de lui-même. C’est au cours d’une longue tournée dont il nous donne les lieux-il a joué dans 27 villes différentes de Minneapolis à Chicago, 31 concerts en solo, entre février et juin 2017. De quoi se roder, d’autant que dans chaque ville, sa venue permettait de créer des contacts, de renforcer les liens avec les musiciens locaux, d’où le nom de cet album Lattice qui signifie "treillis" comme le montre le graphisme, mais aussi "réseau", « maillage ».

La musique entendue sur ce CD est bien le résultat d’un « work in progress », enregistré au fur et à mesure des performances. Une démarche intégrale, authentique, qui peut défriser assurément ceux qui ne connaissent pas la radicalité d’un certain courant qui persiste et se pérennise contre vents et marées aux USA.

Deux compositions, la première de Billy Strayhorn (oui, l’alter ego de Duke Ellington) « A flower is a lovesome thing » et le « Serene » de Dolphy encadrent les pièces originales du saxophoniste, qui s’ajointent parfaitement dans ce programme musical intense que l’on peut écouter d’une traite, sans vraie transition entre les pièces. A vrai dire, les titres et leur origine ont moins d’importance pour une fois et il ne faut pas s’attacher à retrouver la mélodie d’origine. Un fredon peut être point de départ d’une déconstruction des plus imaginatives, le saxophoniste explosant les thèmes avec une élégante régularité et un certain sens de l’ordre. De quoi recréer une autre structure. Très singulière. Ce qui est bien le sens du jazz...advenir dans l'instant...  

Une musique vraiment dissidente aujourd’hui car elle trouve sa raison d’être dans un parti pris d’exigence rare. Il faut écouter ceux qui veillent avec une assurance tranquille à ne pas se laisser détourner, ne cédant jamais à la facilité. Dave Rempis est l’un de ces résistants comme Daunik Lazro en France qui fait circuler d’un bout à l’autre de l’album un souffle épique, unique.

Laissez-passer !

Sophie Chambon 

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 15:58

Deux disques de la pianiste sortent simultanément, sous le label  Sans bruit : deux œuvres singulières, et singulièrement abouties

SOPHIA DOMANCICH « SO »

Sophia Domancich (piano solo)

Pernes-les-Fontaines, 14-15 avril 2016

Sans Bruit sbr022/ https://sansbruit.bandcamp.com 

J'ai éprouvé, en écoutant ce disque pour la première fois, la même sensation oxymorique d'étrangeté et de familiarité qu'avait suscité chez moi, au début des années 70, la découverte du disque «Open to Love» de Paul Bley. J'avais alors déjà écouté plusieurs des disques en trio du pianiste canadien, et pourtant je voyais surgir un monde neuf, comme inexploré. J'écoute Sophia depuis les années 80, dans diverses configurations, et je suis toujours happé par la prégnance de son univers, qui m'est au fil du temps devenu assez familier. Et cependant, à l'écoute de ce SOlo de SOphia, j'éprouve une sensation troublante d'inédit dans un décor qui, pourtant, ne m'est pas inconnu. C'est immédiat, dès la première plage, avec Pool of Tears, et son cortège d'intervalles distendus, de silences chargés de musique en puissance. Et cela se retrouve au fil des plages : Django, de John Lewis, qui m'est de longtemps dans l'oreille, prend ici des couleurs nouvelles, un étrange moiré qui en accentue le mystère. Certaines compostions figuraient déjà sur des disques récents («Alice's Evidence») ou anciens («Rêve de Singe», «D.A.G.»), et Pool of Tears me rappelle l'atmosphère ...d'Alice , sur son premier disque en solo, «Rêves familiers», millésime 1999. Mais ce qui s'impose d'évidence, quel que soit le thème joué, c'est une sensation qui mêle la perception physique et l'intellection : une telle musique exprime, ou plutôt incarne, cette notion qui frise souvent l'indicible, et l'on désigne du nom de beauté.

Xavier Prévost

 

SOPHIA DOMANCICH PENTACLE « En hiver comme au printemps »

Sophia Domancich (piano, compositions), Jean-Luc Cappozzo (trompette, bugle), Michel Marre (euphonium), Sébastien Boisseau (contrebasse), Simon Goubert (batterie)

Tulle, théâtre des Sept Collines, 19 novembre 2015

Sans Bruit sbr023/ https://sansbruit.bandcamp.com

 

Le retour du groupe Pentacle, après un premier CD enregistré en 2002 (« Pentacle », Sketch SKE 333032), et le suivant (« Triana Moods », Cristal CRCD 0703), publié en 2007 et capté deux ans plus tôt au studio de La Buissonne, comme le précédent. Le groupe a poursuivi son chemin. Pour ce concert de 2015 à Tulle, Claude Tchamitchian a cédé la contrebasse à Sébastien Boisseau. L'esprit est intact : les six compositions sont issues, à parts égales, des deux CD précédents, et le temps écoulé, comme l'énergie du concert, leur donnent une physionomie renouvelée. Côté piano, la qualité de l'instrument (ou de la prise de son ?) ne rend pas totalement justice à Sophia, mais c'est en quintette beaucoup moins grave qu'en trio ou en solo. Et puis le disque ci-dessus, sur le magnifique instrument de La Buissonne, compense cette très légère frustration. D'autant que l'essentiel ici, c'est le groupe : et quel groupe ! Ça fusionne, ça communie, ça interagit avec une intensité et un investissement de tous les instants. Michel Marre, par sa science des pistons, nous donne sur l'euphonium des effets de léger glissando dignes du trombone, effets qui servent magnifiquement l'expressivité du musiciens. Jean-Luc Cappozzo conjugue comme toujours perfection et liberté folle. Quant au trio, il nous éblouit par ses incartades si libres, et cependant maîtrisées, autant qu'il est nécessaire pour que la musique ne disparaisse pas dans un choc d'uppercut. Grande et belle idée que d'avoir porté au disque ce moment de concert, exceptionnel.

Xavier Prévost

 

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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 17:44

Stefan Orins (piano), Christophe Hache (contrebasse), Peter Orins (batterie)

Attiches (Nord), 21-22 février 2017

Circum-Disc CIDI 1701/ https://www.circum-disc.com

 

Le cinquième disque d'un trio qui affiche déjà vingt années de complicité, et qui conserve intacte sa précieuse singularité. On peut s'évertuer à déceler des sources d'influence dans le piano jazz des cinq dernières décennies (Paul Bley, Bobo Stenson....), mais l'essentiel est ailleurs. Dans le désir ardent de susciter une tension permanente, et féconde, entre les trois acteurs du groupe. L'interaction va au-delà des signes repérables, qui identifient ici un dialogue, là un trilogue, ailleurs une sorte de contrepoint rythmique qui va donner naissance à univers mélodico-harmonique. Le pianiste explicite, en l'exorcisant, son titre d'album, «The Middle Way» : «C'est la voie du milieu, dit-il dans la vidéo de présentation sur Youtube, qui harmonise ce qui est visible et ce qui est invisible. La musique a ce côté à la fois matériel et spirituel ». La musique respire une envie folle de décalage, de dissymétrie (parmi d'autres, Winter always turns into spring, et aussi Ku , dont un passage me rappelle la Valse de Jacques Thollot, qu'aimait tant jouer Siegfried Kessler). Et dans cet univers tendu surgit souvent la fluidité cursive propre au jazz, comme un paisible cours d'eau entre deux cascades. Ici cohabitent, en permanence, le discontinu et le continu, dans une tension productive qui est souvent celle où s'écrit (au sens large, c'est-à-dire même quand elle est improvisée) la musique. Le disque a été enregistré 'à la maison', dans un petit bourg au sud de Lille, aux confins des anciens territoires de la Pévèle et du Mélantois. Il porte la marque de cet esprit deux fois nordiste (les frères Orins sont d'origine franco-suédoise, natifs de Roubaix, et Christophe Hache est un Camberlot - autrement dit né à Cambrai), qui lui permet de se faire entendre bien au-delà de nos frontières, et de temps à autres dans les clubs parisiens. Ce trio illustre magnifiquement une réalité du jazz hexagonal : l'excellence n'est plus rivée à la centralité parisienne ; elle s'épanouit partout où de vrais talents éclosent, se développent et durent, sans préjuger d'une quelconque territorialité qui assignerait tel ou tel à l'exiguïté d'un territoire, fût-il géographique.... ou stylistique.

Xavier Prévost

 

Un extrait sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=84eYhlPEC2c

 

En concert le 12 octobre 2017 à Lesquin (Nord), au Centre Culturel, et le 29 novembre à Paris, au Sunside

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 22:14

Laurent Coq (piano), Joshua Crumbly (contrebasse), Johnatan Blake (batterie)

Brooklyn, 31 octobre & 1er septembre 2016

Jazz & People JPCD 817004/Pias

 

Le pianiste Laurent Coq demeure un Jaywalker, ce piéton indiscipliné qui traverse hors des clous, et qu'il était en 1997 lorsqu'il enregistrait, déjà à Brooklyn, son premier disque auquel il avait donné ce titre qui lui va si bien. Après bien des escapades new-yorkaises, une installation dans cette ville durant 5 années, et une carrière riche en musiques et en débats très vifs sur la situation du jazz, il signe un disque en trio avec des partenaires états-uniens : le contrebassiste Joshua Crumbly et le batteur Johnathan Blake. L'un et l'autre sont fortement enracinés dans l'idiome du jazz, un parti pris qu'il revendique dans l'entretien accordé tout récemment à Jean Louis Lemarchand des Dernières Nouvelles du Jazz ( http://lesdnj.over-blog.com/2017/10/laurent-coq-je-suis-attache-aux-fondamentaux-du-jazz.html ). Le disque est un hymne à une sorte de famille musicale, parenté par forcément génétique (Kinship) qui le lie à des musicien(ne)s des deux rives de l'Atlantique, et d'ailleurs : chacun(e) se voit dédier un thème. Tous sont de sa plume, sauf le premier cosigné avec le bassiste et le batteur. Il leur a donné des titres choisis par les dédicataires pour évoquer les caractères propres au jazz, mais l'attribution de chaque plage a été laissée au hasard d'un tirage au chapeau. De son mentor Bruce Barth à la chanteuse souvent accompagnée, Laurence Allison, en passant par Mark Turner ou Miguel Zenon, tous ces Amis sont en fait les témoins d'un disque cohérent, où transparaît le goût d'une musique riche et dense, qui ne craint pas de rappeler qu'elle aura été, et demeure, la Grande Musique américaine. Jazz de stricte obédience, oui, mais jazz d'aujourd'hui, tourné vers le présent des langages musicaux qui s'épanouissent en son sein. Du beau, du grand piano, qui sonne, chante, et fait retentir de riches sonorités, une pulsation vive, et un lyrisme tantôt contrôlé, tantôt débridé. Le dialogue avec la rythmique est d'une permanente vivacité, et le piano s'envole quand s'impose l'instant de l'essor ; et après un trépidant labyrinthe intitulé Radiation, le disque se conclut par un solo recueilli, spectral et énigmatique, d'une troublante beauté. Beau disque, vraiment.

Xavier Prévost

.

Le trio est en tournée : le 10 octobre à Toulouse (Jazz sur son 31), les 11 & 12 à Paris, au Sunside. Puis le 14 à Gérone (en Catalogne), le 16 en Espagne, à Madrid, et le 19 au festival de Tourcoing.

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 22:00

Pierrick Pédron (saxophone alto), Carl-Henri Morisset (piano), Thomas Bramerie (contrebasse), Greg Hutchinson (batterie)

Meudon, 4-6 décembre 2016

Crescendo 5772624 / Caroline

 

Après avoir circulé dans tous les jazz(s) et leurs entours, Pierrick Pédron revient au jazz de stricte obédience pour ce disque en quartette, avec un répertoire de compositions originales forgées dans la pureté du minerai originel. J'ai lu et entendu citer à son propos, ici ou là, Parker et Konitz. Quant à moi j'entends, derrière une indiscutable personnalité sonore et stylistique, le souvenir de Gigi Gryce. Fantasme d'amateur ? Probablement.... Mais la première composition, Unknøwn, me rappelle l'énergie sinueuse, un peu mélancolique, de ce Maître oublié.

Assez parlé du passé : le présent de Pierrick Pédron, c'est une indiscutable liberté, à l'égard des codes et des langages, tout en conservant l'horizon de l'idiome. Il est en cela remarquablement assisté : le jeune pianiste Carl-Henri Morisset fait montre d'une personnalité déjà très affirmée, dans une aisance pianistique et harmonique qui force l'admiration ; Thomas Bramerie à la contrebasse, de longtemps compagnon de route du saxophoniste, pose au fil des plages les jalons d'un langage maîtrisé qui ne craint pas l'aventure ; quant au batteur Greg Hutchinson, désormais résident italien, il apporte un drive manifestement issu de l'écoute passionnée des grands batteurs du jazz moderne, mais qui correspond admirablement à l'intensité de l'instant, ce miracle permanent d'un jazz sans faux-semblants. La deuxième plage, Mum's Eyes, Pierrick l'a dédiée à la mémoire de sa mère, et c'est dans la maison familiale, en Bretagne, qu'il a composé le répertoire de ce disque. Suit un thème inspiré par sa région natale, repris de son album « Omry », dans une version fort différente. De ballade mélancolique en tempo vif et escarpé, nous avons tout loisir pour parcourir le paysage intérieur de ce grand lyrique, qui caracole d'une hommage cursif au pianiste Mulgrew Miller à une segmentation presque cubiste (Trolls) en passant par un peu de langueur avec A Broken Reed. Un paysage exploré avec la (précieuse) complicité de Laurent de Wilde, réalisateur-conseiller artistique du projet. Et pour compléter ce parcours personnel, deux versions d'une même chanson du groupe Depeche Mode, Enjoy the Silence (millésime 1990), traitée comme ces standards langoureux dont de tout temps les jazzmen firent leur miel. Bref, je n'en dis pas plus : l'écoute, et les réécoutes, furent pour mois un profond plaisir et la galette recèle encore, je crois, quelques secrets. La marque d'un Grand Disque : je pèse mes mots, persiste et signe !

Xavier Prévost

 

Le quartette sera en concert le 20 octobre à Toulouse (festival 'Jazz sur son 31') et du 23 au 25 octobre à Paris, au Duc des Lombards

 

Un condensé-express (44 secondes ! ) sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=a54Lt9UJkcc

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 07:27

Cam Jazz 2017
Antonio Sanchez (dms, samples, kybds,electr, vc)


Le batteur aux multiples awards, créateur de la musique du film Birdman et surtout teneur de beat chez Pat Metheny est certainement l’un des batteurs les plus intéressant de la scène actuelle. Régulièrement, dans ces colonnes nous vous rendons compte de ses albums sous le label Cam Jazz avec, à chaque fois un enthousiasme renouvelé. Car autant le dire, nous sommes dingues d’Antonio !
Et il ne dément pas notre fan club en publiant aujourd’hui «  Bad Hombre » où tout seul, entouré de ses machines à sample, il livre l’un des albums les plus fascinant de l’année.
Si «Bad Hombre » s’ ouvre sur un air mexicain ( sa patrie d’origine) il est vite recouvert par les nappes sonores, les lignes de basse et les riffs. Voilà d’où il vient. Voilà où il va. Et ce vers quoi il nous entraîne est inédit, sauf qu’il a peut être été marqué par les expériences de Metheny et de son  orchestrion avec la même passion de créer à lui seul de multiples trames de sons qui se juxtaposent.
Antonio Sanchez s’amuse en effet à créer des univers sonores basés sur des motifs répétitifs ( Philippe Glass en tête) sur lesquels viennent se greffer des sons électroniques et surtout des riffs de batterie impressionnants qui replacent le batteur au centre du jeu. Le soliste pour une fois c’est lui. Celui qui fait chanter les peaux de manière parfois spectaculaire comme sur Fire Trail moment culminant de « Bad Hombre ».  Antonio Sanchez est animateur et soliste. Celui qui donne du souffle à ce qui pourrait sans cela s’apparenter à une musique sérielle. C’est alors comme rentrer dans le laboratoire d’un savant fou et se laisser hypnotiser par son art. Certes on pourrait s’inquiéter de cette musique déshumanisée où les trames sont toutes électroniques et sans interventions d’autres musiciens. mais ce serait passer à côté d’un grand travail créatif qui suscite la pulse et l’imaginaire.
Dans ce travail exigeant du solo qui pourrait lasser, Antonio Sanchez parvient à ne jamais lasser. A toujours nous mettre en éveil. articulant que nous sommes à l’expérience. Cobayes volontaires d’une expérimentation sonore et polyrythmique.
Remarquable.
Jean-Marc Gelin

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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 18:10

Roberto Negro (p), Emile Parisien (ss), Michèle Rabbia (dms)

Label Bleu 2017


Jeudi 5 octobre : Maison de la Culture d’Amiens
Mardi 21 Novembre : Studio de l’Ermitage


« Dadada » pour évoquer une sorte de vision dadaïste de la musique mais aussi le sens du rebondissement qu’il soit dramatique ou rythmique. Ces trois musiciens qui se connaissent depuis quatre ans ont un sens de la musique en trio suffisamment mutine pour livrer ici un objet assez protéiforme. L’album de Roberto Negro est comme l’évocation de personnages sommés de faire jouer notre imaginaire d’auditeur qui se promène dans un ouvrage subtil où se noue une sorte de partie de cache cache entre les musiciens. Il s’en dégage une force poétique rare dont tous les éléments éveillent l’attention au conte. Tout semble tapi dans l’ombre prêt à surgir derrière les jolies mélodies. De petites incises sonores remettent tout en cause, comme des sortes d’elfes qui  peupleraient de douces rêveries ( Gloria e la poetessa). Mais ne vous fiez pas trop longtemps à la ritournelle ou à la jolie mélodie, elles peuvent être interrompues à tout moment par l’irruption d’un bruit incongru. Les musiciens semblent à certains moments sur une rampe jusqu’à ce qu’à la manière d’un disque rayé, un ostinato bizarre arrête le mouvement ( Bagatelle). Et ces délicates interventions font un peu office de trublions musicaux (Poucet). Le pianiste apporte toujours la couleur, le trouble et le mystère comme sur Ceci est un merengue joué en clair obscur avec un sens poétique touchant.
Et puis parfois cela part à la manière d’un combo un peu fou. Il y a même parfois des accents Nouvelle orléans, ou même à la façon d'Ornette dans cette façon parfois facétieuse de jouer. Il n’est que d’entendre Emile Parisien sur Brimborion qui pour le coup n’a rien d’une babiole. Bechet, sort de ce corps ! Epoustouflant Emile qui apporte dans cette poésie un souffle de vie d’une force exceptionnelle !
Et comme un  trait d’union vibrant, Michèle Rabbia qui fait passer le frisson des peaux effleurées.

Dans cette scénographie passionnante il y a l’art du trio. Vous savez ce moment où les trois semblent marcher à l’intérieur d’un cercle dans un moment ininterrompu où il se suivent et se croisent. C’est qu’il y a quelque chose de la mise en espace. De l’installation contemporaine d’un art dadaïste.
Les personnages que l’on croise dans cette histoire sont fascinants, émouvants, inattendus et facétieux. Et l’ensemble est d’une réjouissante déstructuration.
Jean-Marc Gelin
 

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