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30 octobre 2026 5 30 /10 /octobre /2026 23:08

Julien Ponvianne (saxophone ténor, clarinette, composition), Isabel Sörling (voix), Francesco Diodati (guitare), Adèle Viret (violoncelle), Alexandre Herer (claviers), Matteo Bortone (contrebasse)

Paris, 3 & 4 septembre 2025

Onze Heure Onze / Socadisc (CD & vinyle)

https://julienpontvianne.bandcamp.com/album/eight-poems-on-drought

 

Une voix, et une musique, qui nous semblent venir d’ailleurs ; d’un territoire où la constance des impressions sonores, et de l’ambitus de la voix, nous plongent dans un cortège de sensations et d’émotions qui vont nous soustraire au monde que, confits dans nos certitudes, nous croyons habiter. Le groupe prolonge sa quête, que l’ont pourrait dire spirituelle, entreprise depuis le premier album autour de la pensée de Henry David Thoreau (1817-1862), à la fois chantre chantre et exégète d’un certain rapport à la nature et à la liberté, dans un mode de pensée qui s’apparente à la poésie. Ce nouveau disque rassemble des poèmes de différents auteurs et autrices qui convergent dans l’évocation de la sécheresse (le volume 2, paru en 2022, rassemblait des poèmes dont la matière commune était l’eau). Aucune aridité dans ce choix, simplement le goût d’une entité fugace. Un texte en anglais glisse, un court instant, vers le français, comme si la sécheresse insaisissable nous filait entre les doigts, comme de l’eau…. L’apparente similarité des lignes musicales est constamment déjouée, et rejouée, par l’expressivité de la voix, et des instruments. Et cela par vague successives, comme dans un poème où les rythmes de la scansion soustraient le sens pour mieux le révéler, au terme de l’arc poétique qui s’étend de l’incipit à l’excipit . Une pensée magique, en quelque sorte, et surtout un disque d’une grande et profonde beauté.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=TKbXXS-DpCM

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Le groupe sera en concert le samedi 14 novembre 2026 au festival Jazzdor de Strasbourg

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29 octobre 2026 4 29 /10 /octobre /2026 11:40
Giacomo SMITH           Artfullee

Giacomo SMITH            Artfullee

 

Label STUNT / Distribution BACO

 

Sortie 30 0ctobre

Albums – Giacomo Smith

Giacomo SMITH ( cl, clb, as, ss) Joe Webb (p), Anders Fjeldsted (cb), Snorre Kirk (dms)

 

Le label danois basé à Copenhagen a le mérite de nous faire entendre un jazz étranger qui privilégie une tradition du jazz bien comprise. On a eu ainsi la chance de découvrir le formidable alto danois Jan Harbeck qui tourne trop peu en France.

Une fois encore quand le saxophoniste clarinettiste italo-américain Giacomo Smith converse en quartet acoustique avec ses partenaires, la musique nous est familière et pourtant sur les sept titres, un seul est emprunté à Duke Ellington « Reflections in D » un petit bijou qui souligne, s’il en était besoin, le talent de compositeur du Duke. Les autres compositions sont du saxophoniste dont c’est seulement le second album en leader en 2025 après un premier clairement orienté Manouche. Six titres qu’il a soumis à ses partenaires sans leur fournir de grilles ni de partitions, leur expliquant à l’oreille. Ce qui l’intéressait était d’obtenir leur réaction première en écoutant la musique, de voir comment la synergie opérait envers ces musiciens qui se connaissent bien. Il a fait partie très vite des musiciens du batteur chef d’orchestre Snorre Kirk, une référence dans le jazz scandinave qui est devenu « a soulmate ». Giacomo Smith laisse comme tous les grands quand ils sont aux commandes, ses partenaires suffisamment libres dans des échanges qui prennent alors tout leur sens en servant le propos assumé, un groove élégant et intemporel. Mais pas que...S’il vit aujourd’hui à Londres où il est fort prisé sur la scène locale après avoir étudié à Boston, c’est parce qu’il apprécie l’effervescence créatrice de la scène londonienne : il revendique un jazz classique (particulièrement sensible à la manière de Paul Desmond, on voit très bien) renouvellé à l’énergie contemporaine.

Il décrit Artfullee comme une musique nocturne-on pourrait ajouter « automnale », réflexive, conçue dans la solitude, lors des trajets de retour après des concerts. Un voyage intérieur dont les couleurs traduisent les émotions (le lunaire Reflections in D, qui sort quand même du lot), souligné par l’accompagnement nuancé, finement différencié du piano « Take off Make off » et d’une rythmique superlative, qui joue sur du velours, le Norvégien Snorre Kirk retrouvant une fois de plus le Danois Anders Fjeldsted avec lequel il joue depuis quelques années. Mélanger une rythmique allègre à une mélodie sensible, plus mélancolique induit des contrastes intéressants ( « Largo Montebello »). Le polyinstrumentiste, au phrasé limpide, au lyrisme ni bridé ni débordant impulse une nostalgie diffuse jamais vraiment triste dans les ballades tournantes comme « The Round Tower »). S’il choisit pour chaque composition le timbre le plus adéquat, il avoue que la clarinette est devenu son instrument, « sa voix » : il apprécie particulièrement d’en jouer dans le registre grave (éloigné des insurpassables références Benny Goodman ou Artie Shaw) surtout depuis qu’il a découvert le génial Hubert Rostaing ( le clarinettiste de Django Reinhardt et plus tard l’un des plus grands arrangeurs). En écoutant plus attentivement le son de Smith, on le sent s’aventurer dans divers styles, flirter avec le blues, s’envoler sur le final rétro très swingant « Two Four More », aller voir du côté d’ Ornette Coleman (autre influence).

Autre qualité de cet album sa longueur parfaite, 39 minutes qui permettent de déguster cette musique d’un trait et de la réécouter...ad libitum !

 

Sophie Chambon

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23 octobre 2026 5 23 /10 /octobre /2026 11:56
Laurent Courthaliac         In the Key of Sinatra

Laurent COURTHALIAC

In the key of Sinatra

 

LP345 RECORDS

 

Sortie octobre 2026

Concert 18 Novembre au Bal Blomet.

 

Pianiste remarquable-on se souvient de ses albums All my life (2016) ou At Barloyd’s, chez lui en 2018, musicien fort sollicité pour sa qualité d’arrangeur (dernièrement The Shape of Jazz to Come ou Pedron Rubalcava ) et l’on sait combien ce travail ingrat (car trop peu reconnu) est essentiel, Laurent Courthaliac continue tranquillement sa route et nous étonne avec cet hommage à Frankie, le crooner à la voix de velours. Encore un hommage ? Il semblerait que cette fois, cette nouvelle célébration puisse être mémorable, loin des albums de crooners un peu lisses, variant entre pop et jazz.

Rien qu’avec ces titres, le parcours de Sinatra est tout sauf ordinaire et son choix n’est pas anodin-il  y a quelque chose d’indestructible, d’éternel dans sa volonté d’incarner l’American dream : “All or Nothing at All”, titre de l'un de ses premiers succès, pourrait être sa devise.

Le problème n’était pas tant de reprendre les mélodies usées jusqu’à la corde que Sinatra a su magnifier, lui qui a fait de la chanson en Amérique une forme d’art. Sa longue vie fut un roman dont des albums précis, enregistrements et divers concerts marquent les chapitres essentiels. Il y en a tellement, plus de 1400 titres uniques répertoriés, créations ou reprises qu’il a su s’approprier “Fly me to the moon” que reprend en ouverture de l’album, Laurent Courthaliac sur un tempo ralenti, aux accents plus que sombres, « My Way » version anglaise de Paul Anka de « Comme d’habitude », le tube planétaire « Strangers in the Night », le brûlant “I’ve got you under my skin”, l’émouvant « It was a very good Year », les mélancoliques et lucides « In the Wee Small Hours of the Morning » et « One for my Baby ». En toute subjectivité je préfère la version originale de « The Good Life » de Sacha Distel et l’interprétation princeps plus rapide de « New York New York » de Liza Minelli dans le film éponyme de Scorsese.

Le pianiste qui connaît parfaitement ses classiques, les grandes années de l’American Song Book, ayant travaillé avec des amoureux de la tradition américaine et du bop comme Barry Harris, s’en sort merveilleusement dans les versions instrumentales, les redessinant avec élégance et poésie. Pourtant Sinatra, d’une exigence extrême tout au long de sa carrière, avait mis le paquet, s’entourant des meilleurs arrangeurs, Alex Stordahl, Billy May, Nelson Riddle. De Capitol à son propre label Reprise, il exigeait les meilleurs musiciens. Et Laurent Courthaliac  encouragé par le directeur artistique Daniel Yvinec s’est fait accompagner de Sylvain Romano et Gautier Garrigue, sans doute la meilleure rythmique pour ce genre de projet, connaisseuse mais libre de s’affranchir de la règle. La force de cette relecture est de jouer en effectif serré, en trio et non pas avec l’emphase des grands orchestres d’autrefois. Comme le dit si justement Daniel Yvinec dans ses liner notes toujours épatantes, les interprètes nous font entendre autrement ces chansons plus que précieuses, tellement familières. Et ce devrait être un plaisir de découverte pour ceux qui ne les ont jamais entendues. Le plus délicat était de faire le bon choix pour les cinq titres qui ne pouvaient vraiment pas se passer de la voix. Une découverte bluffante que Christie Dashiell sur deux titres « My Way » et  « One for the Road » qui a une façon singulièrement originale de s’emparer de ces chansons. Son timbre frais, son phrasé posé renouvellent simplement l'interprétation sans déparer le reste de l'album . Le choix d’Hugh Coltman surprend moins en fait, sa voix de crooner fragile, fatiguée  sur "I've got you under my skin", joue des différences de tempo, à sa façon décontractée, sur le blues soyeux « In the Wee Small Hours of the Morning », en mesure de doser intensité et émotion. Une fois encore, quand les compositions sont belles, avec du talent, on peut tenter l’aventure.

Sophie Chambon

 

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19 octobre 2026 1 19 /10 /octobre /2026 17:38

Samuel Blaser  (trombone)

Russ Lossing (piano)

Masa Kamaguchi (contrebasse)

Billy Mintz (drums)

South Orange (New Jersey), 27-28 septembre 2024, mars 2025

Blaser Music BM 019 / l’autre distribution

https://samuelblaser.bandcamp.com/album/rosina

 

Un album inattendu dans le parcours du tromboniste, avec une évocation de ses racines italiennes, de Rosina la grand-mère originaire d’Émilie Romagne (avant de s’établir en Suisse), et de la branche émigrée aux États-Unis : tout un monde qui s’ouvre à lui, avec des musiques de la péninsule, et le trio états-unien de Ross Lossing (partenaire souvent côtoyé). Et pour baliser ce parcours, des musiques d’Italie, et des compositions de Samuel Blaser, dans une sorte d’unité expressive qui illustre brillamment le propos. Dans le premier thème, une chanson italienne originellement conçue pour une voix d’homme A cappella , où le trombone s’exprime avec une vocalité confondante. Dans un autre titre traditionnel, conçu pour un chœur d’hommes, Samuel Blaser suggère encore les sortilèges de la voix. Et en conclusion du CD une serenata  illustrée naguère par un ténor napolitain puise aux mêmes sources de l’expression. Quant aux autres titres, signés par le tromboniste, s’ils se réfèrent au langage pratiqué par lui en compagnie de ce trio, ils s’imposent à nous par une expressivité jamais démentie. Bref c’est un très beau disque, qui réconcilie l’abstraction musicale et la concrétude de l’expression humaine, qu’il s’agisse de voix… ou de trombone. Très belle œuvre musicale chargée d’humanité foncière.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=aw--Wl8FQUg

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En concert à Paris, le 12 novembre au Centre Culturel Suisse, et le 18 novembre à la Galerie Paul Fort. Mais aussi en Suisse, en Allemagne, en Espagne et en Italie

https://www.samuelblaser.com/upcoming-concerts

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17 octobre 2026 6 17 /10 /octobre /2026 10:04

Allan Harris, (voix guitare),
Miles Okazaki (guitare),
Hayes Greenfield (saxophone ténor),
John Flaugher (contrebasse),
Jesse Jones Jr. (saxophone alto).
Peter Karl Studio, Brooklyn, 2003.
Love Productions  Record. Paru le 18 septembre.

     

      Invité surprise de la cérémonie de remise des prix de 2019 l’Académie du Jazz le 9 février, Allan Harris avait emballé le public de la Seine Musicale. A l’aise, chaleureux, le chanteur avait donné deux exemples de ses talents de crooner et de magicien du rythme. Le finaliste du prix du jazz vocal du palmarès 2018 avait à l’automne précédent démontré sa maîtrise et sa virtuosité au Duc des Lombards où il présentait le répertoire du prince du style vocalese Eddie Jefferson (Allan Harris. The Genius of Eddie Jefferson. Resilience Music Alliance.).

 

 

      L’album qui sort ces jours-ci dans les bacs constitue également une surprise. Il s’agit d’un enregistrement datant de 2003 retrouvé par le plus pur des hasards. Les bandes originales avaient été mises de côté peu après les séances en studio à la suite du décès du compositeur, auteur de l’intégralité des titres gravés, Ike Joseph. « Dès l’écoute de ses premières mélodies, se souvient Allan Harris, j’ai été séduit par leurs qualités, des romances exprimées dans un swing sans effort ».

      Alors dans la quarantaine, Allan Harris traite ces « chansons d’amour » avec simplicité, sans en rajouter dans l’émotion, s’inscrivant alors dans la tradition dans le droit fil de Nat « King » Cole ou encore de Tony Bennett. Accompagné sobrement par deux saxophonistes, un guitariste et un contrebassiste, le chanteur-guitariste donne à entendre (à découvrir pour beaucoup) un répertoire qui touche au cœur.

 

Jean-Louis Lemarchand.

©photo X. (D.R.)

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16 octobre 2026 5 16 /10 /octobre /2026 19:18

Jojo Record 2026
GEORGE GARZONE (ts), RANDY BRECKER (tp), LUIS PERDOMO (p), SANTI DEBRIANO (cb), JEFF “TAIN” WATTS (dms)


En fait c’est du bonheur tranquille. Ce genre de bonheur simple qui fait que vous êtes dans le fauteuil de votre salon, peut être le chat est t-il sur vos genoux et peut être avez-vous un verre de bon vin à la main, un vin un peu capiteux de préférence. Et votre bonheur est parfait puisque dans votre platine vous avez mis l’album du saxophoniste George Garzone. Et que là, enfin maintenant vous pouvez vous laisser pleinement aller.
A 76 ans, le saxophoniste américain qui, par ailleurs fête ses 50 ans d’enseignement à la Berklee School of Music de Boston nous arrive ici tout en détente avec une sorte de force tranquille. Pas besoin d’esbrouffe. Pas la peine d’en faire des tonnes pour que cela sente le jazz. Celui que l’on aime fait de feeling souple, de groove délicat et de chorus soulfull.
Geroge Garzone qui n’a pas enregistré beaucoup d’albums en leader (une 12 aine seulement) s’entoure ici de musiciens de haut vol, sorte de all-star en droite ligne d’un jazz américain de l’héritage.
Héritage d’ailleurs totalement assumé par le choix des thèmes qui sonnent comme des hommages. Coltrane bien sûr avec une version de Giant Steps sur laquelle George Garzone laisse parler sa maîtrise harmonique et rythmique dans un duo avec le formidable Jeff Tain Watts à la batterie. Avec Garzone tout semble si facile que l’on entre en musique comme on entrerait en amour. Avec la puissance séductrice du charme irrésistible. Coltrane encore avec ce clin d’œil à Soultrane sur lequel le saxophoniste jouait le Theme for Ernie et sur lequel on jurerait que George Garzone donne en 1er cours à ses élèves une démonstration à la Coleman Hawkins.
Hommage aussi à Mingus avec ce long Mingus that I knew sur un arrangement cool qui fait sonner le quintet comme un big band. 
On pourrait passer en revue tous les morceaux de cet album dont la constante est le plaisir qu’il procure d’un bout à l’autre. On est là dans notre fauteuil. La musique coule de source et nous rappelle ce que sont les fondamentaux du jazz : des mélodies sublimées et un équilibre soyeux entre les solistes et le groupe pour nous emmener loin dans la nuit bleutée. Ici tout n’est que luxe, calme est volupté comme dirait l‘autre qui hélas pour lui n’a pas connu le jazz. 
Et finalement il n’y a plus qu’à se laisser porter pour que le charme opère. Irresistiblement.
Jean-Marc Gelin

 

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15 octobre 2026 4 15 /10 /octobre /2026 17:37

Kris Davis (piano), Robert Hurst (contrebasse), Johnathan Blake (batterie)

Mont Vermont, 15 septembre 2025

4166 Records

https://krisdavis.bandcamp.com/album/lost-in-geneva

 

Second opus de ce trio et Grand Disque (je pèse mes mots). L’interaction entre la pianiste et ses partenaires est d’une intensité palpable, et la qualité des compositions est remarquable. Thèmes inédits, ou parfois déjà enregistrées dans un autre contexte (six de la pianiste, deux cosignées par le trio, un de la plume du bassiste, un autre du batteur, et un arrangement d’un thème de Morton Feldman). Une musique dense, requérante, qui exige que nous soyons totalement investis dans l’écoute. Entre pulsation prenante et abstraction formelle, d’une plage à l’autre, il y a là matière à faire un de ces voyages d’écoute qui nous marquent pour longtemps. On n’en finira pas de capter le surgissement, d’une écoute à l’autre, de tel silence chargé de sens et d’intensité, de telle envolée soudain parée d’une sensation inouïe. La Nature Piece n° 5 de Morton Feldman trouve une vie nouvelle dans une forme d’incarnation par le dialogue qui s’exerce avec la basse et la batterie. Une manière d’illustrer l’art même de la pianiste, qui circule librement de l’abstraction musicale à l’humanité foncière de sons expressifs, des figures libres et autres surprises que recèle le jazz. Et la belle rondeur de la prise de son accentue encore ce pur plaisir.

Xavier Prévost

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La pianiste est en tournée, en Allemagne et en Suisse, avec Bob Hurst et Jim Black, du 19 au 22 novembre 2026

https://krisdavis.net/calendar/

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12 octobre 2026 1 12 /10 /octobre /2026 14:24

Sebastien Paindestre (piano), Jean-Claude Oleksiak (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie)

Studio La boite 2, avril-octobre 2024,

La Fabrica’Son Label ! / Socadisc

 

Un projet très singulier, et très abouti : partir de son goût de cinéphile pour Kurosawa afin d'imaginer une musique en trio, en relation à la fois avec certains de ses films, et aussi des musiques signées par les compositeurs qui en ont conçu les partitions.

Il s’agit naturellement d’Akira Kurosawa (ne pas confondre avec un autre cinéaste, sans lien familial, Kiyoshi Kurosawa, né 45 ans plus tard). Ce très grand cinéaste réalisa plus de 30 films entre 1943 et 1993, dont Rashōmon , Les Sept Samouraïs , Le Château de l’Araignée , Les Bas-Fonds , Dersou Ouzala , Kagemusha …. Ici pas d’effet-béquille, où la musique s’appuierait sur les films simplement pour exister, mais une véritable proposition artistique qui associe le goût pour cette filmographie, sa dramaturgie propre, ses univers, et les musiques composées pour l’image par des artistes associés à ces films. Prendre appui à la fois sur les films (les impressions de cinéphile), sur les musiques écrites par différents compositeurs pour ces œuvres, et partir en liberté de jazz sur ces éléments polymorphes en leur donnant une nouvelles vie sous forme de trio piano-basse-batterie. Projet audacieux, mission accomplie. Très accomplie même, à l’écoute qui se suffit à elle même.

Ce qui n’empêchera pas ceux qui se trouvent dans le coin d’aller écouter / voir, en concert avec images, le jeudi 15 octobre à 20h au Studio Galande (42 rue Galande, 75005 Paris)

 

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=jgz_z2IJ4tI

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9 octobre 2026 5 09 /10 /octobre /2026 16:09
Sisyphus      Francesca HAN

SISYPHUS

Francesca Han · Takashi Sugawa · Shun Ishiwaka

Label Hanji / Inouïe Distribution

 

 

 

Sortie le 9 octobre 2026

 

Conçu pendant sa période japonaise, cet album de Francesca Han est constitué de sept pièces sensibles et saisissantes, toutes de sa plume, évoquant souvenirs et moments forts de son séjour en autant de courts récits musicaux. La page est tournée, à présent la pianiste vit en France, mais elle a voulu capter ses échanges avec une rythmique de l’avant-garde japonaise tout à fait exceptionnelle : il en résulte un album enregistré lors d’une séance de 2017 au studio Dedé, mixé et masterisé en 2025 à Tokyo qui est appelé à faire date dans sa discographie.

Avec la redécouverte de ce programme Sisyphus, le trio s’empare avec une passion communicative d'une écriture très personnelle, intense et raffinée qui prend des libertés avec le patrimoine japonais ou coréen mais qui a néanmoins cette « asiatic touch » indéfinissable. Sans doute dans l’art de croiser des repères, influences traditionnels avec la composition et improvisation contemporaines et l’urgence du jazz ?

Du "beau piano"mais pas tout à fait au sens que l’on entend habituellement, une articulation vive, nette jusqu’au tranchant qui livre la mélodie avec des élans parfois inattendus, sans cliché  romantique ou mièvre. Si chacun sait donner du relief à ses attaques, la rythmique s’y entend pour insuffler de la subtilité dans la dynamique rigoureuse et limpide des compositions.

Le premier thème «Petit soleil», une berceuse pour son fils, magnifie justement le partage, la triple entente où le travail tout en nuance des balais, la résonance délicate sur les cymbales s'accordent avec le jeu d’une exquise douceur du piano. C’est à peine si on sait qui impose son rythme dans ce triangle équilatéral qui passe d’un doux allumage à des envolées plus fiévreuses tout en travaillant sons et textures. La composition suivante « Chrysanthemum », emblématique fleur du Japon, reste dans cette tonalité spirituelle et recueillie. C’est un hommage non déguisé à un grand pianiste japonais qu’admirait Francesca Han, Masabumi Kikuchi.

Une vraie dramaturgie dans la rupture franche du titre suivant « Sisyphus » dont la pochette illustre de façon explicite le mythe éponyme, un travail de l’artiste et de son mari (également producteur) sur ce papier Hanji coréen, fabriqué à la main à partir d'une pâte de mûrier, doux, résistant, lisse et blanc jusqu'à être translucide.

On aime la vigueur croissante, l' énergie dans l’improvisation collective d’un « Circle » qui ne tourne vraiment pas en rond, continuant sa progression par ce « Cowellessi » en hommage à un duo inspirant, le pianiste Stanley Cowell et le trompettiste Ralph Alessi avec lequel, on s’en souvient, Francesca Han a gravé un Exude remarquable. Elle n’a pas peur de reprendre d’ailleurs  "Count Yourself", hommage à l’insurpassable « Count Down » coltranien, en le jouant à sa façon, en motifs brefs qui captent l’attention avant qu’un élan soutenu n’emporte définitivement l’adhésion. Le final vibrant, lumineux concourt à nous emporter loin, un « Détour » que l’on prend volontiers avec ce trio osmotique. 

Un album à la longueur parfaite que l’on découvre et réécoute en boucle tant il a quelque chose d’addictif. Sans doute l’attention singulière portée au façonnage de chaque composition, le soin apporté aux moindres détails de ces structures complexes qui restent pourtant accessibles.

Programmateurs, quand allez- vous donner plus de place à cette pianiste unique?

 

Sophie Chambon

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30 septembre 2026 3 30 /09 /septembre /2026 20:17

Andy Sheppard (saxophones ténor & soprano), Rita Marcotulli (piano), Michel Benita (contrebasse)

Lugano, mars 2025

ECM 2856 / Universal

J’ai le souvenir d’avoir écouté Andy Sheppard avec un groupe londonien nommé Sphere, en 1982 au Petit Opportun, et d’avoir chroniqué ce concert dans  Jazz Magazine . Andy s’est ensuite installé à Paris, où il a joué notamment dans l’orchestre de Laurent Cugny. Et puis ce furent pour lui beaucoup de disques avec Carla Bley, des concerts avec Gil Evans, George Russell, et de multiples collaborations de part et d’autre de l’Atlantique. Dans ses disques pour ECM il a plusieurs fois accueilli Michel Benita ; et pour un autre label Rita Marcotulli. Les voici ensemble pour ce trio inédit qui respire une forme de musicalité complice : lyrisme, un lyrisme retenu qui ne cache pourtant pas son intensité ; un goût des thèmes qui louvoient avec finesse, s’offrent des unissons, et une sensation de profonde liberté, dans les exposés comme dans l’improvisation. Parfois, sur des enchaînements harmoniques très courus, ils nous étonnent par des cheminements qui nous semblent neufs. Avec un goût du vrai dialogue, presque subliminal, qui nous embarque en territoire de beauté sereine, mais avec les tensions de l’intranquillité. Huit compositions du saxophoniste, et une de Carla Bley, comme un souvenir d’amitié et de révérence, qui évoque aussi sans doute Steve Swallow : avec eux Andy Sheppard a enregistré plusieurs disques en trio, et ce trio d’aujourd’hui en garde forcément le souvenir. Je me suis longuement interrogé sur le sens de Salt Catchers : est-ce que ce seraient les pirates qui détroussaient les cargaisons de sel ? Ou plutôt celles et ceux qui vous tirent des larmes, salées comme il se doit, de mélancolie ? En tout cas c’est une très belle musique, d’une densité secrète.

Xavier Prévost

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