Nouvel album d’un contrebassiste qui a peu enregistré en leader mais a participé à une foule de groupes et de disques (voir sur son site https://jeanbardy.fr/francais/ ).
Ce disque lui ressemble : goût de la mélodie mélancolique, qui s’exprime dans ses compositions (la majorité du programme), mais aussi par exemple dans Le Bar du Jeudi, thème par signé son ami regretté, le pianiste Henri Florens (1952-2025), mort deux mois avant l’enregistrement du disque et amateur, comme le contrebassiste, de contrepèterie. Goût profond aussi de la belle facture instrumentale, avec des partenaires de haut vol, et de l’espace où chacun peut s’exprimer. Les deux autres extras sont un thème brésilien qu’aimait jouer Chet Baker (avec qui a joué Jean Bardy), et aussi une chanson de Steve Goodman. L’ensemble est un terrain de jeu idéal pour ce groupe totalement en phase avec la musique proposée. Grand plaisir d’écoute, à retrouver aussi sur scène, quand l‘occasion se présente.
Xavier Prévost
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Le groupe jouera le 12 décembre à Paris au Sunside
Henri Texier (contrebasse, compositions),
Sébastien Texier (clarinettes, saxophone alto),
Hermon Mehari (trompette),
Emmanuel Borghi (piano, fender Rhodes),
Gautier Garrigue (batterie)
Invité : Manu Katché (batterie sur 3 titres).
Studio Gil Evans (Amiens) juin 2025.
Label Bleu/L’autre distribution.
Paru le 14 novembre.
Concert prévu le 28 janvier 2026 au NEW MORNING (75010).
Il y a toujours quelque chose de rassurant au moment de déchirer l’enveloppe en cellophane d’un cd d’Henri Texier, l’impression de retrouver un compagnon des temps anciens, une forme de nostalgie d’un univers musical à la fois proche (une sorte d’intimité) et lointain (de par les thèmes qui évoquent l’univers au plus large sens du terme, les paysages et les luttes).
Avec « Healing Songs » (chants de guérison), le contrebassiste assume totalement cet héritage : « Je me suis projeté dans mes anciennes compositions susceptibles de nous faire du bien à tous ».
Nous voici donc à nouveau à l’écoute de ces airs qui ont illustré le parcours de six décennies : dans le désordre, Vent poussière, Amazone Blues, Decent Revolt, Grève Révolte, Leïla, Samba Loca, Chebika Courage, Sarajevo Blues, Quand tout s’arrête.
Pour cette traversée d’un homme qui se retourne sur son passé, Henri Texier a convoqué bien entendu son fils Sébastien (profondeur de son à la clarinette basse) et un fidèle de ces dernières années, le batteur Gautier Garrigue (un maître). Tel un entraîneur de Ligue 1, il sait aussi renouveler son équipe sans perdre les convictions de sa « philosophie de jeu » : sa formation intègre ainsi le pianiste-claviériste Emmanuel Borghi et le trompettiste Hermon Mehari, et même une « star » polyvalente, le batteur Manu Katché.
Le contrebassiste sans frontières ni œillères, le môme du quartier populaire parisien des Batignolles, n’a décidément pas fini de nous étonner. Un album de référence, un condensé de tout l’art d’Henri Texier.
Russ Lossing (piano), Mark Helias (contrebasse), Eric McPherson (batterie)
South Orange (New Jersey), 3 avril 2024
Songs 003CD / l’autre distribution
C’est la deuxième rencontre phonographique entre ces trois musiciens (après ‘Mood Suite’, Steeple Chase, publié en 2020) . Le pianiste propose une sorte de manifeste de la liberté interactive, où sa proposition pianistique entraîne une sorte de réaction en chaîne dont surgit, pas à pas, et de plus en plus lisible, une forme. C’est notamment très flagrant dès la première plage, Incommunicado . C’est un perpétuel jouage, si l’on peut proposer, comme le font bien des artistes de jazz francophones, cet équivalent à l’interprlay . La qualité et la créativité de la musique reposent à la fois sur les ressources musicales et instrumentales de chacun des protagonistes (et ici l’on est au plus haut niveau) et sur l’adhésion à un principe d’aventure commune où l’on s’engage sans réserve. Il en résulte une prestation de très haut vol, où les surprises fusent, et nous paraissent pourtant obéir à une parfaite logique : Conception ? Réactivité ? Réflexe ou imagination en perpétuel éveil ? En tout cas le résultat est un pur régal des sens et de l’esprit. Grand disque de trio, libre et conduit vers une exigence de beauté singulière : exigence assumée, et même sublimée. Bravo !
La trente-neuvième édition de D’jazz Nevers arrive à sa fin en ce samedi 15 novembre, une journée sans aucun temps mort.
Kamilya Jubran et Sarah Murcia : des affinités (s)électives.
Yokal, Théâtre municipal, 12h30.
Dernier concert dans le cadre si plaisant du théâtre à la sonorisation toujours impeccable, à proximité des musiciens, à l' heure apéritive.
Un compagnonnage de plus de vingt-cinq ans, un rendez-vous régulier entre deux musiciennes qui ont su apprivoiser leurs différences-histoire et culture, traditions musicales . Au fil du temps elles ont constitué un univers original aux confins de la tradition classique arabe, du contemporain et de la musique improvisée et n’ont cessé de dialoguer dans une grande proximité de pensée, croisant mélodique et harmonique, l' horizontal et le vertical .
Sans revendiquer une plus grande place des femmes dans le jazz, elles ont su la prendre avec style et tempérament sur des instruments souvent tenus par des hommes, la contrebasse pour l’Espagnole, l’oud pour la Palestinienne.
Ce qui les rapproche encore c’est le registre commun de leurs instruments respectifs, leurs timbres voisins . Elles se sont heurtées à la difficulté d’apprendre les gammes à transposition limitée de la musique orientale, l’importance des polyrythmies, de couleurs inhabituelles.
Si Kamilya est musicienne avant tout, son chant quasi ininterrompu apporte une dimension supplémentaire à la musique sans séduction facile dont la mélodie n’évolue guère apparemment, hormis des variations subtiles souvent indétectables à nos oreilles occidentales. Dans la tradition classique arabe, poésie et mélodie vont de concert, témoignant d’une manière de vivre, de penser et de sentir : elle explore de sa tessiture ample divers registres entre la plainte, une colère qui sonne juste, l’amour. Les syllabes ont une rythmique fixe dont elle peut étirer la longueur et la découpe, avec une scansion, un vrai défi pour Sarah, pourtant rompue au jazz et aux improvisations.
Les paroles de leur programme Yokal (« On dit ») sont distribuées avant d’entrer dans la salle du théâtre : l’apport des mots choisis dans cette langue poétique, rugueuse, âpre souvent mais sensuelle tend une corde de plus à leur art. Si nous ne pouvons en saisir la teneur immédiate, Kamilya Jubran essaie d’expliquer avec une économie d’effets les poèmes qui sont souvent de sa plume ou issus de la tradition bédouine ( "Suite nomade"). Enjoués ou élégiaques, ces mélopées et mélismes n’ennuient pas : il y est question de traversée, de déserts de sable « Raml », de menaces et de malheurs « Msibé » mais aussi d’élans fragiles avec ces portes ( « Bab ») qui pourraient être un appel d’air et d’espoir ! Un moment grave, aux résonances actuelles, un dialogue intense entre les cordes frottées, pincées, frappées de deux femmes libres qui ont su tisser des liens forts, des correspondances inouïes dans leur musique.
Une soirée Pee Wee à La Maison
Emmanuel Bex « Eddy m’a dit » 20h30
Dix ans après sa disparition, il était temps de repenser à Eddy Louiss, roi de l’orgue Hammond B3 quand il s’installait derrière son instrument.
Plus qu’un hommage compassé, l’organiste Emmanuel Bex a voulu une fantaisie gaie, un concert festif à la mémoire de ce musicien merveilleux qui a décidé de son engagement dans la musique : "Eddy m’a dit des choses tendres, colorées…. il m’a transmis un désir, une envie... que le jazz est universel, baroque, animal... l'idée que l’orgue pouvait en être un vecteur particulier et sensible. C’est à moi aujourd’hui de le retransmettre."
Avec sa verve intarissable Bex présente les musiciens qui vont illustrer certains moments forts de la longue carrière d’Eddy Louiss : le premier set en trio avec le guitariste Pierre Perchaud et son fils Tristan Bex à la batterie s’ouvre sur deux compositions formidables
"Dum Dum" et “Our Kind of Sabi” qui figuraient sur Dynasty, l’album en quartet de Stan Getz avec René Thomas et Bernard Lubat. Bex ajoute un « Blues for Eddy » composé pour l’occasion.
Quand viennent sur scène pour une seconde partie le violoniste Dominique Pifarély qui a commencé par le folk, joué avec Eddy avant de s’engager dans des voies plus contemporaines et Simon Goubert qui fit partie avec Bex d’un trio mémorable avec le tromboniste Glenn Ferris, ce sont les souvenirs d’un autre trio de légende HLP (Humair, Louiss, Ponty) en 1968 avec la reprise de « That’s all "
Comment ne pas citer les notes de pochette d'Alain Gerber? : "Ça jouait chez Pascal Fang, pour sûr, au regretté "Caméléon" de la rue Saint-André-des-Arts, quand le trio HLP y allumait ses feux de Bengale, ses soleils et ses fusées. H le fracassant. L le diabolique. P l'enragé. Ces trois là SE jouaient à fond. Quitte ou double. Qui perd gagne, parfois même. Pour la beauté du geste. Ou pour amuser la galerie, comme Daniel avec son beau solo déjanté de "So What?", car jouer n'interdit pas de... se payer le luxe de l'humour et de la désinvolture. "Le batteur gagne un kilo de sucre" mais c'est nous qui sommes à la fête."
Le nouveau trio Bex Pifarély Goubert reprend encore l'incroyable chanson populaire de 1942 que jouait souvent Eddy « Colchiques dans les prés » jazzifiée de belle façon avec des trouvailles du violoniste.
On entendra enfin avec tous les musiciens réunis cet étrange « Caraïbes », censé évoquer les Antilles natales d’Eddy qui sonnent comme une balade ou gigue irlandaise et encore « Romance » rejouée dans l’esprit à défaut de rendre l’exacte luminosité de sa musique, cet arc en ciel de couleurs qu'il savait créer.
On aurait pu évoquer le vocaliste des Double Six avec Mimi Perrin, le soutien indispensable de Nougaro (entre 1964 et 1977). Il avait créé entre harmonie et big band la Multicolor feeling fanfare en 1987 ( La Lichère) dont j’écoute toujours avec émotion le « Come on DH » ( que l’on entend sur le disque de Bex ) .
Oui il avait raison Nougaro quand il proclamait Avec Eddy tout est dit. Louiss a bien servi sa Majesté le Djazz.
Hors de l'eau un orgue a surgi
C'est pas Nemo c'est Eddy
À l'horizon l'orgue se hisse
Oh hisse et oh, c'est Louiss ...
Sous le plafond des flots, phosphorescent vitrail,
Dans l'opalin palais d'éponge et de corail,
Il improvise un Te Deum pour son public,
Pour le Titanic ou bien Moby Dick
Un final éblouissant avec le D Day de Monty Alexander
Quel enchantement à l'écoute de ce pianiste exceptionnel en trio, la formule la plus classique et pourtant la plus adaptée à cette musique. Il swingue avec une jeune rythmique des plus efficaces(Luke Sellick à la contrebasse et Jason Brown à la batterie) qui contribue à la circulation des énergies. Monty joue très rapproché, l’oreille tendue vers le contrebassiste, lui même rivé à la main gauche du pianiste, le batteur les serrant de près.
Monty Alexander est né le 6 juin 1944 à Kingston en Jamaïque, le jour du débarquement en Normandie, il a traversé comme une évidence l’histoire du piano jazz avec de sacrés modèles Nat King Cole, Oscar Peterson, Art Tatum, Erroll Garner mais aussi Ahmad Jamal. Il n’a pas voulu laisser passer ses quatre-vingt ans sans marquer cet anniversaire, ce jour singulier et signifiant pour lui et pour l’Histoire. Le début de la fin... d’une longue guerre.
Un album mémoriel sans pathos, recréant l’allégresse qui suivit un temps du moins, la libération des alliés, avec ce langage universel, émancipateur, espace d’expression libre. Le jazz, s'il est la musique qui advient là, sous ses doigts enchaînant les idées avec une sidérante fluidité, n’en demeure pas moins mémoire.
On l’écoute avec bonheur dans un programme convaincant, jamais nostalgique. Il connaît parfaitement son Great American Songbook et attaque le set avec Frank Sinatra passant de « I’ll never smile again » de 1939 à « Smile » de Charlie Chaplin, musique des Temps modernes (1936), rejoue sans dolorisme « Body and Soul » et introduit dans son répertoire ses compositions originales « Why ? » « River of Peace », « Restoration », « D-Day ».
La mélodie à laquelle il revient sans cesse et la pulsation sont au coeur de sa musique. Il n’oublie pas les rythmes chaloupés de sa Caraïbe s’emparant du balancement reggae de Bob Marley « No Woman, No Cry » et distillant avec humour quelques citations de la musique de John Barry, nous entraînant dans le sillage de 007 et de son créateur Ian Fleming dans la Jamaïque de« Dr No », et « Live and let die ».
Aucun signe d’usure ou d’affaiblissement chez ce musicien, artiste et professionnel comme savent l’être les Américains. Tout à sa musique, disponible, à la demande du public il multiplie les rappels, droit et élégant dans son costume de scène. L’adhésion de tous fut immédiate, quel que soit l'âge. Roger Fontanel n’a pas raté le final de son 39ème D’jazz Nevers. Toute l’équipe de bénévoles toujours sur le pont se réjouit...et nous attendons le feu d’artifice de l’édition anniversaire des quarante ans.
Sophie Chambon
Merci à Maxime François pour ses photos et à la dévouée attachée de presse MC Nouy.
Je me souviens d’avoir entendu le jeune batteur Gautier Garrigue en 2018 pour les quarante ans de l’Ajmi avignonnais au Chêne Noir de Gérard Gelas où démarra l'histoire de ce club d'abord nomade, hébergé dans diverses salles de la ville, jusqu'à ce que le Chêne Noir (ancien garage) ne les accueille en 1985 . C'était dans le groupe d’Henri TexierSand Quintet (on entend six compositions anciennes, amplement développées par la grâce du jouage et de l'improvisation collectives, avec une rythmique en fusion... Le batteur Gautier Garrigue, déterminé, combatif, ne faiblit jamais. Son nom évoque des sonorités intéressantes, affirmées franchement, ardentes.)
Sept ans plus tard après un beau parcours, pour son premier album en leader la Traversée sur le label Pee Wee, le batteur a constitué un quartet autour du trio de base de Flash Pig qu’il constitue avec Florent Nisse et Maxime Sanchez et last but not least, le subtil guitariste Federico Casagrande.
Gautier Garrigue a construit son album autour d’une histoire développée d’après les mythes fondateurs de la culture hawaïenne. Comme son mentor le conteur Henri Texier, il n'hésite pas à reprendre certains de ses thèmes, à les remodeler autrement.
Remettre ses pas dans de lointaines traces... aller plus loin , toujours plus loin mais pas forcément au delà." disait Texier dont l'inspiration fait retour éternellement, explorant en profondeur, sans jamais se lasser. Le jeune Garrigue a déjà compris cela dans sa musique désirante, sans nostalgie, ouverte au contraire au monde actuel.
Une suite de trois compositions en ouverture « Lueur », « Présage» et « la Traversée »plongent dans un poème de la nature, plein de souffle et de sonorités composites, une traversée nocturne et mélancolique de galaxies, de ciel etde forêts, d’oiseaux et plus abruptement la présence de Kenny Wheeler tellement admiré « Kenny are you in this room ?»
Tout ceci on le comprend en lisant les notes de pochette de Pierre Tenne amplement développées dans le livret soigné et classieux. Car, et c’est mon seul bémol pour ce concert, le batteur ne présentera pas son travail dans ce concept de l’album. Ce qui est dommage car la narration est mise en scène avec soin jusqu’au final plus ardent « Plage du Troc » sur lequel il prend un solo vigoureuxque l’on n' attendait plus tant son jeu est nuancé, sa batterie caressante. « Laniakea » (l’ horizon céleste en hawaïen) présenté en rappel est tout indiqué pour finir ce concert atmosphérique.
Le répertoire enchaîne des compositions subtiles et tendres, retenues, des pièces souvent brèves, évocatrices et si raffinées qu'elles gagneraient à dessiner des motifs plus en relief. Mais Gautier Garrigue s’avère un créateur déjà accompli, qui a le sens de la 'sfumature', un compositeur de thèmes à la guitare pour ses complices musiciens auxquels il laisse tout espace pour improviser. Le guitariste italien semble d’ailleurs mener le groupe par moment et l’alchimie développée avec le pianiste tout proche donne à entendre de fructueux échanges fluides et inventifs. La complicité du batteur avec ses copains de Flash Pig est quasi fraternelle, il remerciera d’ailleurs Roger Fontanel d’avoir eu l'audace de programmer le trio et son nouveau groupe dans la même semaine de D’Jazz Nevers. Nous, au terme du voyage, c’est la cohésion et la musicalité du collectif que l’on retiendra.
Kris Davis Trio
Kris Davis piano Robert Hurst contrebasse Johnathan Blake batterie
Changement d’atmosphère avec le trio de Kris Davis, pianiste canadienne adulée de l’avant-garde new yorkaise depuis son arrivée au début des années 2000. C’est un tout autre style, une pratique différente du trio classique piano-contrebasse-batterie, forme qu'elle dynamite quelque peu. Une personnalité et une technique affirmées, un style très personnel identifiable quand on arrive à l’entendre car le concert débute dans le fracas d’une batterie tonitruante. Quand le vigoureux Johnathan Blake (qui travaille avec Kenny Barron) réduira l’intensité de sa frappe, on saisira alors toutes les nuances d’une pianiste pour le moins originale et intrépide. Mais peut-être ressent-elle le besoin d'être immergée dans ce bain sonore, de se fondre en arrière-plan.
Elle ne jouera pas ce soir tout le programme de Run the Gauntlet, son dernier album sur son label Pyroclastic Records où elle rend hommage aux six femmes pianistes qu’elle admire le plus, nous en fera partager seulement quelques compositions comme « The little footsteps », « Subtones ». Il est certain que dans son approche d’improvisatrice imaginative, elle explore toutes les possibilités de ce qu’elle appelle des sons trouvaille selon sa propre expression. La rythmique assure la cohésion du trio, une basse élégante, fluide et charpentée, un batteur groovy à souhait. C’est pourtant elle qui rebat les cartes du jeu, redistribuant constamment les dynamiques, sans hésitation. J’ai retenu à ce titre un désorienté et divagant « Lost in Geneva », le sautillant et pointilliste « The bluesy bird in the backyard » où elle expose son lexique d’idées et de sons, y compris au piano préparé dont elle n’abuse pas. Pour finir ce concert très américain, une reprise de Monk, l’incontournable « Evidence » que l’on aura entendu aussi dans un tout autre contexte le même jour avec le duo de Jean-Charles Richard et Eric Löhrer et un hommage à Jack DeJohnette, figure essentielle du jazz, disparu ces derniers jours. Blake, batteur à l’exceptionnelle vitalité, à l’aise dans les musiques funk, soul et pas seulement jazz, livre un solo spectaculaire toujours attendu par le public.
Sophie Chambon
Encore merci au photographe Maxim François qui suit avec nous le marathon des concerts
Nous voici de retour à Nevers pour la trente-neuvième édition du Djazz Nevers festival de Roger Fontanel. Après une longue route, la récompense est la découverte depuis le pont sur la Loire de la cité ducale adossée à la colline.
Plaisir ensuite de retrouver le merveilleux petit théâtre à l’italienne près du Palais ducal, au coeur de la cité. L’écrin parfait pour accueillir la nouvelle création du violoniste, compositeur, homme orchestre Régis Huby intitulée Bliss après son Ellipse grand format qu’il avait présentée ici en 2018.
Un titre mystérieux un peu difficile à traduire. Régis Huby s’en explique après le concert, il parle de « béatitude », de plénitude, d’ allégresse, de cet émerveillement qui s’empare de vous devant le spectacle de la nature, de la mer (ne pas oublier que le violoniste est breton), d’ un tableau dans lequel vous plongez ( un Rothko, un Klein ou un Pollock). Un sentiment vif en tous les cas qui nécessite une présence active et non pas une sérénité quiète et quelque peu ramollie. A juste titre Franck Bergerot évoque l’inverse d’"un engourdissement contemplatif".
Figure sur l’album enregistré au Triton il y a quelques mois une citation de Tolstoï qui résume l’affaire : « La source de la béatitude n’est pas hors de nous mais en nous. » Et l’on pense alors à cette dynamique qui porte la vie, une résistance au cynisme actuel, une façon de retrouver l’envie. Ce qui dans l'éthique spinoziste résumerait la béatitude à ce plaisir total qui satisfait l’ensemble de notre être et s’oppose à ce qui lui résiste.
Il est certain que pour servir ce projet qui invite à une certaine introspection, Régis Huby a fait appel à des musiciens amis dont il connaît la valeur et le travail et qui peuvent lui fournir les nuances recherchées. Ila envisagé une formation inhabituelle : non pas un quatuor classiquede cordes, lui qui vient de ce monde chambriste qu’il a su faire évoluer dès son quatuor IXI mais un sextet où l’emporteraient les graves : un seul violon ténor, le sien électro-acoustique, un alto (Séverine Morfin), une contrebasse centrale (Claude Tchamitchian) proche du violoncelle (Clément Petit) . L’idée intéressante est de transformer l’ensemble en sextet, en l’augmentant du trombone de Samuel Blaser et des percussions "trafiquées" de Michele Rabbia.Le casting est de très haut vol. Régis Huby a pensé à chacun de ces virtuoses dont il partage le langage et l'esprit, leur laissant ainsi donner la pleine mesure de leur talent. C'est en effet en pensant à ce cheminement commun qu'il a conçu cette pièce de près d'une heure quinze, gigantesque travail de composition architecturé avec le plus grand soin avec des contrastes dynamiques qui rompent l'horizontalité de la formation. Tous se retrouvent avec un plaisir évident pour servir la musique qu'ils aiment, celle de Régis Huby en l'occurrence, le grand ordonnateur de cette histoire musicale. On peut être saisi par la disposition particulière étudiée pour que tout converge vers les basses, le grave et une certaine frénésie rythmique.
Le tromboniste seul cuivre de l'ensemble apporte la chaleur, ce "flesh and bone", lui qui peut escalader la gamme, timbrer de diverses façons- il prendra un solo d’une douceur exquise, gouleyante, coulissant de toute sa longueur, de glissandi en growls joyeux. Il faut l’imaginer heureux envoyant sa coulisse vers les cintres, du vif argent, inimitable car n’imitant personne ! N’oublions pas l’apport de la batterie, percussions, électronique de notre Turinois, plus « calme » aujourd’hui, qui jouerait presque « normalement » des balais, des mailloches et des baguettes sans faire trop remonter sa « furia » déconneuse, étonnante.
Et pourtant quand il fait des gargarismes au micro, ponctue les interventions du trombone ou de la basse de sa scie mécanique actionnée à l’archet ou les interrompt d’un coup de sifflet trublion, d’un doigt rageur sur le clavier trafiqué de son Mac, il rompt l’équilibre de la narration, fait varier les hauteurs, secoue l’orchestre de son délire bruitiste, parfaitement déréglé.
Un travail soigné, cohérent, édifié sur la recherche des timbres, couleurs et textures qui s'emboîtent selon la forme d'une suite fragmentée en dix petites pièces- si je suis le montage de l'album, qui parlent d'éveil "Awakening", de "Looking Beyond" avant de plonger dans le monde de la couleur. Synesthésie à la Kandisky?
Il y a dans cette oeuvre quelque chose d'insaisissable, de libre et de créatif, quelque chose de contagieux dont les musiciens se sont emparés. Une forme en tension et détente, avec reprises, variations, répétitions (quelque chose de "reichien") tout en soulignant la vitalité, le lyrisme de cette écriture pleine, dense, travaillant sur l'épuisement des motifs rythmiques entre écriture continue et lampées d' improvisation. La seule figure féminine, l'altiste forme la paire de cordes indispensable au registreplus aigu.
Quant à la direction de Régis Huby que tous regardent, ne s'étant pas encore assez approprié son écriture, elle possède de séquence en séquencece qu'il faut de tension pour emporter celle des spectateurs. Il a envisagé des regroupements des cordes (qui pratiquent autant les pizz que l'archet) en unissons éclatants, des montées en puissance enivrantes mais aussi des parcours brisés, échappées précieuses, lignes de fuite dessolos si différents de chaque instrumentiste, de véritables moments de bravoure.
Claude Tchamitchian le pilier du groupe, est saisi soudainement d'une sombre mélancolie, profondeur qui surgitdans un solo déchirant et grave. Quant au violoncelliste tout proche il nous gratifiera d'un solo époustouflant qui ne sonne en aucun cas comme celui d'un violoncelle.
Cette musique se révèle impressionnante à l’écoute mais gageons qu’elle est aussi surprenante pour les musiciens eux mêmes qui doivent selon la loi de l’improvisation, faire surgir ce qui advient hic et nunc! En tous les cas, on souscrit au programme qui déclenche une certaine intranquillité et nous donne l’opportunité de nous arrêter un temps, de nous laisser envahir par le flux, le flot qui se conclut sur la découverte fondamentale de la joie, d’un bonheur mystique ou spirituel plutôt, difficile et rare car "tout ce qui est beau est difficile et rare".
Sophie Chambon
Merci à Maxim François le fidèle photographe du festival pour toutes ses photos !
Stéphane Kerecki (contrebasse), avec Enzo Carniel (piano), Federico Casagrande(guitare), Fabrice Moreau (batterie), Thomas Savy (clarinette basse). Invités : Arielle Besson (trompette) et Emile Parisien (saxophone soprano).
Enregistrement Studio Woodoo Child, décembre 2024.
Self Two Music/Hello Outhere Distribution.
À paraitre le 14 novembre.
Concert prévu le 15 janvier 2026 au BAL BLOMET (75015).
Un rappel historique s’impose. En 1969, le contrebassiste Charlie Haden (1937-2014) enregistre son premier disque en tant que leader : Liberation Music Orchestra. Suivront avec ce groupe vite devenu mythique, des albums (en 1982, 1985, 1990, 1999, 2005) réalisés avec des effectifs différents mais toujours dans le même esprit : proposer des chants militants inspirés des grands combats pour la liberté sur la planète (la guerre civile espagnole, le Vietnam, le Chili, Cuba, le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis).
Haden, relèvent Philippe Carles et Jean-Louis Comolli (Free Jazz-Black Power. Editions Champ Libre) « est par là l’un des seuls musiciens blancs de free jazz soucieux de donner une signification politique directe à sa musique, subversion et réécriture critique des codes musicaux jazzistiques et occidentaux ». Dans cette démarche, Charlie Haden bénéficiait des arrangements de Carla Bley faisant coexister improvisation et écriture, mouvements d’ensemble et solos avec un regard vers les fanfares populaires.
Un bon demi-siècle après, Stéphane Kerecki juge opportun de célébrer l’œuvre de son confrère contrebassiste. La petite formation constituée à son initiative nous offre une ode à la liberté d’une grande beauté, incitant à la résistance vis-à-vis de tous les extrémismes. Porté par un contrebassiste au sommet de son art, le groupe passe en revue quelques-uns de ces thèmes engagés signés Charlie Haden (‘Song for Che’, ‘Spiritual’, ‘La Pasionaria’, ‘Sandino’, ‘Silence’) ou encore Ornette Coleman (‘War Orphans’, composition écrite lors de la guerre du Vietnam). On y retrouve également l’hymne des militants étatsuniens pour les droits civiques (‘We shall Overcome’) donné en introduction (en version courte) et en conclusion (près de six minutes). Une heure de musique engagée, libre, méditative qui fait de « Liberation Songs » un des albums majeurs de cette année 2025.
Le festival de Roger Fontanel avait démarré sa 39ème édition depuis plusieurs jours et nous étions très impatient de le rejoindre pour passer cette journée qui s’annonçait sous les meilleurs hospices avec Vincent Courtois, Clément Janinet et le nouvel ONJ qui venait présenter son nouveau projet.
Et, ce qui ne gâte rien, nous fûmes accueillis par un magnifique soleil qui venait jeter sur les bords de la Loire et sur la pierre de Nevers une lumière sublime. Le temps d’un petit détour par la cathédrale St Cyr pour admirer les vitraux de Jean-Michel Alberola et nous voilà à pied d’œuvre, direction le Théâtre pour le 1er concert de la journée
TRIO JOHANNES
Vincent Courtois (cello), Catherine Delaunay (cl), Sophia Domancich (p)
Une affiche inattendue pour cette 38eme édition de ce beau festival nivernois animé par Roger Fontanel.
Au départ cela aurait dû être un duo du violoncelliste Vincent Courtois avec le pianiste Colin Vallon mais au dernier moment, ce dernier se trouvait contraint d'annuler pour des raisons personnelles. Vincent Courtois eu alors l'idée de faire venir son tout nouveau trio pour présenter ce projet tout juste sorti de l’œuf et qui n'avait été joué qu'une seule fois, à Rome il y a un mois.
Trois musiciens d'exception réunis pour une musique chambriste assez largement écrite entre classique et musique contemporaine mais laissant néanmoins une part à l’improvisation libre. On y trouvait des arrangements d'Alban Berg, d' Arvö Part ou encore de Friedrich Cerha ainsi que quelques morceaux composés par chaque membre du trio.
Entre les trois c'est comme s'il existait un fil tendu qui les reliaient. On a l’habitude de parler de lien télépathique mais c’est surtout d’écoute mutuelle dont il est question. Avec une forme de tension palpitante qui exige à la fois la concentration de l'auditeur à l'écoute du contre-chant mais aussi de se laisser embarquer dans cette conversation a trois.
Certes on n’était pas vraiment dans le jazz mais plutôt dans une pièce d'enluminure musicale. Où les trois membres de ce trio tissaient la trame d'une musique dont l'exigence se mêlait à la fluidité.
Du grand art.
GARDEN OF SILENCES, création de CLEMENT JANINET
Clement Janinet (vl, compos), Arve Henriksen (tp), Ambre Vuillermoz (accdn), Robert Lucaciu (cb)
Le concert suivant, toujours au théâtre de Nevers était une création de Clement Janinet, le violoniste qui avait marqué les esprits avec cette incroyable « Litanie des cimes » paru en 2019.
On ne savait donc pas trop à quoi s’en tenir sans que l’on avait le sentiment que la poésie dominerait les lieux et l’espace avec cette façon qu’à Clement Janinet d’écrire de la musique dans le ciel. Et force est de constater que l’on ne s’était pas trompé tant le violoniste nous offrait un pur moment de grâce autour de thèmes très inspirés des folksongs français ( on y entend même du Malicorne).
Son instrumentarium original, évoquait à mon voisin (Alex Dutilh) un projet de Dave Douglas qu’il avait entendu naguère. Bien vu en effet puisque la base de ce projet est bien inspiré de l’album « Charms of the night sky » ( Winter and winter) du trompettiste américain.
Ici Clement Janinet joue en douceur, en subtilité porté par le timbre fascinant du trompettiste norvegien Arve Henriksen dont la chaleur nimbe l’espace. L’accordéoniste française Ambre Villermoz semble déployer un tapis moelleux sous les pieds du quartet par de longues notes tenues et des harmonies chaudes. Le contrebassiste allemand Robert Lucaciu semble lui-même totalement porté par le projet dont il est un des cœur battant. Et Clement Janinet ? Le violoniste dessine l’espace passant du violon au nickelharpa (instrument ancien et peu joué qui nous vient de Suède) et semble dicter la phrase poétique avec un supplément de grâce.
On sortait de ce concert absolument subjugué par l’émotion après un dernier morceau à nous tirer les larmes sur des mélopées chantées par le trompettiste.
Après ce moment d’exception et de grâce, il n’y avait plus que le silence pour nous rappeler que la musique élève les âmes.
NB : ce concert fabuleux sera retransmis samedi 15 novembre dans l’émission de Nathalie Piole sur France Musique.
Nous nous dirigeames ensuite vers la Maison pour y entendre le tout nouvel Orchestre National de Jazz ( ONJ) dirigé par la flutiste Sylvaine Helary, toute nouvelle directrice venue présenter son premier projet.
ONJ : « With Carla »
Sylvaine Helary ( fl, vc, dir, arrgts), Réli Siuto (arr, saxs) , Lea Ciechelski (saxs), Hugues Mayot (ts, cl), Sylvain bardiau (tp), Quentin Gomari (tp), Jessica Simon (tb), Mathilde Fevre (cor), Fanny Meteier (tuba), Amaryllis Billet (vl), Anne le Pape (vl), Guillaume Roy (alto), Juliette Serrad (cello), Antonin rayon (p, orgue), Illya Amar (vb, percus), Sebastien Boisseau (cb), Franck Vaillant (dms)
Là encore il s’agissait pour nous d’une vraie découverte puisque nous n’avions jamais entendu le projet de l’ONJ autour de Carla Bley.
Sylvaine Helary entourée de ses seize musicien(ne)s prenait le temps avant d’ouvrir le concert de nous expliquer pourquoi ce choix de travailler autour des compositions de la pianiste et cheffe d’orchestre d’Oakland et compositrice notamment du fameux Escalator Over the hill dans les années 60.
La directrice de l’ONJ nous expliquait que le travail d’arrangement pour cette formation avait été en grande partie réalisé par le saxophoniste Remi Siuto qui semblait dans les faits co-diriger avec Sylvaine Helary cet ONJ pétri de jeunes talents.
Est-ce par ce que le projet est très jeune et qu’il n’a été joué que trois fois, ou bien à cause de l’exigence de l’écriture que l’on sentait, malgré une belle ambiance de camaraderie entre les musiciens, une certaine réserve sur la première moitié du concert. Il est vrai que l’écriture est complexe et les arrangements aussi comme sur cette version de Musique Mécanique où des tiroirs semblent s’ouvrir les uns sur les autres dans un enchevêtrement savant. On ne retrouvait pas la liberté de Carla Bley. Il fallait attendre une bonne partie du concert avant de voir tout à coup les premiers chorus se libérer totalement sous l’impulsion de la saxophoniste Lea Ciechelski à laquelle emboîta le pas le ténor d’Hugues Mayot et la trompette de Quentin Gomari.
On retrouvait alors la facétie de Carla Bley avec une forme de marching band ou plus tard avec cette sorte de symphonie des oiseaux à la fois charmante et mutine. OU encore une belle version augmentée de Up and down. Sans oublier le clin d’œil (puisque la période s’y prête) au bel album « Christmas carol » que Carla Bley avait enregistré en France en 2008 avec son compagnon Steve Swallow.
On se quittait alors avec une furieuse envie de retrouver cet ONJ sur ses nouveaux projets et de réentendre ces formidables musicien(ne)s dont l’enthousiasme, il faut bien le dire était sacrément communicatif.
Trois musiciens du Nord de la France qui jouent ensemble depuis une vingtaine d’années, et qui ont construit, pour leur troisième disque et autour des compositions du pianiste, un univers commun, dans une relation équilatérale qui nous rappelle opportunément que le jazz est ce jeu collectif où le but n’est pas à marquer mais à atteindre, ensemble, et pourtant sans abdication des individualités. Le titre dit assez la liberté qui tend à prévaloir dans ce vol libre. Sur un ostinato entêtant, sur une boucle portée par la basse, sur un accord obstiné introduit par le piano et la basse, sur une cavalcade de notes ou sur une mélodie, le trio chaque fois prend son envol vers cet ailleurs qui nous tend la main autant qu’’il se dérobe. Pas de pyrotechnie instrumentale ou d’effets séducteurs : de la musique vraie, intègre, à hauteur d’humain, et qui se laisse doucement emporter par le lyrisme et l’expressivité. Le tout porté par une belle prise de son qui nous rappelle que, dans la musique enregistrée, la maîtrise des outils est l’auxiliaire incontournable de l’art. Et tout cet Artisanat d’Art fait œuvre. Œuvre d’Art naturellement.
Xavier Prévost
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Le trio est en concert le vendredi 7 novembre 2025 au Vivat d’Armentières
Un duo singulier (même si le fait de jouer à deux implique un pluriel….). Blague à part, c’est une complicité particulière qui semble avoir présidé à la genèse de ce duo. La pianiste, voici plus de 15 ans, a participé à un stage animé par le saxophoniste. Son cursus classique l’a conduite à naviguer du baroque au contemporain, tandis que son talent de jazzwoman s’épanouissait, notamment dans le quartette Nefertiti. Et son parcours trouve sa logique interne dans ce duo fondé sur l’ancienne relation, à la fois didactique et amicale.
La pianiste joue les cartes de multiples registres : celui du souvenir d’Olivier Messsiaen dans The Other Side of M ; celui des Caraïbes, avec une pulsation presque stravinskienne dans Mambo Jambo ; et des couleurs mystérieuses, comme suspendues, dans Svetlo , bientôt rejointes par le sax, lui aussi en suspens. La pianiste nous offre aussi des lignes sinueuses dans Bad Dwarf .
Dans la première plage, le saxophone respire l’expressivité, comme une voix humaine. Ailleurs il hante les cordes du piano, qu’il fait chanter doucement en projetant vers elles le souffle de son instrument. Et dans Wood Pigeons , ils visitent ensemble les terres du jazz, dans la pulsation de l’idiome, avec une liberté qui révèle, une fois de plus, une sorte de connivence secrète qui fait de ce disque un très beau moment de musique.