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23 septembre 2018 7 23 /09 /septembre /2018 18:29

Folio 2018
115p, 2 euros

Tout d’abord ne pas se fier aux homonymies. Ce Didier-là bien qu’amoureux du jazz  n’a rien à voir avec le saxophoniste barbu que nous aimons même si forcément Thomas apparait au « hasard » de ces pages ». Didier ou Thomas, j’ai bien failli me faire avoir en recevant ce petit opsucule.
Didier Pourquery lui, est un célèbre journaliste et écrivain qui a exercé ses talents dans tout ce que la presse compte de titres réputés et qui de ses racines bordelaises tient comme chevillé au corps un amour sans limite pour le jazz dont il décide ici de faire l’éloge.
Avec le statut de la subjectivité totalement assumée et sans aucune prétention savante. Juste une façon de faire comprendre sa passion à ceux qui lorgnent avec retenue ou dédain vers cette musique, Didier Pourquery affirme son goût du jazz en l’étayant d’une foultitude d’exemples, de référénces qui ne prétendent pas à l’universel mais qui, un jour, ont fait vibrer de passion le journaliste qui tomba en pâmoison devant un solo de Lionel Hampton sur a taste of honney.
Avec l’air de presque s’excuser d’aimer le jazz, Didier Pourquery en fait un savoureux éloge qu’il conviendra de lire en écoutant en même temps les titres qu’il cite sur sa plate forme de streaming préférée. Et même si dans sa passion amoureuse il y a quelques maladresses dont in ne lui tient pas rigueur, ce qu’il dit du jazz est un chant joyeux et salvateur qui passe en revue pianistes, batteurs, bassistes, chanteurs au panthéon desquels on trouve Duke, Lionel Hampton, Charlie Parker, Jaco Pastoris et même des noms plus obscurs dans le milieu du jazz comme le trompettiste June Miyake ou les guitaristes Yoram Silberstein ou encore Emily Remler.

Chant joyeux, ouvert et généreux partage, ce petit éloge du jazz ne prétend à rien d’autres qu’à exprimer une forme de joie et de liberté bien communicatifs. Ceux qui aiment le jazz apprécieront, les autres s’y plongeront avec le délicieux frisson des premières fois.
Jean-Marc Gelin

@didier pourquery

 

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14 septembre 2018 5 14 /09 /septembre /2018 20:24

Avec Stéphane Lerouge. Editions Fayard.366 pages. 24,50 euros.

 

 

Prodige prolixe, protéiforme. Tel est Michel Legrand. A 86 ans, il n’a perdu ni sa vivacité ni son âme juvénile. « J’espère ne jamais devenir ce que l’on appelle froidement un grand professionnel », confie le compositeur aux 160 musiques de films dans un récit de sa vie (J’ai le regret de vous dire oui). Cet automne le verra à la « une » de l’actualité avec deux événements, la sortie du film posthume d’Orson Welles, tourné entre 1970 et 1976, et enfin monté « The Other side of the wind » (le 2 novembre sur Netflix et en salle aux Etats-Unis) et une adaptation scénique de Peau d’Ane pour la réouverture (le 14 novembre) du Théâtre Marigny. Sa méthode de travail ? « Il faut créer en se laissant porter de façon un peu naïve, sans trop se poser de questions d’adulte ». Il oublie les milliers d’heures passées par l’adolescent sous la férule de Nadia Boulanger, cinq années durant au Conservatoire de Paris. Le succès arrivera vite pour le jeune compositeur : des chansons (à commencer par  La valse des lilas), des orchestrations, des arrangements qui lui ouvrent la voie du marché américain. Il a seulement 26 ans quand Columbia, qui a fait recette aux USA avec son album I Love Paris, lui donne carte blanche pour un enregistrement de jazz : ce sera Legrand Jazz  avec Miles Davis, John Coltrane, Ben Webster, Phil Woods… Suivront des albums avec Sarah Vaughan, Stéphane Grappelli, Stan Getz . Hélas, une maladie fatale empêchera  Bill Evans de concrétiser ses projets avec celui qui est devenu « Big Mike  mais il retrouvera Miles pour le film Dingo, sorti en 1992 après la disparition du Prince des ténèbres.  Tout au long de près de sept décennies de carrière, le jazz aura toujours été au cœur des créations de Michel Legrand, ne serait-ce que dans ses  deux chef d’œuvre réalisés véritablement à quatre mains avec Jacques Demy (les Parapluies de Cherbourg et les Demoiselles de Rochefort). La personnalité même du compositeur aux mille talents est jazz. Tout en fougue, artiste de risques, généreux en notes, peu avare de compliments, prompt à la critique. Cette autobiographie lui permet de tresser des louanges (Nadia Boulanger, Barbra Streisand, Jacques Canetti, Shelly Manne, Boris Vian, Françoise Sagan…) et de dire ses quatre vérités (Godard, Boulez, Douste-Blazy, Melville, Drucker…) Mais au-delà des anecdotes, « J’ai le regret de vous dire oui » donne au lecteur l’occasion de parcourir allègrement une carrière musicale rare menée au grand galop.


Jean-Louis Lemarchand
 PS : Stéphane Lerouge qui réalise chez Universal Music France la collection Ecoutez le cinéma travaille depuis 25 ans avec Michel Legrand sur ses rééditions phonographiques.

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3 juillet 2018 2 03 /07 /juillet /2018 22:42

Sinatra a un rhume, Gay Talese. Editions du Sous-Sol. Mai 2018. 320 pages. 22 euros. Le livre comprend également divers portraits :  Mohamed Ali, Joe Louis, Floyd Paterson, Peter O’Toole…


Le titre interpelle. Bien vu comme accroche. Frank Sinatra has a cold, portrait du crooner éternel, date de 1966. Publié dans le magazine Esquire, commande au journaliste Gay Talese, il ressort aujourd’hui à l’occasion des 20 ans de la disparition du chanteur de Hoboken (1915-1998). Une quarantaine de pages qui régalent, joyau du « Nouveau journalisme » où le récit regorge de choses vues, transformant le lecteur, plus d’un demi-siècle après, en témoin direct de Frank Sinatra aux tables de jeux d’un casino, dans les bars, les studios d’enregistrement. (Extrait : « Le voilà devant l’orchestre, claquant des doigts, dans une pièce intime et hermétiquement close. Bientôt, il domine tout, les hommes, les instruments, et aucune onde musicale, si petite soit-elle, n’échappe à sa maîtrise »). Ses amis, ses connaissances s’expriment –une centaine de personnes interrogées- mais jamais lui, le héros de l’histoire, préoccupé par un rhume et refusant finalement l’entretien pourtant convenu entre l’attaché de presse du chanteur et la rédaction en chef du magazine. Gay Talese (aujourd’hui âgé de 86 ans) mènera une enquête en Californie de cinq semaines, dépensera 5000 dollars en notes de frais et précise-t-il dans une préface inédite, mettra six semaines de retour à New-York pour écrire cinquante cinq feuillets sur la base de deux cents pages de notes. (ndlr : heureuse époque où les journaux donnaient du temps aux journalistes pour rédiger un sujet de fond.) Ecrit sans affect, ce portrait séduit, émeut et surtout révèle des clés pour approcher-appréhender- la véritable personnalité d’une star qui  respectueux de ses parents comme dans toute famille sicilienne (Frank Sinatra 100, Charlie Pignone. Fonds Mercator.2015) n’avait pourtant pas écouté son père, natif de Catane  «  Tu veux devenir chanteur ? avait-il dit au jeune Francis Albert, tenté par la carrière. Tu veux avoir un travail décent ou tu veux être vagabond? ».
Jean-Louis Lemarchand
 

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 20:46

Ray Charles. Frédéric Adrian.

Castor Astral. 256 pages.14 euros.


Lui qui ne laissait rien au hasard, Ray Charles, avait pris soin de rédiger, en 1978, son autobiographie, Brother Ray (avec l’aide de David Ritz) et, toujours soucieux de ses intérêts, fixé le montant (confortable) de ses droits d’auteur. Des informations de ce type, la biographie rédigée par Frédéric Adrian en regorge. Elles éclairent la personnalité, forte et indépendante, du Genius, dès ses premières années jusqu’à son dernier souffle le 10 juin 2004 dans sa soixante-quatorzième année. Chacun connaît le parcours du chanteur d’Albany qui conduisit sa carrière d’une main ferme et conquit la planète avec cet hymne à son état natal, Georgia on My Mind, ou encore Hit the Road Jack ou What’d I Say, tubes des années 60-70. Le biopic de Taylor Hackford sorti sur les écrans peu après le décès de son sujet avait apporté un éclairage assez fidèle sur la vie du Ray (avec Jamie Foxx dans le rôle-titre). Avec méticulosité, Frédéric Adrian, auteur aguerri de biographies (Otis Redding, Stevie Wonder, Marvin Gaye), suit quasiment au jour le jour un artiste énergique, pugnace, surmontant la perte de la vue à son plus jeune âge, qui n’hésite pas à évoluer dans tous les genres musicaux et à discuter pied à pied avec les magnats de l’industrie discographique et du showbiz. Aucune des aventures, musicales (fan de Nat King Cole à ses débuts et interprète de country dans les années 90) et personnelles (ses conquêtes féminines, ses addictions, ses opinions politiques, plutôt œcuméniques) n’est laissée de côté dans cette chronique chronologique du pianiste, chanteur et saxophoniste. Une vie passée au scanner. Un ouvrage à consulter et à conserver près de sa collection de disques de Ray Charles Robinson,
Jean-Louis Lemarchand

 

 

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2 juin 2018 6 02 /06 /juin /2018 07:21

La France underground. 1965-1979. Free Jazz et Rock Pop. Le temps des utopies. Serge Loupien. Editions Rivages Rouge-Payot. 400 pages. 23 euros.

 


Observateur critique de la scène musicale trois bonnes décennies (1976-2007) à Libération, Serge Loupien se retourne sur son passé pour brosser la fresque d’une époque libertaire, forte en notes et en chocs de tous genres. Nous ne sommes pas là dans l’analyse historique et politique ciselée avec brio dans Free Jazz et Black Power par Philippe Carles et Jean-Louis Comolli (Editions Champ Libre. 1971). Ici le vécu est à l’honneur : le lecteur de la jeune génération découvrira la folle (et parfois orageuse) ambiance des concerts, festivals et autres happenings où bien dans l’esprit de mai 68, il était interdit d’interdire ; les anciens –au rang desquels l’auteur de ces lignes-retrouveront les émotions suscitées alors en France , pour se limiter arbitrairement à la jazzosphère, par les François Tusques (1), Michel Portal, Beb Guérin, François Jeanneau, Jean-Louis Chautemps, Bernard Lubat, Barney Wilen, Aldo Romano et autres Jef Gilson sans oublier les Frank Wright, Alan Silva, Byard Lancaster, Sunny Murray qui mettaient le feu à l’American Center for Students and Artists du boulevard Raspail. Serge Loupien témoigne de ce foisonnement sans frontières saisissant à Paris mais pas exclusivement les musiques improvisées, free jazz et rock, qui-ce qui pourrait paraître aujourd’hui incongru-partageaient la scène des festivals alternatifs comme Amougies, en Belgique ou Chateauvallon, à proximité de Toulon. Le reportage de Serge Loupien saisit par sa vivacité et sa richesse, tant par ses « choses vues » que par les témoignages souvent savoureux des acteurs de cette folle époque, Jean-Louis Chautemps, Jean-François Pauvros, François Tusques, (le regretté) Gérard Terronès, Didier Levallet… On sort bien secoué et enivré de la lecture de ces 400 pages, de cet ouvrage, qui dixit Serge Loupien, «  se revendique –mais n’est-ce pas son sujet qui l’exige ?-un rien agité et bordélique en mode bric-à -brac vide-grenier ». Un ouvrage de mémoire vivante à conseiller à tous les esprits ouverts et libres.
Jean-Louis Lemarchand
(1)Le sommaire cite pour chaque chapitre tous les acteurs de cette période des utopies, de Jack Berrocal à Jean-René Caussimon, Jean-Jacques Pussiau, Pierre Clementi, Jean-Paul Sartre ou Mouloudji (Marcel) qui produisit sur son label le disque « Free Jazz » de François Tusques (1966). 

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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 21:57

Stéphane Koechlin. 320 pages. Le Castor Astral. 20 euros.
Jean-Louis Lemarchand

 

Elle avait hérité du sobriquet de « l’impératrice du blues » trouvaille d’un attaché de presse au sens aigu du markéting. Elle le méritait bien à l’époque et encore (plus) aujourd’hui, Bessie Smith (1894-1937). « Une voix pleine de hurlements, de gémissements, de prières et de souffrances, sauvage, âpre, stridente, volcanique », décrivait l’un de ses admirateurs, l’écrivain Carl Van Vechten.
Chroniqueur musical spécialisé, auteur de « Le blues, les musiciens du diable « (Ed Le Castor Astral), Stéphane Koechlin retrace la vie trépidante de Bessie Smith, de la pauvreté du Tennessee à la gloire de Harlem (surnommée alors « la vallée heureuse »). Sa voix d’une puissance rare lui permit de conquérir les spectateurs à une époque où la sonorisation n’avait pas encore droit de cité. Mise au service de textes forts évoquant les drames de la vie quotidienne, la condition des noirs, elle lui ouvrit le chemin du succès dans les bacs des disquaires : enregistré en 1923 aux studios Columbia de New York, Down Hearted Blues, composition d’Alberta Hunter, s’écoulera à 800.000 exemplaires en six mois. Quelque 160 titres seront gravés dans les quinze années suivantes au premier desquels les classiques Saint Louis Blues et Careless Love et deux chansons spécialement poignantes, Back Water Blues (consacré aux inondations géantes de 1927) et Empty Bed Blues. Au-delà du parcours de l’artiste, Stéphane Koechlin traite largement de la personnalité de Bessie Smith, une femme de caractère (aimant les alcools forts et l’amour, masculin et féminin, n’hésitant à faire le coup de poing). « Elle avait toujours envie de se bagarrer avec moi et avec la musique aussi », témoigna Sidney Bechet, amant passager. Fortement documenté, l’ouvrage de Stéphane Koechlin présente également l’avantage de replacer la vie de la chanteuse dans son contexte historique, une époque marquée par la Prohibition, la pègre, et la ségrégation. Enfin, et ce n’est pas le moindre sujet d’intérêt, Koechlin démolit la légende bâtie autour de la mort de Bessie Smith. Les premiers récits indiquaient que la chanteuse, victime d’un accident de la route dans le Mississippi le 26 septembre 1937, avait été refusée à l’hôpital en raison de sa couleur de peau. La légende de l’artiste noire assassinée par le Sud raciste a longtemps persisté, véhiculée notamment par Mezz Mezzrow dans La rage de vivre. La vérité plus prosaïque, et pas plus réjouissante, est tout autre : le temps perdu à transporter en pleine nuit Bessie Smith  dans un hôpital lui aura été fatal. L’amputation d’un bras par un chirurgien n’aura pas permis de sauver l’ »impératrice du blues «  qui rend son dernier souffle à 22 h30 dans une petite chambre de Clarksdale.
Jean-Louis Lemarchand

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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 11:10

Patrice Blanc-Francard. 640 pages. 24 euros. Editions Plon. Février 2018.

 

Dictionnaire amoureux : cette collection s’est fait un nom dans le monde de l’édition, approchant aujourd’hui le cap du centième titre. Le principe en est connu : un auteur évoque un sujet cher avec passion et subjectivité. Ces deux qualités se retrouvent dans le Dictionnaire amoureux du jazz, signé Patrice Blanc-Francard. Homme de radio et de télévision, producteur spécialisé dans le rock, il fut également chroniqueur à Jazz Hot. Sa découverte du jazz remonte aux années 60 avec l’écoute de l’émission Pour ceux qui aiment le jazz sur Europe n°1 (l’appellation d’alors). Il a fréquenté les clubs, salles de concerts à Paris mais aussi à New York, collectionné les vinyles. Toute cette culture, PBF la transmet avec sa fibre personnelle dans cet ouvrage qui passe en revue, de A comme Adderley (Julian), Armstrong, Ayler ou encore Atlantic à Z comme Zawinul , interprètes, lieux, labels. Au gré des soixante entrées, le lecteur retrouve les géants (Ellington, Parker, Monk, Davis, Mingus, Evans, Holiday, Reinhardt…) mais aussi Roland Kirk (l’homme-orchestre) et Jacques Schwarz-Bart (le mariage jazz-gwoka) et même Jimi Hendrix (l’esprit du blues). Autant dire que Blanc-Francard nous emmène dans son jardin secret sans œillères. Son dictionnaire amoureux a toute sa place dans la bibliothèque de l’amateur de musique aux côtés du monumental (1472 pages) et œcuménique Dictionnaire du Jazz de Carles-Clergeat-Comolli (Bouquins-Robert Laffont). A garder à proximité de son lecteur de cd et de son ordinateur,  le Blanc Francard s’avère aussi utile en préconisant  pour chacune des entrées des références (disques, vidéos, livres).
Jean-Louis Lemarchand
Dictionnaire amoureux du jazz. Patrice Blanc-Francard. Plon.février 2018. 640 pages. 24 euros.
 

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17 janvier 2018 3 17 /01 /janvier /2018 10:15
Laurent CUGNY HUGUES PANASSIE L'oeuvre panassiéenne et sa réception
 
 

Laurent CUGNY
HUGUES PANASSIE L'oeuvre panassiéenne et sa réception
Editions Outre mesure, 2017.
Collection Jazz en France
166p. 17euros.
 
 
Si la France occupe une place particulière dans l'histoire du jazz, un jour ou l'autre le cas Panassié devait être abordé. Laurent Cugny était tout indiqué pour traiter de ce sujet passionnant : musicien, pianiste, arrangeur, chef d'orchestre, musicologue, il s'est attelé à l'écriture d'une histoire générale du jazz en France dont le premier tome est paru en 2014.http://lesdnj.over-blog.com/laurent-cugny-une-histoire-du-jazz-en-france-du-milieu-du-xixe-siecle-a-1929

La personnalité de Panassié, l'impact de son discours jusqu'à aujourdhui, exigeait une exploration plus approfondie et il fut donc décidé de lui consacrer un volume séparé. L'objectif de cette publication sérieuse et quasi-définitive aux éditions Outre mesure de Claude Fabre, est de revenir d'une façon scientifique, sur les textes fondateurs de sa doctrine, de les analyser et de comprendre la réception d'une oeuvre écrite immense.
Hugues Panassié (1912-1974), le pape de Montauban, est reconnu comme le premier critique de jazz dans notre pays, le gardien farouche et intégriste d'un jazz "authentique", organisateur de concerts et producteur de disques, souvent condamné pour ses positions idéologiques, au-delà même de la musique pendant la deuxième guerre mondiale. Ce personnage hors norme, sans conteste réactionnaire, antipathique, a entretenu lui même le conflit avec Charles Delaunay, avec lequel il créa pourtant JAZZ HOT en 1935. On connaît le schisme, la guerre des Anciens contre les Modernes, "entre raisins verts et figues moisies".
 En 2018, on peut se demander, avec l'auteur lui même, si travailler sur un tel personnage est encore utile: ses jugements outrés et définitifs, son idéologie douteuse n'ont-ils pas contribué à régler son cas ? Or existe tout de même la passion absolue, dévorante pour une musique qu'il allait contribuer à faire connaître. On connaît au fond peu de choses sur Panassié et le mérite de cet ouvrage est de raviver certaines couleurs, de donner à voir et donc comprendre que le contexte historique, ses affiliations politiques, son attitude pendant l'Occupation n'expliquent pas tout. D'autres facteurs plus personnels, psychologiques éclairent une personnalité des plus singulières.
Panassié commence à publier sur le jazz en 1930 et devient vite la référence française en ce domaine. Laurent Cugny travaille sur l'analyse de trois textes fondateurs: l'article "Le jazz hot" de 1930, le livre Le jazz Hot paru en 1934, et La véritable musique de jazz, paru en 1942 aux Etats Unis et en France en 1946 et 1952. Dès son premier texte, "Le Jazz Hot" en 1930, il raconte, explique volontiers avec une réelle pédagogie mais expose aussi en moraliste des idées qu'il déclinera tout au long de sa vie. Il s'acharnera à vouloir convaincre le monde qu'un goût particulier, le sien, ne peut être qu'universel! Et évidemment suivre tous ceux qui peuvent justifier les fondements de sa "doctrine".
Laurent Cugny essaie de rétablir certaines "vérités" qui permettent de mieux comprendre, et peut être de ne pas condamner sans appel celui qui fut le défenseur de vrais talents blancs ou noirs, sans aucun racisme, Louis Armstrong, Coleman Hawkins, Earl Hines, Bix Beiderbecke, Jack Teagarden, Peewee Russell, Bud Freeman, les frères Dorsey...
Panassié établit des listes de musiciens qui swinguent ( critère absolu pour lui), qui savent interpréter plus qu'exécuter...."dépouillement, sincérité, émotion", telles sont les valeurs fortes de son credo, qui qualifie le "hot". Ceux qui aiment le jazz, tel qu'il s'est joué avant 1930 et jusqu'en 1944, rien de condamnable évidemment, accèdent selon lui à la vérité du "vrai jazz"! Si on pouvait s'arrêter là, il serait alors considéré comme un "bon" historien du jazz, car sa vision du jazz de cette période est juste .
 
Ce travail soigné de musicologue, certes, mais aussi d'historien, se lit avec intérêt comme une enquête, et permet grâce aux nombreuses citations de (re)découvrir un pan de l'histoire du jazz tout à fait passionnant. Ajoutons à cela un livre parfait dans sa mise en page, avec des annexes soignées et précises et une bibliographie, la plus exhaustive possible. Une des qualités spécifiques de cette formidable maison d'édition.
Vous saurez tout sur ce personnage devenu mythique dans l'histoire du jazz après avoir lu ce livre.

Sophie Chambon

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3 janvier 2018 3 03 /01 /janvier /2018 18:18

« La beauté Bud Powell » - Jean-Baptiste FICHET
Ed. Bartllat 2017
204 p. 17€


Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Un inconnu des milieux avisés du jazz, débarquant de nulle part nous livre un premier livre en forme d’hommage au pianiste Bud Powell. Un chant d’amour devrait t-on dire. Pas un ouvrage érudit qui aurait la vocation d’ouvrage des sachants, assommants à force d’encyclopédisme. Plutôt un livre qui aurait des allures et des styles d’Alain gerber ou de Marc-Edouard Nabe. Une vraie forme littéraire pour parler du pianiste de génie qui n’aura connu pour l’heure que deux ouvrages en langue française : le célèbre «  Danse des Infidèles » de Françis Paudras et… celui-ci.
Pas question avec Jean-Baptiste Fichet de parcourir exhaustivement le parcours discographique de Bud Powell mais plutôt de nous faire comprendre, la beauté Bud Powell dans une sorte d’exploration fascinée par le personnage autant que par le musicien. Pour autant Jean-Baptiste Fichet ne se livre pas à une hagiographie insipide mais fouille dans les différents aspects de la personnalité du pianiste dans un (dé)ordre qui refuse toute logique chronologique linéaire.Très bien écrit, ce petit ouvrage digresse, imagine et extrapole tout en restant très fidèle à ses sources et à la vérité trouble du maitre du be-bop qui traverse livre tel un fantôme tourmenté.
Ne lui manque pourtant qu’une sélection discographique et peut être un crédit photo. Mais l’auteur nous livre pourtant des pistes, nous invite à la danse ( des infidèles), parvient à s’extraire des volumes bleutées qui enfumaient le superbe film de Bertrand Tavernier et vous invite à voir autrement le petit film qu’un réalisateur danois avait réalisé en 1963 sur le pianiste ( Stopforburd - Jørgen Leth -https://www.youtube.com/watch?v=WITCt7IHcEU). Le liens ne sont pas occultés. ceux qui unissent Bud Powell au maître Art Tatum et ses conviennes avec deux autres grands, Monk et le trop méconnu Elmo Hope.
En lisant ce livre, bien sur transparaît l’amour de l’auteur pour son sujet. Il est évident et touchant.
Il se pourrait bien alors être, au sujet de Bud Powell l’exact pendant du fameux livre que Laurent Dewilde avait consacré à son compère, Thélonious Monk. Ce qui n’est pas peu dire.
Jean-Marc Gelin

 

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15 décembre 2017 5 15 /12 /décembre /2017 16:57
FRANK KOFSKY John Coltrane Conversation
 
 
John Coltrane Conversation Frank KOFSKY
 
Voilà un petit livre dont la lecture est conseillée absolument quand on aime le jazz vif, les années soixante et ...John Coltrane. Un livre de "pochette", de 47 pages que publient les éditions Lenka Lente de Guillaume Belhomme.
Il s'agit de l'une des dernières interviews de Coltrane réalisée par un fou de jazz, historien, chroniqueur, Frank Kofsky, qui allait devenir l'auteur d'ouvrages manifestes sur le jazz, la musique créative de l'époque. Eperdu d'admiration pour John Coltrane depuis sa découverte dans le Round about Midnight du groupe de Miles Davis en 1957, il s'attacha à le suivre, à garder un lien en essayant d'organiser des concerts au sein de l'université.
Pendant l'été 1966, il interviewe des musiciens de jazz à New York et Coltrane figure en tête de sa liste. C'est ainsi que le 18 août 1966, faisant preuve d'une touchante disponibilité, le saxophoniste favorisa la rencontre, à l'arrière de sa voiture, sur le parking d'un supermarché, avant de raccompagner Kofsky à la gare et d'attendre avec lui son train pour Manhattan.
Une conversation passionnante qui alla bien au-delà de la seule musique de jazz et de la New thing. Kofsky insiste sur l'humilité et la sincérité de l'engagement de John Coltrane qui reliait la musique à une autre dimension, essentielle. "La musique est un instrument qui peut amener les gens à penser différemment."
Cet échange restitue le contexte social et politique d'une Amérique raciste qui s'enlise au Vietnam. Et pourtant le monde change, quelle créativité dans cette avant-garde musicale à laquelle Coltrane participe, presque malgré lui, tant il est alors absorbé, encore et toujours, par sa musique, expression de tous les enjeux. Kofsky, un pur "socialiste" au sens américain du terme, a une idée très précise de l'histoire en marche et ses questions orientées ( la réception et l'exploitation d'une musique noire par les Blancs, les différences d'approche en Europe...) ramènent toujours le musicien vers ce jazz en ébullition qui fait presque table rase de tout : pas étonnant que Kofsky ait ensuite écrit John Coltrane and The Jazz Revolution of the 1960s.
Cette conversation, précieuse, permet à Coltrane d'évoquer ses recherches et expérimentations après Ascension, de préciser en quoi le passage au soprano, dont il avoue préférer la sonorité, a modifié jusqu'à sa façon de jouer du ténor. Il cherche à évoluer, même au prix de bouleversements, il s'est séparé d'Elvin Jones et de Mc Coy Tyner, il choisit de faire appel à plus de percussions et moins de piano, d'aller vers des systèmes musicaux extra-européens, de jouer avec d'autres groupes, dans d'autres contextes que les clubs, devenus inadaptés à une musique qui doit prendre le temps de se développer.
L'énergie doit circuler et le musicien écouter jusqu'à l'intérieur de lui même, pratiquer sans cesse, chercher, quitte à s'arrêter s'il ne trouve plus ce qu'il faut jouer. Eternel insatisfait, Coltrane mourra moins d'un an après, en juillet 67, mais il aura transformé le jazz.

Sophie Chambon          
FRANK KOFSKY John Coltrane Conversation

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