Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 19:18
Orchestre National de Jazz

 

ONJ With Carla

 

Label ONJ Records /L’Autre Distribution

accueil | ONJ

 

With Carla est le programme du nouvel ONJ de la flûtiste Sylvaine Hélary qui rend hommage à une grande dame du jazz, la pianiste, cheffe d’orchestre et compositrice Carla Bley ( 1936-2023). Cette autodidacte audacieuse de l’avant-garde new-yorkaise s’aventura aussi bien dans le free que le cabaret à la Kurt Weill, les airs de fanfare ou de cirque. Son grand oeuvre fut sans conteste Escalator Over The Hill un opéra flamboyant de 1971 mêlant jazz, rock autour du Canadien dadaïste Paul Haines.

On a compté en effet douze directeurs depuis François Jeanneau qui ouvrit le bal en 1986, plus de 1200 concerts en France et à l’international. Mais il aura fallu attendre quarante ans pour qu’une femme parvienne à ce poste. La joueuse de toutes les flûtes (ut, alto, basse et piccolo) à la solide formation classique a enchaîné diverses expériences du solo Friselis, au nonette de L’Orchestre incandescent sans oublier la chanson avec Dominique A). Elle peut entraîner dix-sept instrumentistes dont 8 femmes (parité respectée) dans un collectifévoluent librement des jeunes talents (des filles surtout), des moins jeunes aussi que l’on retrouve avec plaisir, prêts à servir cette musique intelligente et complexe, drôle et audacieuse. 

Sylvaine Hélary a cependant confié le rôle essentiel des arrangements à Rémi Sciuto, saxophoniste altiste et baryton, clarinettiste et même joueur de scie musicale à l’occasion («Musique mécanique »). Il parvient à s’intégrer dans l’univers fantasque et poétique de Carla et en renouvelle quelque peu l’écriture, dans des variations bien comprises avec trois pièces de son cru.

Un programme ébouriffant de douze pièces longuement développées sur un double CD enregistrées pour la plupart en live en novembre dernier au Théâtre de Cornouaille (Scène nationale de Quimper) et pour deux pièces du CD1 à l’auditorium-Opéra de Dijon.

Et ça démarre fort dès le premier titre déjanté et inquiétant « Musique mécanique » quasi cinématographique, d’ailleurs repris par Claude Miller dans la bande originale de Mortelle Randonnée en 1983.L’acme du premier CD est assurément cette ballade de 1981 (in Social Studies) au titre norvégien mystérieux et imprononçable amorcée par un solo magistral à l’alto de Sciuto « Utvitklingssang » (une musique conçue à l’origine pour une manif en faveur de l’écologie !) qui pourrait bien se révéler un tube, tant elle est entêtante. « Ups and Downs » contraste dans un style alerte suivant les montagnes russes du titre. On aime aussi le swingant «Ups» aux solos ajustés au ténor de Hugues Mayot et Quentin Ghomari à la trompette. Surviennent habilement des cordes dans la compo qui suit de Sciuto (« ...And ups again » ) qui continue, développe tout en se démarquant, adepte des césures, pour casser la mélodie et la faire s’échapper ailleurs avec l’orgue Hammond d’Antonin Rayon. Des curiosités encore comme cette suite de trois titres éminemment religieux-on se croirait à l’église un temps avec l’orgue qui résonne solennellement) issus de The Carla Bley Big Band goes to church. 

Les vents et les cuivres sont éclatants de vitalité avec des soli puissants tous féminins de Jessica Simon (trombone), de Fanny Meteier ( tuba ) sur un autre titre qui déménage « Wrong Key Donkey »sur le dernier CD. Ou encore celui à l’alto d’une Léa Ciechelski .

Mais dans cette formation soudée chacun fait sa part, la section rythmique assure avec vaillance. Avec un tuilage de textures et d’alliages inusités de timbres, une exploration de la dynamique interne vraiment élaborée, les compositions sont architecturées finement dans un sens collectif de la pulsation.

Voilà une musique pleine de fraîcheur qui donne un vif plaisir d’écoute avec des talents singuliers qui s’épanouissent collectivement. C’est l’esprit même d’un jazz actuel dans une expression des plus abouties. Un double album enthousiasmant qui devrait faire date !

 

Sophie Chambon

 

 Sylvaine Hélary (flûte traversière, arrangements), Rémi Sciuto ( saxophones alto et baryton, clarinette, arrangements, composition), Léa Ciechelski (saxophone alto, flûte traversière), Hugues Mayot ( saxophone ténor, clarinette basse), Sylvain Bardiau (trompette), Quentin Ghomari ( trompette, bugle), Jessica Simon ( trombone), Mathilde Fèvre (cor), Fanny Meteier (tuba), Anne Le Pape (violon), Elsa Moatti (violon), Guillaume Roy (alto, voix), Juliette Serrad (violoncelle, voix), Antonin Rayon ( piano, orgue Hammond), Illya Amar ( vibraphone, percussions), Sébastien Boisseau (contrebasse), Franck Vaillant (batterie).


  

Partager cet article
Repost0
21 juin 2026 7 21 /06 /juin /2026 18:37

« Daniel HUMAIR* » par Julien Le GROS, suivi de « HUMAIR essentiellement Daniel » par Frédérick.e GRASSER HUMAIR. Préface d’Alain Gerber et postface de Simon Goubert.
*Patrick Frémeaux & Associés. 422 pages. Disponible depuis mai 2026.
ISBN : 978-2-38283-400-8

       Il vient de souffler (le 23 mai) ses 88 bougies et se produit toujours sur les scènes françaises sans s’économiser. Tel est Daniel Humair, natif de Genève, ayant conservé la nationalité suisse, qui fait l’objet d’une riche étude biographique par un « journaliste mélomane », Julien Le Gros.

 

       Sans prétendre à l’exhaustivité, l’auteur traite du parcours du batteur-compositeur en s’appuyant sur de nombreux témoignages, à commencer par celui de Daniel Humair se retournant sur son passé. On revit ainsi les grandes heures de ces trios qui ont marqué l’histoire du jazz, avec  Martial Solal, avec HUM, (René Urtreger et Pierre Michelot), HLP Eddy Louiss et Jean-Luc Ponty,  ou encore avec François Jeanneau et Henri Texier, ou avec Joachim Kühn et Jean-François Jenny –Clark.
 


       Au fil des pages, le lecteur retrouvera également les avis de ses compagnons de route, François Jeanneau, Joachim Kühn, Henri Texier, Bruno Chevillon, Vincent Lê Quang, Jerry Bergonzi, ou encore Charly Antolini, batteur suisse contemporain d’Humair qui confie : « en 1955, il était remarquable, même à son jeune âge, il était en avance sur tous les batteurs suisses ».  Cette évocation de la vie artistique de Daniel Humair prend un tour plus personnel dans la seconde partie de l’ouvrage signée de l’épouse du batteur, Frédérick.e. Grasser, une succession (plaisante) d’anecdotes et de souvenirs de tournées, de la vie d’artiste, des rencontres, des portraits et aussi des deux autres passions de Daniel Humair, la peinture et la cuisine.

 

       Un livre qui permet d’approcher au plus près un artiste qui, selon son ami (et aîné de trois ans) François Jeanneau, « ... est aux aguets tout le temps », ou selon Jack DeJohnette « ... un homme de la Renaissance ».

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

       L’ouvrage comprend une discographie sélective de 1955 à 2024 et un index précis des noms et des lieux cités. Il est dédié à trois disparus illustres et récents de la planète jazz, Jack DeJohnette, Francis Marmande et Michel Portal.

 

©photo Roger Kasparian & X. (D.R.)

 

Partager cet article
Repost0
21 juin 2026 7 21 /06 /juin /2026 07:43

 

 

C'etait samedi dernier dans Jazzland ( Aligre fm 93.1).

Robinson Khoury etait venu parler de "Transara", le dernier album de Mÿa paru sur le label ACT.

En 2ème partrie d'émission, Guillaume Anger, directeur artistique de Jazz à Vienne etait vebnu lancer la 45ème édition du festival.

Et tout ça c'est à écouter ....ici

 

https://aligrefm.org/podcasts/jazzland-le-podcast-216/jazz-sous-les-pommiers-rencontre-avec-denis-lebas-3606i

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
19 juin 2026 5 19 /06 /juin /2026 09:09

 

Claudia Solal (voix, textes), Benoît Delbecq (piano, piano préparé, voix)

Paris, 25 juin & 28 octobre 2024

dStream 112 / l’autre distribution

 

Six ans après l’enregistrement de ‘Hopetown’ (label Rogue Art), le duo renouait avec cet art très singulier où le texte croise la musique. Huit textes de Claudia, et un de Benoît, où l’on entend brièvement la voix du pianiste. Les mots sont dans le chant, mais aussi en une sorte de parlé-chanté qui va de métamorphose en métamorphose vers un lieu d’inouï que l’on pourrait qualifier plus simplement d’art sonore. Textes en anglais (avec parfois des incises en français), qui dessinent un imaginaire singulier, lequel nous fait quitter nos bases (références de ‘style’, d’idiome….) pour une sorte d’ailleurs, mouvement irrépressible vers l’inconnu. La vocaliste-poétesse est plus qu’en dialogue avec le pianiste. Piano ‘naturel’ ou sons altérés, intervalles familiers ou distendus, harmonies repérées ou combinaisons sonores inédites : tout concourt à transporter qui écoute vers un lieu inexploré. L’hermétique poème d’amour, poème bilingue, qui donne à l’album son titre, dresse le décor : tout semble en perpétuel suspens, dans ce mouvement dual gouverné par la liberté d’inventer, de bifurquer, d’improviser, en une sorte de lévitation musicale et poétique. Plus qu’un dialogue : une véritable connivence osmotique. Une fois encore ce duo semble franchir la balustrade du possible ; une fois encore, un Grand Art accompli.

Xavier Prévost

.

Un bref avant-ouïr sur Youtube

https://www.youtube.com/watch?v=-qIXm7fTCFQ

Partager cet article
Repost0
15 juin 2026 1 15 /06 /juin /2026 18:39

 

J’écoute ce contrebassiste depuis plus de 30 ans, et ce saxophoniste depuis une bonne vingtaine d’années : l’un et l’autre m’ont frappé, dès l’abord, par leur absolue singularité. Singularité instrumentale en premier lieu, car s’ils sont tous deux au-delà de l’excellence, leur souci s’impose comme purement musical. Singularité d’improvisateurs aussi, car ils se défient des normes idiomatiques, des terrains trop balisés, des codes trop contraignants. Cinq compositions du contrebassiste, et deux du saxophoniste, comme autant d’échappées hors des sentiers battus et rebattus. S’ils ont des tropismes liés à leurs origines (l’Arménie, le Vietnam), ils ont aussi des terrains d’élection : la musique indienne - et le jazz bien sûr - pour Vincent Lê Quang, les ensembles de tous formats, et les collaborations de toutes parts, pour Claude Tchamitchian. Ils se retrouvent ici dans l’absolu dépouillement du son, qui devient la source impériale de la musicalité. De ces sonorités vives, captées au plus intime de leurs timbres, de leur grain, de leurs nuances, ils composent un paysage inédit, où la mémoire croise le goût de l’aventure. Un paysage qui brosse pour nous une possible image de la beauté. Magnifique duo !

Xavier Prévost

.

Leur duo sera en concert le 17 juin 2026 à Paris, au studio de l’Ermitage. Concert à double affiche puisqu’on y écoutera aussi le duo de Christophe Monniot & Didier Ithursarry, qui publie sous le même label son troisième opus commun, intitulé ‘Hymnes à l’amour <3’

CLAUDE TCHAMITCHIAN – VINCENT LÊ QUANG  ‘Silent Springs’
Partager cet article
Repost0
15 juin 2026 1 15 /06 /juin /2026 08:31
Frank The Sinatra

 

 

Frank The Sinatra

Sortie le 12 juin

La Ruche le label

www.laruchelelabel.com

 

Frank The Sinatra - Estate (Visualizer)

 

 

Pas sûr que les amateurs de Franck Sinatra s’y retrouvent dans cette relecture de thèmes immortalisés par le chanteur à la voix de velours.

Et lui même qu’en dirait-il ?

Il est certain que cet album est une véritable surprise. Peut être parce que l’on n’est pas habitué à écouter ce genre de musiques ailleurs que sur un dance floor. Mais cette boîte de nuit n’est-elle pas irréelle et plus au goût du jour, à l’heure du monde de l’I.A générative ? Just an illusion alors...

Ce qui est troublant c’est qu’avec de réels moyens techniques, des sons machiniques, le répertoire soit aussi « daté ». Carles tubes de Sinatra, pas sûr que les boomers les écoutent encore.  Les arrangements eux même ne paraissent pas des plus pointus, faisant appel au matériel vintage des vieux synthés analogiques qui créent un mood singulier et vaguement familier... Mais le duo FTS aux manettes de cette création d’un « crooner bionique » est vraiment fan de Sinatra et tente de se le réapproprier à sa manière. L’ingénieur du son Thomas Chignier (voix, batterie) et Noé Macary (voix, synthétiseurs analogiques) sont de vieux compères qui se sont rencontrés à l’ENM de Villeurbanne et ils proposent une balade hypnotique sur la durée des neuf tubes assez courts qui s’enchaînent.

 Bien que désorientés, on reconnaît pourtant très vite le standard de Broadway choisi mais rien ne fait souvenir de la voix de Sinatra, de son phrasé impeccable, ni des arrangements chics de Nelson Riddle  ou Billy Mays : par exemple  la reprise d' «Estate» évoque davantage la variété italienne

Par contre ce qui vaut la peine d’être expliqué et que l’on comprend grâce aux liner notes c’est le processus créatif du duo qui se transplante dans un futur dystopique de "replicants" où la musique n’est plus qu’artificielle. Ils cherchent à placer leurs voix sur les paroles et fredons d’origine qui « collent » le mieux à leurs arrangements et mélodies enregistrés au préalable. D’où cette étrange familiarité qui nous fait identifier la chanson immédiatement malgré les décalages et dissonances.

Un pas de côté qui résonne, balance, chaloupe, tangue.

A écouter pour se faire une idée !

 

Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0
11 juin 2026 4 11 /06 /juin /2026 08:04
Quelques notes sur la liberté                 Benjamin Delattre

 

Quelques notes sur la liberté    Documentaire de Benjamin Delattre

 

 

Bande-Originale du film éditée chez « Frédéric Leibovitz Éditions », à paraître le 22 mai 2026

 

 

Quelques notes sur la liberté est le film réalisé par Benjamin Delattre et produit par Melisande films, enregistré en 2022-2023.

« Nous avons commencé pendant la période du Covid. Michel Portal souffrait de ne plus pouvoir jouer en public. Avec Sophie Faudel, nous avons réuni les conditions pour qu’il joue à nouveau, pour faire un film consacré au processus de composition... » Benjamin Delattre

 

Dans un décor dépouillé du plateau de l’Alliance française, ou dans le salon outrenoir du dernier étage du Musée Fabre où fut enregistré une séquence finale en juillet 2023, pendant le Festival de Radio France Occitanie à Montpellier, Michel Portal se retrouve tel qu’en lui même, seul.

Il nous fait entendre dans un montage précis la bande originale du film, sa dernière trace discographique.

L’oeuvre ultime déjà fantômatique et pourtant charnelle : « Ce qui pourrait rester une abstraction... prend ici un caractère indiscutablement concret » écrit Arnaud Merlin.

Assis, Michel Portal joue, écoute, réécoute, rit, commente d’une voix fatiguée. Il n’est plus le Bailador mais il continue à chercher dans le souffle, creuser le vibrato, tapoter les clés de ses clarinettes. Il joue au bandonéon des morceaux anciens qu'il retrouve sur partitions.

Détaché de toute autre préoccupation que de faire entendre la musique dans sa tête, il revient sur le métier, essayant de cerner la musique, ce qu’elle est...

Ce n’est plus cette figure impressionnante du jazz qui ne se voulait pas idole, cet éternel inquiet si juvénile qui n’était heureux que quand il était sur scène, prenant des risques, qui nous a marqué dès son Dejarme Solo! par son approche libre et expérimentale. Mais le film a le mérite de montrer le processus de création de très près, ce corps au travail, comme le fit autrefois Henri-George Clouzot dans Le Mystère Picasso.

Un commencement qui n’en finit pas de (re)commencer. Ou plutôt une fin qui ne veut pas dire son nom.  On ne sait jamais dans la vie quand c’est la dernière fois que l’on voit quelqu’un…Ce rendez-vous, ces derniers moments passés avec lui, Michel Orier les évoque dans un commentaire émouvant.

Michel Portal a lutté avec cette « oublieuse mémoire » inscrivant son parcours dans  une exigence nécessaire et l'urgence vitale de l'artiste qu’il soit écrivain, peintre ou musicien.
On approche une création …ses dernières notes, non, beaucoup plus que ça, dix huit improvisations, pas si à bout de souffle que ça,  un dernier chant.
Tel un poète, le musicien jeune-vieux est cet intranquille qui avoue, soudain sérieux :  Si jamais je ne fais pas de musique, je deviens complètement fou mais il ne faut pas que je le dise aux autres.

Ce moment n’appartient qu’à lui, plongé dans ces phrases qu’il invente en les rejouant, retrouvant un plaisir intact. Il sait que le temps presse, il veut encore jouer, tenter des phrases qui n’en sont pas. Il retrouve dans ses dernières plages l’idée que la fin n’est qu’un commencement.

Et il nous livre une pirouette finale, avec  le "poème-titres" de ses compositions:

Je commence quelque chose là

 

Des croisements que je cherche

Quelque chose qui sort de l’âme

 

Jouer avec la force

J’ai envie de chanter ça

 

Dans la musique

Il faut des trucs sauvages

 

On peut continuer

Que ça vole

 

Entendre des sons et être tout de suite avec eux

Comme si quelqu’un parle à l’autre

 

Improvisation tranquille

Tu vois c’est ça qu’il faut

 

Echauffement tranquille

Bienheureux

 

Le film a déjà circulé mais il reste encore pour cet été quelques dates, encore des festivals qui ont choisi de le programmer Marciac, Cluny, Nevers...

Jazz à Marciac
Marciac
• Sélection festival Musinéma Plusieurs séances du 20 juillet au 5 août

 

Festival Jazz campus en Clunisois Cluny • Sélection • du 16 au 23 août

 

Ciné Jazz en Place
Dinan • Séance avec l'Émeraude Cinéma • le 24 août

Festival D’'Jazz à Nevers
Nevers le 11 novembre


 

 

 

Partager cet article
Repost0
10 juin 2026 3 10 /06 /juin /2026 08:53
Franck Tortiller Misja Fitzgerald Michel      The Open Chords of David Crosby

 

Franck Tortiller Misja Fitzgerald Michel

The Open Chords of David Crosby

 

Franck Tortiller vibraphone

Misja Fitzgerald Michel guitare acoustique (6 et 12 cordes)

 

Label MCO/ Socadisc

MCO

Franck Tortiller | ONJ

Franck tortiller, vibraphoniste, auteur et compositeur de jazz

 

Ancien du Vienna Art Orchestra, chef d’orchestre remarqué de l’ONJ en 2005, le vibraphoniste Franck Tortiller aime franchir les ponts entre toutes les musiques, pop, rock, jazz, rhythm and blues. Cet éclectisme est tout à son honneur et on aime le suivre quand il se réapproprie les mélodies folk et pop des seventies qui ont jalonné aussi notre vie musicale. On se souvient de son Close to Heaven enregistré avec l’Orchestre National de Jazz, hommage au flamboyant Led Zep dont la musique était un alliage absolu de blues irrigué de sauvages envolées free sonnantes. A cause de « Stairway To Heaven » ou du son inouï de batterie de John Bonham, de son jeu de cymbales?

Cette fois Franck Tortiller s’est transporté sur les pentes du Laurel Canyon, ce paradis californien pour les hippies et "protest song" writers de la fin des sixties. Et il privilégie une échappée du côté des compositions ouvertes de David Crosby aux racines folk, bluegrass, country, rockabilly, aux inspirations indiennes puisées chez Ravi Shankar. Croz a écouté Coltrane, Miles, Charles Lloyd et juste retour des choses, Miles reprendra au moment de Bitches Brew le “Guinevere” de Crosby que l’on entend à Woodstock avec d’autres titres phare dont “Suite Judy’s Blue eyes”, “Wooden Ships”.

Le partenaire idéal pour ce genre d’exercice était le guitariste irrésistible et pourtant trop méconnu Misja Fitzgerald Michel. Ainsi après Les heures propices le vibraphoniste sort un nouveau disque en duo avec le guitariste sur le label MCO  The Open Chords of David Crosby. Les deux musiciens partagent le goût de ces mélodies finement troussées, une même virtuosité discrète, chacun assumant sa part dans une écoute mutuelle. 

On rappellera que le jazz n’est pas lié à un matériau spécifique, mais qu’il réside surtout dans la manière de jouer. Démonstration réussie cette fois encore avec un son travaillé, « simplement » naturel. Et pourtant quel défi de s’attaquer au groupe mythique Crosby Stills Nash qui a marié la pop mélodique des Beatles aux racines folk avec toutes les réussites : instinct mélodique, acrobaties vocales, harmonies sophistiquées, guitares virtuoses. “Our Home”, “Carry On”, “Long Time Gone”, “Chicago”, “Déjà Vu”, “Teach your Children” … les tubes sont nombreux et leur succès fut planétaire. Misja Fitzgerald Michel, expert lui aussi en décloisonnement, célèbre la guitare plurielle sur ses guitares folk à six et douze cordes. Ce n’est pas chose aisée quand on s’inspire de tels « guitar heroes » tous de style différent, l’audacieux folkeux David Crosby souvent incontrôlable,  l’ombrageux mais génial Stephen Stills, perfectionniste des guitares, Graham Nash le talentueux pop songwriter anglais auxquels se rajouta vite (dès le deuxième album Déjà Vu ) Neil Young the Loner assez indépendant pour ne tenir que par une éperluette au nom du groupe Crosby Stills Nash & Young

Comme dans tout travail d’adaptation, le duo en revient à l’original, non pas tant pour en mesurer les écarts mais pour en savourer les variations, qui, pour être fidèles à l’esprit initial, ont l’élégance des transformations propres au jazz.

Pourtant il est difficile de faire mieux que les harmonies si subtiles des thèmes d’origine : les chemins qui bifurquent du duo les emmènent parfois assez loin de « Tracks In The Dust » ou «  Déjà Vu ». L'incroyable « Guinnevere » du premier disque de CSN, respecte la douceur élégiaque du tube entonné à la nuit tombée à Woodstock en 1969 avant la suite fragmentée de Stills, « Judy Blue Eyes » que l’on ne reconnaît que dans la toute dernière partie, ritournelle ressassée mais inoubliable.

Misja Fitzgerald Michel est aussi d’une belle « versatilité » (au sens anglo-saxon) et pratique avec aisance un grand écart des formes. Tout réside souvent dans des changements d’accords, de tons, avec des phrases complexes, de longs développements quand il chorusse.

Avec Franck Tortiller, il connaissent et aiment les « chansons » du groupe et particulièrement celles de Crosby- même plus récentes comme "Somebody Other than You", et nous les font découvrir autrement. Il est plutôt osé de reprendre à deux les compositions d’un groupe qui joua la carte de la tendre harmonie vocale. Le vibraphoniste a fait un travail remarquablement affûté sur les arrangements et harmonisations. Il privilégie une recherche constante de dynamiques, adaptant les couleurs et timbres de la guitare et du vibraphone, un alliage inusité, fusion des cordes et du métal teintée d’un éclat particulier. Même sur CD, on devine le ballet fluide et époustouflant des mailloches sur les lames. A ses côtés, flegmatique, le guitariste joue rythmique avec le plus grand sérieux quand il faut soutenir les envolées rebondissantes de son partenaire mais sait aussi changer de rôle et mener la danse dans de longues échappées.

L’esprit de ses musiques est conservé mais transposé et le duo parvient à unifier l’ensemble (deux compositions de Tortiller « Look in the Spark » et le final « She Says » parfaitement intégrées ) et à le jazzifier. Un répertoire poétique redevenu original en quelque sorte, une forme de résistance à l’air du temps qui réveille une douce nostalgie. On en sort rasséréné.

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 14:48
Vincent Bourgeyx       Life Letters

 

Vincent Bourgeyx Life Letters

Fresh Sound Records/ Socadisc 

Présentation - Vincent Bourgeyx

Sortie le 5 juin 

Concert de sortie de l'album au Festival de jazz de Malte le 7 juillet

 

Ce Life Letters est le septième album sous son nom de Vincent Bourgeyx sur le label Fresh Sound, composé de douze titres d’une durée sensiblement égale. Dix sont d'une plume lumineuse dans la forme royale du jazz, le trio piano-basse-batterie.

L’attaque est précise, affirmée dès le solo du batteur sur l’ouverture « Stuck in blues » qui annonce la couleur, impulsant une énergie collective qui ne se démentira pas. L’enregistrement impeccable souligne l’esprit d’un jazz de chambre, acoustique, plutôt vif, qui ne laisse guère place au silence. Mais la palette du pianiste sait nous réserver des surprises. On attend la ballade et elle vient vite, énonçée finement dans ces « Life Letters ». On le découvre aussi plus évasif, voire méditatif, dans « You Little Me ».

Il demeure dans le piano de Vincent Bourgeyx quelque chose de classique dans la connaissance des standards et des styles, comme c'était déjà le cas dans son premier opus Introduction qui me le fit connaître. Comme beaucoup de musiciens de sa génération, le musicien bordelais est ensuite parti faire ses classes à la Berklee School puis a appris le métier à New York. Ce qui laisse des traces, des souvenirs et des amitiés certaines. Aussi ne sera-t-on pas surpris qu'il se soit souvent entouré d’une rythmique américaine. Et pour cet album, elle est superlative, le contrebassiste Daryll Hall, subtil et d’une solidité à toute épreuve et le batteur Gregory Hutchinson au soutien plus que rebondissant. L’interaction avec ses deux complices est particulièrement tonique dans ce « Flash Pocket » urbain et funky.

 Vincent Bourgeyx révèle un véritable talent d’accompagnateur aux capacités inventives, au lyrisme sans emphase qu’on aurait tendance à préférer à certaines échappées solitaires. Car plus mélodiste que percussif, le pianiste s’abandonne volontiers à des valeurs refuge, cherchant à développer une relation plus intime avec le public, romantique dans ce "Romance"  à  la contrebasse élégante et fluide, émouvant quand il se laisse emporter par une abondance de notes dans le bien nommé « Hopeless Romantic ».

Equilibré est le montage de l’album, variant les climats, tout en demeurant d’une cohérence sereine. Vincent Bourgeyx s’inscrit résolument dans une certaine lignée de jazz, d’un "beau" piano avec des partenaires qui le ramènent vers un groove plus affirmé. Et on se réjouit de l’entendre dans deux reprises de standards qui terminent l’album en beauté : après un swingant « Let’s Play One » du trompettiste Thad Jones, le pianiste poursuit, galvanisé par une basse étincelante avec une de ses compositions l'envoûtant  « Duke » qui annonce brillamment le thème nostalgique de Billy Strayhorn « A Flower Is A Lovesome Thing ». Voilà une authentique déclaration d’amour à une écriture si parfaite que son mystère, soulignait Bill Frisell, nous laisse toujours interdit.

Le charme discret de cet album intemporel et vibrant s’impose vite et persiste jusque dans les trois derniers morceaux que l’on écouterait volontiers en boucle. On aura(it) grand plaisir à aller écouter ce trio en live évidemment, en club, tant ils traduisent l’essence même d’un jazz insurpassable.

 

Sophie Chambon

 

Partager cet article
Repost0
5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 13:50

Stéphane Belmondo (trompette, bugle),
Dado Moroni (piano).
Jazz en Tête Festival, Clermont-Ferrand, 23 octobre 2025.
Space Time Records / Socadisc.
Paru le 29 mai.


      Stéphane Belmondo affectionne le duo avec piano. Sans prétendre à l’exhaustivité, on se souvient en particulier d’un enregistrement il y a dix ans exactement avec Jacky Terrasson (Mother. Impulse/Universal). Le trompettiste et bugliste apprécie cette intimité qui tend à l’expression la plus pure, l’épure en quelque sorte, de la communion artistique.

     Dans la rencontre ici proposée, Il retrouve en Dado Moroni un partenaire méditerranéen comme lui (l’un de Hyères dans le Var, l’autre de Gênes), de sa génération (celle des années 60), et qui partage son penchant pour le duo avec trompette/bugle.


       Le pianiste italien s’était ainsi livré à cet exercice de haute volée avec Tom Harrell en 2007 (Humanity. Abeat). Il ne l’a pas oublié. Une composition du trompettiste américain, ‘’Sail Away’’ figure parmi les huit titres enregistrés à l’automne 2025 lors du festival Jazz en Tête de Clermont-Ferrand.
 


       Inspirés, tutoyant les sommets de l’émotion, Stéphane Belmondo et Dado Moroni s’en donnent à cœur joie. Le répertoire s’y prête, offrant une diversité apte à séduire les amateurs de tous bords : des standards (‘How Deep is the Ocean’, d’Irving Berlin, ‘Here’s That Rainy Day’ de Jimmy Van Heusen), un titre de Monk (‘Let’s Cool One’), des compositions de trompettistes (‘Up Jumped Spring’ de Freddie Hubbard, Joey Smile de Stéphane Belmondo et bien sûr ‘Sail Away’ de Tom Harrell) et des chansons populaires françaises devenues des tubes internationaux ( ‘La Belle vie’ de Sacha Distel, ‘Et maintenant’ de Gilbert Bécaud).  

      L’espace d’une petite heure (59 minutes 58 secondes), nos deux complices nous offrent un exemple de ce que le jazz saisi en direct peut apporter d’enchantement, de spontanéité ... Un régal tout simplement.

 

Jean-Louis Lemarchand.
   

 

 

Partager cet article
Repost0