Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 11:10

Les concerts 'Jazz sur le Vif' de Radio France entament une nouvelle saison, et pour l'occasion Arnaud Merlin a choisi de célébrer le 20ème anniversaire du Caratini Jazz Ensemble, avec aussi en première partie le trio d'un des membres de l'orchestre : Matthieu Donarier

Nouveauté de taille : pour cette nouvelle saison tous les concerts se dérouleront dans le grand studio 104, salle mythique qui accueillit Thelonious Monk, Bill Evans, Ahmad Jamal, Hampton Hawes, Stan Getz, Dizzy Gillespie, Keith Jarrett et plus récemment quelques autres du même tonneau, parmi lesquels, en octobre 2016, Martial Solal et Dave Liebman, en duo. Concert exceptionnellement à 20h30 pour ce premier concert, et plus habituellement à 20h.

MATTHIEU DONARIER TRIO

Matthieu Donarier (saxophone ténor), Manu Codjia (guitare), Joe Quitzke (batterie)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 30 septembre 2017, 20h30

Dix-huit ans après avoir remporté le Concours National de Jazz de La Défense, le trio est toujours aussi solide, soudé et collectif dans sa pratique de la musique. Il jouait ce soir-là quelques unes des pièces de son troisième disque, «Papier Jungle» (Yolk/L'Autre Distribution), enregistré en 2014 et publié l'année suivante. Les versions sont évidemment étoffées par la liberté du concert. C'est intense, lyrique, plein de rebondissements et d'interactions entre les trois partenaires, un régal pour qui aime la musique vraiment vivante ! Si l'extraordinaire pertinence musicale de chacun se dévoile davantage quand il est soliste (la batterie sur des ostinatos du sax et de la guitare ; l'envol de la guitare-orchestre, quand Manu Codjia joue des lignes de basse sous son chorus au point qu'il semble être plusieurs ; l'improvisation du saxophone qui paraît induire une partition instantanée chez ses acolytes...), l'ensemble relève d'une sorte de magie, aussi claire dans son évidence que noire dans ses méandres. Et l'on va ainsi d'un thème à l'autre, jusqu'au moment où, pour présenter Lugubre Gondole de Liszt (métamorphosée évidemment) Matthieu Donarier nous raconte avec une douce ironie l'histoire d'un compositeur mégalomane qui n'estimait pas son beau père à sa juste valeur, lequel pourtant, quoique fort âgé, eut le bon goût de lui survivre, composant cette évocation de la gondole qui conduisait le corps de Wagner vers ses funérailles vénitiennes, avant le retour post mortem à Bayreuth. Et le concert s'est conclut avec une belle composition du saxophoniste Alban Darche pour ses amis, intitulée Bleu Céleste. Belle conclusion, à la hauteur d'un concert vraiment exceptionnel. 

 

CARATINI JAZZ ENSEMBLE

Patrice Caratini (contrebasse, direction, arrangements, et une grande partie des compositions), Sara Lazarus (chant), Matthieu Donarier (saxophones ténor & soprano, clarinette basse, clarinette métal), Rémi Sciutto (saxophones sopranino, alto et baryton, clarinette, flûte, piccolo), Claude Egea, Pierre Drevet (trompette & bugle), Robinson Khoury (trombone), François Thuillier (tuba), David Chevallier (guitares, banjo), Alain Jean Marie, Manuel Rocheman (piano), Thomas Grimmonprez (batterie), Sebastian Quezada (percussions)

Paris, Maison de la Radio, studio 104, 30 septembre 2017, 21h45

   Le Caratini Jazz Ensemble répète pendant la balance   

Pour fêter les vingt ans de cette belle phalange (à géométrie variable selon les programmes), Patrice Caratini a choisi de présenter un florilège des pièces jouées dans les différents projets, et les différents disques, de ces deux décennies. Il en offre simultanément une synthèse sur CD («Instants d'Orchestre», Caramusic/L'Autre distribution), et ce sont la plupart de ces œuvres qu'il a jouées pour nous. En ouverture la sonorisation fait entendre le West End Blues, enregistré par Louis Armstrong en 1928. Les musiciens entrent progressivement sur scène, et le contrebassiste-leader arrive le dernier, pour attaquer dès la coda du disque d'Armstrong East End Blues, qu'il avait composé pour le disque «Darling Nelly Gray», enregistré en 1999. Après un break de trombone de Robinson Khoury (remplaçant occasionnel, brillant et prometteur de Denis Leloup), Rémi Sciutto nous gratifie d'un solo qui pourrait bien atterrir du côté de Night in Tunisia.... Puis c'est une très belle (et très mélancolique) ballade composée par Alain Jean Marie, et magnifiée par la plume de l'arrangeur, qui inspire le pianiste quand son tour est venu d'improviser, avec le plus grand lyrisme. Le concert est parsemé de petites miniatures, principalement pour tuba, et issues du disque «From the Ground» (2003), tout comme, vers la fin du concert, Pinta, et aussi To the Clouds, une variation autour de Nuages de Django Reinhardt. Entre les pièces inspirées par le jazz des origines et d'autres qui tendent l'oreille vers le futur déjà présent, Patrice Caratini nous offre une vision large du jazz, sa vision, nourrie de multiples sources (latines, caribéennes, ou résolument contemporaines). Dans le programme également, des thèmes qui ne figurent pas sur le disque-mémoire, comme Petite Louise, de Michel Petrucciani, ou Lys, une courte pièce (50 secondes !) qui permet au contrebassiste de faire avec humour une présentation digne de l'univers de la musique contemporaine, où parfois le discours d'escorte est plus long que l'œuvre elle-même.... Difficile de détailler chaque moment du concert, de citer tous les solos (c'est, comme de tradition dans le jazz, un orchestre de solistes qui jouent collectif), mais il me faut évoquer un instant rare : l'arrivée de Sara Lazarus pour chanter deux chansons de Cole Porter (souvenir du disque «Anything Goes», enregistré en décembre 2000), What is this Thing Called Love, version plus que lente avant de plonger up tempo dans Hot House, et My Heart Belongs to Daddy, d'une manière qui rendra caduque à jamais la version de Marilyn Monroe. Décidément, Sara Lazarus est une chanteuse vraiment exceptionnelle ! Bref la soirée fut un régal pour tous ceux, fort nombreux, qui s'étaient pressés au studio 104. Restent les auditeurs de France Musique, qui espèrent toujours une diffusion régulière de ces concerts. Faudra-t-il attendre l'été prochain pour les voir aboutir sur les ondes, comme ce fut le cas pour la saison 2016-2017 ? Les jazzfans (dont je suis !) espèrent que non....

Xavier Prévost

 

Le Caratini Jazz Ensemble donnera un concert le 8 novembre à la Scène Nationale Les Gémeaux de Sceaux

http://www.lesgemeaux.com/spectacles/caratini-jazz-ensemble/

 

Le programme de la saison 'Jazz sur le Vif'

http://www.maisondelaradio.fr/concerts-jazz

Repost 0
Published by Xavier Prévost - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article
9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 21:02

 


Voici maintenant dix-sept ans que les Trophées du Sunside, initiative du boss du club de la Rue des Lombards, Stéphane Portet, récompensent les jeunes talents  qui se distinguent en tout début de carrière. L’intérêt n’est pas mince puisque les lauréats  garnissent leur carte de visite et attirent l’attention des organisateurs de festivals, programmateurs de clubs, maisons de disques.  Pour cette 17 ème édition, qui s’est déroulée les 5-6-7 septembre sur les scènes du Sunset et du Sunside, douze formations participaient, représentant la diversité du jazz contemporain,  du trio classique, où l’on entendait les influences des références du moment (Mehldau, Bad Plus, EST…) aux groupes inspirés par l’électro et le rock sans oublier la composante vocale et féminine.
Le palmarès émanant du jury  de spécialistes reflète bien cette ouverture d’esprit qui habite les jeunes jazzmen. Le premier prix du Meilleur groupe est allé à OGGY & The Phonics, formation composée de musiciens ayant fréquenté la Haute Ecole de Musique de Lausanne, des Helvètes mais aussi des Français dont le leader, saxophoniste (ténor et soprano) Louis Billette et Clément Meunier, clarinettiste formé au Conservatoire de Nantes qui a également obtenu le Premier Prix de Soliste. Proposant une musique osée et poétique, dans des compositions telles que Ragavulin ou Canyon (Folklore Imaginaire, leur deuxième album. Oggyandthephonics.com), le groupe a su séduire le jury par son interprétation d’un standard-figure imposée à tous les participants- Pithecanthropus Erectus de Charles Mingus.
Véritable OVNI –Objet Vocal Non Identifié- la chanteuse Marie Mifsud, dont l’univers évoque aussi bien la chanson réaliste française que Boris Vian ou les airs de Broadway, a obtenu le deuxième prix du Meilleur Groupe. Sa prestation a littéralement « scotché » le public du Sunside, avec un jeu de scène exubérant et une palette sonore extraordinairement riche. Un tempérament ! Plus classique mais tout aussi forte en swing aura été le concert du groupe vocal féminin Selkies –où brille Cynthia Abraham, qui a été récompensé d’une mention spéciale.
Enfin, le deuxième prix du Meilleur Soliste a été attribué au saxophoniste Pierre Carbonneaux qui s’est mis en valeur au sein du groupe le 5ème degré qui comptait parmi ses animateurs le pianiste Noé Huchard.
Jean-Louis Lemarchand
 

Repost 0
Published by Jean-Louis Lemarchand - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article
28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 09:51

À peine arrivé dans le Clunisois, une visite éclair s'impose au stage animé par Denis Badault. Dans l'ADN du festival (Jazz à Cluny jusqu'en 2006, puis Jazz Campus en Clunisois depuis 2008), les stages tiennent une place de choix : ils furent la source première. En 1977 ils étaient même la matière exclusive de l'événement. La transmission et le partage étaient dans l'air du temps ; un temps qui vit naître, à Paris, le C.I.M., première 'école de jazz' en territoire hexagonal.

Dans ces stages se mêlent, au fil des ans, amateurs purs et durs qui viennent partager leur passion pour la musique collective et vivante, et jeunes aspirant(e)s à une professionnalisation. Ici l'on vit éclore les talents de Dominique Pifarély, Airelle Besson, Jacques Veillé, Sophie Agnel, Alexandra Grimal, et de quelques autres.

Cette année, les animateurs de stages où se croisent adolescents, jeunes adultes et vétérans étaient Simon Goubert, Fidel Fourneyron, Vincent Courtois, Jean-Philippe Viret, Céline Bonacina, Simon Goubert et Denis Badault. Un stage jeune public (8-12 ans, instrumentistes ou pas) était animé par Fabien Dubois, et un stage fanfare était confié à Jean Paul Autin et Michel Deltruc.

Le stage de Denis Badault, à Matour, village du Haut-Clunisois qui domine la vallée de la Baize, est entièrement dédié à l'improvisation libre : il s'agit d'analyser les processus, de les maîtriser, et de les mettre en œuvre dans un état de disponibilité optimale. Treize musicien(ne)s, Denis Badault inclus : trois claviers numériques, un ensemble synthétiseur et voix traitée, un clavier de fabrication artisanale (une sorte de célesta hétérodoxe dans lequel des marteaux de piano percutent de petits tubes de cuivre), deux batteries, deux guitares, une flûte, une voix, un saxophone soprano et un tuba.

On choisit une ou des conventions (un canevas, une dramaturgie, ou simplement une progression dans la nomenclature), et une durée, et puis l'on se lance. Denis ré-oriente parfois le cheminement en s'adressant en aparté à l'un(e) ou l'autre, et l'on fait un commentaire collectif a posteriori, pour analyser l'événement. On peut aussi se lancer, sans convention initiale : par exemple les claviers installent une séquence répétitive, et chacun prend place dans ce déroulement, par imitation, antagonisme, contraste, prise de parole individuelle, commentaire, accompagnement, silence.... ou tout autre type d'intervention possible dans ce contexte d'improvisation ouverte.

 

Cette visite furtive à l'un des ateliers du stage rappelle opportunément l'origine historique du festival : Didier Levallet, fondateur et toujours directeur artistique de l'événement, n'a pas oublié la manière dont s'est tissée l'histoire : « On n'avait pas la possibilité d'organiser un concert (pas de budget) mais je me suis dit que l'on pourrait proposer que l'on fasse de la musique une semaine ensemble[...] J'ai eu une quinzaine de personne. C'était un stage, gratuit, pour eux comme pour moi : un test ». L'année suivante, ils étaient quarante, et Didier Levallet a fait appel, en renfort, au batteur Christian Lété et au saxophoniste Alain Rellay pour l'aider dans l'encadrement. Et en 1979 une très modeste subvention de la DRAC a permis un premier micro festival, avec trois concerts : Martial Solal, Michel Portal, et le Workshop de Lyon. Cette année, du 19 au 26 août, les concerts ont accueilli, entre autres, L'Effet vapeur, le duo Mario Stantchev-Lionel Martin, le trio 'Roxinelle' de Claude Barthélémy, le quartette d'Ablaye Cissoko et Simon Goubert, et la musique festive du groupe 'Le peuple étincelle'. Et bien sûr les concerts auxquels j'ai eu le plaisir d'assister, et dont je vais vous dire quelques mots.

Ce fut d'abord, le mercredi 23 août, dans le farinier de l'Abbaye de Cluny, le Quatuor Machaut : magnifique cadre pour ces quatre saxophonistes qui relisent très librement La Messe de Notre Dame de ce compositeur des confins ardennais de la Champagne. Dans ce bâtiment du XIIIème siècle, dont la charpente ressemble à la structure inversée d'une coque de bateau, le chef d'œuvre de l'art polyphonique du XIVème siècle est accueilli comme chez lui, même dans une version où la musique d'origine alterne avec des improvisations hardies. Les quatre saxophonistes (Quentin Biardeau, Simon Couratier, Francis Lecointe et Gabriel Lemaire) utilisent pleinement les ressources du lieu, tantôt jouant sur la scène, tantôt dispersés au quatre points cardinaux, et soudain se rassemblant dans l'allée centrale, au cœur du public. Le sentiment musical est puissamment perçu par un public aussi étonné que ravi.

À peine plus d'une heure après la fin de ce concert, le Quartette 'Circles' d'Anne Paceo jouait au Théâtre de Cluny devant une salle comble. Le public, très impressionné par l'énergie et la formidable implication du groupe, a goûté ce mélange de pop très sophistiquée, et de jazz ouvert aux escapades improvisées. Anne Paceo (batterie et composition) emporte sa bande dans un maelstrom où la précision de Tony Paeleman, aux claviers, distribue l'énergie vers les flamboyants solistes, en l'occurrence la voix de Leïla Martial et les saxophones de Christophe Panzani. Beau succès pour ce groupe dont la musique, manifestement, parle à toutes les générations présentes dans la salle.

Le lendemain, le concert de 19h se tenait à quelques kilomètres au Nord de Cluny, à La Vineuse, dans la magnifique Grange du dîme, dans laquelle avant la Révolution les paysans venaient déposer le dixième de leur récolte au profit des chanoines de Macon et du curé du lieu. C'est désormais un lieu d'exposition et de concerts où les artistes déposent, pour le bonheur de tous, le fruit de leur travail. Le concert accueille le groupe Matterhorn#2, émanation d'un collectif qui dans cette configuration rassemble Thimothée Quost (trompette, bugle et composition), Gabriel Boyault aux saxophones, Aloïs Benoit au trombone et à l'euphonium, et à la batterie un enfant du pays, Benoît Joblot, qui porte le nom d'une lignée réputée de vignerons bourguignons. La musique offre de multiples facettes : pièces courtes, mélodies doucement consonantes, échappées sauvages, le tout dans un foisonnement de langages où le jazz croise toutes les musiques du vingtième siècle. Impressionnant de pertinence, de vie et d'invention.

A 21h, c'est au théâtre de Cluny que se déroulait la soirée, avec en ouverture le pianiste Denis Badault, sacrifiant enfin, après 35 ans de carrière, au rituel des standards en solo, mais en y apportant sa touche espiègle : sous le titre de 'Deux en un', il mêle deux thèmes, empruntés au jazz comme à la chanson française. Il renouvelle en partie le programme de ses prestations antérieures (Le Triton, aux Lilas, en décembre 2015 ), avec de nouveaux choix, ou des combinaisons jusque là inédites. Épatant de fantaisie, de richesse musicale et d'aisance instrumentale, c'est un régal pour l'oreille autant que pour l'esprit !

A près l'entracte, Didier Levallet présentait au public un complice de longue date : le violoniste Domnique Pifarély, qui après avoir été stagiaire à Cluny, a partagé avec lui de nombreuses aventures musicales. Le quartette est celui du disque « Tracé Provisoire », publié par ECM en 2016. Une musique qui mêle écriture et improvisation dans une telle intimité que la combinaison devient inextricable : la musique coule et circule, développe ses douceurs et ses escarpements les plus abrupts, sans que l'on puisse jamais mesurer le dosage du cocktail écrit/improvisé. Brillant, lyrique et habité, cet univers musical traverse les frontières stylistiques pour se concentrer sur le cœur de l'expression, là où l'émotion et l'intelligence sont inséparables.

Xavier Prévost

Repost 0
Published by Xavier Prévost - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article
11 août 2017 5 11 /08 /août /2017 10:31
Remise du prix du meilleur instrumentiste :Thomas Ehnco (Président du Jury), Sam Comerford (Prix du soliste) Robert Quaglierini (co-président du Tremplin)

Remise du prix du meilleur instrumentiste :Thomas Ehnco (Président du Jury), Sam Comerford (Prix du soliste) Robert Quaglierini (co-président du Tremplin)

Grand Prix du Jury : Own your bones Jonas Engel (as),Sebastien Gille (ts), David Helm (cb), Dominique Mahnig (dm)

Grand Prix du Jury : Own your bones Jonas Engel (as),Sebastien Gille (ts), David Helm (cb), Dominique Mahnig (dm)

Walter SEXTAN (Prix du public Rémy Savignat guitare et composition, Reno Silva Couto sax et percussions, William Laudinat tp et machines, Guillaume Pique trombone, Grégoire Oboldouieff basse électrique, Simon Portefaix guitare percussions)

Walter SEXTAN (Prix du public Rémy Savignat guitare et composition, Reno Silva Couto sax et percussions, William Laudinat tp et machines, Guillaume Pique trombone, Grégoire Oboldouieff basse électrique, Simon Portefaix guitare percussions)

Rémi Savignat (prix de la composition) du Walter Sextan

Rémi Savignat (prix de la composition) du Walter Sextan

  

Après le plus grand festival de théâtre du monde, début août commence à Avignon, un autre festival de musique, de jazz, qui plus est. Moins médiatisé, assurément moins connu même s’il en est à sa 26 ème édition. Cette organisation solide, créée par quelques passionnés en 1992 dans le quartier difficile de la Barbière, puis dans le square Agricol Perdiguier, a pris ses marques dans un lieu unique, le Cloître des Carmes, dans un périmètre magique autour de l’Ajmi ( LA scène jazz avignonnaise), le Palais des Papes, les cinémas Utopia, sous la co-direction de deux présidents très impliqués Robert Quaglierini et Jean Michel Ambrosino. https://www.tremplinjazzavignon.fr/

Loin d’être une grosse machine comme Marciac, qui se déroule en même temps, l'Avignon Jazz festival a vu sa durée augmenter avec les années de façon raisonnable, suivant l’actualité du jazz; soutenu par des collectivités locales et des partenaires privés efficaces, il résiste aux incertitudes des réservations et à la versatilité du public, soumis à des choix pléthoriques. Une folie dans cette Provence, justement appelée « Terre des festivals » avec plus de 300 manifestations l’été ? Non, un rendez-vous annuel incontournable (pour moi) qui présente l’originalité d’un festival et d’un tremplin. Donner à entendre un jazz pluriel, même si ce n’est jamais assez ouvert pour certains, en présence d’un jury attentif, présidé cette année par le jeune pianiste Thomas Enhco, qui s’était produit il y a juste deux ans, en trio dans son Fireflies. Au creux du festival, s’insère un tremplin européen (ceci est important) de 2 jours qui ne retient que six groupes sur la centaine qui candidate. Un espace d’expression et d’affrontement amical pour ces jeunes européens, l’occasion de rencontrer des musiciens du même âge, parfois très jeunes, et de voyager dans le sud de la France. Et puis la chaleur de l’accueil et du climat est à la hauteur de la générosité de la manifestation. Le Tremplin offre 500 euros pour le prix du meilleur instrumentiste, le prix de la meilleure composition et celui du public. Il existe en effet un prix du public, appelé à donner son avis et à voter pour désigner son lauréat!  Pour le Grand Prix du jury, le festival offre une séance d’enregistrement chez Gérard de Haro à La Buissonne, le studio vauclusien qu’on ne présente plus et une première partie de concert l’année suivante.

Jeudi 3 août

Le premier groupe Walter Sextan est un sextet français du Sud-ouest, présenté par le guitariste Rémi Savignat, leader et auteur des compositions. D’emblée séduisant par le son d’ensemble qu’il dégage, l’univers des timbres et des couleurs, l’ambiance qui fait référence au rock, au R&B des années soixante-dix. Très agréable, une belle mise en oreille avec quelques compositions qui retiennent l’attention comme « Sarajevo ».

Le deuxième groupe Raphael Herlem est un quintet français mené par un saxophoniste baryton et alto, auteur des compositions dont une suite conceptuelle qui va se révéler décevante dans le rendu. La rythmique puissante étourdit et les solistes ne pourront pas tirer leur épingle du jeu. Ce qui est dommage pour l’harmoniciste ainsi que le claviériste, insuffisamment mis en valeur. Sans doute est-ce dû à un choix de réglages malheureux du groupe, en dépit du talent du sonorisateur Gaetan Ortega. Ainsi des couplages intéressants sont masqués par des effets et un son trop peu organique.

Le troisième groupe Own Your Bones  crée la surprise : ce quartet allemand de Cologne,décidément le vivier de la jeune génération jazz, avec un style, une école qui a le vent en poupe, adopte un parti-pris tranché, dans une interaction parfaite entre un contrebassiste qui sait user de l’archet et un batteur au jeu intense. Quant aux deux soufflants, ils maîtrisent subtilement les unissons qui ravissent au sens propre. On applaudit cette volonté de prendre des risques dans les ballades comme dans les morceaux plus free. Elle se sent, la cohésion de groupe et cette interaction si efficace quand il s’agit de jouer vite. Un jazz aux contours très progressifs qui se réinvente en direct. Une présentation des plus simples pour une musique délicieusement compliquée. Les Nordiques savent toujours intégrer le jazz à leur culture d’origine. Ils jouent de façon décomplexée, faisant preuve d’une sérénité vibrante.

La première soirée s’achève et nous sommes contents de cette sélection qui ne laisse pas indifférent. La nouvelle façon de procéder engage en amont le comité organisateur : une écoute, tranquille grâce au cloud, évite les erreurs passées de l’ancienne organisation, où l’orientation, après l’écoute successive de plus de quatre-vingt titres en aveugle, était nettement plus aléatoire.

Vendredi 4 août

 Début août, quand Avignon retrouve ses aises, les habitants leur maison, quand les affiches ne lézardent plus les murs, ne jonchent plus le sol, il peut souffler un mistral violent et glacial, éclater un orage diluvien... S'il fait toujours chaud,cette année, c’est la canicule avec des pointes de plus de 40° et des records de chaleur dépassant ceux de la terrible année 2003. Une relative accalmie, à la nuit tombée, permettra cependant de goûter à la musique des groupes du concours.

Odil est le premier groupe présenté par la Belgique, autre pays nordique fidèle du tremplin grâce au travail patient de Willy Schuyten, responsable du label JazzLab, qui a toujours su convaincre les jeunes musiciens de tenter l’aventure. Pourtant, ce quartet ne convainc pas avec une musique d’effets, certes travaillés, une volonté de construire des climats qui peinent à mettre en scène une histoire. D’aucuns parleront même de "musique pessimiste", j’avancerai plutôt "bizarre"  avec des sons étranges, dissonants, aigres même. Où veulent ils nous conduire ?

 

Changement  assez radical avec le groupe suivant, Haberecht 4, un quartet allemand emmené par la saxophoniste Kerstin Haberecht : une musique plus « classique », confortable, avec des qualités et un charme certains. Mais demeure une certaine frilosité, la peur de concourir? Quel dommage que la saxophoniste ne se projette pas davantage.

Dernier groupe du concours, le trio Belge Thunderblender montre des individualités vraiment formidables, à la complicité plus qu’affirmée : gestuelle expressive du batteur allié à un son original, un sax ténor envoûtant où s'entend le souffle mouillé de Ben Webster, un phrasé flottant façon Lester Young. Mais le jeu de Sam Comerford, Dublinois et Bruxellois d’adoption, qui dirige le trio, n’est pas sans attrait au sax basse qu’il arrive à rendre souple, moelleux, presque aérien. Impérieux dans les ballades, on s’inquiète du programme un peu lisse jusqu’à ce que le groupe se rapproche d’une esthétique free. En fait, ils sont capables de tout jouer.

Le concours est terminé et tandis que le public vote et que les musiciens font le boeuf, relâchant enfin la pression, avec un « Body and Soul » vraiment original, le jury débat, parfois vivement, confrontant ses arguments dans une discussion très animée. Comment faire venir plus de groupes de style différents, ouvrir à d'autres pays sudistes? Convaincre plus de musiciens français de jouer le jeu et tenter l'aventure?

Le résultat équilibré, cette année encore, donnera le Grand Prix au 3ème groupe du premier soir Own your bones, le prix du meilleur instrumentiste au saxophoniste du dernier groupe, Sam Comerford, le Prix de la meilleure composition à Rémi Savignat, le prix du public revenant à Walter Sextan. Alors que Thomas Enhco et Franck Bergerot s’entretiennent avec certains des perdants, les vainqueurs font retentir leur joie. Une nouvelle édition s’achève avec un cru charpenté et délicat qui ira enregistrer au studio la Buissonne chez le maître de Haro et fera la première partie d’un des concerts du festival l’an prochain.

 

Revenons justement aux concerts du festival proprement dit : le groupe de la pianiste et chanteuse australienne Sarah McKenzie a connu un franc succès, remplissant à ras bord le Cloître des Carmes, pour l’ouverture du festival, dans son programme autour de « Paris in the rain » avec Pierre Boussaguet, Hugo Lippi, Sebastian de Krom. Un groupe sensiblement différent de celui entendu au Mucem l’an dernier mais toujours une technique élaborée pour un répertoire qui puise dans la tradition américaine. Une classique mais convainquante performance de la (jeune) pianiste dont la blondeur n’avait d’égale que la douceur. Bon point pour le retour de Michel Eymenier en Directeur artistique, après 3 ans d’absence, lui qui fut l’un des fondateurs de l’événement avec JP Ricard, président de l’Ajmi.

Très différent était le programme du vendredi soir, avec moins de public, pour une soirée pourtant originale, dominée par des personnalités attachantes de la scène hexagonale, le pianiste Andy Emler dans son solo singulier autour de Ravel et le Sons of Love du groupe explosif de Thomas de Pourquery, "un groupe de rock déguisé en jazz". Le saxophoniste est un membre actif du survitaminé MegaOctet d’Andy Emler, qui fut, on s’en souvient, la vedette incontestée d’une folle soirée du festival en 2008 : une évidente fraternité unit les deux musiciens, adeptes d’un humour potache et toujours tendre.

N’ayant pu entendre ni le Cd de Supersonic Pourquery, ni la version théâtrale de My own Ravel avec comédien, écrite par Anne Marie Lazarini d’après le livre de Jean Echenoz, Ravel, sorti en 2006 aux Editions de Minuit, je me réjouis de l’aubaine, pouvoir entendre en live ces musiciens. Voilà encore une preuve de la diversité de formes de cette musique qui a(urait) cent ans cette année. D’ailleurs, avant de présenter la soirée, Michel Eymenier fait entendre quelques mesures bienvenues (en 2017), en blindfold test, de l’Original Dixieland Jass Band, « blanc comme une hostie » selon les mots du critique du Monde dans son article du 7 août, intitulé Le premier disque de jazz. Jazz ou « jass », on sait que l’appellation de jazz est loin d’avoir fait l’unanimité parmi les musiciens noirs, justement. De quelle couleur est le jazz d’ailleurs ? Je ne saurai trop conseiller de lire à cet égard la réponse précisément éclairante de Franck Bergerot à l’article de Francis Marmande

http://www.jazzmagazine.com/quelques-eclaircissements-caractere-symptomatique-premier-disque-de-jazz-enregistre-1917/

 Le pianiste tire astucieusement parti de son solo pour présenter, annoncer des anecdotes significatives sur les dix dernières années de la vie de Ravel, depuis sa traversée sur le Normandy, sa folle tournée US en 1927, sa rencontre avec Gershwin et surtout la maladie qui toucha le compositeur à la fin de sa vie, où il fut selon une autre belle formule de J. Echenoz, « un peu absent de lui-même ». Cet exercice de style, pastiche brillant, qui faisait revivre le compositeur sur le Cd, est ce soir, une variation selon l’instinct et l’instant, d’un pianiste dont les doigts courent sur les touches, au gré de sa fantaisie et d'une mémoire qu’il a vive. Ce n’est plus exclusivement du Ravel (Concerto en sol « conçu non pas pour le piano mais contre lui », « Ma Mère l’Oye », le ressassé « Boléro » dont le succès surprenait Ravel lui-même, vu sa facture)… Beethoven, Bach, Gershwin, entrent dans la danse. Il est revigorant d’entendre ce récital emlerien au sein d’un festival de jazz. Mais peut-on aimer le jazz sans vibrer à Ravel ?

Vient ensuite le Supersonic de l’altiste Thomas de Pourquery (vainqueur d’un tremplin eh oui, il a obtenu le 1er Prix d’orchestre et de soliste à la Défense, en 2002 avec le tromboniste Daniel Zimmermann). Qu’il s’essaie au chant en croonant, anime la fanfare Rigolus, soit sideman de n’importe quelle formation, il est repéré. Jusqu'à se lancer à jouer au cinéma cet été. Qui sait?

Donc, ce n'est pas seulement pour sa grande barbe et ses rutilantes boots rouge, sa gentillesse évidente et son énergie débridée au saxophone qu'il se remarque. Il ne décevra pas ce soir encore, avec cette première formation en leader qui « visite » SunRa, sans refaire le show du Sun Ra Arkestra, compositeur psychédélique, icône de la musique électronique, pionnier de l'afrofuturisme, explique le saxophoniste.

Un équipage solide et vibrant pour cette embardée dans l’espace, avec des soufflants aussi originaux qu’énergiques qui, suivant le leader, chantent aussi. Une musique d’influence, si ce n’est sous influence, illuminée par le jazz déjanté et mystique de Sun Ra, irrigué de rock et de blues. Sans pour autant suivre la philosophie très singulière de Sun Ra, TdP prône un amour universel qui n’a rien de mièvre, qui prend toute sa force sur scène quand il est servi par des musiciens aussi brillants. Si le batteur Edward Perraud est insurpassable dans sa gestuelle ébouriffante, fougueux, impatient et toujours bondissant à la façon d’un Keith Moon sur des tempi enflammés, le trompettiste bugliste Fabrice Martinez (découvert, pour ma part, en remplaçant de Laurent Blondiau dans un concert du Méga à Jazz à la Tour d’Aigues en 2010), est incroyable. Puissant et souple, élégant, quand il s’arcboute, le son se projette haut dans le ciel avignonnais. Au lieu des 25 membres du vaisseau, au son free orchestral de l’original, ils ne sont que six dans cette troupe, à embraser le cloître avec des compositions free ou lancinantes comme « Slow Down » et surtout ce « Simple forces ». TdP s’en tire admirablement en réussissant à faire chanter le public, ce qui n’est jamais gagné. Tous adhèrent à  ce cosmic jazz : s’il n’y a pas beaucoup d’étoiles dans le ciel du cloître, la nuit remue et un vent libérateur est venu rafraîchir un public qui apprécie un certain sens de la transe, de la mélodie et d’un jazz vif, un engagement authentique. On se laisse volontiers emporter par une déferlante aussi réjouissante. Un moment de grâce tant musical que climatique, la canicule ayant momentanément abandonné le terrain. Est-ce un signe ? On voit surgir, à la fin du concert, dans les ailes du cloître, alors que TdP tombe dans les bras de son pote Andy, tous les bénévoles, heureux de manifester leur plaisir; ils scellent pour moi la fin de ce festival, puisque je n’assisterai pas au dernier concert, celui du Robert Glasper Experiment.

La petite histoire du festival continue de s’écrire, Avignon reste un lieu d’ouvertures, de passages, toutes frontières abolies. Le Tremplin Jazz poursuit l’aventure lancée par ces passionnés de jazz, soutenu par une vaillante et résistante équipe de bénévoles, des plus fidèles, que l’on retrouve chaque année avec plaisir. Et qui fait tourner le tremplin et le festival. Que ce soit la dynamique team du bar où officient Cyril et Jean Charles (« le bar est ouvert »), les trois formidables et infatigables chauffeurs, Dominique, Patrick et Serge qui convoient musiciens, groupes du tremplin et jury à n’importe quelle heure. Ou encore les photographes Sylvie Azam, Jean Henri Bertrand, Claude Dinhut et Marianne Mayen (photos de l'article) , sans oublier Jeff Gaffet, l’homme-orchestre, chargé de production, toujours sur le pont, disponible et de bonne humeur. Souhaitons à cette manifestation sensible de se renforcer et de garder longtemps une place méritée dans le paysage du jazz hexagonal.

Sophie Chambon

 

Sam Comerford ( Thunderblender)  Prix d'interprétation

Sam Comerford ( Thunderblender) Prix d'interprétation

Own your bones Jonas Engel (sax alto) et Sébastien Gilles (sax tenor)

Own your bones Jonas Engel (sax alto) et Sébastien Gilles (sax tenor)

Repost 0
Published by sophie chambon - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article
28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 18:39

Seconde et dernière semaine pour la programmation jazz du festival.

Lundi 24 juillet, le saxophoniste Christophe Panzani faisait revivre, sur scène, l'aventure du disque «Les Âmes perdues», où il avait dialogué en musique, à leur domicile et sur leur instrument personnel, avec sept pianistes. Trois d'entre eux, Yonathan Avishai, Édouard Ferlet et Tony Paeleman, se sont prêtés au jeu de la scène, avec un piano de concert et un piano droit, pour raviver ce beau moment d'intimité musicale.

.

 

     (photo David Abécassis)

Le lendemain le trio Das Kapital administrait une belle leçon de vitalité musicale, entre mémoire de l'héritage jazzistique et dérives transgressives : densité musicale, humour et chaleur communicative étaient au rendez-vous, le tout magnifié par les exceptionnels talents de solistes de chacun.

.

 

(photo David Abécassis)

Le mercredi 26 juillet, le pianiste Yaron Herman donnait en trio, avec grand renfort de technologies diverses, une belle version du programme de son disque « Y » paru voici quelques mois chez Blue Note. La version de scène offre plus d'espace à l'improvisation, à l'expression personnelle et à l'approfondissement musical du matériau thématique : un vrai beau moment de musique.

.

 

Et pour conclure, le jeudi 27 juillet, le saxophoniste Émile Parisien (qui, arrivé avec une journée d'avance, était venu la veille se joindre au rappel de Yaron Herman) nous a offert une magnifique apothéose avec son quartette, en état de grâce, et avec une musique exigeante, pleine de surprises et de détours inattendus. Le très nombreux public, pour qui cela n'était pas forcément conforme à l'idée qu'il se fait du jazz, a adhéré avec chaleur à cette belle proposition artistique.

Xavier Prévost

 

Ces concerts seront diffusés sur France Musique à la rentrée :

Christophe Panzani le 22 septembre à 18h dans l'émission 'Open Jazz'

Das Kapital le 11 novembre à 19h dans l'émission 'Le Jazz Club'

Yaron Herman le 15 septembre à 18h dans l'émission 'Open Jazz'

Émile Parisien le 29 septembre à 18h dans l'émission 'Open Jazz'

Repost 0
Published by Xavier Prévost - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article
24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 17:38

 

Après 7 jours de concerts, voici ce que l'on peut retenir de la première livraison des concerts de jazz qui se déroulent quotidiennement, et depuis 1986, dans le cadre de ce festival à dominante classique (mais pas que....)

L'Amphithéâtre du Domaine d'O accueille dans son vaste lieu de plein air de quelque 1800 places ces concerts quotidiens de 22h, précédés à 20h30 d'un avant-concert (mais concert quand même !) qui se déroule sous la pinède, en contre-haut de l'Amphithéâtre, et accueille des groupes de la région. 

Depuis 2005 (avec une pause en 2010 où les concerts retournèrent à la Cour des Ursulines en raison de mésententes politiques locales....) les concerts sont accueillis dans ce grand espace en gradin qui, malgré sa taille, assure une vraie relation de proximité entre la scène et la salle (les artistes en attestent régulièrement).

La première soirée, le lundi 17 juillet, accueillait le Kelin-Kelin' Orchestra, co-dirigé par la saxophoniste Jean-Jacques Élangué et la batteur Brice Wassy, deux musiciens de la scène parisienne, issus du Cameroun, et qui fédèrent autour d'eux la diaspora africaine et antillaise, avec un renfort états-unien de Paris et périphérie. Musique dense et joyeuse, qui mêle un jazz richement arrangé (et joué par une belle section de souffleurs) avec les musiques d'Afrique de l'Ouest. 

Le 18 juillet la grande scène accueillait le chanteur Kevin Norwood, né en Avignon et désormais Marseillais, qui chante une musique originale, et des textes en Anglais dictés par ses racines familiales, avec un sens de l'expression, de la nuance et du jeu collectif qui emporte l'adhésion. Le lendemain la scène accueillait, en solo, le pianiste Bruno Ruder, dans exercice de haut-vol qui mêlait compositions et improvisations, à un niveau musical et pianistique qui laissèrent le chroniqueur pantois.

photo David Abécassis

Puis ce furent le batteur Antonio Sanchez, avec un suite très bien contruite, et servie par des solistes impeccables ; et le trio du batteur luxembourgeois Jeff Herr, dans une véritable défi (surmonté avec éclat) qui consiste à tenir le public en haleine durant 90 minutes en trio saxophone-contrebasse-batterie.

photo David Abécassis

Le guitariste Hervé Samb, avec le renfort du saxophoniste Olivier Temime, a fait briller de mille feux les liens entre le jazz et l'Afrique ; et enfin, le dimanche 23 juillet, le trio de pianiste cubain Alfredo Rodriguez, lequel a conquis le public (mais a laissé sur sa faim le chroniqueur) avec un jazz qui fait la part belle aux sources généreuses de la musique latine. Une belle première mi-temps en somme. La seconde à suivre dans quelques jours.

Xavier Prévost

 

Les cinq premiers concerts étaient en direct sur France Musique (liens de réécoute ci-dessous)

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-montpellier/kelin-kelin-orchestra-en-direct-de-l-amphitheatre-du-domaine-d-o-le-17-juillet-2017-35439 

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-montpellier/kevin-norwood-quartet-en-direct-de-l-amphitheatre-du-domaine-d-o-montpellier-2017-35453 

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-montpellier/bruno-ruder-au-piano-joue-son-nouvel-album-lizieres-l-amphiteatre-d-o-montpellier-2017-35467 

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-montpellier/antonio-sanchez-migration-l-amphiteatre-du-domain-d-o-montpellier-2017-35481 

https://www.francemusique.fr/emissions/jazz-montpellier/jeff-herr-corporation-revisitent-jimi-hendrix-david-bowie-ou-les-beatles-l-amphitheatre-d-o-montpellier-2017-35495 

Les autres concerts seront diffusés ultérieurement (dates ci-après)

Hervé Samb le 4 novembre à 19h dans l'émission 'Le Jazz Club'

Alfredo Rodriguez le 7 octobre à 19h dans l'émission 'Le Jazz Club'

Repost 0
Published by Xavier Prévoost - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article
14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 00:10

Segré-en-Anjou bleu, rendez-vous des fans de la note bleue
Jean-Louis Lemarchand

 

@jean-Louis Lemarchand


Voilà une commune qui justifie à double titre sa couleur. Située au nord-ouest d’Angers, Segré a pris cette année l’appellation Segré-en-Anjou bleu, à l’occasion du regroupement de quinze communes, pour rappeler son attachement à cette ardoise réputée, richesse de la région et baptisée or bleu. En même temps, Segré est devenue un point de rencontre estival réputé des amateurs de la fameuse note bleue. Ils étaient quelque dix mille festivaliers –davantage que la population de la commune hôte !- pour la 8ème édition de Saveurs jazz festival (6-10 juillet) qui accueillit des têtes d’affiche, Herbie Hancock, Youn Sun Nah, habitués des festivals-mammouths (Nice, Vienne, Marciac) mais aussi des artistes prometteurs ayant accès à un nouveau public (le guitariste Pierre Durand, le pianiste Gauthier Toux, le batteur Damien Schmitt). C’est là l’une des spécificités de Saveurs jazz festival, premier né du réseau Spedidam , qui compte aujourd’hui  14 festivals dans l’hexagone dont quatre dédiés au jazz. « Nous entendons favoriser l’expression de la diversité du jazz français », souligne ainsi le programmateur dès sa 1ère édition, le trompettiste Nicolas Folmer. Programmé en 1ère partie, Pierre Durand a ainsi pu bénéficier du public-record (1200 personnes) attiré par Herbie Hancock.  Et chaque après-midi, en accès libre, les fans de jazz ont eu droit, dans le Parc de Bourg-Chevreau, à un plateau de groupes qui font les belles soirées des clubs parisiens (Samy Thiébault, David Chevallier, Manuel Rocheman…). L’ancrage local constitue également un point fort du festival avec des actions de découverte et promotion du patrimoine artistique, économique, et gastronomique couplées à des concerts délocalisés : exemple le 9 juillet à Pouancé , avec initiation matinale à la confection d’une tarte à l’ortie et prestation sur la place du Guesclin, à un jet de pierres d’un château-fort médiéval d’un trio angevin, le groupe Morse (saxo alto-basse-batterie) aux beaux accents West Coast. Cette implication locale se traduit au niveau financier : les collectivités territoriales contribuent à hauteur de 70.000 euros (30.000 pour Segré-en-Anjou bleu) pour un festival disposant d’un budget de quelque 400.000 euros. Cette édition  a bénéficié d’une contribution exceptionnelle de la Spedidam. Ainsi la société civile qui perçoit et distribue les droits des artistes-interprètes manifeste-t-elle son implication dans le jazz qui se traduit également par un accompagnement de quinze artistes (Ludovic Beier, Pierre Bertrand, Arielle Besson, Laurent Coulondre, Jimi Drouillard, Pierre Durand, Antoine Hervier, Régis Huby, Agathe Iracema, Didier Ithursarry, Jean-Marie Marrier, Emile Parisien, Damien Schmitt, Eric Séva et Auroire Voilque).

 

Repost 0
Published by Jean-Louis Lemarchand - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article
11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 07:33

@Jean Thevenoux

 


Il était tout sourire dimanche à 21.45 Herbie Hancock. Le ciel de Segré était orné d’un arc en ciel et les mille deux cent spectateurs en avaient vu de toutes les couleurs pendant 90 minutes. Au sortir du chapiteau bondé, chauffé à blanc, le pianiste oubliait ses 77 printemps, prenait le temps d’un selfie et trottinait. Le bus partirait dans la nuit pour Stuttgart où le pianiste-compositeur donnait ce lundi un nouveau concert à 19 h.
Il était attendu, le jazzman de légende. Sa première sortie française de l’été à la Seine Musicale de Boulogne le 29 juin, avait laissé une impression partagée, en raison d’une sonorisation envahissante. Herbie avait au  Saveurs Jazz Festival de Segré (Maine-et-Loire) retrouvé son état de grâce. Il a privilégié le piano acoustique sans pour autant négliger les envolées électriques (et maîtrisées au niveau sonore). Aux anges, mon voisin, le guitariste Pierre Durand, qui avait assuré, inspiré, la première partie, confiait son admiration pour la capacité de l’artiste à perpétuellement se renouveler.
La formation a été remaniée ces derniers temps avec l’arrivée du saxophoniste ténor Terrace Martin, très actif dans l’univers du rap, qui rejoint des compagnons habituels du pianiste, James Genus (saxophone ténor), Vinnie Colauiuta (batterie) et Lionel Loueke (guitare). Sur la scène, ce 9 juillet, ils étaient tout à l’écoute du boss et le groupe tournait comme une limousine bien rodée, prenant un plaisir manifeste à reprendre deux tubes planétaires du maestro, Cantaloupe Island (1964) et Actual Proof (1974).
« Le public français a toujours soutenu ma musique dans toutes ses facettes », nous déclarait en octobre 2010 Herbie Hancock au moment où il recevait les insignes de commandeur des Arts et Lettres des mains du Premier ministre. Le jugement est toujours d’actualité sept ans plus tard.
Jean-Louis Lemarchand

Herbie Hancock sera en concert ce mois de juillet à Vienne (12), Nice (17), Marseille (28) et Marciac (29).

 

Repost 0
Published by Jean-Louis Lemarchand - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article
1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 06:54

 

Pour la 36 ème édition de Jazz Sous les Pommiers, mon séjour à Coutances fût bref (48h), mais particulièrement intense !

A peine arrivé, sous un ciel clément et une chaleur estivale, j’entrais dans le théâtre pour un voyage tropical au cœur de la Colombie. Il ne manquait rien, la chaleur, les couleurs, les tambours, les danses, et les mélodies typiques, chantées avec beaucoup de ferveur et d’élégance par la grande Toto La Momposina, en très grande forme, malgré son âge (77 ans !).

Difficile de retrouver le sol ferme normand après ce voyage exotique où Toto nous a démontré une fois de plus son talent de chanteuse et de danseuse, se donnant à 100 %, sans montrer aucun signe de fatigue, devant un public conquis qui lui fît une belle ovation. L’air du fameux El Pescador dans la tête, je ne vis aucun poisson à attraper entre le théâtre et la Salle Marcel-Hélie, où un célèbre guitariste américain en pull marin attendait une salle comble et surchauffée. Pat Metheny, après un concert d’anthologie la veille à l’Olympia, avait décidé de faire plaisir au public de Coutances, nous précisant d’entrée qu’il aimait particulièrement jouer à Jazz Sous les Pommiers. Le concert fût immanquablement un des plus beaux et des plus intenses du festival, pendant plus de deux heures, le jeune sexagénaire Pat Metheny (et même sexygénaire, comme le mentionnait ma voisine !), au sommet de son art, nous a donné beaucoup de plaisir et procuré beaucoup d’émotion en revisitant de fond en comble son répertoire. Un « Pat Metheny Song Book » très impressionnant, qui se déploie sur 40 ans de carrière et qui était entièrement revu et corrigé, avec des arrangements spécifiques pour ce nouveau quartette réjouissant qui propose un jazz acoustique, élégant, et sophistiqué. Le pianiste anglais Gwilym Simcock, jouant uniquement du piano acoustique, est une véritable révélation par son jeu subtil et délicat. Il s’intègre parfaitement bien au groupe au sein d’une interaction musicale jamais prise en défaut. La contrebassiste malaisienne Linda Oh, découverte dans la formation de Dave Douglas, est très à l’aise rythmiquement et fort inventive d’un point de vue mélodique. C’est une excellente recrue pour Metheny, et enfin, inutile de vous présenter Mr Antonio « Birdman » Sanchez, le batteur mexicain au physique impressionnant qui joue avec Metheny depuis plus de 15 ans et qui allie avec bonheur une puissance démoniaque avec une délicatesse d’ange ! Au cours du concert, Metheny s’est amusé à intégrer des passages en duo avec chacun de ses musiciens, ce fût des moments particulièrement propices à l’improvisation et à l’interaction. De purs moments de musique intense et jouissive ! Sortant de la Salle Marcel-Hélie sur un nuage, je n’avais plus qu’à me laisser guidé vers le Magic Mirror où le trio du pianiste Rémi Panossian investissait les lieux avec beaucoup d’aisance, comme si les musiciens étaient chez eux. Un concert très agréable avec ce trio « moderne » qui lorgne un peu dans la direction d’E.S.T., mais en développant un univers original tout à fait singulier. Une musique attachante, servie par le talent de trois musiciens en osmose, dont le contrebassiste Maxime Delporte et avec une mention particulière pour le jeu de batterie impressionnant de Frédéric Petitprez !

Douze heures plus tard, dans ce même Magic Mirror, j’ai pu apprécier les trois groupes français programmés avec beaucoup d’intelligence et de clairvoyance  au sein de l’intitulé : « Scène Découverte ».  Le trio Ikui Doki, composé du saxophoniste Hugues Mayot, de la bassoniste Sophie Bernado et de la harpiste Rafaelle Rinaudo, revisite avec bonheur la musique française impressionniste du XX ème siècle (Debussy en tête) dans une logique jazzistique, c’est-à-dire vers une musique ouverte sur l’improvisation. Un très beau moment de poésie musicale chambriste ! Puis ce fût au tour de Post K d’investir les lieux, ce quartette impressionnant (Jean Dousteyer aux clarinettes, Benjamin Dousteyer aux saxophones, Mathieu Naulleau au piano et Elie Duris à la batterie), s’inspire du jazz des années 1920 en le dépoussiérant afin de proposer un jeu ouvert sur l’audace et le free. C’est original, euphorisant et totalement réussi !

Le groupe Awake (Romain Cuoq au sax, Anthony Jambon à la guitare, Leonardo Montana au piano, Florent Nisse à la contrebasse et Nicolas Charlier à la batterie) termine en beauté cette scène découverte avec cinq musiciens talentueux en parfaite harmonie autour d’une musique très bien écrite, lyrique et expressive.
Retour dans le théâtre de Coutances, où les concerts ont toujours une saveur particulière avec un public généreux et enthousiaste pour une création d’Airelle Besson qui achève ainsi sa troisième année de résidence à Coutances. Une création passionnante où la trompettiste s’est entourée de deux musiciens allemands particulièrement doués : le pianiste Sébastien Sternal (ancien élève de John Taylor et d’Hervé Sellin), aussi inventif au piano acoustique qu’au Fender Rhodes et le batteur Jonas Burgwinkel qui a stupéfait le public par la singularité de son jeu très sophistiqué. Des nouvelles compositions écrites spécialement pour ce trio où venait se greffer la comédienne sourde Clémence Colin qui proposait une lecture improvisée, chorégraphique et gestuelle, en langage des signes, en adéquation avec la musique du trio. Une belle leçon de poésie et d’humanité qui me fit prendre des ailes pour filer Salle Marcel-Hélie écouter le nouveau groupe de Youn Sun Nah pour la sortie de son nouvel album : « She Moves On ».  Notre chanteuse coréenne préférée était très émue de présenter ce nouveau répertoire et ce nouveau groupe à Coutances, première date d’une longue tournée qui se terminera le 13 août. Quatre musiciens américains l’entourent avec bonheur pour interpréter les excellentes chansons de ce dernier album (Jamie Saft aux claviers, qui a produit l’album, Clifton Hyde à la guitare, qui remplace Marc Ribot pour la tournée, Brad Jones à la contrebasse, et Daniel Rieser à la batterie). On retiendra l’impressionnante reprise de Jimi Hendrix (Drifting) avec le solo fougueux du guitariste Clifton Hyde, le Teach The Gifted Children de Lou Reed (inspiré du Take Me To The River d’Al Green), le très émouvant Black Is The Color Of My True Love’s Hair, et au final sa reprise de Jockey Full Of Bourbon de Tom Waits, issue de son premier album chez Act (« Voyage ») et réarrangé pour l’occasion avec ce groupe.

Quatre-vingt-dix minutes de bonheur intense et d’émotion à fleur de peau qui ne s’arrêteront pas là, car l’un des plus grands pianistes de jazz américain va investir dans la foulée le théâtre pour un concert mémorable (écoutable sur France Musique dans le podcast du « Jazz Club » d’Yvan Amar). Il s’agit de Fred Hersch, qui avec le contrebassiste John Hébert et le batteur Eric McPherson ont bouleversés le public de Coutances. Impossible de trouver un pianiste aussi habité, élégant, et lyrique, chaque morceau est un véritable joyau ciselé avec finesse et remarquablement sculpté par les trois musiciens, au même diapason et en parfaite cohésion. Les compositions de Fred Hersch sont lumineuses et profondes (Serpentine, Floating) et ses reprises particulièrement réjouissantes et émouvantes (For No One des Beatles ou We See de Monk). Enfin, n’oublions pas de mentionner les deux concerts promenades du vendredi matin dans des lieux idylliques, en plein air : le duo composé du trompettiste italien Luca Aquino et de l’accordéoniste Carmine Ionna, rejoint sur deux titres par Eric Truffaz et le trio magique du vibraphoniste David Patrois avec le saxophoniste Jean-Charles Richard et le batteur Luc Isenmann. Un festival réussi qui a apporté beaucoup de bonheur et d’émotions aux festivaliers, venus comme d’habitude fortement nombreux (la plupart des concerts affichaient complet !).

Vivement l’année prochaine pour une autre aventure où l’on attend avec impatience la résidence d’Anne Paceo !
 

Lionel Eskenazi

Repost 0
Published by Lionel Eskenazi - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article
11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 13:12

Pendant toute la journée s'était rejouée une version très libre de l'Arlésienne façon Daudet. Non qu'il se fût agi d'un amour désespéré pour un personnage que l'on ne voit jamais, dans la nouvelle comme dans la pièce, mais parce que l'héroïne du jour à Jazz in Arles, la pianiste Sylvie Courvoisier, était perdue dans les interconnections aérienne à Francfort pour cause de retard de l'avion qui la menait de New York jusque là. Tout le problème résidait dans ce qu'il fallait qu'elle vînt jusqu'à nous pour la première date (et la seule française) de sa tournée européenne. A trois reprises dans la journée le directeur artistique du festival, Jean-Paul Ricard, a fait l'aller et retour d'Arles à Marignane, pour enfin accueillir la pianiste et son contrebassiste à l'aéroport. C'est vers 19h15 qu'ils sont arrivés pour l'indispensable balance qui permet d'affiner la qualité de la sonorisation. Le batteur, Tomas Fujiwara, était déjà sur place : il remplaçait au pied levé Kenny Wollesen, retenu aux États-Unis au chevet de sa mère mourante. Et vers 21h, avec à peine trente minutes de retard, le concert pouvait commencer.

Le trio pendant la balance

 

SYLVIE COURVOISIER TRIO

Sylvie Courvoisier (piano), Drew Gress (contrebasse), Tomas Fujiwara (batterie)

Jazz in Arles, Chapelle du Méjan, 10 mai 2017, 21h

 

Le répertoire mêle les thèmes du CD «Double Windsor» (Tzadik, 2014, avec Drew Gress et Kenny Wollesen) et de nouvelles compositions. Le concert commence avec La Cigale, thème segmenté, abrupt, dont le développement se résout en escapades cursives, swinguantes et émaillées de surprises, comme le jazz les aime. Puis vient Double Windsor, très représentatif aussi de l'approche spécifique de la pianiste, avec une pluralité de séquences, des changements de rythme, de tempo et d'atmosphère. Le dialogue est intense, tendu, le batteur attise le feu vibrant, et si dans un intermède lent à l'archet Drew Gress offense légèrement la justesse, on lui pardonne : il se réaccordera  avec soin avant la pièce suivante laquelle, d'inspiration sérielle, nous fait aborder d'autres rivages musicaux. On revient ensuite plus explicitement en terre de jazz, mais avec une cascades de ruptures qui n'altèrent nullement la continuité du discours : le tempo est là, sous-jacent, tapi dans l'ombre des écarts. Sylvie Courvoisier gère magnifiquement ce jeu sur le discontinu, enraciné dans le jazz moderne au cours de ses métamorphoses (Monk, Herbie Nichols, Cecil Taylor....). Après une nouvelle composition, Sylvie Courvoisier nous propose Éclats for Ornette, une pièce qu'elle avait enregistrée dans l'album «Crop Circles», en duo avec Mary Halvorson, en août 2016, deux mois après la mort du saxophoniste : un très vif hommage, qui rappelle ce jazz vif qui comblait le regretté Jean-Pierre Moussaron. Le concert se poursuit, près de se conclure, avec une improvisation de la pianiste jouant dans les cordes, et percutant le cadre du piano, avant d'être rejointe par ses partenaires pour une libre escapade qui évoluera vers ce tempo cursif où se rejoignent tous les jazz(s). Et la conclusion viendra, toujours sur des propositions musicales très ouvertes, et ce mouvement d'oscillation si particulier entre les protagonistes : ce n'est pas une oscillation pendulaire, un attracteur externe semble perturber le jeu ; qu'elle se nomme hasard ou désir, ou encore une subtile combinaison des deux, cette étrange force issue du dehors semble détenir l'ultime secret de cette musique, aussi singulière qu'enthousiasmante.

Xavier Prévost

 

Le trio est en tournée : Autriche, Pologne, Allemagne, Suisse et Belgique. Près de nos frontières, il jouera le 16 mai à Gand, et le 19 mai à Lausanne, ville natale de Sylvie Courvoisier.

Repost 0
Published by Xavier Prévost - dans Compte-rendus de concerts
commenter cet article

  • : les dernières nouvelles du jazz
  • les dernières nouvelles du jazz
  • : actualité du jazz, chroniques des sorties du mois, interviews, portraits, livres, dvds, cds... L'essentiel du jazz actuel est sur les DNJ.
  • Contact

Les Dernières Nouvelles du Jazz

Chercher Dans Les Dnj

Recevoir les dnj