Emile Parisien Vincent Peirani
Living Being / Belle Epoque
Deux films de Gilles Le Mao et Geoffroy Lachassagne
1DVD LA HUIT
138mn Stéréo
En deux films, adoptant le même dispositif (entretien avec les musiciens et concert retransmis), nous est présenté le travail de l’accordéoniste Vincent Peirani en quintet pour Living Being, sorti sur le label ACT en 2015 et en duo avec le saxophoniste Emile Parisien pour Belle Epoque en 2014.
Dans le premier film, chaque musicien s’exprime sur la façon dont le groupe fonctionne en tant que « living being » justement, organisme vivant qui cherche, transforme le matériau proposé. On assiste à une répétition de caractère plutôt « bon enfant » où le leader, grand escogriffe de plus de 2m qui joue assis et pieds nus, dirige son groupe en réorientant les interventions selon la partition qu’il a composée « à la table ». Il se méfie en effet des automatismes dus à sa pratique de l’instrument et propose une trame que chacun peut modifier, dans une certaine mesure. C’est bien un travail d’ensemble où l’on assiste à la « fabrique » de la musique : on suit le travail sur « Suite à 5 »où le batteur Yoann SERRA montre comment en gardant un jeu de cymbales jazzy, il joue des coups simples, épurés aux baguettes. Emile Parisien, seul instrument acoustique, avoue sa chance de pouvoir « chanter » avec son saxophone, jouant les mélodies sur un tapis rythmique complexe et pourtant suffisamment fluide.
La caméra suit ensuite le concert en variant plans d’ensemble et gros plans, attentive aux jeux des mains sur les cordes ou les touches.
Des compositions diverses retiennent l’attention comme la reprise de Jeff Buckley « Dream Brother » de Grace, ou le « Working Rythm » très groovy.
Enregistrement au théâtre Simone Signoret de Conflans-Ste Honorine.
Avant de filmer le duo accordéon/soprano lors du concert du 7 mai 2015 au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses, chacun évoque sa rencontre initiée, une fois encore, par le batteur Daniel Humair en 2009 avec le quartet de DH, au festival Jazz au fil de l’Oise. Visiblement, l’accordéoniste qui confesse un tempérament inquiet, n’était pas très rassuré à l’idée de cette collaboration. Emile Parisien est connu pour un engagement très fort, une gestuelle très dansante et une certaine originalité. Avait-il quelque crainte d’être bousculé dans ses habitudes ? On aperçoit quelques extraits de ce concert avec un batteur aux anges, car la collaboration a magnifiquement fonctionné.
Pour le saxophoniste, les choses paraissent plus évidentes et il insiste sur cette formidable chance de créer un univers sonore à 2 pour ce projet Belle Epoque qui devait s’inspirer au départ des compositions de Sydney Bechet. Les 2 musiciens d’abord réticents, se sont mis au travail, ont découvert l’évolution de style de ce musicien extraordinaire, et ils ont su intégrer des morceaux dans leur histoire déjà existante. Ainsi ils arrivent à s’approprier les thèmes « Temptation Rag », Egyptian Fantasy», « Song of the Medina » pour finir sur « Dancers in love » de Duke Ellington. En modifiant les orchestrations, croisant leurs sons, leur collaboration s’inscrit dans la tradition tout en la renouvelant. A moins que Belle Epoque ne se comprenne autrement, à savoir, comment ces deux musiciens récompensés de tous les prix possibles, arrivent à imprimer leur marque et à jouer à leur façon très singulière, expressive, débordant d’énergie et d’invention, chantant littéralement une musique résolument populaire, issue autant du jazz que du classique et du contemporain. Ce duo est représentatif de la scène jazz française et ce film le montre bien.
Enthousiasmant !
Sophie Chambon






La liberté d’expression n’est-elle pas une vertu cardinale du jazz ? On ne s’étonnera pas que Reporters sans frontières ait choisi le jazz comme thème central pour un album de photos dédié à la liberté de la presse. Couvrant toute l’histoire du jazz, ce reportage présente sous la signature des photographes de Magnum Photos –au premier rang desquels Guy Le Querrec (dont la couverture avec Miles Davis à Pleyel en 1969), mais aussi Philippe Halsman, Robert Capa (un seul cliché) et l’extraordinaire collection de Frank Driggs- le gotha des musiciens : Armstrong, Parker, Ellington, Holiday, Fitzgerald, Portal, Shepp, Hawkins, Rollins… Que des photos en noir et blanc révélant la personnalité des artistes sur scène, dans les loges, dans leurs chambres d’hôtel, servies avec des légendes précises. A signaler aussi des textes dus à Toni Morrison, Jacques Gamblin, Francis Marmande, Jean-Pierre Marielle et (remis quelques jours avant son décès) Michel Butor.
09 Joëlle Léandre. Une constante chez la contrebassiste aujourd’hui encore au moment où ses maisons de disques célèbrent ses 40 ans d’un parcours jamais rectiligne. Inclassable, entre jazz et musique contemporaine, improvisatrice permanente. « Quand tu improvises, tu ne penses à rien. Plus tu as la tête vide, plus l’improvisation est réussie », disait-elle aussi à l’époque. Un dernier exemple en est donné avec cet enregistrement réalisé dans un de ses lieux préférés, le théâtre Dunois, à proximité de la gare d’Austerlitz, voici trois ans. Sur scène, Joëlle Léandre retrouvait un autre as de l’impro, le pianiste Benoît Delbecque, spécialiste du piano préparé, et le beat-boxer etatsunien Carnage « The Executioner », partenaire de la rappeuse Desdamona dans le groupe hip-hop de Minneapolis Ill Chemistry. Une rencontre inédite entre plusieurs mondes où chacun, relève dans le livret de présentation Stéphane Ollivier, « en consentant à se déplacer sur le territoire de l’autre, fit ce trajet hors de soi, sans quoi aucune vie commune n’est possible ». Là est l’esprit, la conviction profonde de Joëlle Léandre qui se manifeste à son zénith sur scène où, comme le remarquait Xavier Prévost, témoin de son concert en duo au récent festival de Nevers le 8 novembre, « la force d'expression passe la rampe ». Vous l’avez compris, il ne faut pas manquer ce corps à corps de Joëlle Léandre avec sa contrebasse.
