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21 mai 2022 6 21 /05 /mai /2022 15:57

Une escale de deux jours au Festival ‘Jazz in Arles’, après une édition annulée (2020) puis une autre décalée en juillet, et dans un autre lieu. Retour bienvenu dans la magnifique Chapelle du Méjan, son intimité, son acoustique et son très bon piano.

Le festival avait commencé par un prélude les 10 & 11 mai, et entreprenait cette fois son rush conclusif

 

Le 17 mai fut la soirée du grand retour de ‘Yes Is A Pleasant Country’, le trio qui associe depuis maintenant vingt années la chanteuse Jeanne Added, le saxophoniste Vincent Lê Quang et le pianiste Bruno Ruder.

Trois personnalités musicales fortes, tant par leur maîtrise que par leur liberté et leur créativité. On a peu entendu le trio en concert depuis que la chanteuse a entrepris sous son nom une autre carrière dans un univers musical différent, avec l’exigence artistique et le succès que l’on sait. Les écouter à nouveau était déjà une promesse, et l’attente fut comblée. Depuis le disque de 2008, le répertoire a évolué : de nouvelles compositions, et des standards différents de ceux adoptés antérieurement, mais toujours quelques-uns des poèmes de Yeats et Cummings qui constituaient le socle du répertoire originel. Le concert commence avec Goodbye, magnifique standard, un chef-d’œuvre du genre, qui sera traité avec ce niveau d’expressivité et d’inventivité qui est la marque de ce trio hors-norme. Fats Waller, et d’autres, seront remodelés avec la même insolente créativité. Et les thèmes originaux seront tous l’objet d’interprétations-improvisations qui chaque fois franchissent avec brio la balustrade des possibles. Vous l’aurez compris : ce fut un pur enchantement !

 

Le 18 mai le festival accueillait ‘Pronto !’, le groupe codirigé par le saxophoniste ténor Daniel Erdmann et le batteur Christophe Marguet, et qui les associe à la contrebassiste Hélène Labarrière et au pianiste Bruno Angelini.

Le groupe ‘Pronto !’ joue le répertoire du disque éponyme, paru récemment. La version de concert est sensiblement différente, plus sujette encore aux emportements, aux dialogues virulents, à la prise de risque et au vertige de contrastes dynamiques violents. Le saxophone part en douceur, dans une sonorité et un idiome qui nous rappelle la transition entre le jazz classique et le jazz moderne, et bien vite les dialogues croisés deviennent intenses, entre tous les membres du quartette. Le batteur joue à main nue, comme il aime à le faire (il y excelle !), la basse apporte un soutient tellurique qui n’empêche pas les escapades, le piano s’évade et s’enflamme volontiers, et le saxophone déploie de multiples palettes avec une maestria incroyable. L’idiome et le rythme sont en vue, mais les escapades sont nombreuses : ce sera le cas tout au long du concert, oscillation presque constante entre intensité extrême et infinies nuances, avec un sens remarquable du collectif. Nous sommes transportés par cette effervescence, jusqu’au rappel, qui évoluera d’un thème lent et lyrique jusqu’à un crescendo rythmique et dynamique qui confirmera, s’il en était besoin, la soif d’urgence de ce beau quartette.

Je quitte à regret les rives du Grand Rhône, mais d’autres concerts, d’autres chroniques, m’appellent ailleurs. Les jours suivants Jazz in Arles accueillera le pianiste Jeb Patton, Claude Tchamitchian en solo, Émile Parisien en sextette et Géraldine Laurent en quartette….

Xavier Prévost

 

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2 avril 2022 6 02 /04 /avril /2022 11:20

Le Sunside affichait (quasiment) complet ce 23 mars pour la première sortie parisienne d’une chanteuse venue d’Allemagne, et d’origine indienne par son grand-père, Alma NAIDU. De bon augure pour une jeune artiste (25 ans) qui présentait son premier album sous son nom propre.
Pour l’occasion, Alma s’était mise au piano et jouait en duo avec un guitariste (Philipp Schiepek). Des conditions qui permirent d’apprécier une voix délicate, tempérée, un je ne sais quoi de charmant propre à séduire et de très personnel dans le répertoire signé de sa main.

Dans « le métier » depuis quatre ans, Alma Naidu a bénéficié d’un environnement familial propice : un père chef d’orchestre et une mère (Ann-Katrin), mezzo-soprano, chanteuse lyrique (Bizet, Wagner, Bach, Bernstein). Un éclectisme dont sa fille a hérité : de formation classique (piano et chant dès l’enfance), Alma a prêté son concours sur scène à plusieurs comédies musicales dont Jésus Christ Superstar. Mais elle a choisi la voie du jazz après avoir suivi l’enseignement à Londres de Norma Winstone, une référence en termes de sensibilité et de justesse, et rencontré le batteur et producteur allemand Wolfgang Haffner qui lui a donné sa chance dans ‘Kind of Tango’ (ACT, 2020).

« J’aime le jazz, nous confie-t-elle, pour la liberté qu’il me donne ».  La liberté mais aussi la diversité dans l’expression. Avouant apprécier aussi bien Keith Jarrett que l’arrangeur Vince Mendoza, les Yellowjackets ou encore Sting, Alma démontre cette ouverture d’inspiration dans ses compositions : dix des douze titres proposés dans « Alma » (Cream Records).  « J’entends m’identifier comme compositrice », précise la chanteuse résidant actuellement à Munich. Une artiste aux multiples facettes, déterminée, à suivre assurément.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

Alma Naidu, « ALMA ». Hansahaus Studios, Bonn, novembre 2020 et mars-avril 2021.
Cream Records/PIAS.
Paru en France le 18 mars 2022.

 

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11 mars 2022 5 11 /03 /mars /2022 15:31

Pour célébrer la sortie du disque «Togetherness Ensemble», paru fin février (Tinker Label / l'autre distribution),

le saxophoniste Pierrick Menuau présentait à Paris son quintette. En première partie, comme il l'avait fait en novembre dernier pour la Jazz Week d'Angers avant le concert du 'Togetherness Ensemble', le pianiste Cédric Piromalli nous a offert en solo une formidable évocation de Billy Strayhorn

CÉDRIC PIROMALLI (piano solo)

Paris, New Morning, 9 mars 2022, 21h

 

Les occasions sont trop rares d'écouter à Paris ce pianiste, distingué par le Concours International de Piano Jazz Martial Solal en 2002, qui est aussi organiste (un récent disque en trio avec Stefan Pasborg & Mikko Innanen), et joue du clavecin dans un ensemble de musique ancienne et baroque. La dernière fois que j'avais pu l'écouter au piano, c'était au Triton, en novembre 2015, en trio avec Daniel Humair et Jérôme Regard

https://www.youtube.com/watch?v=6K4Q84QzpBk

 Le retrouver en solo fut une joie d'auditeur. Évoquant d'une manière très personnelle le répertoire de Billy Strayhorn, il nous a embarqués dans un aventure de créativité, au plus haut niveau pianistique et musical, où se mêlaient la langueur et les sortilèges des ballades, le torrent du tempo vif (fracturé à la hache comme au scalpel), le souvenir du stride, la mémoire de Lennie Tristano et les aventures de l'improvisation sans tabou. GRAND moment de piano, et de musique !

PIERRICK MENUAU 'Togetherness Ensemble'

Pierrick Menuau (saxophone ténor), Yoann Loustalot (trompette, bugle), Julien Touéry (piano), Sébastien Boisseau (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie)

Paris, New Morning, 9 mars 2022, 21h45

 

Le groupe nous a donné la matière de son récent disque : retour sur un extrait de la suite Togetherness de Don Cherry (1965), et multiples compositions originales du saxophoniste (et aussi de Yoann Loustalot et Julien Touéry). Tout au long de ce répertoire, la mémoire des années 60 : comme des hymnes profanes, des processions libertaires, des éclats de liberté. De somptueux jaillissements des solistes, et aussi des trésors de nuances, des échanges d'une belle intensité : pour tous les improvisateurs, c'est un savant mélange de pertinence musicale et de liberté farouche. En prime des thèmes absents du disque, signés par le trompettiste-bugliste et le pianiste. De bout en bout, une grande fête du jazz et de l'improvisation !

Vers 23h30, au début du rappel, le chroniqueur a dû déserter, pour avoir une chance de rallier sa banlieue, dont le RER depuis deux ans souffre, en semaine, de travaux en soirée : pour le métro, pas de ligne 4 (fermée en semaine depuis des mois à 22h30), donc un peu de marche jusqu'à la Gare de l'Est ; puis ligne 5 jusqu'à Bobigny-Pablo Picasso, et attente pendant 30 minutes d'un hypothétique bus, lequel finit par arriver. Bilan:1h30 pour regagner mes pénates, contre une trentaine de minutes naguère. Il faut vraiment aimer la musique pour accepter ce chemin d'embûches : ça tombe bien, le chroniqueur adore cette musique !

Xavier Prévost

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3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 00:51

VIK & THE VIBE TRIBE, avec Nicholas Thomas (vibraphone), Peter Giron (contrebasse), Mourad Benhammou (batterie) & Vik / Victorija Gečyté (voix, Kazoo).
Concert du 2 décembre au SUNSET (75001).
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C’est Noël ! Un grand coup de cœur pour ce magnifique quartet où la voix de Vik, traitée comme un quatrième instrument, tantôt grave et expressionniste, tantôt mutin ou retenu, affectant un impressionnisme soutenu par les petites touches des mailloches de Nicholas Thomas, se marie à la perfection avec la rondeur des lignes de basse de Peter Giron et la justesse de tous les instants du jeu de Mourad Benhammou.

 

Le répertoire ? Pour le premier set, des éléments de l’album récemment paru*,

avec des compositions et /ou des arrangements du contrebassiste Gene Perla, mais aussi de Rodgers et Hammerstein (‘Happy Talk’), Gene de Paul (‘I’ll Remember April (in Bamako)’) ...
Pour le second set, entre autres, un superbe grand standard  de Fats Waller, initié en duo intimiste voix-vibraphone, des compositions de Herbie Hancock, Mal Waldron, Randy Weston, un ‘After the Lights Go Down Low’ renversant ... Et un intimiste ‘That’s All’ en guise de rappel.

 

Un détail qui ne trompe pas : il n’y avait pas de journaliste au Sunset hier soir, juste des amateurs éclairés ... et quelques musiciens, pour partager ce moment de bonheur !

 

Francis Capeau.

 

A voir

A regarder

Et surtout à écouter ...

 

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* Vik & Gene Perla, ‘In The Moment’.
PM Records – PMR-049.
Paru le 12 novembre.

 

©photo Dovilé Babravičiūté.

 

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17 novembre 2021 3 17 /11 /novembre /2021 13:32

C'est bien d'une aventure qu'il s'agit : un festival qui va chercher des pépites de singularité où d'autres traquent le succès, la jauge et la renommée. Cela dit, il y a du monde dans les salles, le public manifeste son enthousiasme, et la réputation du festival est auréolée d'éloges.

Au quatrième jour du festival, dont l'Amie Sophie Chambon vous a narré les journées 2 & 3, le voyage commence autour de midi avec un photo-concert

©Maxim François

CHAMPS de BATAILLE

Photo-concert nourri des photographies de Yan Morvan, mises en projection in vivo par Loïc Vincent

Christophe Rocher (clarinette basse & clarinette), Vincent Courtois (violoncelle), Edward Perraud (batterie)

Nevers, Théâtre municipal, 10 novembre 2021, 12h15

On retrouve ici le goût du programmateur, Roger Fontanel, pour les aventures musicales transdisciplinaires. Celle-ci est née du désir de Christophe Rocher de tenter une fois encore de cousiner avec un autre mode d'expression, de l'impulsion de Vincent Courtois pour se diriger vers les photos de Yan Morvan, et aussi du goût pour la photo d'Edward Perraud, qui en produit de très belles, sur son site et ses pochettes de disque. À l'origine, un livre du photographe de guerre Yan Morvan, intitulé Champs de bataille (édition Photosynthèses, 2015) et une exposition en 2016 aux Rencontres de la photographie d'Arles (exposition reprise à la Médiathèque de Nevers depuis le 6 novembre et jusqu'au 18 décembre). Ce livre et cette exposition montrent les champs de bataille de toutes les époques, de l'Antiquité jusqu'au vingtième siècle. Et le montage de photos pour le concert, réalisé par Loïc Vincent, associe ces images à d'autres, captées sur le vif par le photographe, depuis les années 80, sur les scènes de conflits. La projection des images se fait au pas-à-pas, par Loïc Vincent installé au bord du plateau, côté cour, en liaison avec le déroulement de la musique, en partie improvisée. Cette création photo-musicale aurait dû voir le jour au Musée de l'Armée des Invalides, mais la pandémie fit qu'il en alla autrement. Plusieurs fois donné dans différentes salles, le concert-spectacle aboutira au Musée de l'Armée l'année prochaine.

Cela commence par une image, réalisée en 2004 avec une chambre photographique grand format, pour une série consacrée aux 60 ans du débarquement : une plage normande. La musique s'installe, sur les images et entre elles, entre mélancolie, empathie, compassion et parfois avec des accents de révolte. Quatre thèmes écrits vont irriguer un parcours jalonné de beaucoup d'improvisations, collectives ou individuelles. Nous sommes saisis, tant par la force des images que par l'intensité de la musique. Parfois la musique suscite le surgissement d'une image, et souvent elle fait écho, plus en contrepoint qu'en surlignage, à la force de la photo, à sa beauté. Car une image de guerre peut être belle, c'est tout ce qui fait l'ambiguïté de notre position de spectateur-auditeur qui se démarque de tout voyeurisme. On est au carrefour de deux sources d'émoi : image et musique. Belle expérience, menée avec art, par toute l'équipe. Intense. Très intense !

 ©Maxim François

Le même jour à 18h Alex Dutilh était dans le hall de La Maison (de la culture), en direct sur France Musique pour son émission Open Jazz, avec des artistes du festival.

À 18h30 au théâtre Sylvain Kassap présentait son nouveau programme 'Phœnix', en création, avec Aymeric Avice, Christiane Bopp, Sophia Domancich, Hélène Labarrière et Fabien Duscombs

 ©Maxim François

Parfums mêlés de Jazz et de free, de rock progressif et de musique du monde, avec un clin d'œil en début de concert à la musique contemporaine, beaux envols des solistes : encore un peu vert pour cette toute première, mais déjà prometteur. Reprise le 17 novembre au festival Jazzdor de Strasbourg, et le 19 au Comptoir de Fontenay-sous-Bois.

©Maxim François

Deux heures plus tard, dans la grande salle de La Maison (de la culture....), l'ensemble du pianiste norvégien Christian Wallumrød  : archi-minimaliste, joué par décision de l'artiste sans sonorisation dans une très grande salle, avec quelques bouffées instrumentales évoquant la musique baroque anglaise. Et surtout une foule d'effets électroniques déjà archaïques (on se serait cru dans la transition, au début des années 50, entre les sons concrets purs et durs et l'émergence des sons électroniques. Déroutant, mais surtout pas vraiment convaincant.

©Maxim François

En seconde partie du concert, dans un registre radicalement différent, une musique hyper-expressive, fédératrice, et pourtant d'une subtilité infinie : le duo VINCENT PEIRANI-ÉMILE PARISIEN. Comme leur récent disque «Abrazo», c'est un patchwork de musiques populaires, jouées avec un science et une verve infinies : irrésistible !

 

©Maxim François

Le lendemain 11 novembre, c'est un festival dans le festival : 5 groupes sur la journée, débauche de diversité musicale. À 12h15 au Théâtre municipal, plaisir de découvrir sur scène Les Enfants d'Icare, quatuor à cordes rassemblé par le violoniste Boris Lamérand, qui signe le répertoire. L'ambition est de mêler tradition du quatuor, syncopes et expressivité du jazz, parfums des musiques du monde et prospective des musiques dites contemporaines. Pas toujours convaincant, un peu fragile dans l'homogénéité des cordes, mais cependant honorable.

Moins de 3 heures plus tard, dans la salle rénovée du Café Charbon (ce concert était inaugural), nous avons écouté le groupe Curiosity, rassemblé par le guitariste David Chevallier pour une musique inspirée par deux de ses maîtres : Kenny Wheeler et John Taylor. Magnifique d'élaboration, mais aussi de liberté : à l'ancien trio -10 ans d'âge- du guitariste (avec Sébastien Boisseau et Christophe Lavergne) le groupe associe le trompettiste finlandais Tommy Nikku, rencontré dans une tournée septentrionale. Inédit, et très beau.

©Maxim François

Puis c'est à 18h30, à nouveau au théâtre, le groupe Velvet Revolution du saxophoniste Daniel Erdmann, avec Théo Ceccaldi (violon) et Jim Hart (vibraphone). Mélange de langueurs saxophonantes, d'éclats violonistiques (en position guitare ou à l'archet) et de dialogues avec le vibraphone, c'est musicalement riche, infiniment vivant, avec de très beaux moments.

©Maxim François

20h30, c'est à La Maison (de la culture), d'abord avec le Collectif La Boutique, sous la houlette du trompettiste Fabrice Martinez, et en invité (comme sur le disque «Twins») Vincent Peirani. Quartette de jazz plus quatuor de bois cet ensemble, né de l'imagination de Jean-Rémy Guédon joue la musique de son créateur, réarrangée par le trompettiste. Malgré une sonorisation d'un spectre inadéquat (beaucoup de basse, excès d'aigus, et un vrai déficit de médium....), j'ai pris plaisir à écouter cette musique singulière, valorisée par de bons solistes.

©Maxim François

En seconde partie le contrebassiste Kyle Eastwood présentait son très classique quintette d'esprit néo-bop, avec le répertoire de son récent CD «Cinematic». Des musiques empruntées au cinéma, évidemment : composée par Bernard Hermann, Ennio Morricone.... ou lui-même, pour le film Gran Torino de son père Clint Eastwood. De bons solistes, une belle énergie et de bon moments. Une seule faiblesse-relative- quand le contrebassiste s'empare de guitare basse. Beau succès, mérité.

©Maxim François

Le lendemain 12 novembre, la journée commençait au théâtre dès 12h15 avec le trio du tromboniste Yves Robert. Un trio qui affiche vingt ans d'âge, et sait encore nous surprendre avec le répertoire de son récent disque «Captivate». Cyril Atef à la batterie insuffle à la musique cette énergie presque folle qui puise à toutes lessoruces muscales. Bruno Chevillon à la contrebasse conjugue magnifiquement pulsation et musicalité. Quant au tromboniste, il surfe sur ce beau nuage de rythmes entrecroisés, d'effets électroniques et de surprises sonores, le tout composant un véritable œuvre en mouvement perpétuel. Intense, et beau.

©Maxim François

À 18h30, au même endroit, c'est un autre trio, tout aussi singulier : Space Galvachers. Autrement dit trois musiciens très attachés au Morvan et à ses traditionnels bouviers (les galvachers) qui transportaient jadis, avec des attelées de bœufs, le bois du Morvan vers le Nord ou le Sud de la France. La musique n'a rien à voir avec la nostalgie territoriale. Elle se nourrit d'une itinérance plus large, celle qui associe les sonorités d'aujourd'hui aux musiques de tous les mondes. Clément Janinet au violon (et à la mandoline électrique), Clément Petit au violoncelle, et Benjamin Flament aux percussions (dont certaines, de son invention, prodiguent des sonorités nouvelles), nous ont offert une sorte de voyage dans l'imaginaire de la musique, avec une fougue et une inventivité qui forcent l'admiration.

©Maxim François

Retour le soir à la Maison de la culture pour écouter le duo de Joëlle Léandre et Pascal Contet. Un duo contrebasse-accordéon qui se retrouve régulièrement, en totale immersion dans l'improvisation. De petits miracles musicaux se produisent en permanence, surgis d'une certaine intuition de l'instant, d'une écoute mutuelle d'une rare intensité, et d'une folle liberté. Chaleureusement salué par un public qui, venu pour Michel Portal, était peut-être moins coutumier de cet exercice d'improvisation sans filet.

©Maxim François

Puis c'est Michel Portal qui nous préente son groupe, celui du disque «MP85», un CD dûment louangé et couvert de trophées. Le tromboniste de l'album, Nils Wogram, est remplacé par Samuel Blaser, ce qui n'est pas pour me déplaire. Bojan Z tient les claviers (et pilote aussi le répertoire), Bruno Chevillon est à la contrebasse et Lander Gyselink office à la batterie. Répertoire typiquement portalien, qui mêle les influences pour en faire son miel. Belle énergie, grands solistes. Beau concert donc, avec hélas encore une réserve sur le son : même défauts que la veille (beaucoup de basses et d'aigus, et un grand creux dans le médium...). Devrais-je passer un audiogramme ?

 

Dernier jour du festival : nous sommes le 13 novembre. C'est, pour beaucoup d'entre nous, une date chargée de souvenirs contrastés. C'est ici que, le 13 novembre 2015, au sortir d'un très beau concert d'Enrico Rava, nous avons appris l'horrible massacre du Bataclan.

©Maxim François

La journée commence au théâtre, en retrouvant le violoniste Clément Janinet avec son groupe La Litanie de Cimes. Avec lui, la clarinettiste Élodie Pasquier et le violoncelliste (parfois vocaliste) Bruno Ducret : une belle brochette de créateurs tout terrain, aussi inventifs qu'audacieux. Ses sources sont autant la musique répétitive que l'improvisation aventureuse, l'énergie rock, voire la musique de chambre, sur les libertés rythmiques chères au jazz.

 

©Maxim François

Puis c'est un retour à la nouvelle salle du Café Charbon, pour un concert-spectacle intitulé Connexions. Il est issu d'un projet musical du saxophoniste Lionel Matin et du batteur Sangoma Everett, qui ont rejoué à leur manière la musique écrite en 1970 par Oliver Nelson pour le disque «Afrique» de Count Basie. En temps réel, au bord du plateau, le dessinateur de BD Benjamin Flao dessine et peint. Une caméra projette sur le fond de scène l'œuvre graphique en cours, tandis que les musiciens jouent et que la danseur Willy Razafimanjary improvise. Comme souvent le danseur exécute ses figures au sol, seul le premier rang, et le gradin en fond de salle, voient l'entièreté du spectacle. D'où je suis une partie échappe à ma vue. Musicalement décevant. L'important n'est pas que l'on soit loin du Basie revu par Oliver Nelson, mais que le discours musical tienne en peu de formules, jouant sur l'intensité. Esthétiquement peu lisible, pour le spectateur que je suis....

©Maxim François

Bouquet final à la Maison de la culture avec d'abord, à 20h30, le quartette Majakka du pianiste Jean-Marie Machado. Musique inspirée par les phares (le sens de ce mot en finnois), et plus largement par un certain ailleurs. Mélancolique souvent, très bien composé, avec de belles envolées ses saxophones (baryton et soprano) de Jean-Charles Richard, et des percussions de Keyvan Chemirani. Et solide pulsation dialoguante du violoncelliste Vincent Segal.

 

Fin de soirée en feu d'artifice(s) avec le trio qui rassemble Trilok Gurtu, Omar Sosa et Paolo Fresu.

Le son encore problématique (mêmes symptômes), des artistes loin les uns des autres, et un dialogue assez formaté, où chacun envoyait son message. Peu de chaleur, pas beaucoup de musique (au sens profond). Une sorte d'événementiel sans âme qui m'a laissé de marbre ; et pourtant je suis fan de Paolo Fresu depuis 1989, et j'ai quelques bons souvenirs de concerts de ses deux partenaires.

Xavier Prévost

 

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11 novembre 2021 4 11 /11 /novembre /2021 16:36
DJAZZ NEVERS : Fin de partie réussie à Nevers...

Troisième et dernière journée de mon premier festival Djazz Nevers, où il faut tenir le rythme qui s’amplifiera encore en fin de semaine quand je serai partie vers de nouvelles aventures musicales. Mais j’aurai connu un final enthousiasmant...

 

CLOVER, 12h 30 à la Maison.

 

Chaque fois que j’entre dans une maison de la culture, je repense au premier Ministre des Affaires culturelles, André Malraux qui eut l’idée en 1961 de ces “modernes cathédrales, religion en moins”. Je découvre ainsi celle de Nevers, sur les bords de Loire, devenue La MAISON, pour le premier concert du jour. Ce sera Clover du “trio Yolk” ou Triolk, à savoir les fondateurs de ce label indé, exemplaire d’une démarche reconnue, respectée et respectable, fondé il y a près de vingt ans par le saxophoniste Alban Darche, le contrebassiste Sébastien Boisseau et le tromboniste Jean-Louis Pommier.

Ils semblent toujours avoir le même plaisir à se retrouver, à partager. Une complicité originale et exigeante dont chaque nouvel échange complète le tableau de leurs variations en série. Quelle délicatesse dans le travail de de ces amis de longue date, dynamiques entrepreneurs et porteurs de projets, leaders de formations étoffées comme le Gros Cube, LPT3, Unit...

Tous trois n’ont cessé de jouer collectif tout en s’aménageant un parcours individuel original. Avec le souci d’un véritable engagement pour faire connaître la musique à des publics variés-le trio tourne ici devant des publics scolaires pendant le festival, conscient de l’importance de la transmission. Ils ont toujours eu aussi le souci de garder le contrôle de leur travail. Cela semble anecdotique mais cela ne l’est pas tant que ça, Sébastien Boisseau lutte depuis des années contre la SNCF qui s’obstine à taxer dans les TGV les instruments VOLUMINEUX, et en particulier les contrebasses, oubliant que les clients les plus fidèles, captifs certes, mais “grands voyageurs” sont ...les musiciens.

Faire un pas de côté, réfléchir, “dire non” ce qui est aussi une façon de revenir à la vie, à l’envie. Ce nouveau trio qui les rapproche encore un peu plus, leur donne la possibilité de se retrouver au sens musical, de jouer une carte plus intime, les isolant dans une complicité heureuse. Espérons que ce trèfle leur portera chance dans ce programme logiquement intitulé Vert émeraude. “China pop”, “Le chemin vertueux”, “Snake” seront mes morceaux choisis. La douceur est une dynamique qui porte la vie, elle peut être une résistance à l’oppression politique, sociale, psychique, un combat contre le cynisme actuel.

Un jazz chambré poétique, entre improvisation impressionniste et puissance organique. La petite salle est un écrin parfait pour cette musique de l’instant, grave et doucement élégiaque parfois, quand on voit échapper ce qu’on ne reverra plus. La musique de cet ensemble parfaitement équilatéral se déguste pourvu qu’on prenne le loisir de se laisser aller à autre chose que la précipitation: une conversation triangulaire subtile sans le moindre cliché, avec cette élégance dans la persistance même de l’échange, toujours rebattu. Chacun donne la pleine mesure de son talent, dans une clarté d’articulation, de phrasé par des perfectionnistes du trait. Avec une confondante aisance, le trio navigue d’atmosphères feutrées à d’autres plus éclatantes, parfois au sein de la même composition souvent de la patte d’Alban Darche mais j’ai retenu “Où sont les oiseaux?" du contrebassiste.

Une musique qui respire, affranchie, sans éclats mais tendre, à l’image de ces compagnons de la musique.

 

 

VLADIMIR TORRES TRIO 18h30, La Maison

 

Une formation régionale car le festival de Roger Fontanel aime aussi encourager les groupes émergents, favoriser la création “au pays”, aurait-on dit avant, aider au développement “durable” du territoire. Sans oublier d’intégrer une dimension européenne cette année tout particulièrement, ne prenant pas le risque d’inviter des Américains par exemple, pandémie oblige.

Le contrebassiste franc-comtois d’ascendance hispanique a de l’expérience même si je le découvre aujourd’hui, construisant des compositions alertes d’ une efficacité notables Percussif en diable, expansionniste sur le clavier, tel est le pianiste Martin Schiffmann. Un peu démonstratifs et en cela, moins convaincants, malgré leur enthousiasme, ces musiciens vivent leur concert avec un engagement impressionnant (quelle fougue du batteur Tom Moretti) qui plait au public. C’est peut être cela l’essentiel après tout.

 

My MOTHER IS A FISH. SARAH MURCIA

21h00 THEATRE MUNICIPAL

Sarah Murcia conception et musiques

Fanny de Chaillé mise en scène/ Luc Jenny lumières/Sylvain Thévenard son

 

La soirée va se poursuivre avec un autre spectacle “intégral” qui rejoint, en un sens, le concert total de dimanche, l’ Oakland de Vincent Courtois et Pierre Baux.

La contrebassiste et chanteuse Sarah Murcia a travaillé obsessionnellement à son adaptation du Tandis que j’agonise de William Faulkner, magnifiquement traduit d'As I lay dying  par le grand “’inventeur” de Faulkner en France, Maurice Edgar Coindreau.  Cette oeuvre de “jeunesse” de 1930 que l'auteur qualifie de “son meilleur roman”, est “un tour de force. Je l’ai écrit en six semaines, sans changer un seul mot parce que dès le début je savais où j’allais”.

Il n’en va pas de même pour le lecteur que la densité d’une narration discontinue, qui plus est, égare facilement. Une histoire simple pourtant qui consiste à aller d’un point A à un point B mais le récit est marqué  par une chronologie volontiers bouleversée. Après Henry James et James Joyce, la question du point de vue des personnages importe. Voilà bien une machine à lire et à projeter la pensée, dit Larbaud dans sa préface de l’édition française initiale de 1934.

 Si l’intrigue est simple, la narration complique à loisir puisque l’on croise les monologues intérieurs des personnages, il y en a quinze tout de même, tous pris en charge en français et dans la langue originale par l’Américain Mark Tompkins, longiligne figure entre Beckett et Nosferatu, voix sépulcrale avec quelques inflexions décadentes à la Bowie quand il chante. 

 Pour faire vite, dans la famille Bundren, présentons les fils : Darl, le fou qui finira à l'asile -il y a  toujours un “innocent” dans les romans faulknériens,  Cash qui est en charge du cercueil, va chercher les planches, les scie et les cloue avant de se casser une jambe que l’on arrose de ciment (!) pour la consolider, la seule fille, Dewey Dell enceinte qui veut avorter. Les deux frères Darl et Jewel ( ou “joyau”, le préféré de la mère dont on finit par comprendre qu’il est le fruit d’une liaison illégitime avec … le pasteur Whitfield) veulent livrer en ville avant le départ du chariot.

Mais une fois pris dans ses filets, comme le poisson que pêche le plus jeune fils, Vardaman, qu’il confond avec sa mère, ce qui explique le titre choisi My mother is a fish ( un sous-titre possible du roman?), le lecteur, et nous ce soir,  n’en sortiront pas indemnes. Sarah Murcia n’hésite pas à se mettre en danger, car Faulkner, c’est un peu une grenade que l’on dégoupille, tant cet univers poisseux du Deep south, ces vies déglinguées de “white trash”, plutôt sordides, peuvent résister à l’interprétation-on le voit avec le cinéma américain qui s’en est emparé avec plus ou moins de bonheur. 

L’économie de la réalisation qui facilite la lisibilité de cette adaptation est remarquable. L'attention ne faiblit pas durant toute la durée du concert qui file plus vite assurément que la carriole de la famille Bundren qui emporte le corps d’Addie, la mère, jusqu’à Jefferson, où elle souhaite reposer près des siens. La route ne sera pas sans encombre, les éléments se mettant en travers du convoi, les ponts successivement détruits par de violentes crues, un des fléaux de cette partie du pays, oubliée des dieux. Il n’y a pas que l’eau sombre et violente, le feu purificateur intervient aussi dans une grange (Faulkner reprendra d’ailleurs cette idée dans une nouvelle “Barns”) mais la dépouille  échappe aux flammes.

 

 

La force de la reconstitution séduit, éclairant l’aspect organique du texte et de la musique également, en abordant les thèmes de la vie et de la mort, de la folie, du langage. De même que l’on navigue entre l’horizontalité de la route et du cercueil entre ses planches, la verticalité caractérise Anse, le père pour qui comptent “la maison, les hommes, les pieds de maïs”. Parce que si ç’avait été Son idée que l’homme soit toujours en mouvement;... est-ce qu’Il ne l’aurait pas fait allongé sur son ventre comme un serpent?

 

Lors des rituelles rencontres au foyer, après le spectacle, Sarah Murcia nous confie son mode opératoire, elle a presque tout lu de cet écrivain “cérébral plus encore qu’ intellectuel”. Après plusieurs lectures attentives du roman, elle l’a découpé, créant des “boîtes à thèmes” dans lesquelles elle a glissé des phrases entières, fragments,  bouts coupés pour créer de vraies chansons avec couplets et refrains, en anglais avec les mots de l’écrivain. Tout est dans le texte, nous répétera-t-elle plusieurs fois mais il faut aller le chercher. Les deux langues, là encore, se mêlent harmonieusement mais la chanteuse a pris soin de “traduire” l’intrigue au fur et à mesure pour le public français.

La scénographie est d’une grande clarté, le nom des différents protagonistes apparaissant sur le fond d’écran lors de chaque scène. Les instrumentistes sont aussi partie prenante du décor et aident aux didascalies, indications scéniques. Olivier Py dessine à la craie sur une ardoise un schéma récapitulatif qui, une fois projeté, aide à la compréhension de la pièce.

 Ce passage que représente ce voyage est habité par le chant véhément de Sarah et sa musique volontiers furieuse : interventions aux machines de Benoît Delbecq, toujours en place,

 embardées rock ( plus encore que punk pour moi) de Gilles Coronado que rejoint au sax un fougueux Olivier Py que rien ne bouscule, même pas son vieux complice de Franck Vaillant,  impérial derrière sa batterie de cuisine où il mitonne un ragoût explosif. Le casting, on le voit est aux petits oignons, de fortes personnalités qui s’entendent comme larrons en foire et servent dignement le travail de la chef qui avouera en riant que si elle est tyrannique avec eux, ils ne lui obéissent guère.

Après un tel moment d'émotion, soulignons une fois encore les choix artistiques de cette programmation qui donnent envie (et pas seulement à moi) de reprendre avec Oakland et My mother is a fish, deux des grands romans de la littérature américaine...

Photos de MAXIM FRANCOIS.

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

 

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10 novembre 2021 3 10 /11 /novembre /2021 06:47
Djazz Nevers : entrons dans la danse...

DJAZZ NEVERS : entrons dans la danse

Lundi 8 novembre, une folle journée

 

Les choses sérieuses commencent : trois concerts aujourd’hui, soit le rythme habituel du festival qui dure une semaine du 6 au 13 novembre. Le public est présent, répondant à l’appel, heureux de cette reprise après l’année blanche de la pandémie.

Commencer un concert à midi un lundi, ça il ne l’avait jamais fait, nous confie le vibraphoniste Franck Tortiller en présentant son duo avec le guitariste Misja Fitzgerald MichelLes Heures propices  est un titre tout à fait indiqué, référence à Lamartine qu’il cite en Bourguignon chauvin et ...sudiste, lui qui vient de Saône et Loire, titillant volontiers les Nivernais ou Neversois.

C’est en effet l’heure exquise pour nous griser de mélodies folk et pop des seventies, période qu’affectionne l’ ancien directeur de l’ONJ 2005, au programme provocateur : rien moins qu’ un hommage au flamboyant Led Zep, l’apocalypse en neuf disques qui avait fait bondir les puristes, mais aussi les adorateurs du culte qui voyaient d’un oeil noir les jazzmen venir troubler leur grand messe, oubliant que la musique du Zeppelin est un alliage absolu de blues irrigué de sauvages envolées free sonnantes. On rappellera une fois encore que le jazz n’est pas lié à un matériau spécifique, mais qu’il réside surtout dans la manière de jouer. Démonstration réussie avec le duo, un “sans faute” avec un son naturel, qui plus est.

 

 

Misja Fitzgerald Michel tourne dans des contextes différents, des formations qui lui permettent de pratiquer avec aisance une gymnastique totalement acrobatique, un grand écart des formes. Tout réside souvent dans des changements d’accords, de tons, avec des phrases complexes, de longs développements quand il choruse. Ce qui n’enlève rien à la finesse de l’ensemble. Misja célèbre la guitare plurielle sur sa guitare folk. Avec Franck Tortiller, il connaissent les chansons, les reprennent parce qu’ils les aiment tous deux et nous les font découvrir autrement. C’est en entendant son album Time of no reply, une reprise du chanteur poète Nick Drake, troubadour disparu trop tôt en 1974 que Franck Tortiller eut l’idée d’un projet commun. Le vibraphoniste a fait un travail remarquablement affûté sur les arrangements de “standards”. On ne dira jamais assez à quel point il est intéressant d’exercer son talent sur des mélodies qui ont fait leur preuve. Il privilégie une recherche constante de dynamiques, adaptant les couleurs et timbres de la guitare et du vibraphone, un alliage inusité, fusion des cordes et du métal teintée d’un éclat particulier.

 

Le duo donne ainsi des versions inattendues de thèmes venus d’univers musicaux pour le moins séparés, les chevaux de bataille de “Bemsha Swing” (T.S Monk) et “Segment” (Charlie Parker), “Redemption Song” de Marley, “Little Wing” d’Hendrix, ou le délicat “Guinnevere” du trio aux harmonies vocales cristallines, Crosby Stills Nash (sans Young ) à Woodstock. Il ajoute “Air Love and Vitamins” d’ Harry Pepl, devenu un hymne pour les musiciens autrichiens, se souvenant de son passage au sein du Vienna Art Orchestra, exhume Jim Pepper, pionnier du jazz fusion, saxophoniste “native” de la tribu des Kaw dans l’Oregon avec sa composition “Witchi Tai”, maintes fois reprise.

Comment rendre le ballet des mailloches sur les lames, la fluidité virtuose, la vitalité bluffante de  Tortiller? Son enthousiasme à jouer n’a d’égal que son expertise sur le vin et les cépages bourguignons du chardonnay et de l’aligoté qu’il aime à célébrer alors que nous sommes ici en terre de sauvignon! D’ailleurs, le duo termine sur une composition de son cru, “le Clos des Corvées” élevé à Couches, à la maison! A ses côtés, flegmatique, ce grand escogriffe de guitariste joue rythmique avec le plus grand sérieux quand il faut soutenir les envolées rebondissantes de son partenaire mais sait aussi changer de rôle et mener la danse dans de longues échappées.

L’esprit de ses musiques est conservé, mais transposé et le duo parvient à unifier l’ensemble et à le jazzifier quelque peu. Un répertoire rendu original en quelque sorte et qui pourtant réveille une nostalgie bienheureuse. C’est toute la grâce de ce festival pointu du réseau AJC, que de faire découvrir des choses rares, de programmer des concerts que l’on n’ entendra plus dans les grosses machines estivales.

 

Changement de décor et de style avec le deuxième concert à 18h30, au Café Charbon, salle de musiques actuelles qui fête son inauguration après de grandes transformations, en accueillant le quartet du tromboniste Daniel Zimmermann dans Dichotomie’s. J’ai toujours suivi ce musicien dans ses aventures, ne pouvant oublier que j’ai assisté à l’émergence du jeune tromboniste, dès son premier album plutôt déjanté des Spicebones, il y a vingt ans.

Ce concert est absolument stupéfiant dans l’instrumentation mais aussi dans le choix de chacun des musiciens de cette bande. Ils ne sont que quatre mais ils déménagent comme un grand orchestre. Le batteur Franck Vaillant au look improbable est un bâton de dynamite allumé quelques secondes avant explosion, imprévisible et étonnamment fiable, toujours juste dans sa recherche de sons et textures. Démentiel dans sa découpe rythmique, il allume la mèche  (Benzin était son nom), totalement réglé dans son dérèglement, droit sur son tabouret, aux commandes d’un set de batterie monstrueux qu’il doit démonter en un temps aussi long que le concert. Une folie certaine en un sens, une force comique irrésistible, cartoonesque, quand il est lancé à un train d’enfer. Personne ne se regarde dans ce groupe  mais chacun sait ce qu’il a à faire.

Le saxophoniste basse, en charge d’un engin impressionnant, Gérard Chevillon qui remplace magnifiquement Rémi Sciutto, fait entendre son chant obstiné, ostinato qui enclenche à lui seul une transe. Daniel Zimmermann eut d’abord l’idée de remplacer la basse par un tuba puis se ravisant, pensa au saxophone basse. L’effet est plus que concluant: soutien du groupe, il est sa colonne vertébrale, mais reste très musical quand il prend un solo.

Le pianiste Benoît Delbecq vit sa vie de son côté, sound designer sur tous ses dispositifs, ses pads de batterie ne marchant pas toujours au démarrage, un dérèglement toujours possible dans l’horlogerie de ses machines.

Ce serait Daniel Zimmermann qui jouerait de la façon la plus sobre, si ce qualificatif ne paraissait déplacé pour ce groupe, avec les sourdines habituelles, la plunger et la mute qu’il colle au micro pour absorber au mieux le son et une pédale wah wah du meilleur effet. Quand on aime le trombone souple, gouleyant, moelleux même, si proche de la voix, aux graves profonds, on apprécie son jeu mélodique.

Comment comprendre le titre du programme ? Désir de laisser affleurer les champs du possible, de réunir les contraires, de se déplacer dans l’hyper texte de la musique en traversant les strates de sens, dérégler quand cela sonne trop juste, détourner, faire exploser les idées reçues. Mettre un peu de trouble…

Le leader présente chaque compo, annonçant avec un humour ravageur la fin du monde, de notre monde, et son ironie fustige les méfaits de notre société, cherchant à réveiller notre culpabilité. Le jour d’après” est un titre trouvé avant le confinement, “My Sweet New Zealand Bunker” ou l’évasion des plus riches, “Toad Buffalo Courtship Dance”, la danse grotesque du crapaud buffle amoureux, “Vieux Robot” ou comment on finit totalement déglingué. Et dans ce monde qui a perdu la raison, un miracle se produit, une chanson d’amour, "Little Sun”, le groupe se calme à notre plus grande surprise et cela sonne drôlement beau, juste et doux. Delbecq joue seulement du piano, Zimmermann veille sur son équipage et nous berce voluptueusement, le sax basse  ronronne d’aise et Vaillant se cale et ralentit le tempo.

Pour le dernier spectacle de la soirée, on revient au Théâtre avec la troupe de la pianiste Eve Risser qui présente son projet Eurytmia. Ce soir l’africanité a débarqué dans les ors et les rouges du théâtre classique à l’italienne. Le jazz venu d’Amérique, s’il revendiquait ses racines africaines, n’a pas grand chose à voir avec la musique malienne. Mais la compositrice chef de troupe endosse la responsabilité et tente la rencontre musicale, en une fusion fertile.

Eve Risser que l’on a découvert avec l’ONJ de Daniel Yvinec (2009-2013) a multiplié les projets les plus innovants depuis cette rampe de lancement. Des projets mixtes à tous les sens, dans la composition des formations et dans l’exploration de terres à défricher. Le choc sismique, elle l’ a ressenti en voyageant en Afrique de l’ouest et en découvrant des musiques, une manière d'être et de jouer, un autre temps et tempo.

Après le White Desert Orchestra qui entraînait vers les déserts blancs, les étendues de neige, de glace et de roches du Grand Nord, souvenir de la Norvège où elle a vécu, avec des paysages qui continuent à la poursuivre, puisqu’elle s’est installée dans les Vosges dans un coin qui les lui rappelle, nous confiera t-elle. Une abstraction blanche, une exploration géomorphologique où le jazz, le contemporain, le classique se glissaient dans les failles et autres anfractuosités de la roche. Une partition exigeante pour des musiciens aguerris qui peuvent aller du swing au hip hop sans crainte de l’écart.

Le deuxième volet, en miroir, Red Desert Orchestra, voit défiler d’autres déserts, les rouges étendues de latérite de l’Afrique de l’Ouest, du pays mandingue. Une introspection au coeur de ces terres qu’Eve Risser entend explorer, ces strates qu’elle dégage et fait surgir, obsédée par le “creusement”. 

Le Red Desert Orchestra a deux programmes: Kogoba Basigui, grand format de seize musiciens et musiciennes, neuf instrumentistes européens et les sept musiciennes très engagées du Kaladjula Band de la griotte Naïny Diabaté, militante de la cause des femmes au coeur de la musique malienne, traditionnellement aux mains des hommes. Pour aller à leur rencontre, Eve Risser a décidé de monter son propre groupe de douze musiciens en parfaite parité homme-femme, à l’instrumentation mixte: diverses percussions (deux balafons, deux djembes, un dun, un ngoni ) des cuivres ( un trombone, une trompette, trois saxophones), un piano, une guitare et basse. Une belle énergie pour cet ensemble faisant front, tous serrés sur la scène, les soufflants vent debout. Un effet de tribu pour jouer un spectacle à partir d’une écriture travaillée, irriguée d’improvisations.

Ce répertoire qui semble plus simple, basé sur la puissance des rythmes, enchaîne une suite en quatre parties, une composition qui s’achève sur un solo du sax baryton Benjamin Dousteyssier qui a une façon très expressive de souffler en gonflant les joues avec une force et une amplitude, qui évoquent Dizzy et sa manière si peu orthodoxe de jouer. Avec Antonin Tri Hoang, le saxophoniste baryton fait partie du remarquable projet de l’Umlaut Big Band, Mary Lou’s Ideas, preuve de l’ éclectisme du meilleur goût de ces musiciens, des jeunes qui aiment se frotter à tous les univers, se fichent bien des frontières stylistiques et semblent parfaitement à l’aise dans cette musique festive qui sonne bien. On est passé du swing le plus jubilatoire au groove euphorisant, musique pacifiée qui emplit d’aise.

Cela débute par des effets de souffle, de frottements bizarres qui envahissent l’espace. Avant que ne démarre le chant des tambours, progressif et bientôt continu, de doux unissons des cuivres qui ne sont jamais déchaînés quand ils font corps sauf dans les solos qu’ils prendront par la suite. Puis les rythmes africains en 6/8 des balafons s’en mêlent et c’est parti pour une tournerie qui semble ne jamais vouloir finir. Un équilibre fragile s’établit entre les riches harmoniques de la pianiste et la mélopée cyclique des tambours, mais l’échange fonctionne, ça circule entre les masses orchestrales qui se fertilisent.

Eve Risser fera une pause pour commenter son travail laissant ainsi le groupe et la musique respirer avant d’attaquer le final. Le public s’est chauffé et en redemande. Que faire comme rappel? D’habitude, dira la guitariste Tatiana Paris, toute petite, cachée derrière les soufflants, alors que sa collègue bassiste Fanny Lasfargues ( trio Q) qui manie une énorme guitare basse électro acoustique s’est hissée sur un praticable, on rejouerait des segments de la suite. Mais là ce sera une composition du percussionniste Oumarou Bambara qui fait se dresser le public, tout à fait volontaire pour entrer dans la danse, pris dans une douce transe, une euphorie contagieuse. Spectacle pour le moins insolite, une standing ovation du parterre et des balcons, tout finit dans la liesse et la danse.

 Le succès est total, la chef aux anges. Le groupe n’a pas encore enregistré, mais cela ne saurait tarder, Eve Risser qui ne manque pas de projets est confiante, ravie d’avoir pu jouer deux jours d’affilée ce programme, ce qui a permis à la musique d’avancer, de se développer. Elle pense même à créer sa propre structure pour aider à la diffusion, imaginant des salles, de lieux gérés par les musiciens qui pourraient accueillir les groupes plusieurs jours d’affilée.  Qu'il est doux de rêver dans la nuit nivernaise.

MERCI à MAXIM FRANCOIS une fois encore pour les photos!

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

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8 novembre 2021 1 08 /11 /novembre /2021 16:34
D’Jazz Nevers : Oakland au Théâtre municipal

D’Jazz Nevers : Oakland au Théâtre municipal

 

Arrivée précipitée juste avant le concert de 17 heures, ce dimanche 7 novembre, deuxième jour de l’édition 2021 de ce festival bourguignon inscrit dans le paysage du jazz et des musiques actuelles depuis 35 ans.  Au programme, Oakland, un spectacle du violoncelliste Vincent Courtois et de l’acteur Pierre Baux, inspiré de Martin Eden de Jack London. Un portrait textuel, musical, sous-tendu de réminiscences, de vibrations croisées à partir de l’oeuvre de Jack London.

Mais revenons au début de l’histoire:

Jack, c’est ainsi que s’appelait le tout premier projet du violoncelliste Vincent Courtois en décembre 2018, découvert à l’AJMI d'Avignon, la musique n’étant pas encore enregistrée à la Buissonne voisine. Il allait s’étoffer et donner Love of life, réalisé avec le trio Medium, les saxophonistes Robin Fincker et Daniel ErdmannAvec Oakland à Nevers, j’ai la sensation d’assister à un aboutissement, à la création en perpétuel devenir, la fameuse “work in progress”, et de comprendre un peu comment  fonctionne le violoncelliste, qui, parti de sa découverte tardive et éblouie de Jack London en 2016, a vécu une nouvelle aventure jusqu’à ce  concert spectacle. Certes, le trio a une part plus réduite  que dans Love of Life, où l’engagement était total, les deux saxophonistes partageant les choix et aspirations du violoncelliste, chacun écrivant des compositions selon son ressenti à la lecture de certains livres et nouvelles de London. Dans Oakland, le trio souligne le texte, scénarisé et lu par Pierre Baux, chanté et parlé par John Greaves, sans surligner, en parfaite complicité.

 

Martin Eden

Je dois écrire parce que c’est moi, et je sais ce qui est en moi.

 

En 1907, Jack London s’embarque avec Charmian sa femme pour les mers du Sud sur son bateau, la Snark, pour écrire son roman le plus intime, une autobiographie (à peine) romancée, Martin Eden. A bord, il fait bien plus que mille lignes par jour comme il se l’était promis. Ecrivain et personnage se confondent alors.

 

Oakland : un engagement fort

Ils sont cinq pour un spectacle-concert, qui n'est pas une illustration façon ciné-concert ou théâtre musical. Les musiciens ont préféré se concentrer sur les images musicales qui allaient naître, en véritables compositeurs et traducteurs de cette matière vivante. Mots, images, sons fusionnent lors de leurs improvisations. L'axe narratif tourne autour de scènes décisives : le musicien Vincent Courtois et le comédien Pierre Baux ont découpé à vif dans l’oeuvre, choisi leurs morceaux emblématiques qu'ils ont mis ensuite en musique et en chants. Le récitant, c’est Pierre Baux, miroir de John Greaves. Les deux langues alternent, se chevauchent, le français dans sa traduction, plus châtié que l’anglais rude du Gallois qui évoque le langage direct et cru du prolétaire Martin Eden alias Jack London. Le texte est ainsi travaillé à deux voix qui se répondent et se complètent. Pierre Baux fait ressortir le travail du texte à partir d’un ressassement des versions possibles, jamais totalement satisfaisantes. John Greaves anime cette langue crue et en fait sonner la syntaxe maladroite.

La force de ce spectacle est d’être complet : de la mise en lumière avec goût par Thomas Costberg ( j’ai encore dans l’oeil un soleil flamboyant, cercle rouge orangé sur le bleu de l’écran en fin de pièce) à la scénographie qui joue habilement de la disposition des musiciens.

Le violoncelliste assis au centre est entouré de Daniel Erdmann au ténor à sa gauche, de Robin Fincker à la clarinette à sa droite; si Erdmann se balance d’avant en arrière, Fincker tourne volontiers de droite à gauche, réglant ainsi toute une chorégraphie entre eux, Courtois regardant alternativement l’un et l’autre. A un moment, Robin Fincker qui s’est saisi du saxophone est rejoint sur la scène par Daniel Erdmann et tous deux ne font plus qu’un, entourant le violoncelliste qui joue en pizz ou à grands traits d’archet. La musique accessible en dépit d’une réelle exigence, est composée de fragments obsédants qui deviennent vite tournerie. Le son du trio conjugue élégance et rudesse, dépouillement et éclats de violence, le registre grave unifiant l’ensemble, ouvrant des passages entre les genres, d'une musique de chambre à la pop, au folk.

Chacun a sa porte d’entrée pour évoquer l’oeuvre de “celui qui a mené sa vie comme un galop furieux de quarante chevaux de front” ( Michel Le Bris). London écrivait en résonance avec ce qu’il avait vécu : marin, chasseur de phoques, boxeur, mineur, correspondant de guerre en Corée, blanchisseur, vagabond et “brûleur de dur”. Autodidacte génial, il fit son apprentissage d'écrivain en réunissant ses expériences. Ce “travailleur de la plume”, ouvrier dans l’âme a vécu le rêve américain et son envers. Une mise en abyme qui ne peut que troubler à la lecture de Martin Eden. Défaite de l’individualisme? Désenchantement romantique d’un écrivain réaliste? Deux univers irréconciliables, voilà le drame de cet écrivain sorti des bas fonds. Il ne pouvait choisir entre ses appétits, ses révoltes, ses ambitions et désirs.

Comme il faut avoir un angle d’attaque, c’est ce cri de révolte du prolétaire contre l’esclavage qu’imposent le travail avec les machines dans des conditions surhumaines que cette histoire nous conte. Plus que l’intrigue sentimentale, l’attraction irrésistible, poétique, sensuelle et charnelle pour une jeune fille de la hauteune fleur d’or pâle sur une tige fragile” que Martin Eden veut conquérir. Pour y réussir, il décide de s’instruire et plonger dans la culture avec l'avidité et la rage qu'il met dans tout ce qu'il entreprend.

 

Vincent Courtois expliquera, lors des Rencontres animées par Xavier Prévost après le spectacle, au foyer du théâtre que le fil rouge de cette écriture est la référence au poète décadent anglais du XIXème, pour le moins obscur aujourd’hui, Algernon Swinburne : dès le premier chapitre, avant même de rencontrer Ruth, Martin Eden découvre un livre de Swinburne qui déclenche en lui le désir passionné de s'instruire et de lire. Bien plus tard, alors qu’il est devenu célèbre, ses manuscrits ayant enfin été acceptés, lors d’une traversée sur la Mariposa, où il est invité d’honneur, désabusé, il songe encore à Swinburne. La réussite a mis en péril son identité même. Comment survivre à la gloire sans se perdre soi même? En se remémorant le poème de Swinburne qui mit fin à ses jours, il décide de ne plus résister à l’appel de la mer.

La mort ne faisait pas souffrir. C’était la vie cette atroce sensation d’étouffement: c’était le dernier coup que devait lui porter la vie….Et tout au fond, il sombra dans la nuit. Ça il le sut encore. Et au moment même où il le sut, il cessa de le savoir.

Lors de cette rencontre où intervint finement Noël Mauberret, président de l’association des amis de Jack London, Roger Fontanel, le directeur du festival Djazz Nevers justifie la raison d'être d'un tel moment : le spectacle doit être total, les festivals ne plus rester cloisonnés à la seule musique. Quoi de plus merveilleux en effet que cette transversalité artistique qui donne envie de se replonger dans un livre après un concert enthousiasmant ? Il est aussi question de fidélité dans l’engagement et le travail de Vincent Courtois avec son trio depuis douze ans, avec Pierre Baux (ils ont déjà mis leurs forces en commun pour Tosca, adapté à leur manière Raymond Carver). Mais aussi de la fidélité de Nevers et de son festival aux projets que Vincent Courtois nomme “répertoire”. Quand on aime un artiste, on le suit. 

Oakland enfin est bien plus qu’un décor, car si London y revient toujours, Vincent Courtois, dès l’émergence de l’idée à Avignon eut envie de pousser plus loin, de partir sur les traces californiennes de l'écrivain, d’explorer son port d'ancrage et de jouer un spectacle complet avec des textes lus et interprétés par des comédiens amis, et pourquoi pas, des inserts de photos et de montages de films de London lui même. Il a réalisé son envie et vécu son rêve…

Merci à MAXIM FRANCOIS pour les photos!

Sophie Chambon

 

 

 

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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 21:44

Deuxième concert de la saison Jazz sur le Vif, et affiche contrastée autour du saxophone. Un petit tour en milieu d'après midi au studio 104 de Radio France, pour découvrir que la balance du groupe de Steve Coleman se fait avec les seuls bassiste et batteur. Le manager de tournée teste aussi les retours pour les absents, mais il faudra manifestement une balance à l'entracte, là où l'usage prévoit un seul éventuel raccord....

Pendant que le groupe de Sophie Alour effectue sa balance, la saxophoniste-flûtiste est dans la salle, devant la console de sonorisation, pour évaluer la progression des opérations.

Elle sera sur scène, avec son groupe, moins de deux heures plus tard

SOPHIE ALOUR «Joy»

Sophie Alour (saxophone ténor, flûte, composition), Raphaëlle Brochet (voix), Abdallah Abozekry (saz, voix), Damien Argentieri (piano), Philippe Aets (contrebasse), Donald Kontomanou (batterie)

Paris, Maison de la Radio (et de la Musique), 2 octobre 2021, 19h30

 

Le groupe est celui du disque «Joy», publié début 2020. Sans percussionniste, mais augmenté de la voix de Raphaëlle Brochet, funambule des traditions vocales de tous les mondes. Et en lieu et place du oud, et du oudiste Mohamed Abozekry, c'est désormais son frère Abdallah, qui joue sur saz, dont il est un virtuose. Le répertoire est celui de ce disque, augmenté d'un ou deux titres venus du suivant, «Enjoy», publié en mai dernier. La musique mêle les sources moyen-orientales et le mouvement inflexible du jazz ; ses sonorités aussi. Et la typicité de ses improvisations. On est porté par cette allégresse qui parcourt les langages musicaux avec ferveur. Large espace d'expression pour chaque membre du groupe : la saxophoniste-flûtiste est loin de 'tirer la couverture', à l'écoute, et manifestement toute à sa joie de coordonner cette effervescence. Au troisième titre elle prend la flûte, et son improvisation évolue entre deux rives, orient et jazz. Elle nous offrira aussi avant le dernier morceau une courte ballade, avec la basse, et insertion douce du piano. Et après Joy, le bien nommé, qui conclut cette première partie, un rappel chaleureux nous vaudra Fleurette égyptienne, avec une pensée pour Duke Ellington. Je dois avouer que, si les disques ne m'avaient pas totalement convaincu, le concert en revanche m'a conquis

Après l'entracte, c'est le moment d'accueillir Steve Coleman. Alors que le public commence à regagner ses fauteuils, le vocaliste, le trompettiste et le saxophoniste procèdent à la balance qu'ils avaient éludée en milieu d'après-midi. Public étonné.

L'un des musiciens précise que c'est le 'soundcheck'. Rapidement et bien fait, mais un peu cavalier peut-être : on imagine un groupe français faisant de même aux USA, au Canada ou en Allemagne pour un concert également capté pour la radio : impensable !

STEVE COLEMAN «Five Elements»

Steve Coleman (saxophone alto), Jonathan Finlayson (trompette), Kokayi (voix), Anthony Tidd (guitare basse), Sean Rickman (batterie)

Paris, Maison de la Radio (et de la Musique), 2 octobre 2021, 21h

C'est presque rituel : des cellules mélodico rythmiques obstinées mais mobiles, jouées par l'un de musiciens, reprises par les autres, et des bribes de phrases qui se télescopent jusqu'à l'envol des solistes, en solitaire ou en escadrille. Le tandem basse-batterie nourrit une pulsation qui n'a rien de schématique : sous la force pulsatoire s'épanouit tout un univers d'accents, de rythmes pluriels et entrecroisés. Nos pieds bougent sur le temps qui est en même temps hors du temps. Et à la faveur d'une salve d'applaudissements qui conclut une première séquence, Steve Coleman repart en douce mélancolie : derrière le faux-nez de Jitterbug Waltz, qui est en fait le couplet de Stardust, on va vers ce standard.... jusqu'à ce que la machine rythmique reparte de plus belle. Kokayi, plus qu'un rappeur ou un slameur, est un chanteur à l'ambitus volontairement restreint qui déploie une prosodie (très) syncopée qui tient de la harangue et du manifeste poétique. Il s'y entend pour attiser les braises ! Et le concert continue, de surprise en rebond, nous tenant en haleine. Plus loin le sax et la trompette lancent des fusées parkéro-gillespiennes. Je crois aussi entendre un souvenir coltranien. Bref c'est plus que vivant : haletant, débordant d'énergie et peuplé de pensée musicale, en toute urgence. Cela fait longtemps que j'écoute Steve Coleman en concert et, une fis de plus, je jubile....

Xavier Prévost

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Les deux parties de ce concert seront diffusées sur France Musique le samedi à 19h dans l'émission 'Jazz Club' d'Yvan Amar : Steve Coleman le samedi 30 octobre 2021, et Sophie Alour le samedi 15 janvier 2022 

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27 septembre 2021 1 27 /09 /septembre /2021 10:14

Premier concert de la saison 'Jazz sur le Vif' à la Maison de la Radio (.... et de la Musique). Le samedi 25 septembre 2021, à trois jours du trentième anniversaire de la disparition de Miles Davis, Arnaud Merlin a choisi d'inviter au studio 104 le sextette «Urbex Electric» du batteur (et compositeur) belge Antoine Pierre. Avec lui Jean-Paul Estiévenart (trompette), Renier Baas (guitare électrique), Bram De Looze (piano), Félix Zurstrassen (guitare basse) & Frédéric Malempré (percussions).

Urbex désigne habituellement l'exploration de sites urbains délaissés. Ici c'est plutôt la visite fervente d'un monument historique. Le groupe avait publié en 2020 un disque très remarqué, intitulé «Dispended» (Out Note Records), et inspiré par la musique du «Bitches Brew» de Miles. Un hommage au trompettiste, sans servilité aucune, mais qui se nourrit des métamorphoses alors opérées par cette œuvre phare. Le concert, comme le disque, esquive l'imitation mais offre une très belle synthèse de l'esprit, artistique et musical, qui prévalait alors. L'instrumentation est un peu différente (pas de sax, et un piano acoustique).

Pendant la première partie, le groupe joue trois titres du disque «Suspended», puis deux compositions issues du disque précédent intitulé «Sketches of Nowhere» (l'ombre de Miles, décidément, n'est pas loin). Et il conclut le set en revenant au plus récent album, avec Obsession. La musique circule entre les musiciens. Certes la trompette de Jean-Paul Estiévenart occupe une place privilégiée, sans surjouer le modèle ; mais quantité d'événements surviennent, dialogues entre les instrumentistes, reprise au vol d'un fragment d'improvisation pour évoluer vers un unisson.... Le guitariste, qui nourrit la pulsation d'accords au son très mat, sort régulièrement de sa réserve avec éclat. Le percussionniste, entre dialogue et soulignement, alimente en permanence le caractère vivant de la musique. Le batteur, en parfait chef d'orchestre, conduit le débat, mais sans envahir l'espace musical. Et le pianiste participe constamment aux échanges, même s'il ne pratique pas l'ostentation. Il faudra attendre la fin du concert pour qu'une partie du public (la plus distraite) prenne conscience de l'importance de sa contribution. Les auditeurs ont hélas parfois besoin que l'on surligne le message pour le porter à leur pleine conscience....

Après l'entracte, retour en quintette, pour un thème sans le trompettiste, et qui nous vaudra un beau dialogue entre piano et percussion, ainsi qu' un solo de guitare étincelant. Puis le sextette se reforme. Si au fil du concert, fidèle à l'esprit de l'univers évoqué (le Miles de 1969) le solos étaient intégrés dans le flux permanent de tuilages et d'échanges, le groupe offrira vers la fin un déroulement plus conforme au rituel du jazz : solos successifs bien balisés. Une partie du public, qui tendait à applaudir à tout moment sur des propositions inachevées, se trouve soudain plus à son aise. Cela dit l'écoute fut fervente et l'enthousiasme très explicite. Et votre serviteur partagea l'euphorie du public.

En rappel le groupe quitta les compositions d'Antoine Pierre pour une reprise : une composition de Joe Zawinul que Miles avait enregistrée en 1968, et beaucoup jouée dans ses tournées de 1970-71, mais dont l'original ne fut publié qu'en 1981 avec une foule de séances étalées de 1960 à 1970. Il s'agit de Directions, thème issu de l'album éponyme. Très belle conclusion pour un concert vraiment épatant !

Xavier Prévost

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Ce concert sera diffusé en deux parties sur France Musique, dans le Jazz Club d'Yvan Amar à 19h, les samedis 2 octobre et 6 novembre

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