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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 00:01

THE BIG LOVE : Vie et mort avec Bill Evans
Laurie Verchomin
Jazz & Cie
135 p
19,90 euros
 

Laurie Verchomin est la femme qui a partagé les dernières années de la vie de Bill Evans et qui, longtemps après la mort du pianiste, raconte aujourd'hui une brève histoire d'amour, la leur.
Près de 40 ans se sont écoulés et Laurie depuis a dû vivre depuis sa vie de femme. Mais la trace laissée dans sa vie par le pianiste, génie tourmenté s'il en est, est restée, on s'en doute indélébile.
Laurie Verchomin raconte le souvenir de ces quelques années où elle a pu partager sa vie avec lui. 30 ans les séparent. Mais ils se trouvent. Et l'auteure dit avec honnêteté qu'elle n'est pas toujours très sure aujourd'hui de ses propres souvenirs et admet qu'elle s'accorde la licence de broder un peu.
Mais durant toutes ces années, elle a écrit Laurie et a gardé ses quelques notes prises dans son carnet intime.
Et ce que dit ce livre est juste une histoire d'amour. Sans jamais aucun pathos, Laurie Verchomin touche au coeur et émeut. Chaque ligne est d'une confondante simplicité. Sans aucune niaiserie.
Ces lignes viennent du fond de l'âme et sont marquées d'une incroyable poésie sur lesquelles passe l'ombre fantomatique du pianiste qui semble flotter au dessus de sa propre vie.
Touchant, ce livre se présente  dans un format original et est accompagné de 4 titres inédits présentés (c'est un peu dommage) sous forme d'un 45tours.

Bill vient de mourir. Laurie se trouve à l’hôpital et voit le corps du pianiste. Sur son carnet, elle écrit ces lignes :
« Bill flotte sans effort au-dessus de son corps allongé sur la table de la salle d’urgence. Les ampoules fluorescentes ont cessé de lutter contre le souffle agonisant de son corps physique.
A présent, nous sommes en union. Bill m’observe assise dans la salle d’attente m’agrippant à sa veste tâche de sang. Il me suit à la salle de bains où il m’aide à vider ce qu’il reste de sa réserve personnelle de cocaïne - à peine un gramme - dans la poubelle.
Il m’encourage à noter mes impressions du moment - à prolonger ce moment pour l’éternité. Il se tient debout entre nos vies - y réant une ouverture à mon intention. Sans jamais m’abandonner - il m’encourage gentiment.
J’apercois le vide qui l’entoure et je souhaite de tout coeur aller le rejoindre et partager so bonheur. Ce qui m’est refusé en raison de la jeunesse de on corps et de la tache inachevée.
Je reste en retrait pour me réapproprier  notre amour parfait dans cette chambre que j’ai créée dans mon coeur (5/4). Cette pulsion arythmique qui me transporte jusqu’au bar.
Nul ne connaît ce rythme intérieur bien spécial que je porte en moi désormais. C’est notre secret.
Notre amour parfait - que nul ne peut atteindre. il est nôtre pour l’éternité.
Nous sommes imbriqués l’un dans l’autre, enchainés par l’amour, la mort et le sang.
Bill se remémore sa vie, ses récits inondants sa conscience en pleine évolution et déferlant sans interruption vers un entendement. Les croyances se désintègrent et les récits se transforment en couleurs puis en musique et, finalement, l’intime compréhension qu’il a tenté d’atteindre pour qu’il puisse en rire.
La perfection, la beauté, l’illumination. Il redevient lui-même. »

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18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 12:21
PHILIPPE BROSSAT STREETS OF NEW YORK L’histoire du rock dans la BIG APPLE

PHILIPPE BROSSAT

STREETS OF NEW YORK L’histoire du rock dans la BIG APPLE

LE MOT ET LE RESTE

Sortie le 19 septembre 2019.

https://www.librairie-voyage.com/amerique-du-nord/le-mot-et-le-reste-editions-streets-of-new-york-l-histoire-du-rock-dans-la-big-apple.html

 

Alors que l’on se prépare à aller faire un tour à New York avec Woody ALLEN et son jour de pluie à New York, sort concomitamment le livre des éditions marseillaises Le Mot et Le Reste, Streets of New York, l’histoire du rock dans la Big Apple.

Ce livre est enthousiasmant : à chaque page, à chaque rue, il évoque des souvenirs, des anecdotes qui balayent bien plus large que ce que le titre sous entend. Il s’adresse en effet aux passionnés de musiques, de toutes les musiques, du jazz au rap sans oublier la pop, le rock puisque la Big Apple a inspiré tous les styles, a vu naître tous les grands courants.

Pour découvrir New York autrement, pour tous les amoureux de cette ville qui pourraient dire à l’instar de Woody Allen, en ouverture de Manhattan, en voix off , quand il déclare sa flamme à la ville : Quelle que fût la saison, New York existait toujours et vibrait aux sons des grandes mélodies de George Gershwin….New York was his town and it always would be.”

Philippe Brossat va bien plus loin que le Manhattan Man: cette ville qui n'est pas la sienne, lui colle aussi à l’âme. Il arrive à nous la faire revivre  en organisant une visite méthodique, du Sud au Nord, avec, dès l’introduction, un plan très simple pour se situer entre Manhattan, Bronx, Queens et Brooklyn.

L’auteur qui a passé plus de vingt ans à sillonner la ville à la recherche de traces, d’empreintes, en a photographié le plus souvent les lieux marquants. Il vous en fait aimer ses rues, ses parcs, ses maisons... Et ceux qui y vécurent : comme dans le film de 1948, Naked City, où Jules Dassin évoque les millions d’ histoires qui se déroulent dans cette cité sans voiles.”

C’est le guide le plus complet, absolument indispensable d’une époque et de sa culture, à travers toutes ses formes artistiques, de la littérature au cinéma, sans oublier la peinture, l’architecture (Soho et ses cast-iron buildings reconvertis en lofts), la photo, la danse….Comment s’organise ce livre plus passionnant que le Routard ou Lonely planet?

Un paragraphe introductif sur chaque quartier donne envie de vous aventurer dans ces pages comme si vous arpentiez le macadam. Le seul Manhattan est découpé en onze zones, ce qui vous permet de quadriller la ville et de vous repérer rapidement .

Ce livre me rappelle le merveilleux Je me souviens de Georges Perec, même si Philippe Brossat fait plus oeuvre de reporter-historien que d’écrivain: ce même souci de listes avec un désir d’exhaustivité. On est saisi par une même émotion à l’évocation de ce qui a compté, lors des cinquantes dernières années du XXème siècle, une grande partie de la vie artistique défile sous nos yeux avec souvent la nostalgie de ce qui n’est plus.

On peut lire d'un trait ces Streets of New York, linéairement, chronologiquement ou picorer au hasard. Se servir aussi d' un index formidable qui vous permet de localiser Charles MINGUS, Woody ALLEN, SAM RIVERS, Dizzy GILLESPIE et Charlie PARKER au Town Hall en 1945, John COLTRANE, Bill EVANS au Village Vanguard, Joni MITCHELL… mais aussi Bob DYLAN, les frères Coen dans le Greenwich Village d’ Inside Llewyn Davies, Patti SMITH posant pour Robert MAPPLETHORPE pour la mythique pochette de Horses, toutes les icônes de la pop, des lieux mythiques comme le Chelsea Hotel(W 23th street/7Av.) Andy WARHOL, Lou REED, NICO et le Velvet, David Bowie, John Lennon et Yoko au DAKOTA sur Central Park West, qui abrita aussi Léonard BERNSTEIN, les studios d’enregistrement ( Tower Records/ Pazz and Jop Music Polls The Village Voice) et les galeries d’art, Jean Michel BASQUIAT, MADONNA… 

Ce New York deviendra un peu le vôtre et avec ce livre, vous déambulerez d’un bloc à l’autre, dénichant appartements, restaurants, galeries, cinémas, théâtres... Alors, n’hésitez plus, procurez-vous ce Streets of New York très vite.

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 février 2019 1 11 /02 /février /2019 10:07
STEVE POTTS Avec la collaboration de MICHEL EDELIN           BUCKET OF BLOOD

STEVE POTTS  Avec la collaboration de MICHEL EDELIN

BUCKET OF BLOOD

MEMOIRE DE JAZZ

Mise en forme des propos de Steve POTTS avec des textes additionnels de Michel EDELIN

EDITIONS LENKA LENTE, 2019.

 

http://www.lenkalente.com/product/bucket-of-blood-de-steve-potts

A venir : Jazz club vu du bout du bar le 22 Février 2019 au Comptoir, à Fontenay sous bois   https://www.fest.fr/jazz-club-vu-du-bout-du-bar-612401.html

Ce petit livre sensible et élégant se lit d’une traite et le titre français résume parfaitement son propos. Il est tendu autour de la trajectoire du saxophoniste alto, soprano, et flûtiste, Steve Potts né à Colombus (Ohio), en janvier 1943, ( il a juste cinq ans de moins que son ami et maître Charles Lloyd). Il a très vite été fasciné par le jazz et les musiciens, Buddy Tate étant le cousin de son père. Il raconte certains épisodes de sa vie de jazzman, d’abord aux Etats-Unis, où il côtoya les plus grands ( Eric Dolphy, Sam Rivers, Larry Coryell, Chico Hamilton, sans oublier Coltrane, Miles Davis, Herbie Hancock, Ron Carter qui lui enseigna l’harmonie, Wayne Shorter ) puis en France où il s‘est installé dès 1970, fuyant la guerre du Viet Nam qui ne le concernait pas et la ségrégation, si active dans son pays. Il avait envie d’autres horizons et il rencontra les Américains expatriés ou de passage, joua ainsi avec l’Art Ensemble de Chicago. Les Parisiens qui fréquentaient le club mythique des Sept Lézards, aujourd’hui fermé, auront eu la chance de l’entendre jouer dans diverses formations, la plus célèbre étant celle de Steve Lacy, avec lequel il entama une fructueuse et durable collaboration dès 1977; mais il dirigea aussi son propre quartette, enregistra relativement tardivement en leader avec Richard Galliano, Jean-Jacques Avenel, Bertrand Renaudin, anima des ateliers avec Sophia Domancich, Simon Goubert et Michel Edelin.

 

Steve POTTS est aussi un remarquable conteur qui a trouvé une oreille attentive et amie, celle d’un musicien complice, pour recueillir ses confidences, soir après soir, apres les gigs, aux Sept Lézards. Le flûtiste Michel EDELIN montre un vrai talent d’auteur, une authentique habileté pour “enregistrer” souvenirs et anecdotes savoureuses. Il a une écriture pénétrante qui sait aussi tenir l’émotion à distance même quand il s’agit de sujets graves. Ce livre devient ainsi le témoignage d’une époque, évoquant la ségrégation et le racisme, plongeant dans les démons toujours actuels de l’Amérique, évoquant le mode de vie et les problèmes d’addiction des jazzmen. Tous deux parlent sans complaisance mais avec grande justesse du public qui n’a pas du talent tous les soirs, des patrons de club peu honnêtes, des amateurs soi-disant éclairés et des critiques.

 

On apprend page 63 l’origine du titre anglais du livre “Bucket blood”, devenu l’indicatif de Steve Potts:“Dix huit notes. Seulement dix huit notes qui animent la mèche de l’improvisation libre”. Une activité à risque sans aucun doute. “Dans chaque ghetto noir des USA, il y avait des boîtes où des gens allaient faire la fête, des soirées trop arrosées qui se terminaient par des bagarres… Quand la femme de ménage passait la serpillière, le seau était plein de sang.”

 

Steve Potts parle avec beaucoup d’humilité de la musique : esprit d’ouverture, honnêteté intellectuelle, simplicité, sens du groupe. Un esprit de famille auquel il croit fermement d’où le nom de son quintet Steve Pott & Family. Il revient souvent sur le danger des étiquettes dans le jazz, à l’origine de ruptures tout à fait artificielles, détruisant une progression naturelle, organique avec quelques accélérations dues à des musiciens particulièrement créatifs et audacieux. Sait-on qu’il ya passage de relais et non rupture? Jackie McLean est l’un de ses héros avec Dolphy et ce point, moins anecdotique qu’il y paraît, peut expliquer le choix de la maison d’édition Lenka Lente de dresser ce portrait émouvant et juste de Steve Potts, après deux ouvrages sur Dolphy et McLean justement!

Sous le charme, on se laisse conduire par ce texte, construit en une succession de fragments, composition de courts chapitres sans titre, reprenant le rythme d’une conversation échangée, soir après soir. Riche de toutes ces histoires, la langue ludique, inventive, poétique souvent, interroge sur la fonction de cette musique et ceux qui la pratiqu(ai)ent.

Bucket of blood, à découvrir pour ceux qui aiment le jazz et encore plus les jazzmen.

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 20:39

Daniel Humair, A bâtons rompus. 

Postface de Francis Marmande. Collection Paroles. Editions MF. 176 pages, 13

euros. Octobre 2018

Quelle lecture rafraichissante et instructive à la fois. En déballant sa malle aux souvenirs, Daniel Humair (4 fois 20 printemps)  nous donne une leçon de vie, sa version toute personnelle qui se résume en un seul mot, liberté. « Je ne veux pas qu’on m’emmerde. Et j’essaye de ne pas emmerder les autres. On ne peut pas trouver une musique où on soit plus libre que le jazz. Dans mon parcours musical, j’ai été assez libre » (p.108). En six décennies, il en a croisé et accompagné des jazzmen, le batteur suisse et qui a conservé sa nationalité de naissance même s’il se trouve plus libre en France. Dans ces entretiens avec Franck Médioni présentés sous forme d’abécédaire, ils sont croqués, anecdotes à l’appui, par un artiste qui a le trait juste, tour à tour admiratif ou saignant. « A bâtons rompus » n’est pas seulement un carnet d’impressions d’un jazzman maestro de l’improvisation où l’on retrouve Bud Powell, Martial Solal, Michel Portal, Kenny Dorham, Barney Wilen, Jean-François Jenny-Clark, Kenny Clarke, Sadi Lallemand, Michel Hausser (liste naturellement non exhaustive). Daniel Humair nous présente sa vision du jazz et de ses composantes (swing, solo, tempo…)avec une liberté de ton qui caractérise ce livre de poche, ode au jazz bien revigorante. Et c’est avec la même gourmandise que le musicien traite de ses deux autres passions, la gastronomie et la peinture. « Peintre abstrait, batteur concret », pour reprendre la définition de Francis Marmande, Daniel Humair se découvre tout au long de ses 176 pages. Laissons lui le dernier mot (à la rubrique Zygomatiques qui referme l’abécédaire) : « J’aime la vie. J’aime ma vie. (…)Pour être honnête j’ai l’impression d’être toujours au premier jour ».
Jean-Louis Lemarchand
 
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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 16:47
Ma Playlist de l'été (II) : Polyfree. La jazzosphere et ailleurs...

Pour accompagner des vacances bien méritées, deux conseils de lecture

GARRISON FEWELL

De l’esprit dans la musique créative (Outside Music, Inside Voices)

Traduction de Magali Nguyen The

Edition Lenka Lente

Voilà un bouquin absolument étonnant de par la thématique choisie : aborder la pratique de l’improvisation et le quotidien de musiciens singuliers, ignorés du commun des mortels qui ne s’intéressent pas à la jazzosphère, par le filtre assurément opaque de la spiritualité ! Un sujet brûlant dans cette époque troublée, confuse, qui développe un chaos « fin de civilisation » plutôt qu’une émergence de nouveaux concepts.

Ce qui est particulièrement émouvant, c’est que l’auteur de ce livre, Garrison Fewell, compositeur et guitariste professionnel ( qui a joué notamment avec John Tchicai, Roy Campbell, Steve Swell, Cecil Mcbee ) a réuni patiemment les témoignages de musiciens américains pour la plupart, figures emblématiques du free jazz et de l’improvisation libre, en leur posant cette question : Comment les valeurs spirituelles guident-elles les musiciens improvisateurs dans leur art aussi bien que dans la vie ? Sujet qui le hantait d’autant plus que la maladie l’avait frappé, qu’il croyait en cette affirmation d’ Albert Ayler « Music is the healing force of the universe » et qu’il est mort depuis la parution de l’ouvrage.

Selon un dispositif précis, il interroge 25 musiciens de jazz sur leur pratique et rencontre avec la spiritualité. Sur la page de gauche, une photo pleine page de Luciano Rossetti qui ouvre sur l’entretien, qui porte toujours un titre éclairant.

Hormis les deux Européens (ce n’est peut être pas anodin), le batteur néerlandais Hans Bennink et la pianiste suisse Irène Schweitzer qui ne se reconnaissent pas dans une démarche empreinte de forte spiritualité, la plupart se tournent vers un ailleurs œcuménique, au-delà des religions traditionnelles, comprenant la pratique de l’improvisation dans un mouvement plus large qui oriente leur vie (« S'abandonner à cette force génératrice » pour Mathew Shipp, « être ouvert à l’imprévu »pour Myra Melford, savoir que le blues est à l’origine de tout (Oliver Lake), trouver une sortie (Henri Threadgill), atteindre l’infini par cette force mystérieuse et universelle ( Joe McPhee), "Improviser c’est composer" pour Joelle Léandre ) . Comme le souligne justement Ed Hazell dans la préface, le véritable esprit de la musique ne résiderait--il pas dans ce besoin vital de se connecter ?

On relèvera dans cette série d’entretiens que l’on peut lire à son gré, selon l’humeur et la prédilection envers certains musiciens, un florilège savoureux qui donne envie de rentrer dans le vif du sujet.

Ce livre s’adresse à tous les amateurs (convaincus) de jazz libre et aux néophytes tout simplement intéressés par l’influence du spirituel dans l’art...

Sophie Chambon

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