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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 08:52
Guillaume Belhomme  LE JAZZ EN 150 FIGURES

 

Guillaume Belhomme

Le jazz en 150 figures

360 pages, Editions du Layeur

39,90€

J’aime beaucoup les anthologies et celle-ci ne fait pas exception à la règle, qui traite du jazz en 150 figures portraiturées, de King Oliver (né en 1885) à Martin Kuchen (né en 1966) ou encore 750 chroniques de disques. Pour chaque période, chaque style, un texte introductif, toujours bien écrit, donne un juste aperçu de la période et de l’insertion du musicien dans l’époque. Rien ne vaut l’angle chronologique pour aborder une musique aussi riche et savante que le jazz, qui ne s’est pas vraiment développée en ligne droite. Mais l’intérêt généalogique et les rapprochements stylistiques ne relèvent pas du seul désir de tracer une cartographie de cette musique, d’en montrer une certaine « continuité » : l’auteur assumant parfaitement sa subjectivité, n’écarte pas les dimensions proprement émotionnelles, esthétiques du jeu ou et de la personnalité de ces artistes.

Si vous désirez vous constituer une discothèque de base, voilà réunis avec cette anthologie de Guillaume Belhomme les principaux enregistrements des musiciens sélectionnés, les historiques et les autres jugés tout aussi passionnants, voire indispensables pour l’auteur, qui anime Le son du grisli, soutient et dirige les éditions Lenka lente. Il continue son travail « historique », commencé aux éditions du Mot et du reste, nous faisant toujours partager ses coups de cœur, autrement dit, ses choix personnels dans chaque discographie. Il n’est pas important, semble-t-il, d’infirmer ou non ses propositions, de « chipoter » sur l’absence de tel ou tel incontournable : laissons-nous prendre par cette vision d’un jazz pluriel, une approche plutôt complète après tout, reflétant aussi des musiques d’aujourd’hui . S’il évoque les grandes figures, Guillaume Belhomme s’intéresse aussi aux moins célèbres, les défricheurs pas toujours reconnus, il dresse une superbe galerie de portraits qu’éclairent les photographies et reproductions de pochettes de vinyls ou CDs : des double pages soit deux portraits pour certains musiciens (Konitz, Portal, Shepp, Braxton, D.S Ware, Peter BrÖtzmann, Misha Mengelberg…). Le choix des photos et photographes est original, on y retrouve très souvent Luciano Rossetti, photographe italien ami du guitariste Garrison Fewell (De l’esprit dans la musique créative , Lenka lente, 2016 ) et du New Yorkais Peter Gannushkin.

Ce sera toujours un plaisir de se plonger, au hasard (ou non) dans la lecture de ces pages, de se laisser porter, de remarquer alors des similitudes, des idées de classement, puisque l’amateur de jazz a une âme de collectionneur, d’obsessionnel…

C’est finalement à une réflexion d’ensemble que ce bel objet nous invite : penser aux formes toujours renouvelées, puisque le jazz s’est nourri de tous les apports générationnels et montre des contours toujours changeants. Evitant de figer le jazz dans une aventure, même singulière, Guillaume Belhomme replace ses figures dans l’évolution de cette musique, en soulignant leur personnalité, les caractéristiques de jeu, l’essence de leur art

Erudit mais jamais pédant, facile à lire, voilà un beau travail de recherche mis en valeur par le « montage » des Editions du Layeur . Vivement recommandé pour animer la partie jazz de votre bibliothèque, faisons-lui une place aux côtés, par exemple, du Dictionnaire du Jazz (Bouquins), des portraits de Pascal Anquetil (Tana éditions) ou encore des livres des éditions Lenka Lente, Parenthèses, Outre Mesure, du Mot et du Reste...

 

Sophie Chambon

 

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 19:34

Mets le feu et tire-toi
James McBride.

Traduit de l’américain par François Happe. Editions Gallmeister. Mai 2017. 336 pages. 22,80 € 
Il a marqué l’histoire de la « great black music » avec bruit et fureur. Plus de deux cent millions de disques vendus en quarante-cinq ans de carrière, des succès planétaires et éternels ( Please, Please, Please, Papa’s Got a Brand New Bag, Say it Loud, I’m Black and I’m Proud), des concerts-shows époustouflants : James Brown a connu la gloire de son vivant. Sa personnalité restait pourtant encore mystérieuse quand il disparut le 25 décembre 2006 à Atlanta (Georgia) à 73 ans. Le travail d’enquête auquel s’est livré James McBride, romancier américain (Color of Water,1995) et saxophoniste ( joua dans le groupe du chanteur Jimmy Scott) permet de dresser un portrait aussi précis qu’intime du Godfather of Soul, sans céder à la tentation des ragots, argument commercial habituel des biographies. McBride a rencontré de nombreux proches de James Brown, des musiciens (Pee Wee Ellis notamment), des gérants de ses affaires, des amis et nous offre des témoignages sensibles et percutants.
 Le petit homme (168 centimètres) du Sud, natif de Barnwell (Caroline du Sud) était un homme dur, voire brutal (en affaires et dans la vie privée), un artiste perfectionniste au dernier degré, n’hésitant pas à faire répéter deux à trois heures durant son orchestre, chœurs y compris, ….. et ce après un concert pour rectifier les moindres défauts. Il n’avait comme seul objectif que de « casser la baraque » sans aucun compromis et avait comme principe « Mets le feu et tire-toi ». On le vit ainsi reprendre son avion dès la fin du concert donné à Kinshasa à l’occasion du combat de boxe Ali-Foreman (1974) sans attendre les diamants promis à tous ses invités par le président Mobutu. L’homme qui s’était engagé publiquement en faveur de la cause de ses frères noirs ne se découvrait pas pour autant. « Il n’avait pas envie que les gens le connaissent (…) Il faisait tant d’efforts pour cacher ses sentiments », relève James McBride. Star  mondiale, James Brown est ici décrit comme un solitaire qui confie à un proche : «  Vous êtes le seul homme à savoir que je ne sais pas aimer ». Et pourtant, un de ses derniers gestes aura été de léguer une grande partie de sa fortune à une fondation qui devait financer les études d’enfants défavorisés de son Sud natal. Une disposition qui sera hélas annulée par une procédure judiciaire lourde engagée par les nombreux héritiers du Parrain de la Soul.
Un document sérieux et passionnant qui en dit beaucoup sur un artiste mythique et-ce qui n’est pas moins intéressant-sur l’état d’esprit  des Etats du Sud des Etats-Unis.
 Jean-Louis Lemarchand

 

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 08:24
Jacques PONZIO Thelonius MONK Abécédaire AB C- Book

Jacques PONZIO

 

Thelonius MONK

Abécédaire AB C- Book

Editions Lenka Lente

www.lenkalente.com

 

 

Voilà un petit livre passionnant qui vous en apprendra beaucoup sur l’une des personnalités du jazz les plus extraordinaires, le pianiste Thelonius Sphere Monk, l’un des créateurs du be bop, qui demeure une énigme tant sa musique est  inclassable.http://www.lenkalente.com/product/abecedaire-thelonious-monk-de-jacques-ponzio

Les éditions Lenka Lente, dont on suit le travail avec attention depuis longtemps, ont fait appel à l’un des critiques spécialistes du pianiste qui avait déjà écrit avec François Postif un Blue Monk très remarqué il y a plus de vingt ans, sorti chez ACTES SUD.

Il reprend l’un de ses thèmes de prédilection, sous une autre forme, plus digeste mais aussi plus ludique, un abécédaire de 140 pages et citations qui permet d’apprendre beaucoup de choses en picorant, en suivant les lettres. Comme il s’agit d’une édition bilingue, l’ordre suit l’anglais : la première entrée est « Activisme » où l’on apprend que Monk a regardé la marche des droits civiques de 1963 à la télé, n’ayant pas jugé bon d’y participer, ajoutant que sa musique avait par ailleurs contribué à l’avancement de la cause. La dernière entrée, par contre est Wrong Notes ( Fausses Notes) : « Il n’y a pas de fausses notes, certaines sont seulement plus justes que d’autres ».

Où l’on voit que Monk avait un sens réel de l’humour, et que, s’il avait une prédilection pour le silence, y compris en musique, « il n’en a pas moins exprimé des vues très fortes sur la vie, la musique, les autres ». Il s’exprime autant sur le be bop, que sur les papillons, certains termes techniques…Avec bon sens, précision et finesse.

Un petit livre instructif que l’on découvrira avec plaisir, car si l’on suit Monk à la lettre, il n’en demeure pas moins quelque chose de son esprit.

 

NB : Ajoutons une délicieuse préface de François Billard, des notes très pertinentes, un index français anglais et des sources bibliographiques bienvenues pour compléter sa recherche. Quelques photos dont celle de la chevalière avec les lettres MO en onyx, séparées des 2 NK par de gros diamants. Tout un jeu de lettres puisque MONK retourné se lit aussi KNOW.

 

 

Sophie Chambon

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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 08:03

Une civilisation du rythme, Jacques Réda.
185 pages. 23 €. Buchet-Chastel. Le livre comprend un CD reprenant en 25 titres des œuvres des quatre grandes formations passées en revue, Fletcher Henderson, Duke Ellington, Jimmie Lunceford, Count Basie, sur la période 1924-1940.

 

« It don’t mean a thing if ain’t got that swing ». Bien connue de tous les amateurs de jazz, la sentence de Duke Ellington énoncée dans la composition de 1932, figure en exergue du dernier ouvrage de Jacques Réda, « Une civilisation du rythme ».
L’auteur avait alors trois ans. Autant dire que le poète, rédacteur en chef de la Nouvelle Revue Française( 8 ans durant), collaborateur historique de Jazz Magazine, auteur notamment de « L’improviste », « Autobiographie du jazz » a baigné dès ses plus tendres années, dans ce jazz qui swingue et porte une dévotion totale au rythme.
Pour son 67ème ouvrage, Jacques Réda se livre, avec générosité et finesse, à une analyse de cet élément fondamental, le rythme, en limitant son champ à ces « grandes manufactures du swing », autrement dit les big bands, et plus précisément quatre d’entre elles –Fletcher Henderson, Duke Ellington, Jimmie Lunceford, Count Basie- dans leurs œuvres produites sur deux décennies (1924-1945).
« Le rythme, écrit en introduction Réda, est la manière dont on organise ou s’ordonne le mouvement. «  Plus loin, il approfondit : « Le rythme, plus que tout élément de l’art musical, semble en contact direct avec ce que l’on pourrait regarder comme le principe commun à toutes les grandes « forces » naturelles dont l’action se situe dans le Temps. ».
Au fil des pages, le lecteur peut, sur cette trame, partir à la découverte de ces « dansants dinosaures » que furent les quatre grandes formations ci-dessus mentionnées, en s’aidant de l’écoute de 25 titres-clés, témoignages de ces deux décennies, de Copenhaguen (1924) par Fletcher Henderson à  Koko de Duke Ellington (1940). Le voyage est instructif, attrayant, bluffant, sous la conduite d’un guide passionné, érudit  et modeste tout à la fois. « Je ne crois pas nécessaire de commenter des faits éloquents en eux-mêmes », note-t-il ainsi à propos des duos de 1939 entre Edward Ellington et Jimmy Blanton.
Une question taraude le journaliste-chroniqueur. Le swing appartiendrait-il à ce passé glorieux d’avant-guerre (la seconde et peut-être la deuxième) ? Jacques Réda s’interroge : « Y-aura-t-il une sorte de renaissance du swing sous une forme encore imprévisible mais sans rupture fondamentale avec celui qu’Ellington et Basie nous ont légué (…)? Quelles seraient aujourd’hui les sources « populaires »d’une nouvelle approche du rythme ? ».Question essentielle et ouverte à laquelle l’observateur clairvoyant (et prudent) se garde bien d’apporter une réponse.
Jean-Louis Lemarchand
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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 05:55

La beauté de Bud Powell

Jean-Baptiste Fichet

Editions Bartillat

 

C'est un paradoxe. Même s'il fut l'une des têtes d'affiche d'un prestigieux club pari sien (le Blue Note, quartier des Champs-Elysées) des années durant, Bud Powell (1924-66)n'aura guère inspiré les auteurs français. Signé Francis Paudras, La danse des infidèles (1986), reste comme l'ouvrage de référence et de révérence, reflétant toute l'admiration que portait son auteur au pianiste qu'il protégea tout au long de son séjour parisien

On retrouve sous la plume de Jean-Baptiste Fichet, dans La beauté de Bud Powell, ce même sentiment admiratif : « la lumière émise par Bud Powell, la beauté qu'il a cherchée continuent de balayer l'univers-au présent. Le pianiste a laissé derrière lui cette floraison de bourgeons, milliers de buds portant pollen, graines disséminées aux vents du jazz ».

Jugeant au départ le jazz plutôt « hermétique », Jean-Baptiste Fichet (34 ans, de formation commerciale) a finalement ressenti un choc, un « coup de foudre » à l'écoute d'Off Minor, thème de Monk dans sa version de Bud. Il écrit (page 31) : « Off Minor : dix fois, cent fois, mille fois. Moulin à prières. Sourate. Mantra ». On l'aura compris. Plutôt qu'une biographie- les fans de Bud pourront se reporter au volumineux ouvrage de Peter Pullman, Wail-The Life of Bud Powell, 2012, disponible sur le site de l'auteur new yorkais), c'est un portrait très personnel que nous propose Jean-Baptiste Fichet. Le livre a toute la fraîcheur d'un premier ouvrage avec ses envolées lyriques et ses multiples évocations littéraires. N'y cherchez pas-et c'est tout à l'honneur de l'auteur, d'anecdotes croustillantes ou sordides qui sont le lot commun des biographies destinées au grand public. L'homme décrit en 200 pages «  a une aptitude extraordinaire pour la musique, une inaptitude féroce pour tout le reste ». En lui, analyse Jean-Baptiste Fichet « cohabitent toute beauté et toute douleur ». Un bien beau livre tout en sensibilité, un hommage littéraire au jazzman tourmenté qualifié de « génie » par Duke Ellington et Charlie Parker.

 

Jean-Louis Lemarchand

Jean-Baptiste Fichet présente son livre ce vendredi 3 mars à 19 h à la librairie Les Traversées (2, rue Edouard Quenu. 75005).

 

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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 21:16
Lettres à Miles

Lettres à Miles

En librairie le 15 septembre 2016

174 pages / 18 €


Miles Davis est mort il y a vingt-cinq ans, le 28 septembre 1991.
Il a traversé les mondes multiples de la musique, les terres chaudes du jazz. Il a créé, rêvé, aimé. Les amateurs de jazz le désignent familièrement, amicalement, par son seul prénom : Miles. Il est devenu une légende, la seule star que le jazz ait porté. Du be-bop au hip-hop en passant par le jazz cool, le jazz modal et le jazz-rock, le trompettiste américain a épousé et infléchi avec audace les différentes évolutions du jazz qui, d’un folklore limité au Sud des Etats-Unis, est devenue une musique-monde.
Ils sont 55 auteurs, musiciens, romanciers, poètes, journalistes, réalisateurs, comédiens ou dessinateurs, hommes, femmes, toutes générations confondues. Chacun d’entre eux adresse une lettre à Miles Davis.

Anne-Claire Alvoët, Jackie Berroyer, Zéno Bianu, Randy Brecker, Yves Buin, Xavier Camarasa, Frank Cassenti, Valentin Ceccaldi , René de Ceccaty, Bernard Chambaz, Olivier Charneux, Jerome Charyn, Jean-Louis Chautemps, Médéric Collignon, Thomas Compère-Morel, Steve Dalachinsky, Guy Darol , Jacques Darras, Sylvain Darrifourcq , Bertrand Dicale, Edouard Dor, Delphine Durand, Andy Emler, Jean-Pierre Farkas, Jacques Ferrandez, David Foenkinos, Paolo Fresu, Hubert Haddad, Jimmy Heath, Louis Joos, Jacques Jouet, Sylvie Kandé, Lee Konitz, Marc Lambron, Edouard Launet, Camille Leherpeur, Jean-Louis Lemarchand, Dave Liebman, Bernard Lubat, Rick Margitza, Franck Médioni, Jeanne de Mirbeck , Jean-François Mondot, Bernard Morlino, Nimrod, Sébastien Ortiz, Martin Page, Pia Petersen, Eric Sarner, Ben Sidran, François-René Simon, Tristan Soler, Denis Soula, Olivier Steiner, Christian Tarting, René Urtreger, Marc Villard, Romain Villet.

Franck Médioni est journaliste et écrivain. Il est l’auteur de plusieurs livres sur la musique : John Coltrane, 80 musiciens de jazz témoignent (Actes Sud), Miles Davis, 80 musiciens de jazz témoignent (Actes Sud), Le goût du jazz (Le Mercure de France), Martial Solal, ma vie sur un tabouret (Actes Sud), À voix basse, entretiens avec Joëlle Léandre (Editions MF), Albert Ayler, témoignages sur un Holy Ghost (Le mot et le reste), Jimi Hendrix (Gallimard), My favorite things, le tour du jazz en 80 écrivains (Editions Alter Ego), George Gershwin (Gallimard), Sonny Rollins, le souffle continu (Editions MF).

Lancement le samedi 1er octobre à 20h à la Maison de la Poésie (Passage Molière, 157 rue du Faubourg Saint-Martin Paris 3e) avec les auteurs Z. Bianu, T. Compère-Morel, R. de Ceccatty, J. Darras, D. Durand, F. Médoni, Nimrod, S. Ortiz et des musiciens M. Collignon (trompettiste), Y. Robilliard (pianiste), S. Kerecki (contrebassiste) F.Moreau (batteur).

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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 11:42
3 minutes pour Comprendre les 50 concepts, styles et musiciens du Jazz

3 minutes pour Comprendre les 50 concepts, styles et musiciens du Jazz
Dave Gelly
Le courrier du Livre - 160 pages - 18 euros

Parler du jazz c’est bien. En parler de manière didactique c’est bien aussi.
Nous sommes donc tout attentifs lorsque nous recevons ce petit ouvrage qui affirme, un poil présomptueusement en titre « 3 minutes pour comprendre les 50 concepts, styles et musiciens de jazz ». Attentifs mais néanmoins passablement dubitatifs. Parce que, certes 3 minutes c’est peu mais c’est aussi très long pour tomber dans tel un monceau de creux.
Parce que pour arriver à nous faire comprendre en express ce qu’est le jazz, l’auteur Dave Gelly, critique de jazz anglais autrefois à The Observer et aussi à la BBC est obligé de tout mélanger et tout confondre avec un enthousiasme qui n’a d’égale que sa naïveté confondante et un parti pris très très aléatoire.
Et le pire c’est qu’ils s’y sont mis à 6 pour sortir ce livre.
Tout cela est allègrement mélangé dans une sorte de pot-pourri indigeste. Les poncifs se bousculent.
Jazz vocal : « plusieurs chanteurs perpétuèrent la tradition du jazz vocal traditionnel , par exemple Grégory Porter et la chanteuse et pianiste canadienne Diana Krall. Bien sûr certains électrons libres comme Bobby Mc Ferrin échappent à toute forme de classification, hormis peut être celle de la virtuosité ».
Un page sur les « trios avec piano : « si le répertoire des trios avec piano moderne peut aller des comédies musicales de Broadway aux grands classiques, leur public apprécie surtout les créations originales et les reprises inventives de standards de la pop » : ??
Tout cela emballé dans un ouvrage fade où si les photos sont bien créditées en fin d’ouvrage, elles ne sont en revanche pas renseignées. Et bien sûr aucun CD pour accompagner la lecture.

Voilà, voilà, tout ça tout ça
Mais je me rends compte que je vous ai pris 1mn à peine pour vous faire comprendre la nullité de cet ouvrage. Je trouve que c’est déjà beaucoup…. trop.
Jean-Marc Gelin

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 21:58
Jazz Palace, Mary Morris

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michelle Jerpe-Voslinsky.

Editions Liana Levi. 316 pages, 22 €

Nous voici revenus au Chicago du début du siècle dernier. Quand arrivaient dans la Cité des Vents les musiciens « montés » de la Nouvelle-Orléans et que les boîtes de nuit étaient bondés tous les soirs et bénéficiaient des largesses des pontes de la Mafia, Al Capone en tête. Native de Chicago, Mary Morris s’est plongée dans l’atmosphère si particulière de cette époque, profitant des souvenirs de ses parents (Rosalie et Sol) qui vécurent jusqu’à l’âge de 100 ans. Jazz Palace retrace les aventures de trois personnages majeurs : Benny, pianiste, fils d’un fabricant de casquettes, un trompettiste venu du Delta, Edgar James, alias Napoleon Hill, et Pearl, jeune tenancière d’un club (le Jazz Palace). Une histoire d’amitié et d’amour et une même passion partagée pour cette musique qui vient de gagner son nom de baptême (le jazz). On y retrouve Joe « King »Oliver, son « protégé » Louis Armstrong, mais aussi Bix Beiderbecke. On évolue des ateliers de confection qui emploient des ouvrières slovaques aux clubs où la prohibition reste au vestiaire. L’ambiance est globalement favorable aux jazzmen. La Grande guerre est finie et la cité cosmopolite connaît la croissance économique. Sur les bords du lac Michigan, la ségrégation est moins lourde que dans le Sud même si certains lieux sont réservés aux blancs et d’autres refusent l’accès « aux chiens et aux juifs ». Cette époque qui s’étend sur deux décennies, s’achevant avec la fin de la Prohibition et la Grande Exposition Universelle de 1933, aura marqué l’histoire des Etats-Unis et du jazz. Avec Jazz Palace, Mary Morris nous donne un roman au style alerte qui s’appuie sur une base documentaire solide. Une double raison d’emporter cet ouvrage sur la plage.
Jean-Louis Lemarchand

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 14:50
50 Summers of Music - Montreux Jazz Festival

50 Summers of Music - Montreux Jazz Festival
Textuel Mai 2016
391 pages, 45 euros
http://www.montreuxjazzfestival.com/fr/artist/montreux-50-summers-music

Que vous soyez déjà allé à Montreux ou non, voilà bien un ouvrage que tout amoureux de la musique de la deuxième moitié du XXème siècle devrait absolument se procurer.
Pour sa 50ème édition, Montreux a réalisé sous la houlette de Mathieu Jaton (l’actuel directeur du Festival) et du journaliste Arnaud Robert, un livre magnifique regroupant les témoignages d’immenses musiciens qui ont accepté de se livrer, ou de journalistes qui évoquent « leur » Montreux, le tout illustré par des clichés noir et blanc sublimes et un peu décalés signés des plus grands photographe de la scène musicale.

Le festival de jazz de Montreux fête cette année ses 50 ans d’existence. Crée en 1967 par un jeune homme alors un peu fou et bourré d’audace, il se remet aujourd’hui difficilement de la disparition de son mythique fondateur, Claude Nobs, personnage hors norme, adulé et adoré de tous, musiciens, journalistes, tourneurs etc…..Sorte de pygmalion divin et figure emblématique mariant avec le même amour ke jazz, le rock, la pop et même le rap avec le même oecuménique soucis de décloisonner ces musiques du XXème siècle.


Les témoignages d’amour que livrent les musiciens sont absolument magnifiques. Arnaud Robert, avec un talent d’accoucheur est allé cherché chez eux un part d’intime qu’à l’évocation de Montreux, ils livrent ici sans fards. On pourrait les citer tous de Diane Reeves à Stéphane Eicher en passant par Carlosn Santana, Herbie Hancock, Nile Rodgers, M , Kraftwerk, Grave Jones, Randy Weston , on en passe et des pas moins fameux.

Sonny Rollins : « J’ai aujourd’hui 85 ans. Je me sens toujours l’élève de Lester Young, de Coleman Hawkins. Je ne serai jamais à leur hauteur. Mais rien ne m’interdit d’essayer »
ou encore Lisa Simone qui libre un témoignage bouleversant sur sa relation difficile avec sa mère :
« J ‘ai appelé Oncle Claude (Nobs). Il ignorait à quel point mon enfance avait été un champ de bataille. Je ne m’étais pas encore trouvée à cette époque, je n’avais pas guéri. Je n’utilisais pas mon prénom, Lisa. Pour ne rien avoir à faire avec cette petite fille qui s’était enfuie. ».
Quicy Jones : « Je n’avais jamais vu Miles contempler le public de cette façon. Il souriait ! Miles davis ! Vous entendez ? Miles souriait ! ». Ou encore celui de Rickie Lee Jones ( « Nue face à Wynton Marsalis »). Sans compter le témoignage de Deep Purple qui raconte comment « Smoke on the Water » s’est crée en regardant flamber le Casino de Montreux après qu’il ait brulé lors d’une concert de Franck Zappa.
etc….

Les photos , en noir et blanc pour beaucoup et parfois en couleur sont absolument magnifiques de décalage comme ce cliché pris à la volée devant l’hôtel où sur leur balcon Clark Terry et Zoot Sims gemment de manière impromptue. Les musiciens sont pris hors de toute pose dans des moments volés. Dizzy Gillespie est allongé sur cette moquette à motifs de fleurs et Claude Nobs se baigne dans le lac avec Amhet Ertegun. On dirait des épreuves non retenues dans les magazines mais dont les imperfections nous touchent au plus au point comme la preuve en cliché de l’humanisme de ce festival aux dimensions pourtant planétaires.


Ce livre et un véritable témoignage.Emouvant parfois. Rythmé comme un morceau de rock, de blues ou comme une ballade à 4 temps.

Indispensable
Jean-Marc GELIN

50 Summers of Music - Montreux Jazz Festival
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15 mai 2016 7 15 /05 /mai /2016 23:13

Sonny Rollins, Le souffle continu, entretiens avec Franck Médioni, postface de Jean-Louis Chautemps. 74 pages. Ed.MF. collection Paroles 8 euros.

« Pour Rollins, il n’est pas question de divertissement. La musique trône à l’évidence, à l’étage au-dessus. Elle est spirituelle et exprime la force positive qui existe dans le monde. » Jean-Louis Chautemps a bien saisi l’esprit de Theodore « Sonny » Rollins. Entre ténors, le courant passe. La lecture de sa postface s’impose, contrairement à l’ordre logique, avant d’entamer celle des deux entretiens avec le géant du saxophone recueillis par Franck Médioni et repris dans un petit (par la taille) ouvrage de poche qui mérite réflexion et apporte un éclairage subtil sur l’art de Rollins.
Sonny Rollins s’est dévoilé d’abord en solo en septembre 1996 (texte destiné aux Inrockuptibles, mais non retenu et finalement publié en 1998 dans la revue Musica Falsa) avant de dialoguer en 2005(par téléphone) avec David S.Ware (1949-2012), ténor qui lui vouait grande admiration (et réciproquement), entretien publié dans Jazz Magazine (n°561).
A l’heure où Rollins -86 ans en septembre- a délaissé la scène, reportons nous en page 54 pour entendre le maître évoquer l’évolution de sa sonorité (lecture pouvant accompagner deux récentes sorties discographiques, Sonny Rollins trio, à Zurich en 1959, The Montreux Jazz Label et Sonny Rollins, Holding the Stage, Road Shows vol 4. Extraits de concerts de 1979 à 2012. Okeh) : « Si mon son a changé au cours des ans, cela à voir avec le fait de procéder à partir d’un corps… ce n’est pas du fer ni de l’acier, c’est fait de chair et d’os. La chair et les os ne sont pas éternels ». C’est simplement dit. Tout comme son explication sur son jeu : « Un jour un critique a écrit à mon propos : Sonny pose une question et puis dans le chorus suivant il y répond. Je sais de quoi il parlait parce que c’est ce que je fais parfois, et en ce sens, je raconte une histoire ».
Jean-Louis Lemarchand

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