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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 05:55

La beauté de Bud Powell

Jean-Baptiste Fichet

Editions Bartillat

 

C'est un paradoxe. Même s'il fut l'une des têtes d'affiche d'un prestigieux club pari sien (le Blue Note, quartier des Champs-Elysées) des années durant, Bud Powell (1924-66)n'aura guère inspiré les auteurs français. Signé Francis Paudras, La danse des infidèles (1986), reste comme l'ouvrage de référence et de révérence, reflétant toute l'admiration que portait son auteur au pianiste qu'il protégea tout au long de son séjour parisien

On retrouve sous la plume de Jean-Baptiste Fichet, dans La beauté de Bud Powell, ce même sentiment admiratif : « la lumière émise par Bud Powell, la beauté qu'il a cherchée continuent de balayer l'univers-au présent. Le pianiste a laissé derrière lui cette floraison de bourgeons, milliers de buds portant pollen, graines disséminées aux vents du jazz ».

Jugeant au départ le jazz plutôt « hermétique », Jean-Baptiste Fichet (34 ans, de formation commerciale) a finalement ressenti un choc, un « coup de foudre » à l'écoute d'Off Minor, thème de Monk dans sa version de Bud. Il écrit (page 31) : « Off Minor : dix fois, cent fois, mille fois. Moulin à prières. Sourate. Mantra ». On l'aura compris. Plutôt qu'une biographie- les fans de Bud pourront se reporter au volumineux ouvrage de Peter Pullman, Wail-The Life of Bud Powell, 2012, disponible sur le site de l'auteur new yorkais), c'est un portrait très personnel que nous propose Jean-Baptiste Fichet. Le livre a toute la fraîcheur d'un premier ouvrage avec ses envolées lyriques et ses multiples évocations littéraires. N'y cherchez pas-et c'est tout à l'honneur de l'auteur, d'anecdotes croustillantes ou sordides qui sont le lot commun des biographies destinées au grand public. L'homme décrit en 200 pages «  a une aptitude extraordinaire pour la musique, une inaptitude féroce pour tout le reste ». En lui, analyse Jean-Baptiste Fichet « cohabitent toute beauté et toute douleur ». Un bien beau livre tout en sensibilité, un hommage littéraire au jazzman tourmenté qualifié de « génie » par Duke Ellington et Charlie Parker.

 

Jean-Louis Lemarchand

Jean-Baptiste Fichet présente son livre ce vendredi 3 mars à 19 h à la librairie Les Traversées (2, rue Edouard Quenu. 75005).

 

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 21:16
Lettres à Miles

Lettres à Miles

En librairie le 15 septembre 2016

174 pages / 18 €


Miles Davis est mort il y a vingt-cinq ans, le 28 septembre 1991.
Il a traversé les mondes multiples de la musique, les terres chaudes du jazz. Il a créé, rêvé, aimé. Les amateurs de jazz le désignent familièrement, amicalement, par son seul prénom : Miles. Il est devenu une légende, la seule star que le jazz ait porté. Du be-bop au hip-hop en passant par le jazz cool, le jazz modal et le jazz-rock, le trompettiste américain a épousé et infléchi avec audace les différentes évolutions du jazz qui, d’un folklore limité au Sud des Etats-Unis, est devenue une musique-monde.
Ils sont 55 auteurs, musiciens, romanciers, poètes, journalistes, réalisateurs, comédiens ou dessinateurs, hommes, femmes, toutes générations confondues. Chacun d’entre eux adresse une lettre à Miles Davis.

Anne-Claire Alvoët, Jackie Berroyer, Zéno Bianu, Randy Brecker, Yves Buin, Xavier Camarasa, Frank Cassenti, Valentin Ceccaldi , René de Ceccaty, Bernard Chambaz, Olivier Charneux, Jerome Charyn, Jean-Louis Chautemps, Médéric Collignon, Thomas Compère-Morel, Steve Dalachinsky, Guy Darol , Jacques Darras, Sylvain Darrifourcq , Bertrand Dicale, Edouard Dor, Delphine Durand, Andy Emler, Jean-Pierre Farkas, Jacques Ferrandez, David Foenkinos, Paolo Fresu, Hubert Haddad, Jimmy Heath, Louis Joos, Jacques Jouet, Sylvie Kandé, Lee Konitz, Marc Lambron, Edouard Launet, Camille Leherpeur, Jean-Louis Lemarchand, Dave Liebman, Bernard Lubat, Rick Margitza, Franck Médioni, Jeanne de Mirbeck , Jean-François Mondot, Bernard Morlino, Nimrod, Sébastien Ortiz, Martin Page, Pia Petersen, Eric Sarner, Ben Sidran, François-René Simon, Tristan Soler, Denis Soula, Olivier Steiner, Christian Tarting, René Urtreger, Marc Villard, Romain Villet.

Franck Médioni est journaliste et écrivain. Il est l’auteur de plusieurs livres sur la musique : John Coltrane, 80 musiciens de jazz témoignent (Actes Sud), Miles Davis, 80 musiciens de jazz témoignent (Actes Sud), Le goût du jazz (Le Mercure de France), Martial Solal, ma vie sur un tabouret (Actes Sud), À voix basse, entretiens avec Joëlle Léandre (Editions MF), Albert Ayler, témoignages sur un Holy Ghost (Le mot et le reste), Jimi Hendrix (Gallimard), My favorite things, le tour du jazz en 80 écrivains (Editions Alter Ego), George Gershwin (Gallimard), Sonny Rollins, le souffle continu (Editions MF).

Lancement le samedi 1er octobre à 20h à la Maison de la Poésie (Passage Molière, 157 rue du Faubourg Saint-Martin Paris 3e) avec les auteurs Z. Bianu, T. Compère-Morel, R. de Ceccatty, J. Darras, D. Durand, F. Médoni, Nimrod, S. Ortiz et des musiciens M. Collignon (trompettiste), Y. Robilliard (pianiste), S. Kerecki (contrebassiste) F.Moreau (batteur).

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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 11:42
3 minutes pour Comprendre les 50 concepts, styles et musiciens du Jazz

3 minutes pour Comprendre les 50 concepts, styles et musiciens du Jazz
Dave Gelly
Le courrier du Livre - 160 pages - 18 euros

Parler du jazz c’est bien. En parler de manière didactique c’est bien aussi.
Nous sommes donc tout attentifs lorsque nous recevons ce petit ouvrage qui affirme, un poil présomptueusement en titre « 3 minutes pour comprendre les 50 concepts, styles et musiciens de jazz ». Attentifs mais néanmoins passablement dubitatifs. Parce que, certes 3 minutes c’est peu mais c’est aussi très long pour tomber dans tel un monceau de creux.
Parce que pour arriver à nous faire comprendre en express ce qu’est le jazz, l’auteur Dave Gelly, critique de jazz anglais autrefois à The Observer et aussi à la BBC est obligé de tout mélanger et tout confondre avec un enthousiasme qui n’a d’égale que sa naïveté confondante et un parti pris très très aléatoire.
Et le pire c’est qu’ils s’y sont mis à 6 pour sortir ce livre.
Tout cela est allègrement mélangé dans une sorte de pot-pourri indigeste. Les poncifs se bousculent.
Jazz vocal : « plusieurs chanteurs perpétuèrent la tradition du jazz vocal traditionnel , par exemple Grégory Porter et la chanteuse et pianiste canadienne Diana Krall. Bien sûr certains électrons libres comme Bobby Mc Ferrin échappent à toute forme de classification, hormis peut être celle de la virtuosité ».
Un page sur les « trios avec piano : « si le répertoire des trios avec piano moderne peut aller des comédies musicales de Broadway aux grands classiques, leur public apprécie surtout les créations originales et les reprises inventives de standards de la pop » : ??
Tout cela emballé dans un ouvrage fade où si les photos sont bien créditées en fin d’ouvrage, elles ne sont en revanche pas renseignées. Et bien sûr aucun CD pour accompagner la lecture.

Voilà, voilà, tout ça tout ça
Mais je me rends compte que je vous ai pris 1mn à peine pour vous faire comprendre la nullité de cet ouvrage. Je trouve que c’est déjà beaucoup…. trop.
Jean-Marc Gelin

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 21:58
Jazz Palace, Mary Morris

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michelle Jerpe-Voslinsky.

Editions Liana Levi. 316 pages, 22 €

Nous voici revenus au Chicago du début du siècle dernier. Quand arrivaient dans la Cité des Vents les musiciens « montés » de la Nouvelle-Orléans et que les boîtes de nuit étaient bondés tous les soirs et bénéficiaient des largesses des pontes de la Mafia, Al Capone en tête. Native de Chicago, Mary Morris s’est plongée dans l’atmosphère si particulière de cette époque, profitant des souvenirs de ses parents (Rosalie et Sol) qui vécurent jusqu’à l’âge de 100 ans. Jazz Palace retrace les aventures de trois personnages majeurs : Benny, pianiste, fils d’un fabricant de casquettes, un trompettiste venu du Delta, Edgar James, alias Napoleon Hill, et Pearl, jeune tenancière d’un club (le Jazz Palace). Une histoire d’amitié et d’amour et une même passion partagée pour cette musique qui vient de gagner son nom de baptême (le jazz). On y retrouve Joe « King »Oliver, son « protégé » Louis Armstrong, mais aussi Bix Beiderbecke. On évolue des ateliers de confection qui emploient des ouvrières slovaques aux clubs où la prohibition reste au vestiaire. L’ambiance est globalement favorable aux jazzmen. La Grande guerre est finie et la cité cosmopolite connaît la croissance économique. Sur les bords du lac Michigan, la ségrégation est moins lourde que dans le Sud même si certains lieux sont réservés aux blancs et d’autres refusent l’accès « aux chiens et aux juifs ». Cette époque qui s’étend sur deux décennies, s’achevant avec la fin de la Prohibition et la Grande Exposition Universelle de 1933, aura marqué l’histoire des Etats-Unis et du jazz. Avec Jazz Palace, Mary Morris nous donne un roman au style alerte qui s’appuie sur une base documentaire solide. Une double raison d’emporter cet ouvrage sur la plage.
Jean-Louis Lemarchand

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 14:50
50 Summers of Music - Montreux Jazz Festival

50 Summers of Music - Montreux Jazz Festival
Textuel Mai 2016
391 pages, 45 euros
http://www.montreuxjazzfestival.com/fr/artist/montreux-50-summers-music

Que vous soyez déjà allé à Montreux ou non, voilà bien un ouvrage que tout amoureux de la musique de la deuxième moitié du XXème siècle devrait absolument se procurer.
Pour sa 50ème édition, Montreux a réalisé sous la houlette de Mathieu Jaton (l’actuel directeur du Festival) et du journaliste Arnaud Robert, un livre magnifique regroupant les témoignages d’immenses musiciens qui ont accepté de se livrer, ou de journalistes qui évoquent « leur » Montreux, le tout illustré par des clichés noir et blanc sublimes et un peu décalés signés des plus grands photographe de la scène musicale.

Le festival de jazz de Montreux fête cette année ses 50 ans d’existence. Crée en 1967 par un jeune homme alors un peu fou et bourré d’audace, il se remet aujourd’hui difficilement de la disparition de son mythique fondateur, Claude Nobs, personnage hors norme, adulé et adoré de tous, musiciens, journalistes, tourneurs etc…..Sorte de pygmalion divin et figure emblématique mariant avec le même amour ke jazz, le rock, la pop et même le rap avec le même oecuménique soucis de décloisonner ces musiques du XXème siècle.


Les témoignages d’amour que livrent les musiciens sont absolument magnifiques. Arnaud Robert, avec un talent d’accoucheur est allé cherché chez eux un part d’intime qu’à l’évocation de Montreux, ils livrent ici sans fards. On pourrait les citer tous de Diane Reeves à Stéphane Eicher en passant par Carlosn Santana, Herbie Hancock, Nile Rodgers, M , Kraftwerk, Grave Jones, Randy Weston , on en passe et des pas moins fameux.

Sonny Rollins : « J’ai aujourd’hui 85 ans. Je me sens toujours l’élève de Lester Young, de Coleman Hawkins. Je ne serai jamais à leur hauteur. Mais rien ne m’interdit d’essayer »
ou encore Lisa Simone qui libre un témoignage bouleversant sur sa relation difficile avec sa mère :
« J ‘ai appelé Oncle Claude (Nobs). Il ignorait à quel point mon enfance avait été un champ de bataille. Je ne m’étais pas encore trouvée à cette époque, je n’avais pas guéri. Je n’utilisais pas mon prénom, Lisa. Pour ne rien avoir à faire avec cette petite fille qui s’était enfuie. ».
Quicy Jones : « Je n’avais jamais vu Miles contempler le public de cette façon. Il souriait ! Miles davis ! Vous entendez ? Miles souriait ! ». Ou encore celui de Rickie Lee Jones ( « Nue face à Wynton Marsalis »). Sans compter le témoignage de Deep Purple qui raconte comment « Smoke on the Water » s’est crée en regardant flamber le Casino de Montreux après qu’il ait brulé lors d’une concert de Franck Zappa.
etc….

Les photos , en noir et blanc pour beaucoup et parfois en couleur sont absolument magnifiques de décalage comme ce cliché pris à la volée devant l’hôtel où sur leur balcon Clark Terry et Zoot Sims gemment de manière impromptue. Les musiciens sont pris hors de toute pose dans des moments volés. Dizzy Gillespie est allongé sur cette moquette à motifs de fleurs et Claude Nobs se baigne dans le lac avec Amhet Ertegun. On dirait des épreuves non retenues dans les magazines mais dont les imperfections nous touchent au plus au point comme la preuve en cliché de l’humanisme de ce festival aux dimensions pourtant planétaires.


Ce livre et un véritable témoignage.Emouvant parfois. Rythmé comme un morceau de rock, de blues ou comme une ballade à 4 temps.

Indispensable
Jean-Marc GELIN

50 Summers of Music - Montreux Jazz Festival
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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 23:13

Sonny Rollins, Le souffle continu, entretiens avec Franck Médioni, postface de Jean-Louis Chautemps. 74 pages. Ed.MF. collection Paroles 8 euros.

« Pour Rollins, il n’est pas question de divertissement. La musique trône à l’évidence, à l’étage au-dessus. Elle est spirituelle et exprime la force positive qui existe dans le monde. » Jean-Louis Chautemps a bien saisi l’esprit de Theodore « Sonny » Rollins. Entre ténors, le courant passe. La lecture de sa postface s’impose, contrairement à l’ordre logique, avant d’entamer celle des deux entretiens avec le géant du saxophone recueillis par Franck Médioni et repris dans un petit (par la taille) ouvrage de poche qui mérite réflexion et apporte un éclairage subtil sur l’art de Rollins.
Sonny Rollins s’est dévoilé d’abord en solo en septembre 1996 (texte destiné aux Inrockuptibles, mais non retenu et finalement publié en 1998 dans la revue Musica Falsa) avant de dialoguer en 2005(par téléphone) avec David S.Ware (1949-2012), ténor qui lui vouait grande admiration (et réciproquement), entretien publié dans Jazz Magazine (n°561).
A l’heure où Rollins -86 ans en septembre- a délaissé la scène, reportons nous en page 54 pour entendre le maître évoquer l’évolution de sa sonorité (lecture pouvant accompagner deux récentes sorties discographiques, Sonny Rollins trio, à Zurich en 1959, The Montreux Jazz Label et Sonny Rollins, Holding the Stage, Road Shows vol 4. Extraits de concerts de 1979 à 2012. Okeh) : « Si mon son a changé au cours des ans, cela à voir avec le fait de procéder à partir d’un corps… ce n’est pas du fer ni de l’acier, c’est fait de chair et d’os. La chair et les os ne sont pas éternels ». C’est simplement dit. Tout comme son explication sur son jeu : « Un jour un critique a écrit à mon propos : Sonny pose une question et puis dans le chorus suivant il y répond. Je sais de quoi il parlait parce que c’est ce que je fais parfois, et en ce sens, je raconte une histoire ».
Jean-Louis Lemarchand

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 20:21
Le roi René, René Urtreger par Agnès Desarthe

Le roi René, René Urtreger par Agnès Desarthe
Ed.Odile Jacob. Avril 2016. 262 pages.21,90 euros.
Il dirigeait son trio (Pierre Michelot, basse, Christian Garros, batterie) qui en 1956 accompagnait lors d’une tournée européenne Lester Young et Miles Davis. Soixante ans plus tard, il participait à un septette de rêve (Texier, Goubert, Guillaume, Besson, Pedron, Laurent, Le Lann) pour les 60 ans (eh oui ! aussi) de l’Académie du Jazz le 8 février au Chatelet. Que s’est-il passé entre temps dans la vie de René Urtreger ? C’est ce parcours pas du tout académique qui nous est conté dans « Le roi René », ouvrage signé par l’essayiste Agnès Desarthe. Fruit d’une collaboration avec le pianiste, le livre évoque une vie tourmentée sur le plan professionnel et aussi personnel, sans céder au travers de l’hagiographie. En confiance avec son interlocutrice, René Urtreger se livre. Jacqueline Urtreger, son épouse, confie à Agnès Desarthe (p.244) : « Ce livre que tu écris, c’est comme un testament pour lui. Un message pour ceux qu’il aime, pour ceux qui l’aiment, mais aussi pour ceux qui ne l’aiment pas ».
On découvre cette jeunesse parisienne des années 40, ses jeux avec son cousin Georges Kiejman, sa fuite dans les Pyrénées, sa mère, Sarah, déportée (et qui ne reviendra pas), son retour à Paris, son échec au Conservatoire, son travail chez un tailleur trotskyste (boutonnières de manteaux pour dames). On retrouve une carrière d’exception, marquée par un succès précoce (avec comme symbole Ascenseur pour l’échafaud en 1957 (1)), une auto-destruction (excès en tous genres), une période yé-yé (dont il garde de bons souvenirs, notamment auprès de Claude François), un retour flamboyant, libéré de ses démons personnels, et une sérénité actuelle toujours empreinte de cette remise en question, marque des Grands du jazz. La lecture est facile, les anecdotes ne manquent pas mais on referme cette biographie avec le sentiment d’avoir approché de près un artiste dans ses joies, ses peines, ses doutes, un jazzman -il revendique l’appellation avec fierté- qui n’a jamais baissé les bras.
(1). La photographie de couverture signée Jean-Pierre Leloir présente René Urtreger le 4 décembre 1957 au Poste Parisien lors de l’enregistrement de la bande-son d’Ascenseur pour l’échafaud, de Louis Malle. L’original du cliché publié dans le livret du CD édité en 1988 par Fontana -Polygram, montre René debout aux côtés de Miles Davis, auteur de la musique du film, et de Barney Wilen, assis à la console du studio.

Jean-Louis Lemarchand

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 20:34
FREDERIC CHAUDIERE : TRIBULATIONS D’UN STRADIVARIUS EN AMERIQUE

FREDERIC CHAUDIERE : TRIBULATIONS D’UN STRADIVARIUS EN AMERIQUE
Actes Sud - Babel
Juin, 2008 / 11,0 x 17,6 / 304 pages
Prix indicatif : 8, 70€
Par Yaël Angel

Frédéric Chaudière, luthier de renom à Montpellier et chroniqueur à Radio France nous conte l’histoire d’un chef-d’oeuvre à travers les âges : celui du violon Stradivarius dit « Gibson ». Commandé en 1713 à Antonio Stradivari par Philippe V d’Espagne mais refusé par l’émissaire de celui-ci en raison de sa couleur « troppo rosso », le violon va traverser 300 ans d’histoire. Une histoire chaotique et passionnante, qui commence, pour le lecteur, par le vol du violon dans les loges du Carneghie Hall. Nous sommes en 1936. Le « Gibson » appartient alors au célèbre violoniste Bronislaw Huberman, juif fuyant l’Europe nazie et fondateur de l’Orchestre Philarmonique d’Israël. C’est Julian Altman, jazzman névrotique en quête d’ascension sociale, qui est l’auteur du larcin. Julian Altman maquillera l’instrument au cirage noir pour en jouer contre un salaire de misère sur la scène des clubs de jazz bondés et enfumés, et lors de ses crises éthyliques, s’en servira comme cendrier et souffre-douleur. Ce vol, qui défraya la chronique à l’époque et donna lieu à des enquêtes de détectives privés, est l’occasion pour Frédéric Chaudière de faire un grand retour en arrière dans le temps pour nous raconter la vie de ce violon. Nous voilà plongés dans l’âge d’or de la lutherie de Cremone, en Italie, où officièrent notamment Antonio Stradivari et ses fils. Nous assistons à l’abattage des arbres, leur tri et leur tronçonnage en fonction de l’instrument à cordes souhaité. Dans les ateliers, on dessine, on coupe, on scie, on vernit, on colle, et le style de Frédéric Chaudière est tellement nourri de ses propres connaissances techniques sur ce sujet que les poussières et l’odeur des résines semblent parvenir jusqu’à nos narines. Nous suivons le violon qui pérégrine entre différentes mains, parfois celles de musiciens, parfois celles de collectionneurs, jusqu’à ce que Bronislaw Huberman en fasse l’acquisition pour se le faire voler à New York. Restitué plusieurs dizaines d’années plus tard contre hautes finances et en piteux état par la veuve de Julian Altman, le violon, dont la sonorité est restée magnifique, appartient aujourd’hui à Joshua Bell. Ce dernier l’enregistra pour la première fois sur son émouvant album « Romance of the Violin » (Sony Classical Records 2003). L’histoire de ce Stradivarius laisse imaginer celle d’autres instruments anciens qui, eux aussi, ont forcément eu leurs « tribulations ». Elle est touchante parce qu’elle ressemble à nos vies, faites de bonheurs et d’épreuves, et dont les aspérités rendent le son de « l’âme » encore plus vibrant.
Yael Angel

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 21:28
Music is my mistress, Mémoires inédits


Duke Ellington. Préface Claude Carrière.
590 pages, 25 €. Editions Slatkine & Cie
Traduit par Clément Boqué, Françoise Jackson avec Christian Bonnet, président de la Maison du Duke

Elle était attendue par les lecteurs français depuis plus de 40 ans. La biographie de Duke Ellington, écrite par le maître lui-même, Music is my mistress, publié en 1973, un an avant le décès d’Edward Kennedy Ellington, sort ce printemps. La version française a connu des tribulations qui ont été surmontées par quelques gardiens de la flamme ellingtonienne dont la Maison du Duke. Le pavé de près de 600 pages offre l’avantage par rapport à l’original de disposer de notes de bas de page très documentées et d’un index favorisant la lecture.
L’aspect brut de décoffrage de ces mémoires a été conservé, ce qui est à saluer même si l’on peut passer sur certains passages tels que les remerciements du Duke à tous les hôtes des réceptions données dans les ambassades US tout au long de ses tournées. La structure du livre, ou plutôt l’absence de structure classique, déroutera les amateurs de biographies léchées et reconstituées par thèmes. Claude Carrière, « ellingtologue » respecté, l’explique dans sa préface : Duke notait ses idées sur tout papier blanc disponible et confiait ses courtes pièces à un ami journaliste Stanley Dance qui déchiffrait et retranscrivait.
Music is my mistress se présente donc sous la forme de réflexions générales sur la musique, de souvenirs familiaux, d’opinions sur ses musiciens, d’impressions de voyages…même si Duke avoue ne pas avoir l’âme d’un touriste. C’est savoureux, détaillé, sensible. Avec ce carnet écrit à la première personne, chacun peut faire plus ample connaissance avec cet infatigable compositeur et chef d’orchestre qui donna quelque vingt mille concerts tout au long de sa carrière et un homme passionné de la vie, admirant sa mère, Daisy (« la personne la plus sensible et gentille que j’ai connue »), et la musique (« ma maîtresse, je vis avec elle » ).
Jean-Louis Lemarchand

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 19:20
West Coast Jazz

Alain Tercinet. 384 pages. 18 euros. Collection Eupalinos. Ed. Parenthèses.

Ce n’est pas qu’une réédition d’un ouvrage de référence publié voici 30 ans. West Coast Jazz, signé d’un des plus fins connaisseurs du jazz, Alain Tercinet, s’est enrichi. L’auteur a ainsi retravaillé les rapports du jazz et du classique, apporté une opinion plus favorable sur Stan Kenton, insisté sur le rôle de Shelly Manne et évalué les relations entre West Coast Jazz et Bossa Nova. Cette remise en forme s’est également traduite par une actualisation en analysant l’effacement de la West Coast dans les années 60-70 et son retour sur les scènes dans les années 90 d’anciens glorieux comme Bud Shank, Zoot Sims, Jimmy Giuffre, Chico Hamilton ( période traitée dans un chapitre justement dénommé « A l’ouest du nouveau »).

« Le plaisir que nous donnent toujours, il faut l’avouer, les disques qui furent gravés à Hollywood, Los Angeles ou San Francisco dans les années mille neuf cent cinquante a constitué le ressort de ce livre », précise (confesse ?) dans sa préface, Alain Tercinet, auteur de nombreuses anthologies et également chez le même éditeur de « Parker’s Mood ».

Depuis la première édition de 1986, analyse Alain Tercinet, la vision que l’on avait du Jazzz West Coast a évolué. Force est de remarquer que dans le grand public, le jazz distillé en Californie à cette époque post seconde guerre mondiale était considéré comme une simple réponse, cool, au be-bop ardent proposé à New York. Une écoute attentive de la production généreuse de ces années 50, révèle que les jazzmen de la Côte Ouest partageaient « ce goût de l’étude et le désir de civiliser le jazz ». Dans des registres souvent différents-petites ou grandes formations, musique de films, compositions tendant vers la « grande »musique (celle de Bach mais aussi de Bartok ou Milhaud…) ils exprimaient une certaine forme de décontraction, un goût de l’esthétisme, une retenue, de la joliesse. Plus qu’une forme de décontraction, un art de vivre et de penser le jazz, source de bonheur et d’épanouissement. Une somme (près de 400 pages) à fortement conseiller, où la rigueur des informations ne nuit pas à la qualité du style et donc au plaisir de la lecture.

Jean-Louis Lemarchand

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