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11 février 2026 3 11 /02 /février /2026 21:28


Pierre de BETHMANN (piano), Nelson VERAS (guitare) et Sylvain ROMANO (contrebasse).
Studio Recall, Pompignan, 27-28 juillet 2022.
Aléa/Socadisc.
Paru le 23 janvier.
En concert au SUNSIDE (75001) les 12 et 13 février.


     Dix ans déjà ! Pierre de Bethmann s’est lancé en 2015 dans une aventure musicale en format classique, le trio, avec pour objectif, pour mission, le travail sur des airs classiques, au sens où ce sont des mélodies entrées dans la mémoire collective.


     Une approche tous terrains, concernant aussi bien -si l’on se réfère aux cinq volumes déjà publiés- Gabriel Fauré, Haendel, Gainsbourg, Tony Murena, Charles Trenet que les compositeurs de jazz.
     Cet art de s’approprier ces airs connus, ces standards, fut salué dès le premier album dans ces colonnes par Xavier Prévost : « on dira que c’est le propre des vrais jazzmen que de faire d’aussi fécondes transformations et l’on aura raison ».


     Le pianiste est resté fidèle au trio- initialement formé avec le contrebassiste Sylvain Romano et le batteur Tony Rabeson -mais dans les deux derniers volumes d’Essais (les 5ème et 6ème), ce dernier est remplacé, au pied levé, par le guitariste Nelson Veras. Le son en est naturellement modifié, mais la vision n’a pas changé. Le trio traite avec sensibilité huit compositions signées Andrew Hill, Tom Jobim, Alain Jean-Marie, Victor Young, Clare Fischer, Keith Jarrett, Joni Mitchell, Benny Golson. Un éclectisme de bon aloi qui offre à entendre des titres inoxydables (Stella By Starlight, Along Came Betty) et permet de redécouvrir des pianistes magnifiques (Andrew Hill, Clare Fischer).


     « Le swing m’a touché à vif », confie Pierre de Bethmann dans une interview à Jazz Magazine de février (entretien à suivre) où il évoque ses jeunes années (le clavier dès 6 ans pour une formation classique, l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris, et le déclic à la Berklee School de Boston). Ce sixième volume des Essais vient nous en apporter une nouvelle preuve, sonnante (et pas trébuchante).
Un album vivement conseillé !

 

Jean-Louis Lemarchand.
   

 

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27 janvier 2026 2 27 /01 /janvier /2026 07:15
HUGO LIPPI                  OLHA   MARIA

Hugo Lippi          Olha Maria

 

Label For Musicians Only/ Distribution -Intégral Pias

 

 

 

Sortie le 23 Janvier 2026.

Concert de sortie de l'album le 10 mars à 20h30 au Studio de l’Ermitage (Paris 20ème).

 

 

Stéphane Belmondo (tp)
Gael Rakotondrabe (p)
Laurent Vernerey (b)
Denis Benarrosh (dm)
Hugo Guezbar (g)

 

 

 

Sorti sur le label For Musicians Only et Caramba Records, Olha Maria nous fait entrer dans les souvenirs et bonheurs d’écoute d’un des très grands guitaristes de la scène française Hugo Lippi. Il ne s’arroge que deux titres sur les onze de l’album, préférant jouer des compositions qu’il a aimées, recréer la vibration d’une époque, trouvant, avec le CBE de la rue Championet à Paris, inauguré en 1966, « année mirifique » selon Antoine Compagnon, le studio idéal. Fidèle aussi  à l’esprit de certains labels des seventies comme CTI de Creed TaylorSe dessine ainsi le portrait d’un musicien exigeant et discret, conscient d’un certain engagement artistique.

 

Coup au coeur assuré dès le premier titre, le mélancolique « Still Crazy after all these years » du formidable songwriter Paul Simon.

Mais l’heure n’est pas à la seule nostalgie : entraîné par la rythmique souple mais assurée de ses complices Laurent Vernerey et Denis Benarrosh, habiles à le suivre et à donner une chair supplémentaire à la mélodie, Hugo Lippi vire sur le versant rock avec la reprise de la chanson de Donald Fagen (cofondateur de Steely Dan) en 1972 « Do it again ».

 

N’ayant pas peur de s’attaquer à des chansons passées dans la mémoire collective comme « l’Hymne à l’amour » de Marguerite Monnot que Piaf immortalisa, le guitariste accompagne avec une exquise légèreté Stéphane Belmondo au bugle, plus fragile qu’à l’ordinaire.

Le disque s’envole vers la mitan de l’album avec la reprise du génial Freddy Hubbard « Little Sunflower » (1973) créé sur le label CTI justement  : sur un rythme chaloupé, la trompette et la guitare dansent un hymne au soleil, avec une grâce suspendue aux fines notes d’un piano et d’une guitare cristallines.

Les recréations choisies et montées avec soin voyagent d’un style à l’autre avec aisance, dans une légereté et sûreté de phrasé. Libre à celui qui écoute de se lover dans ce nuancier émotionnel sur l’un des versants, rêve éveillé au fil de la mélodie ou groove dynamisant sud-américain. Les titres s’enchaînent dans une diversité joyeuse, Hugo Lippi sait faire le lien, sans perdre de cohérence. Cela fait beaucoup de modèles, sans oublier Django dont il a revisité dans un disque antérieur l'inoubliable "Manoir de mes rêves", Hugo Lippi s’inscrit dans une belle lignée et parvient à dégager un style singulier qui le fait reconnaître très vite.

 

Prix Django Reinhardt 2020 de l’Académie du Jazz, Hugo Lippi n’est que le sixième guitariste à être décoré depuis sa création en 1954. Il mérite cette reconnaissance car il nous livre en toute simplicité un véritable récital de guitare, de Wes Montgomery dont il reprend avec un autre guitariste Hugo Guesbar « Up And At It » dans l’esthétique vintage de l’époque à Jim Hall ou Kenny Burrell. Un guitariste dont les doigts agiles se baladent sur sa gratte, pas vraiment soucieux des effets de pédale et divers trucs électroniques. "Les mélodies qui marchent, ce sont celles que l’on peut jouer a cappella sans accompagnement harmonique".

D’un éclectisme de bon aloi, il nous livre une toute petite pièce qui swingue « Alley Cats » mais il n’a pas peur d’enchaîner avec l’un des tubes de la grande prêtresse de la pop anglaise le « Babooshka » de Kate Bush (1980).

Il a su s’entourer d’un pianiste rare que l’on découvre, soutien constant, portant le disque jusqu’à la fin, Gaël Rakotondrabe. Avec le  don précieux de savoir finir un album en beauté sur le standard « But Beautiful  » de Jimmy Van Heusen où guitariste et pianiste unissent leur chant lyrique, poétique, discrètement nostalgique. L’heure est à la douceur des souvenirs estompés par le temps, à leur recomposition. Mais la réminiscence est tendre, lumineuse (« Spolete »), Hugo Lippi et ses complices préservant fraîcheur et mystère. Un album régénérant en ces temps violents, à déguster comme il se doit.

 

Sophie Chambon

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23 janvier 2026 5 23 /01 /janvier /2026 06:43
Marc BENHAM              TRICÉRATOPS


 

 

Marc Benham   Tricératops

Sortie le 23/01/26 Pegazz & l'Hélicon / Inouïe Distribution.


Opuscule - YouTube


 

Quel plaisir de retrouver un musicien que l’on avait apprécié dans ce Gonam City de 2018, un duo poétique de reprises de standards autant que d’improvisations libres avec Quentin Ghomari (le trompettiste de Papanosh entre autres).

On retrouve cette fois le pianiste en trio, sans contrebasse, emmené par l’excellent producteur Daniel Yvinec dans ce Tricératops, épatant album de dix titres à l’instrumentation originale orgue-piano/trombone (Fidel Fourneyron) / percussions (Jean-Emile Biayenda).

Pas besoin d’aller plus loin pour être assurés d’un résultat élégant, humoristique ( le triceratops est l’un des derniers dinosaures du crétacé supérieur ) où surgit la fraîcheur du chant avec, sur trois pistes un trio de voix féminines dans toutes les tessitures (Célia Tranchand-soprano, Laurence Ilous-mezzo, Léa Castro-alto).

Marc Benham aime la fantaisie, l'inattendu qu’il déploie toujours avec subtilité. Il joue et déjoue la mélodie, fort d’une maîtrise des divers répertoires et de son habileté dans l'instant improvisé. Martial Solal lui reconnaissait toutes ces qualités : technique, feeling, sens harmonique et invention mélodique. Une virtuosité jamais démonstrative mais imparable.

Quand il s’attaqua à l'univers de Fats Waller en 2016 avec le réussi Fats Good, il réussit à se l’approprier avec une fougue respectueuse. Dans Tricératops qui contient huit de ses propres compositions, il continue à revisiter les grandes pièces du répertoire, comme le chef d’oeuvre de Duke « In my Solitude » dans un esprit tout autre avec le soutien incomparable du trombone qui étire le thème, déraillant et comme défaillant avec une sourdine mélancolique. Il détourne encore volontiers Couperin avec malice. Ce ne sont plus Les Barricades Mystérieuses déjà reprises sur un album précédent mais « Le Dodo ou l’amour au berceau »-rien à voir avec le volatile disparu, une berceuse cristalline au doux fredon susurré, inspirée des Trois pièces pour clavecin. Un enchantement qui finit en beauté l’album de ce drôle d’animal.
On sent une énergie frémissante dans ces échanges, une belle interaction dans les improvisations complices et instantanées. Le trombone assurément ne manque ni de force, ni de délicatesse. Ces deux-là savent brosser tout un arrière-pays dans des tonalités sourdes, douces et introspectives dans le diptyque printanier à l’orgue Hammond « Frühling ». Mais ils se permettent aussi de décoller tambour battant dans des envolées qui swinguent tout naturellement « Cioran Boogaloo », virevoltent en stride joyeux, coulissant et growlant de bon coeur. Avec une habileté dans les relances, des improvisations libres à deux ou à trois, ces alchimistes sonores explorent toutes les textures avec ou sans sourdine, effets de moog, jouets et appeaux.

Une étrange familiarité s'installe dès la première écoute malgré des changements de caps incessants. Influencé autant par James.P. Johnson que par Sun Ra, le « strideman spatial » qu’est Marc Benham, dans ce contexte organique et décloisonné, porte très haut avec ses complices un jazz éternel qui pulse, exulte. Avec cet album spontané, sans perdre ses repères, ce nouveau trio devrait durer, continuer à imprimer sa marque, osant toujours bifurquer pour de nouvelles aventures .

Sophie Chambon

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20 janvier 2026 2 20 /01 /janvier /2026 16:59

Enregistrement de 2021 à 2023.
Double CD et livret de 100 pages (français-anglais).

nato/Bigwax. Paru le 9 janvier.


     C’est l’histoire d’une rencontre entre une musicienne d’aujourd’hui, la clarinettiste Catherine Delaunay et un écrivain anarchiste à cheval sur les deux siècles passés, Octave Mirbeau (1848-1917), auteur prolixe (‘La grève des électeurs’, ‘Le journal d’une femme de chambre’, ‘Les 21 jours d’un neurasthénique’, ‘Les affaires sont les affaires’…).

     Tout commence aux Damps, village normand proche de Rouen où l’artiste bretonne s’installe et découvre que l’auteur y vécut de 1889 à 1893. Catherine Delaunay monte un projet ambitieux, raconter l’histoire de cet écrivain qualifié par Apollinaire de « seul prophète de ce temps ». C’est donc une suite musicale qui nous est proposée où alternent lectures d’extraits d’Octave Mirbeau (portant sur des engagements politiques, des critiques sociales, sociétales et son admiration pour Pissarro, Monet, Gauguin) et compositions de Catherine Delaunay évoquant les combats et passions de cet auteur si particulier.
 


     Pour ce faire, la clarinettiste a invité des comparses de longue date à commencer par le saxophoniste Pascal Van den Heuvel, mais aussi Hélène Labarrière, Jacky Molard, François Corneloup, Laurent Dehors… et même une fanfare locale, la Fanfare des Chaussonniers.

     Cela nous donne une œuvre foisonnante, passionnante, fruit du travail du producteur Jean Rochard (qui publie ici son huitième album avec Catherine Delaunay) et un hommage à un écrivain engagé quelque peu oublié. On lira avec attention le livret de 100 pages, comprenant notamment des textes de Pierre Michel, universitaire et président des amis d’Octave Mirbeau et de nombreuses illustrations.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

Catherine Delaunay (clarinette) et Pascal Van den Heuvel (saxophone baryton) présenteront l’album le 22 janvier à 18h30 à Souffle Continu 20-22 rue Gerbier. 75011.

 

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13 janvier 2026 2 13 /01 /janvier /2026 11:33

 

 

David Chevallier (guitare), Sébastien Boisseau (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie)

Saint-Sébastien-sur-Loire (Loire Atlantique) , février 2025

Yolk Records J 2102 / l’autre distribution & Believe

 

Troisième CD de ce trio (il y en eut d’autres, avec invités), trio créé en 2013, et ici l’éclatante confirmation d’une complicité musicale féconde sur des thèmes très variés, composés par le guitariste, qui affichent inspiration, sinuosité, et une forme de complexité qui laisse toujours place à l’expression individuelle et collective. La guitare chante jusqu’à l’extrême tandis que la basse propulse et commente, et que la batterie tire des salves qui, loin de briser l’équilibre, le propulsent sur d’autres espaces, voire vers une forme d’apesanteur. À chaque instant il se passe quelque chose dans cette musique, sans qu’à aucun moment la cohérence interne ne faiblisse. La guitare semble être le premier plan, et pourtant l’évidence du trio s’impose en permanence. Un disque qui pourrait être une sorte d’idéal de cette nomenclature, guitare électrique – contrebasse – batterie : chapeau bas vers ces trois artistes majeurs. La réussite est totale, et elle tutoie même la balustrade du possible.

Xavier Prévost

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Le CD sortira le 30 janvier , mais le trio est en concert le 16 janvier à Paris au Studio de l’Ermitage, au même programme que le quintette de Louis Sclavis

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9 janvier 2026 5 09 /01 /janvier /2026 15:31
Trond Kallevåg               Minnesota

Trond Kallevåg Minnesota

 

 

Label Hubro

Grappa.no - Grappa Musikkforlag webshop

 

Rembobinage pour ce début d’une année qui s’annonce encore difficile avec cet album apaisant de la fin 2025 que j’avais quelque peu délaissé . Et pourtant il n’y a pas de mal à se faire du bien en écoutant ce Minnesota, quatrième opus sur le label Hubro du guitariste norvégien Trond Kallevåg. Son précédent Amerikasbäten évoquait déjà l’Amérique des grands espaces du Midwest. Le Minnesota, l’état aux dix mille lacs où le Mississipi prend sa source est celui des frères Cohen, de Bob Dylan, des écrivains de la wilderness. Il y a évidemment quelque chose de cinématographique dans ces paysages traversés tout au long des onze titres de l’album sans évoquer Ry Cooder obligatoirement, plutôt le Blues Dream de Bill Frisell, comme une bande son dans l’Amérique profonde, désespérément vaste.

Les autres musiciens, tous norvégiens qui entourent Trond Kallevåg sont des habitués du label ECM : ils savent en conséquence se glisser dans cet environnement sonore épuré : un quartet à l’instrumentation volontiers folk (violon lyrique de la jeune Tulva Hase, vibraphone et batterie douces de Gard Nilssen, contrebasse de Mats Eilerstsen). Les synthés, cloches, pedal steel, la guitare créent le climat idéal en écho à la côte ouest sauvage des fjords dans l’imaginaire du Norvégien.

L’album fut conçu lors d’une résidence dans l’île de Traena à l’été 2024 d’où ce premier titre « Twins of Traena » qui renvoie à l’histoire d’une immigration à Hawaï « Postmarked from Honololu ». Car on se doute qu’il sera question de ces vagues d’immigrations vers l’Amérique qui frappèrent la Scandinavie dès le 19ème siècle (« Kindness of Strangers »).On ne peut s’empêcher d’évoquer le bel Emma du guitariste franco-suédois Paul Jarret qui racontait l’histoire émouvante de son arrière-grand-mère partagée entre désir d’ailleurs pour un avenir meilleur et attachement viscéral au terroir natal.

Entre spontanéité de l’improvisation et fignolage des titres au mixage, la musique du guitariste creuse un arc narratif complexe, quasi documentariste, attaché à l’histoire récente de son pays et aux liens indéfectibles avec les Etats-unis. On entend nettement souffler le vent dans ce troisième titre lancinant « Pine Ridge » suivi du blues « Edward Curtis portraits » photographe « attrapeur d’ombres » comme le surnommaient les Amérindiens dont il fut en ethnographe, gardien de la mémoire autochtone.

On ne saurait citer quels sont les titres les plus attachants de l’entraînant « Pretty Polly » où le lapsteel du guitariste nous entraîne irrésistiblement à la simple évidence mélodique de ce « Boat Song » ou au lancinant Lighthouse Boogie.

Un album envoûtant où la guitare recrée les images du genre, installe une quiétude quelque peu mélancolique. Un voyage qui peut donc réserver quelques surprises si on se laisse embarquer à la suite des pionniers.

 

Sophie Chambon.

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4 janvier 2026 7 04 /01 /janvier /2026 16:26

CHRISTOPHE MONNIOT «Hypersensitivity»

Christophe Monniot (saxophones sopranino, alto & baryton), Sophia Domancich (piano), Felipe Cabrera (contrebasse), Denis Charolles (batterie)

invités :

Sonia Monniot (sifflage) , Xavier Desandre Navarre (percussions), Sofia Tobar Quintero (voix), Adriano DD Tenorio (percussions), Médéric Collignon (voix)

Les Lilas, 2022-2024 & avril-mai 2025

le triton TRI-25583 : distribution physique Le Triton

https://christophemonniot-letriton.bandcamp.com/album/hypersensitivity

distribution numérique : Believe / l’autre distribution


 

Enregistrée en public en 2022-2024, la musique a été augmentée de prises complémentaires en 2025. Et la dernière plage se joue aussi au baryton, sur un paysage sonore de la forêt tropicale capté par Sylvie Gasteau au Pérou. Convié par Denis Charolles à une carte blanche pour les 25 ans des ‘Musiques à Ouïr’, Christophe Monniot s’est plongé avec délices dans ce qu’il désigne comme ‘la magie du quartette acoustique’. L’hypersensibilité et la réactivité de ses partenaires dans l’interactivité de l’improvisation (cet interplay que l’on peut ici nommer jouage) est le fil conducteur de cette musique, où les compositions originales croisent des réminiscences, très allusives, à de standards du jazz. Les compositions s’épanouissent sur des intervalles très larges et très libres, et les improvisations s’échappent tout aussi librement. On croise une bribe de So What de Miles Davis, et la vigueur entêtante de ses deux accords ; déjà la liberté s’en mêle pour un exode vers l’ailleurs. Au fil des plages les membres du groupe sont très inspirés, et les invités se glissent pertinemment dans cette entreprise très singulière. En somme, d’un bout à l’autre, un très beau moment de musique !

Xavier Prévost

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un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=0R-FfD3gyNM

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28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 10:53

     Plume généreuse, flamboyante du jazz, Francis Marmande nous a quittés le 25 décembre des suites d’un cancer à l’âge de 80 ans.


       Bayonnais né le 10 janvier 1945, il a consacré son talent littéraire à ses passions –le jazz, la tauromachie, le flamenco- dans le Monde –de 1973, grâce à un dessin signé (c’est lui qui le soulignait) jusqu’à cet automne, avec notamment les nécrologies de Jack DeJohnette et Gérard Badini publiées fin octobre-mais aussi à Jazz Magazine, où il contribua régulièrement aux côtés de Philippe Carles et Frank Ténot.  


      Un extrait significatif de son style (Le Monde du 28 octobre 2025, à propos de Jack DeJohnette : « Allure et visage d’éternel jeune homme, il avait cette souplesse du sprinteur afro-américain dès son entrée en scène ».

 

     On peut retrouver quelques-unes de ses chroniques nécrologiques sous forme de portraits bien vivants dans « La chambre d’amour » (1997, Editions du Scorff. Photographies de Guy Le Querrec).

 

     Contrebassiste occasionnel, Francis Marmande a raconté quelques-unes de ses aventures dans un savoureux ouvrage « La housse partie » (Ed. Fourbis. 1997) qui débute par le vol de son instrument un soir de 1995 à Belleville (où il résidait).

 

     Ses goûts étaient encyclopédiques, de Jelly Roll Morton à Sun Ra, comme en témoigne l’anthologie publiée en 2014 par le label Naïve (Jazz Heroes) où il écrivait en préface : « Tous les musiciens de jazz sont des passeurs, passeurs entre ancien et moderne, entre Afrique et Europe, entre sacré et profane, entre maîtrise et folie, entre spiritualité et combats… le jazz ne répète rien ».

 

      Au-delà de ses passions ci-dessus mentionnées, il faut naturellement relever celle de Georges Bataille auquel il consacra sa thèse de lettres en 1985 et deux ouvrages (‘le Pur bonheur’, ’Georges Bataille Politique’) ; Car, aimait-il à dire, « mon vrai métier c’est l’université » : agrégé de lettres modernes,  Francis  Marmande enseigna de nombreuses années à l’Université Paris 7 (aujourd’hui Paris Cités) où il avait invité entre autres Sunny Murray, Archie Shepp, Max Roach, Toni Morrison et bien entendu son « pays » de Bayonne,  son aîné de dix ans, Michel Portal.


     Le jazz ne le quittait jamais. Tel était Francis Marmande, également pilote d’avion et de planeur.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo X. (D.R.)

 

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26 décembre 2025 5 26 /12 /décembre /2025 18:29
Jacques Ponzio         Thelonius Monk Le Legs Lacy

Jacques Ponzio         Thelonius Monk Le Legs Lacy

 

Editions Lenka lente

www.lenkalente.com/

Thelonious Monk : le legs Lacy de Jacques Ponzio / Editions Lenka lente

 

 

Monk encore…. Monk toujours. Après son Abécédaire The ABC-Thelonius Monk en 2017 réédité en 2023, Monk again en 2019, puis Monk sur Seine en 2024, le psychanalyste, pianiste et leader de l’African Express trio  Jacques Ponzio continue de suivre Monk à la lettre dans ce nouveau  livre des fidèles éditions nantaises Lenka lente Thelonius Monk Le Legs Lacy que l’on découvrira avec plaisir. Il demeure quelque chose de son esprit dans l’oeuvre du saxophoniste Steve Lacy, nouvel acteur auquel s’intéresse l’auteur puisqu’en passeur authentique, il sut entretenir le souvenir du pianiste.

On le sait Monk est une obsession pour l’auteur. Découvert dans les années 60, Ponzio commence une quête quasi existentielle et un travail d'écriture avec Blue Monk co-écrit avec François Postif ( Actes Sud, 1995). Il a privilégié depuis d’autres formes, plus resserrées et pointues, plus ludiques parfois comme avec cet abécédaire bilingue de 140 pages et citations. Inlassablement il cherche et trouve de quoi alimenter sa passion, son amour inconditionnel pour ce musicien. Dans cette traque éperdue de nouvelles occurrences, Jacques Ponzio s’intéresse cette fois au saxophoniste Steve Lacy qui développa très jeune une fascination pour Monk, l’homme et sa musique dont il ne se départit jamais. Quant au pianiste, il éprouva un intérêt grandissant pour son jeune partenaire, non pas tant pour la qualité de ses solos que pour la qualité de ses aigus, enrichissant ainsi la palette sonore et les textures de ses compositions.

Monk Le Legs Lacy est composé de trois parties Steve Lacy dans la lumière de Monk, son article repris du livre-somme de Guillaume Tarche sorti en 2021, toujours chez Lenka Lente Steve Lacy ( unfinished) au titre qui n’est pas sans présenter quelque ressemblance avec le travail de J Ponzio, a work (always) in progress.

Steve Lacy (Unfinished) de Guillaume Tarche + 41 / Editions Lenka lente

Cette première partie met à jour la relation discontinue dans le temps comme dans l’espace des deux hommes, traçant une géographie des concerts et des clubs souvent disparus aujourd’hui tel l’éphémère Jazz Gallery (1959-1962) où le quintet de Monk se produisit avec Lacy pendant quatre mois en 1960. L'auteur recense les enregistrements publiés ou non, dans les formats les plus divers, du solo aux formations plus étoffées.

Steve Lacy, c’est une histoire accélérée de la musique de jazz, le chaînon indispensable entre le jazz des débuts dans le style Dixie et Monk, puis sans transition entre le bop et le free, comme Jimmy Giuffre qui d’un jazz aérien chambré ne pouvait faire autrement que de jouer freeSans quitter le soprano Lacy avait une sonorité lyrique aussi que bien que tranchante. Et une curiosité rare dans la vie. Ses compositions explorent souvent ses recherches formelles. Il était à même de rendre l’évidence lumineuse de la musique de Monk pour lequel il avait plus que du goût. Steve Lacy s’éloigna pourtant un temps de son mentor, mais il revint à son obsession  et sut témoigner de l’importance de sa « dette » envers Monk en contribuant à le faire encore mieux connaître après sa mort. Ainsi il lui a donné la parole entre 1982 et 2003, pas moins de 24 albums proposant des relectures de ses musiques.

Jacques Ponzio révèle ensuite dans Le Mystère Brauner le lien particulier du peintre surréaliste Victor Brauner réfugié en zone libre dès 1940 avec le pianiste encore inconnu (même la presse américaine évoque an elusive pianist). Comment comprendre son intérêt pour Monk au point d'en faire deux  portraits qui, l'histoire n'est pas finie, se retrouveront sur les pochettes de deux albums de ...Steve Lacy Only Monk (1987) et More Monk (1991)? Il n’en fallait pas plus à Jacques Ponzio pour mener l’enquête. Traquant les indices, il finit par en déduire que Brauner n' a pu connaître Thelonius Monk que par l’intermédiaire d’autres artistes amis, Ossip Zadkine, Roberto Matta qui auraient pu l'entendre jouer au Minton’s à New York ou plus vraisemblablement par le poète Claude Tarnaud passionné de jazz.

Pour le dernier chapitre de son Monk Le Legs Lacy, Jacques Ponzio fait appel à un témoin encore vivant, le guitariste Dominique Cravic (fondateur des Primitifs du Futur). Celui ci revient dans Je me souviens de Steve Lacy sur ses rencontres avec ce musicien « poétique et articulé », « distant et chaleureux à la fois » qui savait mettre en pratique le principe monkien « leave them wanting more ». Pratiquant sans relâche son instrument, il faisait aussi preuve d’une obsession du ressassement pour transformer le matériau sonore, explorer encore de nouvelles pistes.

Gageons, après ce nouvel opus vivement conseillé que Jacques Ponzio  prépare déjà une nouvelle aventure monkienne.

NB : Ajoutons l'intérêt de notes très pertinentes à la fin de chaque partie et pour illustrer sa recherche d' annexes discographiques et photographiques créditées autant que possible à leur auteur comme celle très rare de Mili Rosenblatt montrant Lacy et Monk « faisant musique ensemble ».

 

 Sophie Chambon

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21 décembre 2025 7 21 /12 /décembre /2025 17:19

Amaury Faye (piano), Herlin Riley (batterie), Julian Lee (saxophone ténor), Amina Scott (contrebasse)

La Nouvellle Orléans, mars 2025

Hypnote Records HR 42

 

Le pianiste toulousain de Bruxelles a quitté provisoirement l’Outre-Quiévrain pour s’en aller quérir, dans le Sud des États-Unis, la magie du groove de La Nouvelle Orléans. NOLA, c’est le petit nom de New Orleans LouisianA. Épaulé à la batterie par Herlin Riley, l’un des dépositaires contemporains d’un idiome qui fait référence dans le monde entier, et en compagnie de la jeune génération néo-orléanaise, le pianiste se fait le plaisir d’un retour aux sources qui n’oublie pas les développements ultérieurs du jazz. La musique danse, vibre, et remue les pieds qui nous trottent dans la tête. C’est vivant, brillant, avec aussi quelques respirations mélancoliques. Et le solo de piano de l’ultime plage résonne comme une passerelle entre les musiques d’Europe et celles du Sud états-unien. Un jazz d’aujourd’hui nourri de l’hier et de ses pépites : on se précipite sur ce très beau disque !

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=Y3lykJMZWnU 

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