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12 septembre 2021 7 12 /09 /septembre /2021 10:37

Ce 18 septembre 2001 restera dans la vie de Martial Solal (94 ans aujourdhui) comme le jour le plus long… Levé à 4 heures du matin à son domicile francilien, le pianiste s’est couché 24 heures plus tard. Le temps de traverser l’Atlantique et de donner un concert au prestigieux Village Vanguard.

Le plus ancien club de jazz de New-York (1934), au cœur du Greenwich Village, avait été contraint à la fermeture (la seconde seulement alors dans l’histoire du lieu après celle décrétée lors du décès de son fondateur Max Gordon en 1989), tout le quartier ayant été bouclé après les attentats du World Trade Center le 11 septembre.
Sa patronne, Lorraine Gordon, avait décidé de rouvrir dès le 14 septembre. L’incertitude persistait sur la venue de Martial Solal, engagé depuis sept mois. Le trafic aérien était interrompu sur l’Atlantique Nord. Finalement, c’est le « piston » qui permettra à Solal d’arriver à New York, une passionnée de jazz travaillant à Air France réussissant à obtenir des sièges au tout dernier moment.

 

Martial Solal, pianiste singulier, pouvait, à 74 ans, réaliser un de ses rêves, enregistrer au Village Vanguard. Il avait choisi pour l’accompagner deux représentants de la jeune génération, le bassiste français François Moutin et Bill Stewart à la batterie. Le bouche à oreille fonctionne chez les fans de jazz et le Vanguard affiche complet en fin de semaine pour l’enregistrement de l’album (‘NY-1 MARTIAL SOLAL Live at The VILLAGE VANGUARD’. Blue Note.2003).  Dans ce lieu mythique, toute une jeune génération découvre un jazzman unique et qui plus est européen. Pour Martial, c’est le couronnement de sa carrière et aussi un petit pincement au cœur de retrouver New York où il avait joué cinq semaines de rang en club (au Hickory House) … 38 ans plus tôt ! Les américains auraient bien voulu alors que « Mister Solal » s’installe chez eux, dans « la Mecque du jazz », mais le pianiste préfèrera revenir à Paris et mener une carrière indépendante de toute contrainte artistique ou commerciale.

 Un récit plus détaillé figure dans « Ce jour-là sur la planète jazz » de Jean-Louis Lemarchand (éditions Alter Ego . 2013) qui propose plusieurs dates-évènements tels que l’enregistrement d’Ascenseur pour l’échafaud (1957) ou le concert de Charles Mingus Salle Wagram (1964)..

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo X. (D.R.)

 

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16 juillet 2021 5 16 /07 /juillet /2021 08:36

Quand Barney Wilen disparut le 25 mai 1996, le quotidien Libération lui consacra sa « une » sous le titre « La dernière note » illustrée d’un dessin issu de la BD de Loustal et Paringaux « Barney et la Note Bleue ».  Judicieux choix.


Publiée en 1986 chez Casterman, la bande dessinée marqua le retour sous les projecteurs d’un artiste déjà mythique, musicien prodige, partenaire de Miles Davis dans la bande originale d’Ascenseur pour l’échafaud, compositeur de musiques de films noirs, féru de free jazz, parti explorer l’Afrique...

 


Ce come-back tient pour beaucoup au hasard. Le jazzman de 49 ans découvre dans un kiosque de presse une BD dont il est le héros malgré lui. Dans cet épisode, publié par le mensuel "A Suivre" des éditions Casterman, l’auteur fait décéder le saxophoniste. Interloqué, Barney entend prouver son existence, et pour ce faire il utilise une méthode pour le moins originale : avec ses comparses, Philippe Petit (guitare) et Yves Torchinsky (contrebasse), l’artiste vient jouer sous les fenêtres du magazine de Philippe Paringaux, aux Champs-Elysées.
L’aubade improvisée – et captée au magnétophone (un TCD5M métal Sony Dolby avec un couple de micros électret) par un producteur de radio ami mis au parfum (Xavier Prévost) ne reste pas sans écho. Le contact établi entre le scénariste et son héros bien vivant va donner naissance à deux « bébés », un éditorial (la BD avec le dessinateur Jacques de Loustal) et un phonographique (un disque).

 

 

Enregistré en novembre et décembre 1986, « La Note Bleue » reçoit un accueil enthousiaste – plus de 60.000 ventes, le meilleur score du label indépendant IDA Records – et va décrocher en 1987 le Grand Prix international du disque de jazz de l’Académie Charles Cros. Barney Wilen a réuni pour l’occasion, outre le guitariste Philippe Petit, son complice depuis 1984, le pianiste Alain Jean-Marie, le bassiste Riccardo del Fra et le batteur Sangoma Everett. « C’est un disque destiné à être écouté en même temps, comme un clin d’œil, une référence, à l’époque, à la B.D » confiait-il alors à Libération.

Sur un répertoire connu de ses fidèles admirateurs (No Problem, Round about Midnight), des compositions personnelles (dont Portrait de l’artiste avec saxophone) et l’un de ses thèmes préférés, (Bésame Mucho), le saxophoniste (ténor, soprano) exprime un lyrisme propre à séduire un public bien au-delà des fans de jazz.

 

 

Un jazzman culte au Japon

 

 

Barney  est bien revenu. Six mois plus tard, en juin 1987, Philippe Vincent, le producteur de « La Note Bleue », rassemble en studio le saxophoniste avec un trio (Michel Graillier au piano avec la même rythmique Del Fra - Everett). Cette fois, la culture française est à l’honneur comme l’indique le titre de l’album (« French Ballads » - IDA Records), avec des oeuvres de Trenet (L’âme des poètes), Prévert-Kosma (Les feuilles mortes), Salvador (Syracuse), Louiguy-Piaf (La vie en rose), Michel Legrand (Un été 42, Les Moulins de mon cœur, What are you doing the rest of your life) … Un répertoire qui assurera à Barney une formidable cote d’amour, notamment au Japon où le musicien fait l’objet d’un culte toujours vivace aujourd’hui.

 

« La Note Bleue » aura donc joué un rôle crucial dans la carrière du saxophoniste (1937-1996) né à Nice d’un père américain et d’une mère provençale. Cette double aventure ‑ éditoriale et discographique – va pouvoir bénéficier d’un nouveau public, et notamment anglo-saxon, avec la sortie par le label espagnol Elemental lors du Disquaire Day le 17 juillet prochain (la manifestation se tient cette année sur deux dates, le 12 juin et le 17 juillet), d’un coffret de luxe en édition limitée (2000 exemplaires numérotés).

Sont ainsi proposés la version originale du disque remastérisé avec un titre inédit (All Blues de Miles Davis) dans un vinyle de 180 grammes, un livret de 40 pages (français et anglais) avec témoignages (musiciens, journalistes…), photos de Guy Le Querrec lors de la séance, la BD éditée en anglais et un CD inédit d’un concert de 1989 enregistré au Petit Opportun pour l’émission Jazz Club, produite par Claude Carrière et Jean Delmas et diffusée sur France Musique le 27 septembre 1989 (avec Jacky Terrasson (piano), Gilles Naturel (contrebasse) et Peter Gritz (batterie).

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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*Barney Wilen. La Note Bleue. Coffret Elemental Music-INA-Casterman. Sortie le 17 juillet.
Présentation sur le site www.elemental-music.com
L'édition CD reprenant l’album « La Note Bleue » et l’enregistrement au Petit Opportun y compris les commentaires de Claude Carrière en direct sortira le 3 septembre 2021.

 

 

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25 mai 2021 2 25 /05 /mai /2021 18:24

La pandémie a empêché cette année la tenue d'une cérémonie publique pour la remise des tous les Grands Prix de l'Académie. Le 5 février dernier, les Coups de cœur Jazz, Blues & Soul, et les Prix in honorem, avaient été annoncés sur France Musique dans l'émission 'Open Jazz' d'Alex Dutilh.

http://www.charlescros.org/Selection-Jazz-Blues-Soul-2020

Et comme chaque année les Grands Prix ont été choisis parmi ces Coups de cœur. Ils ont été proclamé ce mardi 25 mai 2021 dans l'émissions 'Open Jazz' d'Alex Dutilh

https://www.francemusique.fr/jazz/jazz-culture-palmares-de-l-academie-charles-cros-jazz-blues-soul-2020-95999

 

Le Grand Prix Jazz 2020 a été décerné au disque

«Abrazo» (ACT / PIAS)

de VINCENT PEIRANI & ÉMILE PARISIEN

ont participé au vote Jazz

Philippe Carles, Alex Dutilh, Arnaud Merlin, Nathalie Piolé, Xavier Prévost, Jean-Michel Proust, Daniel Yvinek

.

Le Grand Prix Blues & Soul a été décerné au disque

«Have You Lost Your Mind Yet ?» (Cooking Vinyl)

de FANTASTIC NEGRITO

Ont participé au vote Blues & Soul

Joe Farmer, Stéphane Koechlin, Jacques Périn, Jean-Michel Proust et Nicolas Teurnier.

 

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27 avril 2021 2 27 /04 /avril /2021 16:55
Le Mans, 2003.

J’ai rencontré Horace pour la première fois à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence pour les concerts d’Albert Ayler et de Sun Ra en 1970. J’étais tout jeune photographe (accrédité par Nord Matin) et c’est lui qui est venu me parler, nous avons sympathisé immédiatement. Il était un peu plus âgé que moi, de la génération de photographes comme son copain Philippe Gras, Jacques Bisceglia, Thierry Trombert, Guy Le Querrec… Puis je l’ai revu l’année suivante au Festival international de jazz d’avant-garde au Château des comtes de Gand où il était venu avec Philippe Carles, le jeune nouveau rédacteur en chef de Jazz Magazine. Moi, j’avais une accréditation de Jazz Hot mais, là-bas, j’ai fait une interview de Han Bennink (ma première interview) et je l’ai tout naturellement proposée à Philippe Carles qui, évidemment, était très intéressé. C’est comme ça que je suis devenu collaborateur de Jazz Magazine pendant une quarantaine d’années. J’ai fréquenté de plus en plus de festivals en tant que photographe et rédacteur, où Horace était présent, des années 70 aux années 2000.

 

Nancy 1972. Nos premières virées aux NJP.

 

Nous sommes devenus de bons camarades, tous deux amateurs de bonne chère. Je me souviens de lui aux premières éditions des Nancy Jazz Pulsations (souvenance émue d’une dégustation de « bourru » de champagne dans une brasserie de Nancy, je buvais assez peu et ce délicieux breuvage se sirotait comme du jus de fruit. Grosse migraine pour moi le lendemain !). À la Fondation Maeght, j’avais alors un appareil photo Porst (?) que m’avait offert mon père et j’étais fasciné par le Pentax Spotmatic à vis d’Horace, depuis j’ai toujours acheté des Pentax à vis, d’occasion dans des magasins, et même à Jean-Jacques Pussiau qui vendait le sien, pendant ma période de photographe « argentique ». Par la suite, nous nous sommes souvent croisés aux festivals d’Antibes, d’Angoulême, de Mulhouse…

 

Quelque part entre Antibes et Paris, à la campagne chez des amis à lui, 1975.
Mulhouse 2004. Une de ses photographies avait été choisie pour l'affiche du festival.

Horace était un râleur, un gueulard, il gueulait contre la société et le gouvernement (comme moi, il était très à gauche), contre les piges de Jazz Magazine qui n’étaient pas assez élevées, c’est lui qui a réussi à persuader Frank Ténot d’augmenter les piges photos, un peu plus tard je suis allé voir Ténot pour lui demander d’augmenter les piges écrites. Horace était très intransigeant sur le plan des droits d’auteur, à une époque où il convenait d’être plus « arrangeant »… Je savais qu’il  avait « couvert » Mai 68 à Paris et qu’il avait fondé un collectif de photographes, Boojum Consort, formé de sympathisants d’extrême-gauche.

 

Le Mans, 2003.
Mulhouse, 2001.

Mais Horace était un faux dur, je m’en suis rendu compte quand je lui ai demandé un jour, à propos d’une de ses photos de John Coltrane où le micro est juste devant le saxophoniste, pourquoi il ne s’était pas déplacé pour éviter le micro, il m’a simplement avoué qu’il n’avait pas osé. C’était un grand fumeur de Gitanes et il ne crachait pas sur la bouteille.

 

Mulhouse, 2002.
Mulhouse, 2007.

Sur le tard, venu s’installer de Paris dans un bourg dans le Morvan (il était voisin de Daunik Lazro) où il s’était construit un site internet un peu « vieux style », il était fauché et était devenu plus taciturne, semblant avoir perdu confiance en lui sur le plan de sa photographie, d’autant plus qu’il était atteint d’un double glaucome…

 

Mulhouse, 2001.
Mulhouse, 2008.

 

Trop isolé dans le Morvan, épaulé par son amie Manon il émigra à Decazeville dans l’Aveyron il y a trois ou quatre ans. Je ne l’ai plus jamais revu, il m’a appelé un jour au téléphone à ma grande surprise, agréable conversation de septuagénaires… Le 16 avril, dans une salle d’attente de l’hôpital de Montauban, il a fait une chute et heurté le chambranle d’une porte, provoquant un traumatisme crânien au niveau de la tempe et un coma sans issue. La perte d’un vieux camarade est toujours source d’une grande tristesse. Chienne de vie.

 

Gérard Rouy (Texte et photos)

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10 mars 2021 3 10 /03 /mars /2021 19:57

 

Une saxophoniste, Sophie Alour, et une cheffe d’orchestre, Maria Schneider, ont obtenu les récompenses les plus prestigieuses décernées par l’Académie du Jazz dans son palmarès 2020 dévoilé le 10 mars.

 


Le Prix Django Reinhardt, du musicien français de l’année, est allé à l’instrumentiste qui rejoint ainsi sur les tablettes de l’institution ses consœurs de la jazzosphère, Cécile McLorin Salvant (chant, 2017), Airelle Besson (trompette, 2014), Géraldine Laurent (saxophone, 2008), Sophie Domancich (piano,1999).
Saxophoniste et flutiste, Sophie Alour (46 ans) qui compte déjà une riche carrière depuis ses débuts sur scène au début des années 2000. s’est illustrée l’an passé par son dernier album, Joy (Music From Source) une rencontre entre jazz et musiques orientales avec la participation de joueurs d’oud (Mohamed Abozekry) et de derbouka (Wassim Halal).

 

Le Grand Prix de l’Académie (le meilleur disque de l’année) a consacré une œuvre magistrale, « Data Lords » (ArtistShare), double album composé et joué par le grand orchestre de la jazzwoman américaine Maria Schneider, évocation du monde actuel en deux parties (le monde naturel et le monde digital).

 

 

Une autre Jazzwoman s'est invitée au palmarès, la saxophoniste Tineke Postma, couronnée par le Prix du Musicien Européen de l'Année.

 

L’Académie du Jazz a également récompensé du Prix du Disque Français l’album Interplay (Trebim Music/L’autre distribution) de Diego Imbert  (basse) et  Alain Jean-Marie (piano) pour un hommage à Bill Evans et Scott LaFaro, et du  Prix du Jazz Vocal, le chanteur franco-belge David Linx pour « Skin in the Game » (Cristal / Sony Music) qui a devancé les chanteuses Kandace Springs et  Anne Ducros.


Deux géants disparus du jazz sont également à l’honneur du palmarès 2020 : Charles Mingus (Prix du Meilleur Inédit pour « Bremen 1964 & 1975 » Sunnyside / Socadisc), et Dexter Gordon (Prix du Livre de jazz pour « Dexter Gordon Sophisticated Giant » signé de sa veuve Maxine Gordon et publié dans sa version française aux Éditions Lenka Lente).

 

Crise sanitaire oblige, le vote des académiciens (près de 50 participants) s’est opéré par internet à la fin janvier. Quant à la cérémonie traditionnelle de remise des prix, donnant lieu à des prestations musicales des lauréats en présence d’invités de la communauté du jazz (en 2020 au Pan Piper, en 2019 à la Seine Musicale) elle a été remplacée par une présentation du palmarès lors d’une émission spéciale de Jazz à FIP à laquelle participait le Président de l’Académie du Jazz, François Lacharme. Hommage a été rendu à cette occasion à Claude Carrière, décédé le 20 février dernier, et qui présida l’Académie de 1993 à 2004.

 

 

Club Jazz à FIP, 10 mars 2021

 

 

 

 

Jean-Louis Lemarchand.

 


 
                        LE PALMARÈS 2020

 


Prix Django Reinhardt (musicien.ne français.e de l’année)
SOPHIE ALOUR, saxophoniste.


Finalistes : Benjamin Moussay, Grégory Privat.


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Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) :
Maria SCHNEIDER ORCHESTRA  pour « Data Lords » (ArtistShare).


Finalistes : Joshua Redman / Brad Mehldau / Christian McBride / Brian Blade « Round Again » (Nonesuch / Warner Music) et Fred Hersch « Songs from Home » (Palmetto / L’autre distribution).


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Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français) :
Diego IMBERT / Alain JEAN-MARIE pour « Interplay » (Trebim Music / L’autre distribution).


Finalistes : Pierre de Bethmann « Essais / Volume 4 » (Aléa / Socadisc), Multiquarium Big Band (Charlier / Sourisse) « Remembering Jaco » (Naïve / Believe).


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Prix du Musicien Européen (récompensé pour son œuvre ou son actualité récente) : TINEKE POSTMA (saxophoniste néerlandaise).


Finalistes : Matthieu Michel, Andreas Schaerer.


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Prix du Meilleur Inédit :
CHARLES MINGUS pour « Bremen 1964 & 1975 » (Sunnyside / Socadisc) .

 

Finalistes : Paul Desmond « The Complete 1975 Toronto Recordings » (Mosaïc), Art Blakey & The Jazz Messengers « Just Coolin’ » (Blue Note / Universal).


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Prix du Jazz Classique :
GUILLAUME NOUAUX & THE STRIDE PIANO KINGS (Autoproduction).


Finalistes : Hot Sugar Band & Nicolle Rochelle « Eleanora, The Early Years of Billie Holiday » (CQFD / L’autre distribution), Dave Blenkhorn / Harry Allen « Under a Blanket of Blue » (GAC Records).


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Prix du Jazz Vocal :
DAVID LINX pour « Skin in the Game » (Cristal / Sony Music).


Finalistes : Kandace Springs « The Woman who Raised Me » (Blue Note / Universal), Anne Ducros « Something » (Sunset Records / L’autre distribution).


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Prix Soul :
DON BRYANT pour « You Make Me Feel » (Fat Possum).


Finalistes : Robert Cray « That’s What I Heard » (Thirty Tigers), Izo FiztRoy « How The Mighty Fall » (Jalapeno).


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Prix Blues :
ANDREW ALLI pour « Hard Workin’ Man » (EllerSoul).


Finalistes : Shemekia Copeland « Uncivil War » (Alligator / Socadisc), Jimmy Johnson « Every Day Of Your Life » (Delmark / Socadisc).


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Prix du Livre de Jazz :
MAXINE GORDON, Pour  « Dexter Gordon Sophisticated Giant » (Éditions Lenka Lente).


Finalistes : David Koperhant / Bruno Guermonprez / Rebecca Zissmann « 59 rue des Archives » (Éditions ActuSF), Robert Palmer « Deep Blues» (Éditions Allia).


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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 19:43

Claude Carrière et Rebecca Cavanaugh, Montpellier 25 juillet 2014

 

Quand j'écris ces lignes, le dimanche 21 février, Claude est mort depuis un peu plus de 24 heures. J'ai appris la sombre nouvelle dans le métro qui me conduisait à la Maison de la Radio pour un concert à huis-clos, avec en première partie le quartette de Géraldine Laurent (une musicienne que Claude contribua largement à faire connaître au début de sa carrière), et en seconde partie le quintette d'Olivier Ker Ourio. Cette seconde partie étant en direct sur France Musique, dans l'émission 'Jazz Club', inventée en 1982 par Claude Carrière et Jean Delmas, qui la co-produisirent jusqu'en 2008. Funeste coïncidence. Me reviennent aujourd'hui à propos de Claude une foule de souvenirs, d'amateur d'abord, à l'écoute de France Musique, puis de collègue, et d'ami.

J'avais écouté avec passion, à la fin des années 70, les premières années de la série 'Tout Duke', dont Claude produisit pour France Musique quelque 400 épisodes. Et j'avais lu ses articles dans Jazz Hot, même si mes goûts et autres choix idéologico-esthétiques me rattachaient à la 'famille' de Jazz Magazine. J'ai rencontré Claude et Jean Delmas (et aussi André Francis) en juillet 1981 au festival de Nice. Je faisais des émissions de jazz sur Radio K, une radio francophone basée à San Remo. Station à la naissance de laquelle j'avais très activement participé : un ministre de Giscard avait déclaré (révélations du Canard Enchaîné) que nous étions «un poignée d'aventuriers gauchistes». Pas faux. Contact très amical avec Claude et Jean, manifestement très intéressés par notre démarche libertaire (et puis, une radio où il y a plusieurs émissions de jazz chaque semaine, ça leur parlait !).

En janvier 1982, alors que je dînais seul après mon émission dans la cuisine de notre hôtel transformé en station de radio, j'ai écouté un des premiers 'Jazz Club' sur France Musique avec Barney Wilen. Or peu avant Barney, que j'avais rencontré à Nice, et qui était venu improviser en direct pour nous pendant trois heures sur des mixages de musiques et autres divagations sonores, m'avait ouvert les portes de Jazz Magazine, conseillant à Philippe Carles de me recruter. J'étais avant cela à Lille, et je n'aurais pas postulé à JazzMag, par égard pour mon pote Gérard Rouy qui officiait déjà depuis plus de 10 ans dans ces colonnes. Encore une rencontre, encore une chance. Le mois suivant, après la fermeture de Radio K, venu à Paris rejoindre ma petite amie, je cherche du boulot. René Koering (celui-là même qui avait accepté l'idée du 'Jazz Club'), cherche de nouvelles voix pour France Musique. Fin février, je suis reçu par Koering, qui a bien aimé l'enregistrement du direct avec Barney (je lui ai bien dit que je n'avais fait que concrétiser une idée du saxophoniste....), et cinq semaines plus tard je fais mes débuts sur France Musique le samedi matin dans l'émission de Philippe Caloni consacrée à l'actualité du disque, et où je vais succéder à Lucien Malson pour traiter l'actualité phonographique de ma musique préférée. Pour le petit gars de province que très peu de gens dans la micro-jazzosphère connaissaient, encore un coup de chance.

 

Et l'évocation de Philippe Caloni ravive un autre souvenir. En juillet 1982, toute l'antenne de France Musique est au festival d'Aix-en-Provence, y compris les jazzeux, et je fais quotidiennement à Aix une émission que j'aurais pu faire dans les studios de Paris. Nous sommes sur une terrasse, devant l'Institut d'Études Politiques où sont nos studios provisoires, à l'heure du pastis, et nous chantons à tue-tête (à peu près juste et en place....), le thème Hot House, composé par Tadd Dameron et immortalisé par Gillespie et Parker. Joyeuse tablée avec Caloni, Claude, le réalisateur Michel Gache, Jean-Paul Beaugelet-un technicien féru de jazz-, et quelques autres dont votre serviteur....

Une foule d'autres souvenirs au fil des années, comme ce soir où deux jeunes producteurs de France Musique avaient organisé une soirée privée entre nous, hors antenne, au studio 106, où ceux et celles qui le souhaitaient (productrices et producteurs, réalisatrices et réalisateurs, technicien.ne.s, attaché.e.s de production....) étaient convié.e.s à jouer pour leurs collègues. On écouta ce soir-là un mouvement de sonate pour violon & piano de Brahms, un quatre mains sur quelques danses hongroises du même, une mélodie de Rachmaninov, et les jazzeux ne furent pas de reste, au piano : Arnaud Merlin joua en trio Israel de Johnny Carisi, Yvan Amar nous offrit un solo improvisé d'une insolente sinuosité harmonique, Claude était attendu en milieu de programme pour jouer Ellington ou Strayhorn, et votre serviteur devait intervenir en fin de soirée. Mais Claude était en retard : on me demanda d'anticiper ma prestation. Et pendant que je me livrais à une variation sauvage intitulée Le chien d'Igor aboie et la caravane passe, massacrant les accords du Sacre, et aussi un court fragment mélodique de L'Oiseau de feu, avant de glisser vers les harmonies de Caravan (une des rares tonalité où je puis, très sommairement, improviser....), Claude fit une magistrale entrée en haut du gradin du studio. Le voyant, je fus pris d'une panique insondable, comme un délinquant pris sur le fait : massacrer le Duke devant la Statue du Commandeur des Ellingtonophiles, c'était un crime de lèse majesté ! Mais le piano du studio 106 (un Steinway 'D' de Hambourg de la fin des années 90) était d'une telle qualité, c'était un tel plaisir que de le maltraiter, que j'ai accompli mon forfait jusqu'à l'ultime accord (de Fa, très altéré). Claude, toujours bon camarade, et naturellement bienveillant, ne fit aucun commentaire désobligeant à propos de mon sacrilège....

Vers la même époque un directeur de France Musique voulut faire une grande opération en direct du Jazz Club de Méridien (baptisé à l'époque 'Jazz Club Lionel Hampton') car le grand Lionel lui-même devait y donner un concert. Ce n'était pas un vendredi, mais le directeur voulait que Carrière et Delmas en fissent une soirée spéciale de l'émission 'Jazz Club'. Nous pensions tous que le grand Lionel Hampton, alors âgé de 92 ans, n'était plus à l'époque musicalement qu'un pâle reflet de son considérable talent passé. Ce ne fut donc pas un 'Jazz Club' spécial, mais une soirée exceptionnelle de France Musique. Depuis deux ans j'avais la responsabilité du Bureau du Jazz, Claude et moi avions comme activité principale, et presque exclusive, la radio. Il nous fallut donc avaler la couleuvre et faire ensemble ce direct. Le directeur savait que ce serait, médiatiquement (sinon musicalement....), un événement, et quelques jours plus tard il exhibait triomphalement un argus de la presse (photocopie des tous les articles de presse, avant et après cette soirée) de plus d'un kilo ! Manifestement lui et nous n'avions pas la même conception de notre métier. Nous fîmes vaillamment ce direct, avec des invités (donc certains 'suggérés' par la direction) qui parlèrent surtout d'eux-mêmes, et assez peu, et peu pertinemment, de Lionel Hampton. Lequel joua, comme il put. Souffrance pour une partie des présents, et des auditeurs de France Musique, et aussi manifestement pour les musiciens qui l'accompagnaient, qui tenaient à conserver un autre souvenir de ce héros du jazz. Le seul bon souvenir de cette pénible soirée, ce fut Sacha Distel, très affable, qui parla brillamment de Lionel Hampton, de ses émois d'amateur, et de l'enregistrement qu'il avait fait pour Barclay avec Hampton en 1955. Sacha fut le seul qui vint à la fin du direct nous saluer. Je ne le connaissais pas personnellement, mais pour moi il était le guitariste d'un très beau disque avec John Lewis et Barney Wilen, en 1956, et l'homme confirmait mon préjugé favorable.

 Le Jazz Chamber Quintet, pendant la répétition, 25 juillet 2014

 

Je vais clore là cette litanie des souvenirs professionnels qui m'ont lié à Claude Carrière, alors qu'il en est bien d'autres. Mais je voudrais conclure par celui qui, peut-être, me tient le plus à cœur. Nous sommes en juillet 2014. Claude a été écarté de France Musique en 2008, et il a mal vécu cette injuste éviction. J'ai moi-même appris deux mois plus tôt que Radio France ne renouvelle pas mes contrats. J'ai encaissé mais je n'en mène pas large. Pour la programmation de jazz du festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon j'ai conçu une série de concert où figuraient le trio de Manuel Rocheman, le quartette de Boris Blanchet, beaucoup d'autres, dont Dominique Pifarély qui conclurait le festival, et qui serait mon ultime production pour Radio France après 32 ans de présence. Et le 25 juillet, veille de ma dernière prestation, j'accueillais le formidable 'Chamber Jazz Quintet' avec en invité André Villéger. Le groupe rassemblait la chanteuse Rebecca Cavanaugh, Frédéric Loiseau, Marie-Christine Dacqui, Bruno Ziarelli.... et au piano Claude Carrière. J'écris formidable pas seulement en pensant à l'adjectif que Claude utilisait volontiers, mais parce que j'aimais beaucoup ce groupe. Juste avant d'entrer sur scène, alors qu'en coulisse je m'apprêtais à faire l'annonce de présentation avant de laisser place aux artistes, Claude semblait paniqué à l'idée de jouer devant ce très nombreux public (plus de 1.500 spectateurs dans l'Amphi d'O), et les micros de notre chère radio en prime. Le doute et l'angoisse de celui qui était pourtant plus que légitime. Claude entra vaillamment sur scène avec ses amis. Le concert commençait avec une composition à lui dédiée par son ami le guitariste Frédéric Loiseau, Blues for C. Introduction par le piano seul. Claude avait vaincu le démon furtif de l'angoisse d'avant-scène. L'intro était magnifique. Le concert le fut tout autant. Il fut diffusé à la rentrée par une consœur de France Musique. C'est ainsi que l'Ami Claude fut un repère dans ma vie de radioteur occupé de jazz, de ses prémices jusqu'à sa conclusion. Merci Claude !

Xavier Prévost

L'Amphi d'O à Montpellier, photo Luc Jennepin

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21 février 2021 7 21 /02 /février /2021 11:46
BLACK AND BLUE : adieu à Claude Carrière, passeur de jazz.

BLACK AND BLUE : adieu à Claude Carrière, passeur de jazz.

 

 

J’ai appris la nouvelle lors du passage d’antenne hier soir sur France Musique entre Jérôme Badini des Légendes du jazz et Yvan Amar du Jazz Club. Ce dernier a rendu hommage à Claude Carrière, journaliste et producteur, le créateur avec Jean Delmas, de la formule en 1982 avec ces concerts retransmis avec les aléas du direct.

J’ai bien conscience que toute une génération tire sa révérence et cela fait mal. Ce sens de la perte est aussi aggravé en cette période anxiogène. Comme si on perdait ses repères. Je me souviens de Claude Carrière, mon “papa de jazz” comme j’aimais à l’appeler, dont la voix si particulière ( mais il y en avait d’autres à l’antenne à l’époque, Alain Gerber, Lucien Malson, Daniel Nevers, sans parler d’Henri Renaud ou André Francis) me révéla Tout Duke dans cette formidable série, dont chaque épisode, toujours trop court, passait à 12h 05 sur les ondes, si ma mémoire ne me joue pas des tours. Heure tout à fait improbable, mais possible pour une lycéenne malade qui s’était trompée de fréquence, délaissant France Inter que sa mère écoutait toute la journée à partir du “Bonjour” tonique et décontracté de Bouteiller.

Nous étions en 1977, cela je m’en souviens parfaitement. Si j’écoutais dans la discothèque familiale Gershwin et Armstrong sur des LP Brunswick épais noir réglisse, j’allais avec les émissions de Claude Carrière et ses extraits généreux que j’enregistrais frénétiquement sur des Sony chrome vertes très résistantes que m’avait rapporté mon père, entrer dans le monde du Duke et de Billy Strayhorn, apprendre qui était le “lapin” Johnny Hodges, le voluptueux Harry Carney ( "Frustration"), le trompettiste Cootie Williams qui eut droit à son concerto, le clarinettiste Barney Bigard ou le tromboniste Juan Tizol ("Caravan")… Il n’ y avait pas internet, j’entendais des noms dont l’orthographe me paraissait approximative (Joe Tricky Sam Nanton !) et je repassais les extraits sans fin.

Ma connaissance et mon amour du jazz ont été “déformés” ainsi alors que la musique pop, rock, le free vivaient des heures excitantes. J’écoutais d’autres musiques mais quand on en venait sur le terrain du jazz, c’était le classique des grands orchestres…

Je ne lisais pas encore la presse spécialisée, et je me fichais bien de Jazz Hot, Jazz Magazine, Rock and Folk ou Best. Je lisais plutôt du cinéma. Mais je dois à la radio cet apprentissage, ce voyage initiatique dans le temps et la musique.

Plus tard, j’ai retrouvé Claude Carrière, l’homme du label CRISTAL, et je me suis régalée à lire ses livrets aux notes de pochette si érudites. Tout un art de la synthèse pour présenter une compo, un musicien, un thème. Je me suis constituée toute la série des Original Sound de Luxe, collection qu’il dirigea à partir de 2007, aujourd’hui bien rangée dans ma discothèque. Albums de référence que j’ai chroniqués sur ce site très régulièrement, par ailleurs. Claude Carrière | Un artiste du label Cristal Records

avec toutes ces pochettes merveilleusement dessinées par Christian Cailleaux, après une sélection rigoureuse en fonction de chaque thème.

Comme Claude Carrière était pianiste, il enregistra aussi sur Black and Blue deux albums : 

Rebecca CAVANAUGH/LOISEAU/CARRIERE/DACQUI: "Looking Back" - les dernières nouvelles du jazz (over-blog.com)

THE CHAMBER JAZZ QUINTET MEETS ANDRE VILLEGER :"For all we know" - les dernières nouvelles du jazz (over-blog.com)

 

A lire aussi le témoignage de Franck Bergerot Claude Carrière – Reminiscing in Tempo – Jazz Magazine et évidemment l’hommage de Jean Louis Lemarchand sur notre site des DNJ.

Sophie Chambon

 

 

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20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 20:55

Héraut du jazz un demi-siècle durant, producteur de radio, directeur de collection discographique, président de l’Académie du Jazz (1993-2004), pianiste, Claude Carrière décédé le 20 février à Paris d’un malaise cardiaque à l’âge de 81 ans, restera dans l’histoire de « la plus populaire des musiques savantes » comme l’infatigable admirateur de Duke Ellington.

 

L’une des dernières œuvres de cet aveyronnais de Rodez « monté » à Paris dans les années 50, aura d’ailleurs été la réalisation d’albums d’inédits d’Ellington pour la Maison du Duke, association dont il assurait la présidence, succédant à un autre fan du compositeur, Christian Bonnet.
Sa légitimité était incontestable. Claude Carrière avait, entre 1976 et 1984, diffusé en 400 épisodes l’œuvre intégrale de Duke Ellington sur les ondes de Radio France avec son émission simplement baptisée « Tout Duke ». Et c’est tout naturellement que Christian Bonnet et l’éditeur Slatkine lui avaient demandé de préfacer la version française de l’autobiographie du Duke (Music is my mistress, Mémoires inédits. Duke Ellington. 2016).

 

Mais il ne limitait pas sa passion du Duke à ces hommages de producteur et journaliste. Claude Carrière aimait à jouer la musique du Duke –et de son complice Billy Strayhorn- notamment en compagnie de la chanteuse Rebecca Cavanaugh et du guitariste Fred Loiseau (en attestent deux albums sous le label Black & Blue, ‘Looking Back' et ‘For all we know’).

 

Si le Duke était son idole, Claude Carrière n’aura cessé de prêter oreille à ce que le jazz pouvait apporter de vivant et surtout d’authentique et de lui donner droit de cité dans une émission unique en son genre, Jazz Club. Le tandem formé avec Jean Delmas présentera pas moins de 1150 émissions entre janvier 1982 et juin 2008 sur France Musique. Le concept, accepté par le directeur de l’époque de la station, René Koering, était révolutionnaire : inviter chaque vendredi soir pendant deux heures l’auditeur au cœur d’un club, ce « véritable laboratoire du jazz », selon l’expression de Claude Carrière.

« Sa principale qualité était que, comme il était lui-même musicien, il parlait d’égal à égal avec les musiciens, explique Arnaud Merlin, producteur à France Musique et programmateur de la série des concerts "Jazz sur le vif" à Radio France. Ce n’était pas un théoricien, il était de plain-pied avec la musique. » « Il avait une justesse de jugement sur les musiciens, j’oserais même dire une infaillibilité, qui m’étonnait en permanence » souligne Jean Delmas.

 

Le livre d’or de l’émission qui s’ouvrait sur un générique composé par le pianiste-chanteur Bob Dorough comprend le gotha du jazz planétaire : Dizzy Gillespie, Chet Baker, Elvin Jones, Roy Haynes, Milt Jackson, Brad Mehldau, Martial Solal, Jim Hall… Mais peut-être ce dont Carrière et Delmas étaient les plus fiers, c’est d’avoir ouvert leur micro à des jeunes musiciens, le guitariste Biréli Lagrène en 1982 (il avait 16 ans), le pianiste Manuel Rocheman en 1986 ou la saxophoniste Géraldine Laurent en 2007.

 

Cette passion pour le jazz, Claude Carrière la fera partager également aux lecteurs des magazines spécialisés ( Jazz Hot, Jazzman, Jazz Magazine) et aux collectionneurs de disques avec son travail pour plusieurs labels, dont RCA, Vogue, Dreyfus Jazz, Cristal Records.

« Le jazz est une musique fragile, nous confiait en 2007 Claude Carrière, il faut le soutenir » ... Mission accomplie par un amoureux du jazz, érudit (sans pontifier) et chaleureux, qui savait à merveille transmettre sa passion.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo Jean-Louis Lemarchand
 

 

 

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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 15:25
Oui, c'était tout ça Chick!
Oui, c'était tout ça Chick!

 

 

Chick Corea oui, c’ était tout ça Chick!

 

Tout le week end, les hommages ont afflué pour célébrer l’une des légendes du jazz des cinquante dernières années. Il a traversé toutes les esthétiques : d'une solide culture classique, amoureux du bop (Bud Powell), il devint le héros du jazz rock et de la fusion à son acme, et  il n'en a pas moins flirté un temps avec le free.

Passons sur les innombrables messages sur les réseaux sociaux, souvent dispensables, même si on pourrait me rétorquer que le ressenti ne ment pas, forcément subjectif,  pas moins “communicable” et “partageable”. 

Revenons plutôt sur les radios qui ont joué leur rôle, enfin surtout France Musique. Mais on n’en attendait pas moins de nos émissions préférées sur cette antenne qui sont revenues sobrement sur sa carrière, illustrées- et c’est ce qui importe, de généreux extraits musicaux. 

Notre Jean Marc Gelin des DNJ a bouleversé sa programmation sur Radio Aligre FM, 93.1, pour évoquer avec aisance, en une petite heure, trop courte, le pianiste.

Les journaux de la presse nationale se sont livrés au passage obligé, le “marronnier” de la nécrologie. C’est drôlement difficile de faire une bonne nécro, cela demande talent, connaissances et de partager son sentiment, forcément subjectif. J’ y reviens décidément, un ressenti qui serait universel, ou simplement intersubjectif?

Sur le blog de Jazz Magazine, Franck Bergerot nous a livré, dans Bonus, sa recollection de Now He Sings, Now He Sobs, sorti initialement sur Solid State. Bonne pioche. Il a découvert le disque, comme il le fallait, à sa sortie, il y a cinquante deux ans mais il cite encore l’article de 1971 d’Alain Gerber que j’aimerais bien lire…. sur Jazz Magazine n°171, d’octobre 1969. C’est ça qu’est Chick. Et dont je m'inspire car je n’ai jamais su trouver de titre accrocheur! 

J’ai acheté le même disque, ressorti sur Blue Note, bien des années après, mais à “mon” époque, je n’ai guère écouté de Chick Corea que l’incontournable Return to Forever, comme un torrent d'énergie  avec ses espagnolades, sans nuance péjorative de ma part, je précise.

C’est la dernière émission de Laurent Valéro, “Repassez-moi le standard”, hier soir à 19h, toujours sur France Musique, qui m’a donné envie de faire le point. Il nous fit entendre les thèmes obligés devenus cultes, mais aussi les standards ( émission oblige) aux quels, comme tout grand du jazz, Chick s’est frotté avec bonheur, éternelles compositions de jazz ou de la pop. En cherchant dans mes papiers, je n’ose dire “archives”, j’ai retrouvé une chronique que j’avais écrite, en 2002, témoignage d’une époque passée, où ECM se livrait déjà à une compilation, pas “dégoutante” du tout!

 

 

Dans son anthologie ECM RARUM, 2002, Chick Corea a choisi 13 titres de 6 albums et 3 groupes dont le mythique Return To Forever. Nostalgie oblige, il choisit de commencer avec la suite de 1972, qui évoquait déjà un monde idéal “Sometime ago” et “La Fiesta”. Qu’on nous pardonne d’écouter encore avec quelque émotion ces plages datées aujourd’hui, qui mettent en évidence le talent du flûtiste et saxophoniste soprano Joe Farrell, le percussionniste Airto Moreira transformé en batteur pour la circonstance, la voix perchée de Flora Purim et l’enthousiasme contagieux de Chick Corea au piano électrique, instrument adopté à l’époque pour faire sonner cette musique d’inspiration diverse, à la fois classique, jazz et brésilienne. Changement d’ambiance avec les délicats duos piano-vibraphone avec son pote de toujours Gary Burton, ou encore un live à Zurich en 1979, “Desert Air” choisi sur le remarquable Crystal Silence.

Mais la crème de la crème reste tout de même le trio avec Miroslav Vitous et Roy Haynes, “Now he sings, now he sobs” dans certaine reprise de Monk “Rhythm-ning” ou dans le final d’un live à Willisau en 1984 “Summer night/ Night and Day”: 14’22 de pur plaisir avec le trio : swing impressionnant, rythme intense, mélodies recherchées!

Corea a une qualité rare, il laisse ses partenaires suffisamment libres dans des échanges qui prennent leur temps et tout leur sens. Immense soliste, il sait aussi être un accompagnateur de premier ordre. Constamment en recherche, il a changé de direction maintes fois dans sa vie et il faudrait plus que cette première compil pour rendre compte de toutes les influences qui l’ont traversé et qu’il a su transcender. La carrière de Corea est si fertile que l’on attend avec impatience un nouvel opus: il faut en effet réentendre le soliste des Children songs, ou des Piano Improvisations, le révolutionnaire créateur de l’ensemble Circle. Oui Corea , c'est vraiment un chic type….

Sophie Chambon

Oui, c'était tout ça Chick!
Oui, c'était tout ça Chick!
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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 20:40

La remise des Prix 2019 de l’Académie du jazz  a eu lieu lors de la soirée de gala organisée le lundi 27 janvier 2020 au ’Pan Piper’, 2-4 Impasse Lamier, à Paris (11ème), animée par le président François Lacharme et en présence de personnalités de la musique, du cinéma et des spectacles :

 

Prix Django Reinhardt (musicien français de l’année),avec le soutien de la Fondation BNP Paribas :
HUGO LIPPI, guitariste.
Finalistes : Théo Ceccaldi (violon), Leïla Olivesi (piano, composition, arrangements).


Grand Prix de l’Académie du Jazz (meilleur disque de l’année) :
YES ! TRIO, pour l’album « Groove du Jour » (Jazz&People / Pias).
Finalistes : Avishai Cohen & Yonathan Avishai pour « Playing the Room » (ECM / Universal), et Theo Croker pour « Star People Nation » (Okeh / Sony Music).


Prix du Disque Français (meilleur disque enregistré par un musicien français) :
LAURENT COULONDRE, pour l’album « Michel On My Mind » (New World Production / L’Autre distribution).
Finalistes : Leïla Olivesi pour « Suite Andamane » (Attention Fragile / L’Autre distribution), et Louis Sclavis pour « Characters On A Wall » (ECM / Universal).


Prix du Musicien Européen (récompensé pour son œuvre ou son actualité récente) :
DANIEL ERDMANN (saxophoniste).
Finalistes : Matthieu Michel et  Hanna Paulsberg.

 

Prix de la Meilleure Réédition ou du Meilleur Inédit :
BARNEY WILEN QUARTET pour l’album « Live In Tokyo ’91 » (Elemental Music / Distrijazz).
Finalistes : Paul Bley, Gary Peacock, Paul Motian pour « When Will The Blues Leave » (ECM / Universal), Stan Getz Quartet « Getz at The Gate » (Verve / Universal).


Prix du Jazz Classique :
ALBERT AMMONS « Complete Work, Albert Ammons (1907-1949) Boogie Woogie King » ( Cafe Society / eurenie@gmail.com).
Finalistes : Three Blind Mice pour « See How They Run » (autoproduction / www.threeblindmice.fr), Evan Christopher / Fapy Lafertin pour « A Summit in Paris » (Camille productions / Socadisc), Guillaume Nouaux & The Clarinet Kings (autoproduction / www.guillaumenouaux.com).


Prix du Jazz Vocal :
LEÏLA MARTIAL pour l’album « Warm Canto » (Laborie Jazz / Socadisc).
Finalistes : Jazzmeia Horn pour « Love & Liberation » (Concord Jazz / Bertus) et Veronica Swift pour « Confessions » (Mack Avenue / Pias).


Prix Soul :
MAVIS STAPLES pour l’album « Live in London » (Anti- / Pias).
Finalistes : Kelly Finnigan pour « The Tales People Tell » (Colemine / www.coleminerecords.com), et Michelle David & The Gospel Sessions pour « The Gospel Sessions, vol.3 » (Excelsior / V2).


Prix Blues :
JONTAVIOUS WILLIS pour l’album « Spectacular Class » (Kind of Blue Music / www.jontaviouswillis.com).
Finalistes : Atomic Road Kings pour « Clean Up The Blood » (Big Tone / www.bigtonerecords.com), et Robert Randolph & The Family Band pour « Brighter Days » (Provogue / Wagram).


Prix du Livre de Jazz,  EX-AEQUO :
NICOLE BERTOLT & ALEXIA GUGGÉMOS pour « Boris Vian 100 ans » (Éditions Heredium) et CHRISTELLE GONZALO & FRANÇOIS ROULMANN, pour « Anatomie du Bison – Chrono-bio-bibliographie de Boris Vian » (Éditions des Cendres).
Finalistes : Nicolas Fily pour « John Coltrane – The Wise One » (Le Mot et le Reste) et Jean-Pierre Jackson pour « Keith Jarrett » (Actes Sud).

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