Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 janvier 2021 1 04 /01 /janvier /2021 08:49

 

Alexandra Grimal (saxophones ténor, soprano & sopranino, voix), Edward Perraud (batterie, percussions)

enregistré en 2014

unsui | Alexandra Grimal & Edward Perraud | Alexandra Grimal (bandcamp.com)

 

Sans édition CD ni label, et donc seulement accessible en fichier numérique via la page bandcamp d'Alexandra Grimal, un duo enregistré voici plus de six ans, qui vient d'être publié, et dont le titre a été inspiré par la lecture de François Cheng : 'Unsui' est un terme chinois qui dans la tradition zen désigne simultanément le nuage et l'eau, ce qui glisse comme le nuage et coule comme l'eau. Et cette musique improvisée est comme un flux mouvant, une matière diaphane qui poursuit son essor et se répand dans notre esprit et nos sens, tantôt comme un baume qui nous envelopperait de ses sortilèges, tantôt comme une danse qui nous conduirait sur des chemins insoupçonnés. Un dialogue incessant entre les deux artistes, conversation qui procède simultanément de la puissance matérielle du son et de l'exercice spirituel en quoi s'accomplit la musique. Et le lyrisme aussi s'empare des saxophones, stimulé par la frappe ou les frottements qui font chanter les percussions. On se laisse embarquer, suivant un fil que l'on perd forcément (le luxe de l'auditeur, c'est qu'il a le droit de perdre le fil), et l'on arrive au terme de ce voyage improvisé après un texte qui nous égare comme en un rêve. Une très belle page de musique scénarisée, à laquelle il suffit de s'abandonner, avec bonheur et recueillement.

Xavier Prévost

 

Partager cet article

Repost0
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 18:31

François Lana (piano, synthétiseur), Fabien Iannone (contrebasse), Phelan Burgoyne (batterie)

Vevey, mars & août 2019

Leo Records CD 884 / Orkhêstra

https://francoislana.bandcamp.com/album/cath-drale

 

Un oublié de l'automne : l'album est arrivé en octobre, au moment de sa parution, quand attendaient un foule de CD à paraître en novembre mais reçus dès septembre. Une revendication d'influence explicite, dans le texte du livret, qui cite Monk, Paul Bley, Andrew Hill (une plage lui est dédiée) et le plus rarement évoqué Herbie Nichols. Et c'est bien cette dernière influence qui m'a frappé de prime abord : thèmes fragmentés, sinueux, mais forme cohérente, servie par des jaillissements soudains qui sont la vie même. Entre deux improvisations collectives (la première et la dernière plage), des compositions tissées d'inventivité, d'énergie, de swing. Du piano pensé mais qui déborde de vitalité, une interactivité manifeste entre les membres du trio, et le goût de faire chanter les instruments sans étouffer l'énergie. Au fil des plages le très troublant Hillness, dédié comme son titre le laisse supposer à Andrew Hill, avec aussi tous les jeux de mots implicites qui peuvent nous entraîner ailleurs.... Une intro sur des harmonies tendues, un basculement vers un climat de blues 'à la Monk', et quelques escapades qui fleurent bon la revendication de singularité. La plage suivante lance des fusées qui me rappellent Herbie Nichols, que j'adore. Et partout de la liberté, de l'inventivité, de l'audace. Et, du début à la fin, un vrai bon disque de jazz (très) moderne !

Xavier Prévost

.

Un vidéo de 2019 filmée à la Halle Papin de Pantin

Partager cet article

Repost0
23 décembre 2020 3 23 /12 /décembre /2020 10:17
CHRISTOFER BJURSTRÖM PIANO SOLO    L’ECUME DE MAI

CHRISTOFER BJURSTRÖM

L'ECUME DE MAI

SORTIE DECEMBRE 2020

MZ Records – Label de disques

 

 

 

L’écume de mai surgit en bord de mer, souvent au printemps. Produit du bouillonnement de la mer, elle est portée par le vent vers le rivage. Christofer Bjurström évoque dans cet album ce qui nous constitue dans les diverses temporalités de nos vies, comment nous sommes présents au monde. Comme des tableaux sonores qui ouvriraient une fenêtre idéale dans laquelle s’inscrit le visage intérieur du pianiste.

Explorant les possibilités d’un instrument complet, il affirme une dimension narrative, qui ne va pas sans émotion. Il choisit ainsi de se portraiturer à travers un choix de textes et par des plages improvisées. Travail solitaire et plus ingrat mais adapté sans doute à cette période introspective. Rappelons que le disque fut enregistré en juin dernier pour le label Marmouzic records. Une musique sensible, qui nous met aussi à l’épreuve, qui trace au fil de 9 compositions le relief de ses humeurs troublées, sceau du confinement?
Cette aventure toujours risquée du piano solo décline donc 9 pièces libres, vives, inspirées de poèmes de Jules Supervielle, Abdellatif Laâbi, Claude Roy, Bo Carpelan, Emily Dickinson, Sylvia Plath et Raymond Carver.

Ce qui est devenu écume, le tout premier titre, en réponse à Supervieille dans Oublieuse Mémoire, éclaire le projet sans ambiguïté:

C’est tout ce que nous aurions voulu faire et n’avons pas fait,

Ce qui a voulu prendre la parole et n’a pas trouvé les mots qu’il fallait,

Tout ce qui nous a quittés sans rien nous dire de son secret …

Ce qui est devenu écume pour ne pas mourir tout à fait ...

Ce qui avance dans les profondeurs et ne montera jamais à la surface, Ce qui avance à la surface et redoute les profondeurs;

 

La musique est plus que jamais une tentative de fixer l’éphémère même siRien de ce qui arrive ne demeurera” écrit Raymond Carver dans La vitesse foudroyante du passé.

Ce qui demeure, trace de l‘instant qui se joue, de la musique qui advient, fait de la place à nos images mentales, à nos paysages intérieurs. Christofer Bjurström parvient à produire une musique à la fois résistante et liquide, avec des formes qui naissent et s’évanouissent, en une plongée dans les tréfonds de l’intime. Notes en pluie serrée et persistante, ou qui perlent et rebondissent un un friselis moutonnant, martèlement audacieux du clavier ou bruit sourd dans les bois et cordes quand le piano est préparé, superpositions d’accords et de brisures rythmiques composent un chant jamais plaintif mais lucide, une mélodie souvent heurtée, des tressaillements qui remontent avec le souffle du temps. Avec l’appréhension d’un certain vide qui devient silence, dans une tonalité volontairement grave, s’inscrivent pauses, ruptures, blancs. Un rythme souvent insistant, obsessionnel parcourt ses solos qui racontent presque toujours une histoire. Surgissent aussi des mélodies plus fluides, impressionnistes, des élans lumineux réparant les horizons éclatés, qui ramènent vers des rivages connus, avec l’espérance.

Ainsi écoutons nous ce piano en archipel, singulier pluriel qui sait accompagner les images d’un film qui se projette dans notre imaginaire.

Sophie Chambon

Partager cet article

Repost0
21 décembre 2020 1 21 /12 /décembre /2020 09:31

Sylvain Daniel (guitare basse, voix, claviers, percussions, piano, bugle, batterie), Guillaume Poncelet (trompette), Sophie Agnel (piano, synthétiseur), David Aknin (batterie), Johan Renard & Anne Le Pape (violons), Cyprien Busolini (alto), Jean-Philippe Feiss (violoncelle), Olivier Augrond (voix)

sans date, Pantin & Paris

Kyudo Records / l'autre distribution

https://sylvaindaniel.bandcamp.com/album/pauca-meae

 

J'aborde ce disque avec circonspection : il est construit autour de poèmes de Victor Hugo. Or les héros de mon dix-neuvième siècle littéraire s'appellent plutôt Balzac, Flaubert, Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud, Jules Vallès, Nerval, Mallarmé (liste non exhaustive), le Père Hugo m'étant toujours apparu comme un notable certes souvent contestataire (les exils, Napoléon le Petit, Le Dernier jour d'un condamné, L'homme qui rit, Quatrevingt-treize....), mais tellement installé dans le parcours qui devait le conduire depuis la position de Pair de France jusqu'aux obsèques nationales, malgré les désagréments causés par ses engagements successifs. Et sa poésie m'a toujours semblé d'une correction bourgeoise qui m'anesthésie.

Mais j'aime beaucoup la musique de Sylvain Daniel, donc je m'y suis plongé. Après avoir lu dans une gazette culturelle un article qui s'étendait longuement sur Hugo plus que sur la musique, je vais tenter d'esquiver le piège, et de me concentrer sur cette œuvre musicale. Une musique autour du texte assurément. Dans le texte aussi, parfois contre, mais pour mieux l'évoquer. Le texte, c'est le livre IV des Contemplations, un recueil intitulé 'Pauca Meæ' : peu de vers (60 pages, quand même, dans le tome 2, cinquième édition, des Contemplations chez Hetzel en 1858), pour cet ensemble de poèmes suscité par la mort de Léopoldine. Soixante pages, c'est déjà beaucoup quand le titre suggère peu....

Côté texte d'abord, la diction d'Olivier Augrond est constamment adaptée au poème convoqué. Intimité chaleureuse pour 'Elle avait pris ce pli' (cinquième poème du recueil, mais première plage du CD) ; violence à peine contenue (et soulignée par un changement de prise de son) dans 'À Villequier' (les huit derniers vers d'un long poème) après une formidable séquence musicale de profonde mélancolie où la trompette nous envahit d'émois. Les poèmes ne sont pas évoqués dans l'ordre du recueil et d'ailleurs, pour la plage suivante du disque, 'Aux anges qui nous voient', c'est un double emprunt au livre VI du recueil, et donc plus à 'Pauca Meæ'. Mais la musique est toujours d'une grande intensité, et sur un canevas répétitif le spleen est toujours là. Puis vient la folie du père égaré par son chagrin. La musique encore dit plus que l'essentiel. L'inoxydable Demain, dès l'aube (souvenir du premier poème que l'on m'a fait apprendre à l'école, à l'âge de cinq ou six ans....) est esquivé pour n'offrir qu'un court-circuit entre les vers 5 à 8 et 11-12 de la fin du poème. Belle manière de nous épargner la grandiloquence du début du poème (Hugo n'est pas Baudelaire, hélas!). Il y a ensuite encore des emprunts au livre sixième, mais sans détailler chaque plage, je dois dire que, du début à la fin, Sylvain Daniel m'a convaincu musicalement par la pertinence de son choix hugolien. Et la conclusion chambriste qui, dans la dernière plage, reprend le thème de la première, sans texte mais avec quatuor à cordes, m'a énormément plu. Pas fan du Père Hugo (sauf les exceptions que j'ai mentionnées), mais enchanté par ce disque puissamment évocateur !

Xavier Prévost

Partager cet article

Repost0
20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 14:55

Ma Rainey’s Black Bottom. Bande originale du film de George C.Wolf. Branford Marsalis. Sony Music/Milan. Décembre 2020.

Avec Bessie Smith, Ma Rainey (1886-1939) figure au panthéon des chanteuses de blues des premières années du jazz au début du siècle passé. Dotée d’une voix de contralto « parfaitement contrôlée » et de rondeurs généreuses, Ma en imposait sur scène. « Véritable arbre de Noël décoré de bijoux, elle jouait admirablement de son physique », observe François Billard (Les chanteuses de jazz. Ed.Ramsay).

 

Sa forte personnalité et ses qualités artistiques d’interprète (dès l’âge de douze ans) et de compositrice -on lui doit ainsi en 1924 'See See Rider', un des futurs hits d’Elvis Presley- ont inspiré le théâtre, avec une pièce, ‘Ma Rainey’s Black Bottom’, signée August Wilson et jouée à Broadway en 1982.
Le récit des aventures à Chicago en 1927 de la chanteuse de Colombus (Georgie) -imaginées sous la forme d’un huis clos dans un studio d’enregistrement- vient d’être porté à l’écran par George C.Wolfe avec le même titre, celui d’une composition de la chanteuse, film qui est diffusé sur Netflix depuis le 18 décembre.

 

Dans le rôle-titre, Viola Davis (Oscar en 2017 pour son interprétation dans 'Fences') partage la vedette avec Chadwick Boseman (le héros du film 'Black Panther') qui incarne un trompettiste dans ce qui s’avèrera sa dernière apparition à l’écran (il est décédé d’un cancer en août dernier à l’âge de 43 ans).

 

La bande-son en a été confiée à Branford Marsalis qui s’est plongé dans l’univers musical des années 20 et plus spécialement, précise-t-il dans le livret, dans les interprétations de King Oliver et de Paul Whiteman. Le saxophoniste et arrangeur de la Nouvelle-Orléans souligne combien les deux musiciens ont su élargir le format traditionnel des petites formations de l’époque (trompette, clarinette, trombone, banjo ou piano, basse ou tuba et batterie).

 

A la tête d’une grande formation avec force violons, violoncelles, saxophones (ténor, alto), trombones, cornets, Branford Marsalis reproduit brillamment l’atmosphère de cette époque flamboyante sans céder à une quelconque nostalgie poussiéreuse. Des 24 titres joués ici, quatre sont des compositions de Ma Rainey y compris celle qui donne son nom au film et ‘Those Dogs of Mine’ interprétée par Viola Davis ... Un album qui mérite d’être classé au milieu de la centaine d’enregistrements laissés par Gertrude, Malissa Pridgett surnommée  « la mère du blues ».


Jean-Louis Lemarchand.

 

Partager cet article

Repost0
20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 10:39

Pierre de Bethmann (piano, piano électrique), Sylvain Romano (contrebasse) Tony Rabeson (batterie)

Pompignan (Hérault), 7-8 septembre 2019

Aléa 013 / Socadisc

http://aleamusique.fr/fr/disques/72-pierre-de-bethmann-trio-essais-volume-4

 

Le quatrième volet d'une série entamée en mars 2015, avec le beau projet de jouer les standards, et pas que (dans les volumes précédents Gabriel Fauré, Gainsbourg, Ravel, Boris Vian, Brassens, Stevie Wonder....), et toujours ce beau souci de vraiment réinterpréter. On pourrait même dire déconstruire/reconstruire, avec amour et respect pour les musiques choisies. Cette fois le choix de Pierre de Bethmann s'est porté sur des standards du jazz au sens strict (Anthropology, Saint Thomas, Think of One), mais aussi sur des grandes compositions de jazzmen (et jazzwomen) que l'on ne qualifierait pas forcément de standards (et pourtant....) : Three Blind Mice de Carla Bley, Deluge de Wayne Shorter, Ma Bel de Kenny Wheeler.... Sans oublier une chanson de Paul Mac Cartney (This Never Happened Before), et une autre du pianiste argentin Guillermo Klein, Moreira, reprise notamment par Miguel Zenón. De tout cela le pianiste fait œuvre nouvelle. Parker, Rollins et Monk sont joyeusement (mais amoureusement) pervertis dans leur rythme, leurs harmonies, ou dans leur ligne mélodique. Parfois le piano sort du cadre quand la basse rappelle les fondamentaux, et tout cela débouche sur des improvisations qui renouvellent la longue histoire de ces thèmes. Sylvain Romano, solide comme le roc, permet à ses partenaires toutes les audaces (Ah! les commentaires de Tony Rabeson, qui sont en eux-mêmes des histoires autonomes....). Pierre de Bethmann s'évade volontiers, avec toujours une grande pertinence (citer Night Train en improvisant sur Monk, il faut oser). Le traitement réservé à Wayne Shorter, Carla Bley et Kenny Wheeler paraît moins radical, tout simplement peut-être parce que ces thèmes sont moins ancrés dans nos mémoires par leurs interprétations de référence, et forcément moins porteurs aussi de souvenirs de relectures. En tout cas, d'une plage à l'autre, et d'un bout du disque à l'autre, on se régale de la liberté avec laquelle ce répertoire choisi est interprété, réinterprété, métamorphosé (c'est la nature-ou plutôt la culture- du jazz même).

Un avant-ouïr en suivant ce lien

http://pierredebethmann.fr/audio-player/72

 

 

On retrouve ce volume 4 dans le coffret publié simultanément, accompagné des volumes précédents. Chroniques de ces volumes antérieurs dans les Dernières Nouvelles du Jazz en cliquant sur vol.1, vol.2, vol.3

 

Encore quelques jours avant Noël ou le Nouvel An pour offrir ce coffret en cadeau !

Et il y a une surprise dans ce coffret : un volume complémentaire, intitulés «Essais/supplément», avec des plages inédites issues de l'ensemble des séances depuis 2015 : Introspection de Monk, en solo, qui raconte l'histoire dans un dialogue entre les deux mains du pianiste ; Les feuilles mortes, en trio cette fois, en se jouant du thème et des accords, avec une cavalcade improvisée ; Stablemates, de Benny Golson, en solo, avec encore un jeu de mains ; retour au trio pour Melody of the Moment, impromptu surgi de la rencontre entre Herbie Hancock et Jacob Collier ; et solo de la dernière plage sur As Time Goes By. Ces inédits sont un supplément d'âme pour un bonheur conclusif.

Xavier Prévost

.

Des extraits du coffret en suivant ce lien

http://pierredebethmann.fr/fr/fr/albums/73-pierre-de-bethmann-trio-essais-volumes-1-a-4

Partager cet article

Repost0
19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 12:04

Edward Perraud (batterie, guitare, électronique, claviers, harmonica, composition)
Elise Caron (voix, flûte, textes, composition)

Fontenay-sous-Bois, mars 2018 ; Malakoff, février 2017 ; Ed Studio, 2014

Quark Records QR202026 / l'autre distribution

 

Deux personnes et deux personnalités (deux personnages aussi), d'une totale singularité. Près de dix ans après la parution de «Bitter Sweet» (Quark QR 0210630), les revoilà, avec un nouveau titre en forme d'oxymore ; c'est normal car leur singularité est plurielle, avec ce goût de franchir les frontières des genres musicaux, de mettre la fantaisie en abyme, de conjuguer la simple gaîté et l'émotion forte. Et aussi leur passion commune pour des univers musicaux chamboulés, entre l'improvisation, la musique contemporaine, le jazz, la chanson à (beaux) textes (en français, en italien), les rythmes du monde et les bruissements des musiques électro-acoustiques. Les percussions sont très présentes du côté d'Edward Perraud, mais aussi une foule d'instruments convoqués par les besoins de l'expression. Chez Élise Caron la voix (ou plutôt l'impressionnante palette de ses multiples voix : de chant, de théâtre, de murmure) cède ponctuellement le terrain à la flûte. Et tout cela nous raconte des histoires, étranges ou tendres, inquiétantes ou rieuses. Psalmodie de la peur ou vertige du temps suspendu, mystères de la mémoire, naufrage de l'innocence, chansons sans paroles, topographie de l'intime, tout converge, à force de ces multiples voix, de ces multiples expressions instrumentales, vers une fresque impossible à décrire, où l'humour, l'angoisse, côtoient l'émoi profond comme la légèreté parée d'insouciance. On a pu les écouter, l'une comme l'autre, dans des univers musicaux totalement différents. Mais ils se livrent là, en totale connivence ; l'écrit, l'improvisé, le finement élaboré et le totalement spontané se conjuguent et se côtoient : si l'on n'a pas le cœur sec ni l'oreille sourde, le bonheur est au bout du chemin.

Xavier Prévost

Partager cet article

Repost0
16 décembre 2020 3 16 /12 /décembre /2020 10:40
PASCALE BERTHELOT  SAISON SECRETE

PASCALE BERTHELOT

SAISON SECRETE

LABEL LA BUISSONNE

www.ecmrecords.com

www.labuissonne.com

 

CDs – pascale berthelot pianist, art director, pedagog, art-therapist.

Saison Secrète | Pascale Berthelot | La Buissonne (bandcamp.com)

 

Tout comme la plasticienne Fabienne Verdier1 qui illustre la pochette, en un camaïeu de gris verts sur feuilles d’eau, cette mystérieuse saison, une “cinquième saison, qui chante je ne sais quoi, transition vers un ailleurs inexploré, un état de conscience autre, la pianiste Pascale Berthelot se meut avec la matière. Elle se laisse agir, traverser par le chant du monde, ou autre chose qu’elle n’arrive pas à définir : ça parle au fond de moi...Je ne sais pas le dire et puis le corps sensible prend le relais et la musique parle d’elle même, la musique se fait d’elle même.

Et nous non plus, qui restons sensible à cette valse des correspondances, ces passages entre diverses disciplines qui se conjuguent.

Cinq pièces vibrantes, plutôt longues de “Balance des étoiles” à ce” Clair éclat de l’M” font varier nuances et atmosphères où la pianiste fait se croiser mystères et instantanés en un mouvement continu, dévoilant l’ exigence d’une personnalité musicale à découvrir.

Le piano est l’instrument de coeur de Gérard de Haro, le chef de la Buissonne qui a créé son propre label très singulier : connaissant par ailleurs le travail de Pascale Berthelot, il lui a demandé de jouer avec son piano, le grand Steinway du studio, la pièce maîtresse qui a déjà vu tant de musiciens s’ essayer à ce corps à corps, jouant autant de sensualité que de puissance de frappe. 

Rompue au répertoire classique et contemporain, elle se livre alors à un exercice de style, d’improvisation à la manière des baroques et laisse advenir ce que le corps lui dicte, une expérience du solo magistrale où les flux s’épanchent en direct, au prix d’un effort préparatoire, une révélation inconsciente, non contrôlée en tous les cas, attendue, espérée peut être, ou simplement qui se délivre, écrite à l’encre du feutre des marteaux

Son imaginaire est traversé de multiples influences, car elle n’oublie pas non plus, dans ce projet de littérature musicale, l’accord avec les grands textes, comme celui de la Dixième élégie de Duino du poète Rainer Maria Rilke, traduite par Philippe Jaccottet : il ne s’agit pas d’une illustration des mots ou des encres diluées, mais la musique correspond à la palette de couleurs, de grains, de pigments, comme des rayons de lumières qui percent à travers le feuillage de Fabienne Verdier.

Une expérience de corps en action, où par son cheminement propre, elle s’engage body and soul comme on le chante en jazz, et la musique advient, une transcendance de chaque jour.

La musique varie en couleur et intensité, impressionniste, traversée d’une pulsation brillante, celle d’un piano percussif qui marque son empreinte, mu par cette force mystérieuse et vitale. La fougue suffisamment expressive d’une musique audacieuse, authentique, spontanée, généreuse, si elle n’est pas du jazz, caractérise un certain engagement de la musique actuelle européenne. Moment singulier, qui nous laisse entrevoir tout simplement une certaine expérience des limites, la traversée rarement autorisée des apparences! Cette performance mérite d’être suivie en live mais on saisit grâce à la beauté de l’enregistrement à la qualité inouïe du grain sonore, la teneur de cette aventure, où il est question d’un moment poétique.

 

Sophie Chambon

 

(1) Fabienne Verdier s’est passionnée pour la calligraphie chinoise, travaille sur la Montagne Ste Victoire mais aussi sur ces feuilles d’eau, ornements des chapiteaux des abbayes cisterciennes si pures, du XIIème siècle, comme l’abbaye de Silvacane, au pied du Luberon.

Partager cet article

Repost0
11 décembre 2020 5 11 /12 /décembre /2020 11:17
TRIO KOSMOS   HUBERT DUPONT/ ANTOINE BERJEAUT/STEVE ARGÜELLES

TRIO KOSMOS

Hubert DUPONT(electric bass, fx)/ Steve ARGÜELLES (drums, fx)/ Antoine Berjeaut (tp, fx)

 

Ultrabolic


Enregistré en Ile-de-France, aux Musiques au Comptoir, le partenaire de longue date, situé à Fontenay-sous-Bois, ce trio Kosmos, toujours dans le cadre de sa structure Ultrabolic, est le dernier projet en leader du contrebassiste( ici à la basse électrique) Hubert Dupont, au demeurant sideman confirmé, multipliant rencontres et rythmes divers.

Une musique de forme rigoureuse qui nous propulse dans le cosmos avec un grand K pour planer, curieusement sans apesanteur, avec une gravitation bien perceptible. C’est que la rythmique intense groove formidablement, retrouvant même, par moment, les pulsations et rythmes africains aimés d’Hubert Dupont, sensible aux musiques du monde, aux voyages terrestres. Mais pourquoi ne pas tenter l’espace de l’infini, aidé en ce sens par les effets électro, plus étrangers qu’étranges, car on ne comprend pas bien comment cela fonctionne? On se laisse prendre, cela fonctionne, sonne irrésitiblement et conduit jusqu’à une transe doucement contrôlée. Enigmatique, la musique se déploie dans l’espace vibrant, en expansion, soutenu par les accents irrésistibles aux balais de Steve Argüelles, qui apporte sa patte. Le troisième élément de ce trio équidistant est la trompette aux accents davisiens certains, mais allant voir ailleurs, à l’aise. Souple, mobile, infatigable, son phrasé entêtant, combatif suggère en petites touches des impressions vivaces.

Passé la première impression volontiers hypnotique, qui engourdirait même dans un sentiment presqu’amniotique, on se rend compte que ce n’est pas qu’une question de techniques, les mélodies surgissent, presque toutes improvisées à trois dans diverses tonalités. Près de la mitan surgit ce titre paradoxal “Not jazz” d’Antoine Berjeaut, ou même le “Reckon” du leader pour se sentir à l’aise, en immersion ( titre d’un morceau au demeurant). “Not jazz” qui l’est plus pourtant ainsi que “Free Blue” fait retour à cette musique jusqu’aux accents bourdonnants du “BusyB” final.

Un travail soigné où les trois voix prennent leur place, se répartissent l’espace musical, se déploient dans ce paysage sidéral, ne se confondant jamais, s’agençant au contraire avec une lisibilité impeccable dans une “conceptual continuity” qui donne à l’album une cohérence forte.


 

Sophie Chambon


 


 

Partager cet article

Repost0
6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 17:59

Emmanuel Bex (orgue, clavier-guitare, accordéon), Antonin Fresson (guitares électrique & acoustique), Tristan Bex (batterie, batterie électronique, cajón)

Les Lilas, 13-15 juillet 2020

Le Triton TRI-20561 / l'autre distribution

 

Entouré de son fils et d'un de leurs voisins, tous deux très impliqués dans l'énergie rock, Emmanuel Bex confirme son refus des cloisonnements et autres étiquetages. Cela nous vaut en ouverture une Marseillaise façon (presque hard) rock, et en coda le même hymne national(iste?) à l'accordéon, sur une même énergie rock. Et de l'un(e) à l'autre, toute une gamme de titres qui me font souvent penser, par le groove et la qualité des improvisations, aux héritages multiples de la musique afro-américaine plus encore qu'au rock. Par exemple une version très personnelle du traditionnel Sometimes I Feel Like a Motherless Child, traité dans un esprit bluesy alors que sa structure n'est pas vraiment celle d'un blues, mais qu'importe : le feeling est là, pour l'orgue comme pour la guitare, et la retenue rythmique de la batterie accentue le sortilège. Esprit blues aussi, au-delà de la forme, dans Manèges, et ainsi de suite. Hommage dans Jacques Brel Always, où Emmanuel Bex dit un court texte où cet artiste exalte la prise de risque jusqu'à tutoyer la peur, assumée. Fantôme du bop dans le vertige du phrasé de Charlie Of Course mais ailleurs, dans Bleu et Vert , souvenir (totalement fantasmé par le vieil amateur névrosé que je suis -mais rassurez-vous, je me soigne....) d'un certain Blue In Green . Et puis J'irai revoir ma Normandie transformé en poème mnémonique d'un lyrisme tranquille (et encore une fois assez bluesy....). Sans parcourir toutes les plages de manière exhaustive, une mention émue à propos de Pour Alain, dédié à l'Ami Guerrini. Dans le texte du livret, chaleureusement personnel, Franck Bergerot rappelle qu'Emmanuel l'a joué au grand orgue de Saint Eustache pour les obsèques de notre Ami à tous, Alain Guerrini. J'y étais, et j'en frissonne encore. Dans une ou deux plages, ce disque m'a rappelé l'esprit d'un long titre instrumental éponyme sur l'album «Métronomie» de Nino Ferrer. Bref c'est un disque hautement recommandable, sauf évidemment aux sectateurs du jazz pur et dur.

Xavier Prévost

.

Un avant-ouïr sur Youtube

Partager cet article

Repost0