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11 juin 2026 4 11 /06 /juin /2026 08:04
Quelques notes sur la liberté                 Benjamin Delattre

 

Quelques notes sur la liberté    Documentaire de Benjamin Delattre

 

 

Bande-Originale du film éditée chez « Frédéric Leibovitz Éditions », à paraître le 22 mai 2026

 

 

Quelques notes sur la liberté est le film réalisé par Benjamin Delattre et produit par Melisande films, enregistré en 2022-2023.

« Nous avons commencé pendant la période du Covid. Michel Portal souffrait de ne plus pouvoir jouer en public. Avec Sophie Faudel, nous avons réuni les conditions pour qu’il joue à nouveau, pour faire un film consacré au processus de composition... » Benjamin Delattre

 

Dans un décor dépouillé du plateau de l’Alliance française, ou dans le salon outrenoir du dernier étage du Musée Fabre où fut enregistré une séquence finale en juillet 2023, pendant le Festival de Radio France Occitanie à Montpellier, Michel Portal se retrouve tel qu’en lui même, seul.

Il nous fait entendre dans un montage précis la bande originale du film, sa dernière trace discographique.

L’oeuvre ultime déjà fantômatique et pourtant charnelle : « Ce qui pourrait rester une abstraction... prend ici un caractère indiscutablement concret » écrit Arnaud Merlin.

Assis, Michel Portal joue, écoute, réécoute, rit, commente d’une voix fatiguée. Il n’est plus le Bailador mais il continue à chercher dans le souffle, creuser le vibrato, tapoter les clés de ses clarinettes. Il joue au bandonéon des morceaux anciens qu'il retrouve sur partitions.

Détaché de toute autre préoccupation que de faire entendre la musique dans sa tête, il revient sur le métier, essayant de cerner la musique, ce qu’elle est...

Ce n’est plus cette figure impressionnante du jazz qui ne se voulait pas idole, cet éternel inquiet si juvénile qui n’était heureux que quand il était sur scène, prenant des risques, qui nous a marqué dès son Dejarme Solo! par son approche libre et expérimentale. Mais le film a le mérite de montrer le processus de création de très près, ce corps au travail, comme le fit autrefois Henri-George Clouzot dans Le Mystère Picasso.

Un commencement qui n’en finit pas de (re)commencer. Ou plutôt une fin qui ne veut pas dire son nom.  On ne sait jamais dans la vie quand c’est la dernière fois que l’on voit quelqu’un…Ce rendez-vous, ces derniers moments passés avec lui, Michel Orier les évoque dans un commentaire émouvant.

Michel Portal a lutté avec cette « oublieuse mémoire » inscrivant son parcours dans  une exigence nécessaire et l'urgence vitale de l'artiste qu’il soit écrivain, peintre ou musicien.
On approche une création …ses dernières notes, non, beaucoup plus que ça, dix huit improvisations, pas si à bout de souffle que ça,  un dernier chant.
Tel un poète, le musicien jeune-vieux est cet intranquille qui avoue, soudain sérieux :  Si jamais je ne fais pas de musique, je deviens complètement fou mais il ne faut pas que je le dise aux autres.

Ce moment n’appartient qu’à lui, plongé dans ces phrases qu’il invente en les rejouant, retrouvant un plaisir intact. Il sait que le temps presse, il veut encore jouer, tenter des phrases qui n’en sont pas. Il retrouve dans ses dernières plages l’idée que la fin n’est qu’un commencement.

Et il nous livre une pirouette finale, avec  le "poème-titres" de ses compositions:

Je commence quelque chose là

 

Des croisements que je cherche

Quelque chose qui sort de l’âme

 

Jouer avec la force

J’ai envie de chanter ça

 

Dans la musique

Il faut des trucs sauvages

 

On peut continuer

Que ça vole

 

Entendre des sons et être tout de suite avec eux

Comme si quelqu’un parle à l’autre

 

Improvisation tranquille

Tu vois c’est ça qu’il faut

 

Echauffement tranquille

Bienheureux

 

Le film a déjà circulé mais il reste encore pour cet été quelques dates, encore des festivals qui ont choisi de le programmer Marciac, Cluny, Nevers...

Jazz à Marciac
Marciac
• Sélection festival Musinéma Plusieurs séances du 20 juillet au 5 août

 

Festival Jazz campus en Clunisois Cluny • Sélection • du 16 au 23 août

 

Ciné Jazz en Place
Dinan • Séance avec l'Émeraude Cinéma • le 24 août

Festival D’'Jazz à Nevers
Nevers le 11 novembre


 

 

 

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10 juin 2026 3 10 /06 /juin /2026 08:53
Franck Tortiller Misja Fitzgerald Michel      The Open Chords of David Crosby

 

Franck Tortiller Misja Fitzgerald Michel

The Open Chords of David Crosby

 

Franck Tortiller vibraphone

Misja Fitzgerald Michel guitare acoustique (6 et 12 cordes)

 

Label MCO/ Socadisc

MCO

Franck Tortiller | ONJ

Franck tortiller, vibraphoniste, auteur et compositeur de jazz

 

Ancien du Vienna Art Orchestra, chef d’orchestre remarqué de l’ONJ en 2005, le vibraphoniste Franck Tortiller aime franchir les ponts entre toutes les musiques, pop, rock, jazz, rhythm and blues. Cet éclectisme est tout à son honneur et on aime le suivre quand il se réapproprie les mélodies folk et pop des seventies qui ont jalonné aussi notre vie musicale. On se souvient de son Close to Heaven enregistré avec l’Orchestre National de Jazz, hommage au flamboyant Led Zep dont la musique était un alliage absolu de blues irrigué de sauvages envolées free sonnantes. A cause de « Stairway To Heaven » ou du son inouï de batterie de John Bonham, de son jeu de cymbales?

Cette fois Franck Tortiller s’est transporté sur les pentes du Laurel Canyon, ce paradis californien pour les hippies et "protest song" writers de la fin des sixties. Et il privilégie une échappée du côté des compositions ouvertes de David Crosby aux racines folk, bluegrass, country, rockabilly, aux inspirations indiennes puisées chez Ravi Shankar. Croz a écouté Coltrane, Miles, Charles Lloyd et juste retour des choses, Miles reprendra au moment de Bitches Brew le “Guinevere” de Crosby que l’on entend à Woodstock avec d’autres titres phare dont “Suite Judy’s Blue eyes”, “Wooden Ships”.

Le partenaire idéal pour ce genre d’exercice était le guitariste irrésistible et pourtant trop méconnu Misja Fitzgerald Michel. Ainsi après Les heures propices le vibraphoniste sort un nouveau disque en duo avec le guitariste sur le label MCO  The Open Chords of David Crosby. Les deux musiciens partagent le goût de ces mélodies finement troussées, une même virtuosité discrète, chacun assumant sa part dans une écoute mutuelle. 

On rappellera que le jazz n’est pas lié à un matériau spécifique, mais qu’il réside surtout dans la manière de jouer. Démonstration réussie cette fois encore avec un son travaillé, « simplement » naturel. Et pourtant quel défi de s’attaquer au groupe mythique Crosby Stills Nash qui a marié la pop mélodique des Beatles aux racines folk avec toutes les réussites : instinct mélodique, acrobaties vocales, harmonies sophistiquées, guitares virtuoses. “Our Home”, “Carry On”, “Long Time Gone”, “Chicago”, “Déjà Vu”, “Teach your Children” … les tubes sont nombreux et leur succès fut planétaire. Misja Fitzgerald Michel, expert lui aussi en décloisonnement, célèbre la guitare plurielle sur ses guitares folk à six et douze cordes. Ce n’est pas chose aisée quand on s’inspire de tels « guitar heroes » tous de style différent, l’audacieux folkeux David Crosby souvent incontrôlable,  l’ombrageux mais génial Stephen Stills, perfectionniste des guitares, Graham Nash le talentueux pop songwriter anglais auxquels se rajouta vite (dès le deuxième album Déjà Vu ) Neil Young the Loner assez indépendant pour ne tenir que par une éperluette au nom du groupe Crosby Stills Nash & Young

Comme dans tout travail d’adaptation, le duo en revient à l’original, non pas tant pour en mesurer les écarts mais pour en savourer les variations, qui, pour être fidèles à l’esprit initial, ont l’élégance des transformations propres au jazz.

Pourtant il est difficile de faire mieux que les harmonies si subtiles des thèmes d’origine : les chemins qui bifurquent du duo les emmènent parfois assez loin de « Tracks In The Dust » ou «  Déjà Vu ». L'incroyable « Guinnevere » du premier disque de CSN, respecte la douceur élégiaque du tube entonné à la nuit tombée à Woodstock en 1969 avant la suite fragmentée de Stills, « Judy Blue Eyes » que l’on ne reconnaît que dans la toute dernière partie, ritournelle ressassée mais inoubliable.

Misja Fitzgerald Michel est aussi d’une belle « versatilité » (au sens anglo-saxon) et pratique avec aisance un grand écart des formes. Tout réside souvent dans des changements d’accords, de tons, avec des phrases complexes, de longs développements quand il chorusse.

Avec Franck Tortiller, il connaissent et aiment les « chansons » du groupe et particulièrement celles de Crosby- même plus récentes comme "Somebody Other than You", et nous les font découvrir autrement. Il est plutôt osé de reprendre à deux les compositions d’un groupe qui joua la carte de la tendre harmonie vocale. Le vibraphoniste a fait un travail remarquablement affûté sur les arrangements et harmonisations. Il privilégie une recherche constante de dynamiques, adaptant les couleurs et timbres de la guitare et du vibraphone, un alliage inusité, fusion des cordes et du métal teintée d’un éclat particulier. Même sur CD, on devine le ballet fluide et époustouflant des mailloches sur les lames. A ses côtés, flegmatique, le guitariste joue rythmique avec le plus grand sérieux quand il faut soutenir les envolées rebondissantes de son partenaire mais sait aussi changer de rôle et mener la danse dans de longues échappées.

L’esprit de ses musiques est conservé mais transposé et le duo parvient à unifier l’ensemble (deux compositions de Tortiller « Look in the Spark » et le final « She Says » parfaitement intégrées ) et à le jazzifier. Un répertoire poétique redevenu original en quelque sorte, une forme de résistance à l’air du temps qui réveille une douce nostalgie. On en sort rasséréné.

Sophie Chambon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 14:48
Vincent Bourgeyx       Life Letters

 

Vincent Bourgeyx Life Letters

Fresh Sound Records/ Socadisc 

Présentation - Vincent Bourgeyx

Sortie le 5 juin 

Concert de sortie de l'album au Festival de jazz de Malte le 7 juillet

 

Ce Life Letters est le septième album sous son nom de Vincent Bourgeyx sur le label Fresh Sound, composé de douze titres d’une durée sensiblement égale. Dix sont d'une plume lumineuse dans la forme royale du jazz, le trio piano-basse-batterie.

L’attaque est précise, affirmée dès le solo du batteur sur l’ouverture « Stuck in blues » qui annonce la couleur, impulsant une énergie collective qui ne se démentira pas. L’enregistrement impeccable souligne l’esprit d’un jazz de chambre, acoustique, plutôt vif, qui ne laisse guère place au silence. Mais la palette du pianiste sait nous réserver des surprises. On attend la ballade et elle vient vite, énonçée finement dans ces « Life Letters ». On le découvre aussi plus évasif, voire méditatif, dans « You Little Me ».

Il demeure dans le piano de Vincent Bourgeyx quelque chose de classique dans la connaissance des standards et des styles, comme c'était déjà le cas dans son premier opus Introduction qui me le fit connaître. Comme beaucoup de musiciens de sa génération, le musicien bordelais est ensuite parti faire ses classes à la Berklee School puis a appris le métier à New York. Ce qui laisse des traces, des souvenirs et des amitiés certaines. Aussi ne sera-t-on pas surpris qu'il se soit souvent entouré d’une rythmique américaine. Et pour cet album, elle est superlative, le contrebassiste Daryll Hall, subtil et d’une solidité à toute épreuve et le batteur Gregory Hutchinson au soutien plus que rebondissant. L’interaction avec ses deux complices est particulièrement tonique dans ce « Flash Pocket » urbain et funky.

 Vincent Bourgeyx révèle un véritable talent d’accompagnateur aux capacités inventives, au lyrisme sans emphase qu’on aurait tendance à préférer à certaines échappées solitaires. Car plus mélodiste que percussif, le pianiste s’abandonne volontiers à des valeurs refuge, cherchant à développer une relation plus intime avec le public, romantique dans ce "Romance"  à  la contrebasse élégante et fluide, émouvant quand il se laisse emporter par une abondance de notes dans le bien nommé « Hopeless Romantic ».

Equilibré est le montage de l’album, variant les climats, tout en demeurant d’une cohérence sereine. Vincent Bourgeyx s’inscrit résolument dans une certaine lignée de jazz, d’un "beau" piano avec des partenaires qui le ramènent vers un groove plus affirmé. Et on se réjouit de l’entendre dans deux reprises de standards qui terminent l’album en beauté : après un swingant « Let’s Play One » du trompettiste Thad Jones, le pianiste poursuit, galvanisé par une basse étincelante avec une de ses compositions l'envoûtant  « Duke » qui annonce brillamment le thème nostalgique de Billy Strayhorn « A Flower Is A Lovesome Thing ». Voilà une authentique déclaration d’amour à une écriture si parfaite que son mystère, soulignait Bill Frisell, nous laisse toujours interdit.

Le charme discret de cet album intemporel et vibrant s’impose vite et persiste jusque dans les trois derniers morceaux que l’on écouterait volontiers en boucle. On aura(it) grand plaisir à aller écouter ce trio en live évidemment, en club, tant ils traduisent l’essence même d’un jazz insurpassable.

 

Sophie Chambon

 

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5 juin 2026 5 05 /06 /juin /2026 13:50

Stéphane Belmondo (trompette, bugle),
Dado Moroni (piano).
Jazz en Tête Festival, Clermont-Ferrand, 23 octobre 2025.
Space Time Records / Socadisc.
Paru le 29 mai.


      Stéphane Belmondo affectionne le duo avec piano. Sans prétendre à l’exhaustivité, on se souvient en particulier d’un enregistrement il y a dix ans exactement avec Jacky Terrasson (Mother. Impulse/Universal). Le trompettiste et bugliste apprécie cette intimité qui tend à l’expression la plus pure, l’épure en quelque sorte, de la communion artistique.

     Dans la rencontre ici proposée, Il retrouve en Dado Moroni un partenaire méditerranéen comme lui (l’un de Hyères dans le Var, l’autre de Gênes), de sa génération (celle des années 60), et qui partage son penchant pour le duo avec trompette/bugle.


       Le pianiste italien s’était ainsi livré à cet exercice de haute volée avec Tom Harrell en 2007 (Humanity. Abeat). Il ne l’a pas oublié. Une composition du trompettiste américain, ‘’Sail Away’’ figure parmi les huit titres enregistrés à l’automne 2025 lors du festival Jazz en Tête de Clermont-Ferrand.
 


       Inspirés, tutoyant les sommets de l’émotion, Stéphane Belmondo et Dado Moroni s’en donnent à cœur joie. Le répertoire s’y prête, offrant une diversité apte à séduire les amateurs de tous bords : des standards (‘How Deep is the Ocean’, d’Irving Berlin, ‘Here’s That Rainy Day’ de Jimmy Van Heusen), un titre de Monk (‘Let’s Cool One’), des compositions de trompettistes (‘Up Jumped Spring’ de Freddie Hubbard, Joey Smile de Stéphane Belmondo et bien sûr ‘Sail Away’ de Tom Harrell) et des chansons populaires françaises devenues des tubes internationaux ( ‘La Belle vie’ de Sacha Distel, ‘Et maintenant’ de Gilbert Bécaud).  

      L’espace d’une petite heure (59 minutes 58 secondes), nos deux complices nous offrent un exemple de ce que le jazz saisi en direct peut apporter d’enchantement, de spontanéité ... Un régal tout simplement.

 

Jean-Louis Lemarchand.
   

 

 

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26 mai 2026 2 26 /05 /mai /2026 11:28

    « Pour Rollins, il n’est pas question de divertissement. La musique trône à l’évidence, à l’étage au-dessus. Elle est spirituelle et exprime la force positive qui existe dans le monde. » Le saxophoniste Jean-Louis Chautemps (1931-2022) avait parfaitement saisi la raison d’être et de jouer de Theodore « Sonny » Rollins, son contemporain, décédé le 25 mai à Woodstock (Etat de New-York) à l’âge de 95 ans (il était né le 7 septembre 1930).


     Retiré dans sa maison de Woodstock depuis des années, ayant délaissé le saxophone ténor depuis 2014 pour des problèmes pulmonaires, donné son dernier concert en 2012, Sonny Rollins se consacrait à la méditation, lisant des ouvrages sur Bouddha, le yoga, et parfois jouait quelques phrases sur le clavier d’un Fender Rhodes. Dans un entretien avec le New York Times paru en 2020, le saxophoniste confiait : « Physiquement je souffre en permanence mais spirituellement je ne me suis jamais senti aussi bien ».


     La spiritualité aura été centrale dans la vie de Theodore Rollins, que son grand-père dénommait affectueusement « Sonny » (fiston) et qui s’inspira des mélopées chantées par sa maman, originaire des Iles Vierges, dans « Saint Thomas », calypso le plus célèbre de l’histoire du jazz, ou encore « Don’t Stop the Carnival ».


     Le saxophoniste, talent précoce se produisant auprès de Thelonious Monk, Bud Powell, sur la scène new-yorkaise dès la fin des années 40 en pleine période du be-bop, avait choisi de faire retraite après avoir acquis la célébrité avec deux albums de 1956, « Saxophone Colossus » et « Tenor Madness », seul enregistrement disponible avec son comparse –à tort présenté comme son concurrent- John Coltrane. C’est l’épisode, devenu historique, de Rollins s’entraînant seul sous le Williamsburg Bridge de New-York dont il témoignera dans « The Bridge ».


     Le saxophoniste au son majestueux, qui vouait grande admiration à Coleman Hawkins (Sonny meets Hawk, 1963) ...

...se libère de toutes les contraintes stylistiques. Il fait un séjour en Inde, c’était « tendance » alors, et ouvre un nouveau chapitre de sa carrière. Rollins accède au rang des stars, au même titre que Miles Davis, remplit les salles, se produit dans le monde entier. Chaque concert est une performance, Rollins va au bout de lui-même de son improvisation dans des envolées lyriques et fougueuses : près de trois heures un soir d’été de la fin des années 90 devant 8.000 spectateurs rassemblés dans l’amphithéâtre antique de Vienne.

 

     En juin 2010, à l’approche de ses 80 printemps, au festival de Montréal, c’est un Rollins à la démarche hésitante, à la stature un peu voûtée et à la chevelure couleur de neige, très chic dans sa tunique rouge que nous voyons entamer son concert par un solo intégral de dix minutes.


     Sa renommée dépasse les frontières du jazz. Réticent au début –ce n’est pas au niveau du jazz, dit-il- Rollins accepte, sur l’instigation de son épouse, l’influente Lucille (39 ans de mariage, décédée en 2004), de participer à un album des Rolling Stones (Tattoo You. 1981).


     Musicien engagé dans la lutte contre le racisme, reçu à la Maison Blanche par Barack Obama, Sonny Rollins aura toujours témoigné d’une générosité sans borne, ne s’interdisant rien, porté par une imagination, une passion de l’improvisation qui constitue l’essence même du jazz.
Ironie de l’histoire, il quitte définitivement la scène la veille du centième anniversaire de la naissance de Miles Davis.

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

©photo Jean-Louis Lemarchand et X. (D.R.)

 

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23 mai 2026 6 23 /05 /mai /2026 09:15

DENIS LE BAS : l’envie de jazz et le bonheur en plus !

@maxime françois

retrouvez l'interview en podcast ici

https://aligrefm.org/podcasts/jazzland-le-podcast-216/jazz-sous-les-pommiers-rencontre-avec-denis-lebas-3606

Le 13 mai, alors que le festival Jazz sous les pommiers  était à mi-chemin de sa 45eme édition, nous sommes allés rencontrer Denis Lebas , le responsable de JSLP.

Denis Lebas c’est simple lorsque vous allez à Coutances au moment du festival, vous ne pouvez pas le louper : il est partout, discute avec tout le monde, avec les musiciens, les bénévoles, les medias, le public ! Toujours dispo ! Partout sa chemise aux mille couleurs se promène de la salle marcel Helie, au théâtre, au Magic Mirrors. Partout !

Denis Lebas a cette énorme envie de jazz et la foi chevillés au corps pour offrir au public une semaine d’une formidable diversité et de création.

Un grand manitou en quelque sorte.

Rencontre avec le boss !

 

Jazzland

Merci beaucoup DENIS LEBAS pour Jazzland Aligre fm 93.1 à l'occasion de cette nouvelle édition du festival Jazz sous les Pommiers. Denis, vous êtes le patron du festival qui dirige la programmation. Denis, on est à mi-chemin du festival, comment allez-vous ?

 

Denis Lebas

On est au 6e jour et il y a une espèce d'adrénaline par ce que nous envoient les musiciens et le public. C'est sans doute samedi dernier que cela a été un petit peu plus dur puisqu'on a ajouté une journée (avec le 8 mai qui se trouvait férié), mais non c'est quand même une semaine de bonheur. Donc, on n’ne va pas se plaindre.

 

Jazzland

Vous avez l'habitude de ce festival qui en est à sa 45èlme édition. Vous êtes jamais blasé ?

 

DENIS LEBAS

Ah non !  Comme vous d’ailleurs.  Les musiciens sont des sources infinies de projets, de plaisir et d'invention. Ça se renouvelle tout le temps et donc ce n'est pas comme si on devait répéter un peu la même chose. On accueille des musiciens différents, soit on les connaît, mais alors c'est un nouveau projet, soit on les découvre. La matière est extrêmement riche. On essaie de balayer tous les jazz, comme j'aime bien le rappeler, et un peu les cousins aussi. La matière est riche et l’inventivité des artistes, incroyable.

 

Jazzland

On vous voit partout dans le festival, courir à droite ou à gauche. A croire qu’il y a 25 Denis Lebas. Est-ce que vous ressentez encore du stress après toutes ces années d’expérience ?

 

Denis Lebas

Oui il y a une charge mentale liée d’abord à la réussite des concerts mais aussi de tout ce qu’il y a autour, la gestion d’une énorme équipe, la technique, la sécurité, les partenaires qui viennent sur le festival. Cela fait partie du job et à mon niveau ce n’est pas que de la musique.

 

Jazzland

Sur ces 6 premeirs jours, vous avez eu des moments qui vous ont marqué.

 

Denis Lebas

Il y a juste eu un concert qui n’a pas été à la hauteur de ce que j’attendais. Mais en revanche le concert de Joshua Redman a été un incroyable concert !  On savait qu’il faisait partie des bons mais là il a dépassé un stade. Il fait partie du tout petit cercle du haut de l’affiche.

 

Jazzland

Pour un concert comme celui-ci, la jauge est évidemment complète. Mais pour les autres ?

 

Denis Lebas

On se rend compte que même pour des choses un peu plus confidentielles, certes on a un peu moins de monde mais on a quand même un bon taux de remplissage. C’est le fruit de 45 ans de programmation. On a la chance d’avoir un public curieux et éduqué pour certains et ouvert pour d’autres. Ils ne connaissent pas forcément mais ils sont là, prêts à découvrir et à ouvrir grand leurs oreilles. C’est vrai que pour un programmateur c’est très satisfaisant d’avoir un public aussi cool que le nôtre.

 

Jazzland 

L’an dernier le festival affichait un taux de remplissage exceptionnel. Qu’en est-il cette année ?

 

Denis Lebas

Oui l’an dernier on avait atteint les 97%. On ne l’atteindra pas cette année mais le contexte est différent sur le plan mondial, économique, le prix de l’essence et enfin la météo qui n’est pas très clémente. Mais bon, on avait fait une édition exceptionnelle l’an dernier il faut donc relativiser car on va faire encore un très très bon score de fréquentation. Il est un peu tôt pour le dire précisément mais je peux dire que le jazz attire du monde quand cela repose sur des choix de programmation réfléchis, éclectiques et une belle ambiance de festival.

 

Jazzland

Est-ce qu’il y a eu des nouveautés sur cette édition ?

 

Denis Lebas

Non pas vraiment de grandes révolutions. Le festival a atteint son format et on ne veut pas tout changer. En revanche quelques expérimentations comme le concert de Robinson Khoury à 360° avec la scène installée au milieu du public salle Marcel Helie. Ou encore des évènements pour marquer notre implication dans la transition écologique comme la journée sans voiture. Mais pas de grands bouleversements.

 

Jazzland

Focus sur quelle région du monde cette année ?

 

Denis Lebas

Dans les découvertes on a eu pendant quelques jours un cœur Sud-Africain ( Thanda Choir). On a aussi un groupe de jazz coréen ( Bando)…..

 

Jazzland

Comment les trouvez-vous ?

 

Denis Lebas

On va dans quelques festivals, on échange avec les collègues et on a aussi quelques « grandes oreilles » qui nous remontent ce qu’ils entendent. Mais surtout j’essaie de bouger aussi parce qu’il n’y a pas de meilleur arbitre que le live. C’est bien d’écouter les albums mais pour savoir si cela peut marcher dans un festival, il faut aller voir comment cela se passe sur scène. Donc j’essaie d’aller voir un maximum de choses.

 

Jazzland

Vous travaillez avec les autres festivals ?

 

Denis Lebas

Oui absolument. Par exemple le projet de Clement Janinet est un projet soutenu par plusieurs festival. De la même lanière on a travaillé en coproduction avec les Bozar de Bruxelles sur le projet d’Helene Duret. On essaie de monter ensemble sur des projets, ce qui rend leur faisabilité plus facile puisque chacun participe. Et puis c’est intelligent de travailler ensemble. Le jazz reste une petite famille et il faut que l’on apprenne à se serrer les coudes. Ça va aider tout le monde.

 

Jazzland

Denis, Lundi 18 mai : vous dormez toute la journée ?

 

Denis Lebas

Et bien non ! Pas encore ! Parce qu’il y a encore plein de choses à faire. Des gens qui ont perdu leurs clefs, des problèmes d’intendance etc….Le lundi je laisse les collègues dormir. Ils ont bien donné durant tout le festival.

 

Jazzland

Vous lancez un peu la saison des festivals. On aura la chance de vous y croisez ou bien est ce que vous passez à autre chose ?

 

Denis Lebas

Non, au contraire. C’est là que tout se prépare et je vais vous dire : c’est le moment le plus sympa pour moi !

 

Propos recueillis lors du festival Jazz sous les Pommiers à Coutances le 13 mai 2026 par Jean-Marc Gelin

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19 mai 2026 2 19 /05 /mai /2026 10:17

Vendredi 15 mai

D'abord un petit déjeuner face à la mer du côté d'Agon Coutainville, à peine à 15km de Coutances avant de démarrer la longue journée du festival.

 

Hélène Duret avec Nils Wogram (Magic Mirrors)
Hélène Duret (clb, cl), Nils Wogram (tb), Sylvain Debaisieux (ts), Benjamin Sauzereau (g), Fil Caporail (cb), Maxime Rouayoux (dms)

@jeanmarcgelin


La clarinettiste est une habituée de JSLP et de la salle du Magic Mirrors. Surtout Hélène Duret est une artiste qui ne cherche ni à tricher ni la facilité. Elle fait avec audace le pari de l’intelligence du public en lui livrant une musique exigeante, forçant l’écoute attentive pour saisir les évolutions de la musique entre jazz, free et musique contemporaine. Rt ce pari là, elle le gagne haut la main car le public (qui n’est pourtant pas initié et pas du tout au courant de ce qu’il va entendre) est conquis. Il est vrai que l’association d’Hélène Duret aux clarinettes et de celui qui a accompagné un temps Michel Portal et qui fut lauréat du prix du musicien européen de l'académie du Jazz est assez remarquable. Aucun des musiciens n’en fait trop et chacun est au service de la musique. L’impression après ce concert d’avoir assisté à un moment d’intelligence musicale. Brillant !

Marion Rampal ( Magic Mirrors)
Marion Rampal ( vc, g), Matthis Pascaud (g), Simon tailleu (cb), Raphael Chassin (dms), Thibault Gomez (p), Aurelien Tomasi (cl, saxs), Isabel Sörling (vc, g), Eric Allard-Jacquin (accdn)
Nous étions très curieux de venir assister à la création de la chanteuse pour sa dernière année en résidence à JSLP. Du moins c’était ce qui était annoncé sur la programme et ce qu’attendait le public. Au lieu de cela, une série de reprise d’anciennes chansons. Frustration.

Jean-Pierre Como et Javier Girotto ( cathédrale)
Jean-pierre Como (p, Javier Girotto (bs,ss)

@jeanmarcgelin


Sublime ! des lignes mélodiques qui s’envolent et tournent dans la cathédrale. Deux sculpteurs de l’air en action. La musique comme moment de grâce qui passe de l’un à l’autre. Une émotion toujours présente dans chaque morceau. Dans chaque note. Une écoute continuelle. Un saxophoniste à l’expressivité inaltérable, totalement perché très haut dans son monde de musique qu’il semble vivre intérieurement, prêt à la faire exploser au su de tout le public.

Monty Alexander (salle Marcel Helie)
Monty Alexander (p), Luke Sellick (cb), Jason Brown (dms)
Arrivé avec un poil de retard Salle Marcel Helie (pour cause du concert précédent). D’emblée : la classe absolue ! Moanin’ sublimé et puis tout qui s’enchaîne avec une fluidité de dingue. Un groove irrésistible et toute l’histoire du jazz au bout des doigts d’Erroll Garner à Ahmad Jamal. Monty Alexander à 81 ans nous donne une leçon de jeunesse. Sa musique n’a pas pris une seule ride et garde intacte sa capacité à ressusciter un jazz qui n’est en fait jamais mort. Ses phrases sont émaillées de multiples citations. Bien sûr les gimmicks reviennent comme à chaque concert , comme ce No Woman no cry qui marque ses racines jamaïcaines et qui fait chanter le public. 
Avec Monty Alexander on est typiquement dans le concert dont on voudrait qu’il dure toute la nuit !

@jeanmarcgelin


Et pour conclure notre venue à Coutances, direction le théâtre pour le concert d’Andy Emler Onztet ( le temps est parti pour rester).

@jeanmarcgelin


Andy Emler (p, compos), Claude Tchamitchian (cb), Eric Echampard (dms) + Louis Sclavis, Catherine Delaunay, Thomas Savy, Laurent Dehors, Elodie Pasquier, Nicolas Fargeix, Florent Pujuila, Emmanuelle Brunat 
C'est le projet ambitieux d'Andy Emler de réunir sur scène 8 clarinettistes. la crème de l'élite de la clarinette pour une musique aussi savante qu'exigeante. C'est brillantissime et même bluffant tant les clarinettistes (toutes les formes - ou presque- de clarinettes) se succèdent avec brio.  On en a le tournis et l'on sait que la nuit venue, nos rêves seront peuplés de solos de clarinette. 
De quoi finir en beauté ce festival.

Un peu triste de devoir partir demain matin. C'est une autre musique qui nous guette : un petit air de blues.

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19 mai 2026 2 19 /05 /mai /2026 09:58


      « Tout le livre de Mezzrow est un morceau de bravoure, stimulant, exaltant, enivrant », commentait le 29 juin 1950 dans « Combat », Maurice Nadeau (1911-2013) chroniqueur littéraire sept ans durant du quotidien issu de la Libération.


      La publication d’une sélection de ces chroniques ce printemps nous donne l’occasion de redécouvrir l’ouvrage majeur du jazzman (« le plus grand clarinettiste blanc » selon Hugues Panassié ») écrit en coopération avec le journaliste Bernard Wolfe, ‘’Really the Blues’’, édité en France sous le titre ‘’La Rage de Vivre’’, avec une traduction de Marcel Duhamel et Madeleine Gautier (compagne puis épouse du "Pape de Montauban") et (excusez du peu) d’une préface d’Henry Miller.

 

       Maurice Nadeau, qui dirigea la revue Les Lettres Nouvelles et La Quinzaine Littéraire, exprime dans cette chronique qui occupe pas moins de cinq pages dans ce livre en format poche, toute son admiration envers « La Rage de Vivre » dont, dit-il, il a bien envie de faire sa Bible.
      Milton « Mezz » Mezzrow (né Mesirow, 1899-1972), note ainsi le journaliste, « y parle de jazz bien sûr, il en fait même l’histoire, la géographie, raconte la vie des quarante rois qui en trente cinq ans, firent le swing ; mais il parle aussi de lui, de l’Amérique, et de la vie, et de la mort et de la création artistique et de tout ce que peut raconter un Américain qui a vécu dans les bas- fonds de Chicago, New-York avec, au cœur, le désir de devenir un grand artiste ».

 
      Voilà pour le contenu. Quant à la langue, laissons la parole à Henry Miller qui s’adresse ainsi aux auteurs avec chaleur : « Vous avez pour le langage triste, éculé de l’Homme blanc, ce que Dante a fait pour la langue italienne, Rabelais pour la française, Shakespeare pour l’anglais classique ».

 

     Soixante ans de journalisme littéraire. Tome 1. Florilège des années Combat, 1945-1951. Maurice Nadeau. Editions Maurice Nadeau, collection Poche. 346 pages. Avril 2026. On y retrouve des chroniques portant sur Georges Bataille, Jean-Paul Sartre, John Steinbeck, André Malraux, Blaise Cendrars, Ernest Hemingway…

 

Jean-Louis Lemarchand.

 

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18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 11:26

Jeudi 14 mai

Mathias Lévy (" chant song")

Mathias Lévy (vl), Lou Tavano (vc), Laurent Derache (accdn), Sébastien Giniaux (g, cello), Jean-Philippe Viret (cb)

@jeanmarcgelin

Il n'y a pas à dire, ce projet de Mathias Levy est une splendeur. Il tourne autour de chansons magnifiques avec des arrangements aériens. Et quel quartet ! Un son de groupe entre les cordes et l'accordéon avec un Mathias Lévy absolument superlatif dont les chorus ont fait littéralement fondre le public du Magic Mirror. La musicalité de ce musicien atteint des niveaux exceptionnels. Et si les arrangements sont aussi bien travaillé dans l’espace qu’il laisse au son et à l’enluminure des mélodies, on a quand même une vraie réserve sur la théâtralisation excessive du chant qui donne une impression de rupture dans la cohésion du quartet. Dommage.

 

Ellinoa : " Mejiro" ( Cinéma)

Ellinoa (vc, glockenspiel), christelle Raquillet (fl), Arthur Henn (mandoline), Heloise Lefebvre (vl), Mathilde Vrech (alto), Juliette Serrard (cello)

Pour ce projet, largement repéré parmi les professionnels, Ellinoa s'est inspirée d'un quartier de Tokyo. Celle qui est compositrice et cheffe d'orchestre est positionnée en avant dans son rôle de chanteuse qui possède par son timbre une grande force d'évocation poétique. Concert sage avec de très beaux moments portés notamment par Christelle Raquillet (habituée des lieux). L’écriture est fine et particulièrement léchée. Jamais dans l’easy listening et toujours dans des progressions à tiroirs, Ellinoa possède une vraie force impressionniste. On voyageait à Tokyo.

@jeanmarcgelin

 

Direction la salle Marcel Helie où tout le monde attend ce qui s'annonce comme un moment fort du festival, le concert de Cecile Mc Lorin Salvant

Cécile Mc Lorin Salvant (vc), Sullivan Fortner (p), Yasushi Nakamura (cb), Kyle Poole (dms)

@jeanmarcgelin

Énorme concert de notre chanteuse préférée !!! Cecile arrive sur scène mutine, détendue sans aucune forme de pression. Vêtue d’une robe déstructurée, elle annonce la couleur : rien ne sera formaté.. Elle et Sullivan Fortner s'entendent comme larrons en foire, plaisantant comme le font des camarades à la complicité évidente. D'emblée le concert s'annonce phénoménal.

La chanteuse reprend une partie de son dernier album en chantant quelques-unes de ses compositions. Par moment on l’entend comme la réincarnation de Sarah Vaughan. Mais non ! Ce n’est pas Sarah Vaughan, c'est Cecile Mc Lorin Salvant et c'est exceptionnel. Tantôt chanteuse de jazz dans la pure tradition, tantôt chanteuse de comédie musicale, tantôt dans la phrase, tantôt dans la gouaille on sent qu'elle peut absolument tout chanter et même tout transcender. Comme lorsqu'elle reprend un classique de la renaissance appris dans ses années d'étudiante au Conservatoire d'Aix. Morceau sur lequel d'ailleurs Sullivan Fortner semble réinventer le piano pour le faire sonner à la manière d'un clavecin. Et puis Cecile embraye sur des chansons en français de Piaf (mon homme) ou Trenet (la route enchantée). La chanteuse dans un moment de générosité invite Marion Rampal à la rejoindre sur scène pour deux chansons. Puis, pour conclure avec audace se transforme en Dancing Queen sur un morceau disco à faire danser tout le public de la salle Marcel Helie.

On avait alors le sentiment d'avoir assisté à un moment de liberté absolue. Cecile Mc Lorin s'autorise tout. Elle n'a définitivement aucune limite. Notre jubilation non plus.

 

Bill Laurance et Michael League ( Théâtre)

Bill Laurance (p), Michael League (g, basse fretless)

Passé ce grand moment du festival, nous nous retrouvons pour une fin de soirée au théâtre pour un duo d'une infinie délicatesse entre les deux fondateurs de Snarky Puppy marqué là encore par l'expérience de la complicité. Un moment d'écoute et de partage en toute intimité auquel ils nous convièrent. Une sorte de dialogue que l'on pourrait croire au coin du feu. Le public se laisse bercer par cette musique a la tendresse évidente. A la fois délicat et d'une grande élégance. On est jhuste bercés par la grâce de ces deux musiciens. Plutôt ces deux dentellières.

@jeanmarcgelin

 

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18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 11:18

Que c'est bon de revenir à Coutances pour 3 jours du Festival Jazz sous les Pommiers !

Certes il pleut, le vent du Nord rabat sur les festivaliers un vent glacé, il fait froid mais tout le monde a un immense sourire et la place centrale grouille de monde.

Un public que le mauvais temps n'atteint pas, trop heureux d'être là.

 

Mercredi 13 mai

Direction le Magic Mirror pour assister au concert de ROUGE, la formation de Madeleine Cazenave (p), accompagnée de Sylvain Didiou (cb) et de Boris Louvet (dms, machines).

Une musique fascinante qui prend ses sources dans celles de Nick Barsh ou du trio EST. Ce sont des motifs simples qui donnent des boucles sonores comme une matière en création. Un travail autour de la structure sonore qui joue avec des sons métalliques, un piano préparé qui tourne comme un piano mécanique. La musique est hypnotique et dans le même temps, d'une poésie absolue. Madeliene Cazenave a cette faculté de nous embarquer dans un univers à la poésie résolument moderne.

Anat Cohen Quartetinho

Anat Cohen (cl), Vitor Gonçalves (p, accdn), Tal Mashiach (cb, g), James Shipp (percus, vbes)

Un moment de générosité totale pour celle qui certainement aujourd'hui l'une des plus grandes clarinettiste. Avec son quartet où tous les musiciens sont poly intrumentistes Anat Cohen prend la musique comme une rampe de lancement vers les sommets.

Anat Cohen en trois mots : Énergie, flow et joie.

@jeanmarcgelin

Ainsi lorsque sur un morceau dédié à Paco de Lucia composé par son contrebassiste qui se mua pour l'occasion en guitariste particulièrement inspiré a la 7 cordes, Anat Cohen prit son chorus, on sentit alors le public décoller avec elle pour atterrir loin, très loin. Et lorsque le pianiste se transforma en superbe accordéoniste pour un morceau d'Egberto Gismonti, ce fut un festival de couleurs harmoniques qui là encore nimba le théâtre totalement conquis par la clarinettiste. Ils sont 4 mais avec cette façon de convier autant d'instruments (clarinette, soprano, piano, accordéon, contrebasse. guitare, batterie, vibraphone), ce fut un défilé de couleurs harmoniques et une surprise renouvelée à chaque morceau.

Au final ce concert fut un moment rare et exceptionnel de celle que l'on voit bien trop peu en France.

Et comme nous étions quelques-uns sur notre nuage à ne pas vouloir revenir sur terre, nous nous arrêtions donc là pour la soirée, heureux et comblés.

@jeanmarcgelin

( interview d’Anat Cohen par Alex Dutilh à retrouver sur ces pages ou sur Jazzland, Aligre Fm 93.1)

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