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10 novembre 2017 5 10 /11 /novembre /2017 16:32

Fred Hersch (piano solo)

Seoul, Corée du Sud, 1er novembre 2016 & 1-3 avril 2017

Palmetto Records PM 2186 / Bertus distribution

 

On est frappé, chaque fois que l'on écoute Fred Hersch (et spécialement en solo) par l'espèce de magie qui s'impose, dès les premières mesures : forte présence du contrepoint de la main gauche, tandis que la droite expose, commente, et étend le champ mélodique (le chant). La clarté des lignes qui cheminent en toute indépendance, et pourtant dans une absolue cohérence, me rappelle chaque fois Glenn Gould, coutumier de ce défi qui mêle vertige et lisibilité. Et aussi Lennie Tristano, autre exemple de cette connexion directe entre les doigts et la pensée musicale. Et pourtant rien d'abstrait : sensualité et lyrisme parlent d'une même voix. Ce miracle musical s'accomplit, quel que soit le matériau : une composition personnelle, rêveuse autant que sinueuse ; ou un classique du jazz de la fin des années 50 (Whisper Not) ; une bossa nova si souvent ressassée (Zingaro alias Retrato Em Branco E Preto alias Portrait in Black and White), joué comme on jouerait un prélude et une fugue de Bach, mais en oubliant la partition ; voire une longue improvisation totalement ouverte (Through the Forest ), enregistrée en concert, et où le vertige devient abyssal. Et tout est à l'avenant, jusqu'à Eronel de Thelonious Monk (le pianiste adore aller dans cette direction, notamment sur scène en fin de prestation). Pour conclure Fred Hersch nous offre la version pianistique d'une chanson de Billy Joel, And so it goes, comme pour nous rappeler son attachement au chant. Le tout se joue dans une dévotion au jazz, et à la grande liberté d'interprétation et de métamorphose qu'offre cette musique.

On peut retrouver le parcours de ce musicien rare en lisant (en Anglais pour l'instant) l'autobiographie qu'il vient de publier : Good Things Happen Slowly, A Life in and Out of Jazz (éditions Crown Archetype). On y découvre le parcours singulier d'un artiste qui, sur le plan de sa vie personnelle comme sur celui de la musique, employa toute son énergie à devenir lui-même. La musique en général, et le jazz en particulier, s'y trouvent évoqués avec force et lucidité, notamment au travers de portraits, et de rencontres avec des artistes majeurs : Jaki Byard, le professeur encyclopédique du piano jazz au Berklee College de Boston ; McCoy Tyner, rencontré à la faveur d'un concert, et qui se montrera accessible à l'admiration du jeune musicien.... et ainsi de suite, de chapitre en chapitre, lesquels ne dissimulent rien d'une vie qui eut ses moments de souffrance et de maladie gravissime. Et pourtant Fred Hersch est là, et bien là, plus vivant que jamais, dans un Art plus encore accompli !

Xavier Prévost

 

Fred Hersch sera en concert, en trio, le 11 novembre à Strasbourg (festival Jazzdor) et les 21-22 novembre à Paris au Sunside

 

Un entretien de Jean-Louis Lemarchand avec Fred Hersch sera publié prochainement dans nos colonnes

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5 novembre 2017 7 05 /11 /novembre /2017 20:23

Jazz Family 2017
Rémi Panossian (p), Maxime Delporte (b), Fréderic Petitprez (dms) + Nicols Gardel (tp), Frederic Doumerc (as), Nicole Johänntgen (sax),  Camille Artichaut (cl), Maïa Barouh (vc), RacecaR (vc), Ayaka Takato (vc), Arnaud Bonnet et Juliette Barthe (vl), Ophélie Renard (vla), sophie Castellat (vlc)

Voilà bien un album riche et haut en couleur que celui du jeune pianiste Rémi Panossian !
Depuis quelques années en effet Panossian ne cesse de nous étonner ( même s’il doit me reprocher encore quelques lignes écrites jadis pour le copte de Jazzmagazine ).
Riche parce que rare sont les albums aussi hétéroclite qui savent conserver une véritable cohérence narrative. Un peu à la manière d’un lecteur de polar perdu au milieu de la ville et passant de lieux en lieux aussi animés que parfois déserts, Remi Panossian nous promène dans une musique chatoyante qui passe de la pop moderne ( sur le titre éponyme je pense un peu à Radiohead), à des couleurs nordiques que n’auraient pas renié Svensson (Wanna beat the flakes), puis empoigne le rap dans un assaut de modernité qui tombe à pic ( où là je pense un peu au travail de Kendrick Lamar).
Et puis fondamentalement il y a le jazz aérien ou puissant ( ultraviolet ), ce jazz porté par le lyrisme de Rémi Panossian qui , tout en dirigeant de main de maître cette aventure apporte sa pierre à l’édifice de manière aussi élégante que classieuse. Jazz aussi par le talent de ses accompagnateurs dont, au sax le très fameux et très nerveux Ferdinand Doumerc que les fans de Pulcinella ont appris à connaître.
Les arrangement sont diablement efficaces et magnifiquement bien travaillés avec une attention à la fois sur les tuilages, sur l’évolution de thèmes à tiroirs et enfin sur le son à la fois acoustique et électrique et mariant avec beaucoup de discrétion et une belle écriture, une formation à cordes sur quelques titres Mais surtout ces arrangements apportent au gré de chacune de ces compositions une belle cohérence tout au long de ce travail toujours captivant qui parvient à discuter l’intérêt de l’auditeur de bout en bout.
Ballade urbaine foisonnante. Feel good album.
Very good job !
Jean-Marc Gelin

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 12:04


Martial Solal, piano, Dave Liebman saxophones. Chateau Guiraud, Sauternes (33) le 4 août 2016. Sunnyside/Socadisc.

 

Dans la carrière de Martial Solal et Dave Liebman, le duo tient sa place, son rang parmi les enregistrements les plus forts, les plus profonds. Le pianiste avait notamment croisé le fer-façon de parler-avec Johnny Griffin (In & Out. Dreyfus.2000) et surtout avec Lee Konitz (4 albums depuis 1977 et des dizaines de concerts) tandis que le saxophoniste s’était exprimé avec un compère familier de longue date, le pianiste Richie Beirach (Unspoken.OutNote 2011). Leur rencontre apparaissait dès lors comme une évidence à Jean-Charles Richard, saxophoniste proche des deux artistes. Enregistré l’été 2016 lors d’un concert proposé lors du festival Jazz & Wine Bordeaux au Château Guiraud (Sauternes, 1er grand cru classé), l’album restera comme un grand millésime. Le repertoire, choisi sur le vif, est des plus classiques : des standards (6) bien rodés, All the Things You Are, Night and Day, Solar, What is Thing Called Love, On Green Dolphin Street, Lover Man.  Sur ce terrain connu, les deux comparses s’en donnent à coeur joie, ne ménageant ni leur talent (immense) ni leur inventivité (qui ne l’est pas moins). Commentaire de Dave Liebman dans le livret : « Le jazz est supposé être spontané et imprévisible. Cela ne peut être plus vrai quand on joue avec Martial ». Réponse de celui-ci : « Jouer avec Dave a été extrêmement stimulant car sa présence m’incite constamment à me surpasser ».Chacun met un malin plaisir à servir ces monuments du jazz en apportant sa pierre à l’édifice, se montrant (sans jamais chercher à démontrer) lyrique, juvénile, espiègle. Sans filet, Martial Solal (89 ans alors) et Dave Liebman (69) s’adonnent à un exercice de haute voltige dont on sort ébahi, enivré. Un concert dense, bref (45 minutes) à écouter sans modération car pour reprendre le titre d’une de ces compositions de Martial «  L’oreille est hardie ».
Jean-Louis Lemarchand


Dave Liebman sera  l'invité du trio Celea/Parisien/Reisinger

- le 12 novembre à Strasbourg, festival Jazzdor

- les 14 & 15 novembre à Paris, au Sunside

- le 17 novembre à Nevers, festival D'Jazz

- le 18 novembre à l'Opéra de Limoges, festival Eclats d'Email

Et Martial Solal se produira au printemps dans une grande salle aux portes de Paris

 

@jb Millot

 

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3 novembre 2017 5 03 /11 /novembre /2017 22:20

TIM BERNE'S SNAKEOIL « Incidentals »

Tim Berne (saxophone alto), Oscar Noriega (clarinette, clarinette basse), Ryan Ferreira (guitare), Matt Mitchell (piano, électronique), Chess Smith (batterie, percussion)

Rhinebeck, État de New York, décembre 2014

ECM 2579 / Universal

 

Enregistré en décembre 2014 comme le précédent disque du même groupe, «You’ve Been Watching Me», publié au printemps 2015, ce nouvel opus de Tim Berne claque comme un étendard futuriste dans un monde musical légèrement assoupi. Non qu'il n'y ait là que des sons, des phrases, des intervalles et des harmonies inédits, mais parce que leur agencement fait toujours entrevoir un horizon neuf. Ici un sérialisme adouci en un art de la fugue prospectif, ailleurs des chromatisme sinueux comme le meilleur du rock-jazz progressif les affectionnait, et toujours une intrication, totalement indémêlable parfois, de l'écrit et de l'improvisé, le tout fonctionnant dans une forme qui semble totalement maîtrisée, alors même qu'on peut la supposer en partie surgie de l'urgence d'un instant d'absolue spontanéité. C'est vraiment du Grand Art collectif, où les compositions du saxophoniste sont autant de lieux utopiques où les solistes (dont Tim Berne évidemment) vont s'épanouir. C'est comme un labyrinthe où l'on s'introduirait hardiment, non dans l'espoir un peu naïf d'en déjouer les méandres, mais avec au contraire la folle aspiration de s'y perdre, avec délices. Pour des émotions musicales/esthétiques aussi violemment requérantes je ne vois, dans les expériences de ces dernières années, que les groupes de Marc Ducret ; ce qui ne procède nullement du hasard, tant ils ont eu d'occasions de collaborer l'un avec l'autre. GRANDE musique !

Xavier Prévost

 

Le groupe est en concert au Moulin à Jazz de Vitrolles le samedi 4 novembre 2017 (seule date française de la tournée européenne) et le 5 novembre à l'AMR de Genève

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2 novembre 2017 4 02 /11 /novembre /2017 08:34
BROUSSEAU/METZGER   SOURCE

BROUSSEAU / METZGER

SOURCE

Sortie 3 novembre 2017

Emouvance/Absilone Socadisc

Concert de sortie d’album le 3 novembre au studio de l’Ermitage Paris 20ème

www.emouvance.com

Si ces deux-là se connaissent depuis vingt ans, leurs années de conservatoire, s’ils ont participé à certains des projets importants des musiques actuelles, ceux de Marc Ducret (Le sens de la Marche en 2003) et de Louis Sclavis pour aller vite et donner une idée de la mouvance dans laquelle ils aiment à apparaître ( ils ont près de dix albums en commun en tant que sidemen), ils n’avaient jamais eu le temps, l’occasion de se retrouver à deux sur un projet commun, plus personnel et donc intime. C’est chose faite à présent avec Source qui sort sur le label EMOUVANCE, écrin tout indiqué pour ce duo de charme. Elégant est sans doute le qualificatif le plus adéquat pour traduire la délicatesse de cette musique à l’image des photographies de la pochette dues à Samuel Choisy. Légèreté de ces plumes nuageuses dans l’atmosphère, en suspension : des formes vaporeuses qui surgissent et disparaissent, choses fugaces qui restent en mémoire comme les improvisations lancinantes, sinueuses, troublantes du duo, donnant du sfumato à ce « jazz » chambriste célébrant l’association des saxophones de Mathieu Metzger ( souverain au soprano) et du piano de Paul Brousseau. On est assez loin cette fois des claviers électroniques et du rock expérimental, plongé dans une musique élégiaque, onirique où les deux musiciens révèlent leur sensibilité en usant finement des atouts d’une belle pratique instrumentale. Matthieu Metzger est assurément un saxophoniste avec lequel il faudra compter, aussi fougueux que délicatement impressionniste et Paul Brousseau révèle une profondeur de son, un toucher qui sait se faire tendre, voire caressant, qui peut tomber en gouttes et quand il le faut est musclé comme dans ce vibrant « Thollot’s Rhapsody ». Un sens indéniable de la mélodie se révèle sur ces ballades lentes qui filent rapidement : au total quinze petites pièces vives, libres, subtiles entre deux et trois minutes qui égrènent en une sorte de récital, tout un art, renouvelé du duo piano sax. Et l’on ne souhaite qu’une chose, c’est les entendre encore.

Sophie Chambon

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1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 22:06

 

Enzo Carniel (piano, piano préparé), Marc Antoine Perrio (guitare), Simon Tailleu (contrebasse), Ariel Tessier (batterie)

Meudon, 24-25 août 2016

Jazz & People JPCD 817003 / Pias

 

Le groupe est né d'une convergence esthétique entre le pianiste Enzo Carniel et le guitariste Marc Antoine Perrio. L'un et l'autre signent la totalité du répertoire (9 compositions pour le pianiste, 2 pour le guitariste), si l'on excepte un thème signé par une musicien ami, le saxophoniste Julien Pontvianne. L'inspiration initiale est venue d'une maison provençale recélant quelques mystères, sonores ou fantomatiques. La musique procède d'un désir manifeste de dresser un décor, que l'on découvre avec l'ouïe, l'imaginaire se chargeant de dessiner les contours. D'entrée de jeu, on est immergé dans un espace, large, ouvert, où les sons et les notes se répondent dans un univers que l'on croirait indécis, mais qui progressivement nous oriente, et même nous entraîne. Pas d'ostentation, pas d'injonction univoque, rien qu'un chemin qui se dessine, et que l'on suivra en le peuplant d'images. Puis sur des figures obstinées, qui rappellent davantage les quêtes rituelles de Bartók et Stravinski que les répétitifs américains, le pianiste introduit la cursivité syncopée du jazz. Au fil des plages surprises sonores, audaces et saillies prospectives n'empêchent nullement, ici ou là, l'épanchement d'un lyrisme (post ?) romantique. A bien des reprises s'installe un soubassement très entêtant sur lequel l'un de solistes va s'évader, suivant son propre rêve, sans toutefois abolir le décor. Cette apparente dérive est finement élaborée, ciselée, mais pour en jouir pleinement, il faut feindre de n'en pas remarquer le scénario, et se laisser porter, comme en un rêve.

Xavier Prévost

 

Le groupe jouera le 3 novembre à Paris, à la Petite Halle

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1 novembre 2017 3 01 /11 /novembre /2017 16:05

« Des images vagabondent qui racontent mon histoire ». Ainsi Louis Sclavis définit-il son dernier album « Frontières ». En revisitant, malaxant quelques-unes des musiques composées pour l’image-des films et une exposition de photos, le clarinettiste offre sa vision du monde et son approche sensible. Une facette de sa personnalité bien différente –mais « pas antinomique », insiste-t-il -de ses performances free. Libre Louis Sclavis l’est toujours, qu’il rencontre le succès grand public –Carnet de routes, avec Aldo Romano, Henri Texier et Guy Le Querrec, vendu à plus de 200.000 exemplaires pour les trois albums- ou cultive l’avant-garde dans son œuvre chez ECM (12 disques à ce jour) ou encore travaille à Buenos Aires avec de jeunes musiciens, une de ses dernières aventures.  Entretien.

#luc jennepin

 


DNJ : En 2008, vous aviez sorti « La moitié du monde », (JMS-Sphinx) une sélection de 40 pièces écrites pour le cinéma, la danse, le théâtre. « Frontières » s’inscrit dans cette même démarche artistique ?
Louis Sclavis : J’avais envie de monter ce nouveau projet avec Jean-Marie Salhani (producteur et patron de JMS). Cela enrichit une collaboration vieille de 25 ans !  J’ai retravaillé des musiques composées pour des films, surtout des documentaires. J’ai étiré, rajouté pour constituer une histoire.

DNJ : Comment travaillez-vous pour l’image ?
LS : Je ne suis pas un compositeur de musiques de films. Ce n’est pas mon métier. Je suis un compositeur qui fait des musiques pour le cinéma. L’important pour moi c’est de trouver la couleur sonore du film. Alors on a fait la moitié du travail. J’insiste sur la mélodie, cela me tient à cœur Je suis là pour servir le film, satisfaire le réalisateur qui prend la décision, a le final cut, et pas pour mettre mon ego en avant. Il faut accepter l’idée que tout un travail puisse passer à la trappe (rires). C’est le jeu du cinéma.

DNJ : En quarante ans, vous avez vu le monde du jazz évoluer. Comment  résistez-vous à ces changements ?
LS : Il faut lutter, ne pas se plaindre, on va s’en sortir. Il y aura toujours besoin de ce que l’on fait. Bien sûr, il faut inventer, nous sommes des créateurs. Et puis, il faut être affuté, je le dis depuis que j’ai commencé à jouer voici plus de quarante ans. Il faut être discipliné et …accepter la douleur à un certain âge (sourires). L’état physique peut avoir plus d’importance que l’inspiration. C’est le corps qui détermine l’expression, on ne peut le séparer de l’esprit. Il faut composer avec le corps. Le style c’est le corps.

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand

Frontières. Louis Sclavis. Avec Louis Sclavis (clarinettes, flute), Dominique Pifarély (violon), Bruno Chevillon (basse), Christophe Lavergne (batterie), Vincent Peirani(accordéon), Gilles Coronado (guitare), Benjamin Moussay (piano), Keyvan Chemirami (percussions), Vincent Courtois (violoncelle). Musiques des films  La Porte d’Anna, Dessine toi, Nelson Mandela au nom de la liberté, Niki un rêve d’architecte et de l’exposition de photos Chibanis, la question. Octobre 2017. JMS/Sphinx distribution.
En concert  en novembre : Grignan (26) les 3 et 4, Lingolsheim (67) le 16, Lens (62) le 24 ;

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30 octobre 2017 1 30 /10 /octobre /2017 10:32
POINT OF VIEWS   VANKENHOVE/ CAINE / BALLARD/ BOISSEAU

Point of Views

Vankenhove/Caine/Ballard/Boisseau

Sortie 3 novembre 2017

Label Cristal records

Distribution Sony Music

 

Cet album a pris son temps pour sortir et le résultat est probant : ces quatre là se sont rencontrés il y a deux ans pour un projet musical qui confronte comme l’annonce le titre, leurs points de vue et leurs univers. Les liner notes soulignent l’union d’un jazz afro américain ( Uri Caine, aussi féru de musique classique-on se souvient de ses relectures de Mahler, et Jeff Ballard, le partenaire fidèle de Brad Mehldau) avec la fine fleur du jazz européen, le contrebassiste Sébastien Boisseau que l’on ne présente plus et le trompettiste/ bugliste français (Xtet De Bruno Régnier ou Gros Cube d’Alban Darche).

Tous les titres sont du leader composant un bouquet fleuri s’envolant au-dessus de la rythmique impeccable, sur un tapis de notes swinguantes du pianiste. Ecoutez ce « Barocco », une perle aux contours qui n’ont rien d’irrégulier. Une fois encore, on est surpris par la force de la structure, la finesse de détails d’ une architecture musicale qui excelle à exposer variations de style, d’ambiances et de couleurs musicales. Un récital où brille un Vankenhove, mélodique même dans les chuintements vagissants de «Royal Jazz Baby», tendre et lyrique sur « Chorale » dans un dialogue alterné avec le pianiste toujours épatant, si singulier au gré de son inspiration.

Une rêverie charnelle qui ne s’autorise pas cependant trop d’épanchements puisque la rythmique puissante, aux aguets, intervient très vite comme dans cette vibrante «Humanity ». C’est en effet à un véritable travail collectif que se livrent ces quatre compagnons et ça joue vraiment dès le premier titre « Mini Street » très entraînant ; le thème de la deuxième composition « Délicatesse » rappelle que le trompettiste sait aussi faire de la musique de film. Le groupe prend force et vigueur dans les échanges aux ruptures tranchantes, et les énergies libérées se déploient avec une cohérence indiscutable. La musique généreusement expansionniste se développe jusqu’au final soigné. Du vrai et bon jazz vif. A suivre et écouter sans modération.

Sophie Chambon

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26 octobre 2017 4 26 /10 /octobre /2017 15:49

Sullivan Fortner (piano) Desmond White (contrebasse), Guilhem Flouzat (batterie)

Brooklyn, 9 octobre 2016

Sunnyside SSC 1492 / Socadisc

 

Un trio à l'ancienne.... enfin presque : répertoire de standards (standards de Broadway, et standards du jazz, de toutes les époques, et pas les plus connus....), swing omniprésent, parfois une pointe de garnérisme, mais aussi des angles acérés qui rappellent le grand Thelonious, bref une manière de traiter le trio en parfait jazzman, qualité cultivée par le batteur durant un séjour de plusieurs années à New York. Après avoir nourri de compositions originales ses deux premiers albums, avec des formations plus étoffées, française («One Way... Or another», 2010) , puis états-unienne («Portraits», 2015), le batteur revient avec un épisode américain, accompagné d'un pianiste de la Nouvelle Orléans et d'un bassiste australien. Ce désir de trio est né d'une suggestion amicale de Laurent Coq, évoquée dans une carte postale reproduite sur la jaquette du CD. Belle idée, pour faire valoir que l'on peut s'attaquer aux standards sans ronronner dans la redite nostalgique. Le disque s'ouvre par There's no you (immortalisé par Sinatra, mais aussi par Betty Carter, Duke Ellington, Max Roach....), joué comme le jazz aime le faire des chansons, avec à la fois ce lyrisme codifié propre au genre, et ce goût du pas de côté qui rappelle qu'on est, ici, dans le jazz. Vient ensuite Oska T, thème de Monk assez rare, plein des brisures propres à son créateur, et ici émaillé de saillies bebop. Du très ressassé Perdido le trio donne une version plutôt singulière, entre doxa et transgression, avec un jeu sur les rythmes d'origines qui, là encore, revendique les libertés propres à cette musique. Et ainsi de suite jusqu'à l'ultime plage, laquelle a inspiré le titre de l'album : il s'agit de Happiness is a thing called Joe, que chantait Ethel Waters dans «Cabin in the Sky», le film de Minelli (en V.F. «Un petit coin aux cieux»), un film dans lequel on pouvait voir, et entendre, Armstrong et Ellington. La chanson fut reprise par Sarah, Ella et Abbey Lincoln, et le trio en donne une version de piano bar chic et sophistiqué dans lequel les clients seraient de vrais mélomanes, auxquels on peut offrir des rythmes suspendus et de subtiles dissonances. Au passage, en pénultième position, on a écouté Mrs Parker of KC, du trop confidentiel Jaki Byard, qui avait joué ce thème (sous-titré Bird's Mother) dans le groupe d'Eric Dolphy : drumming tendu, et hyper musical, monkisme, envolées bop et incursions dans l'au-delà du bop : un plaisir !

Xavier Prévost

 

Le trio est en tournée européenne. Après l'Italie et la Pologne, et avant l'Allemagne, il sera à Paris, au Sunside, les 31 octobre et 1er novembre 2017

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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 15:23

JACQUES THOLLOT QUARTET Nathan Hanson (saxophones ténor et soprano), Tony Hymas (piano), Claude Tchamitchian (contrebasse), Jacques Thollot (batterie)

Paris, Sunside, 18 juin 2011

 

Marie Thollot (voix), Régis Huby & Clément Janinet (violons), Guillaume Roy (alto), Marion Martineau (violoncelle), Tony Hymas (arrangement et direction)

Karl Berger (vibraphone) & Kirk Knupfle (cornet)

Nathan Hanson Saxophone Choir : Nathan Hanson (saxophones ténor, alto, soprano & arrangement)

Noël Akchoté (guitare) & Jacques Thollot (claviers)

Catherine Delaunay (clarinette) & Tony Hymas (piano)

François Jeanneau (saxophone soprano), Sophia Domancich (piano), Jean-Paul Celea (contrebasse), Simon Goubert (batterie)

Karl Berger (vibraphone) & Jacques Thollot (cymbales)

 

Meudon, Woodstock, Minneapolis, Bruxelles, Mainneville, dates diverses et non précisées

nato 5464/ l'autre distribution

 

C'est une sorte de mausolée de pure amitié produit artisanalement (c'est écrit sur le CD) par Jean Rochard, avec la complicité des artistes, et de tous ceux qui ont soutenu l'édification de ce bel objet. Un parcours dans les thèmes de ce musicien dont il faut rappeler que c'était un formidable compositeur, d'une totale singularité. Des compositions de cet irremplaçable poète de la batterie (et des autres instruments qui passent à portée de ses mains) : souvenirs des disques «Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer», «Watch Devil Go», «Résurgence», «Cinq Hops» et «Tenga Niña», revus par la quartette du batteur lors d'un concert de juin 2011, et par ses amis (et sa fille) qui ont joué avec lui à diverses époques : François Jeanneau joue le rôle du fidèle, puisqu'il était dans trois de ces cinq disques. Au fil des plages, outre le bonheur d'entendre ce qui fut le dernier quartette de Jacques Thollot, c'est le plaisir de retrouver les mélodies étranges, distendues, écrites par Jacques Thollot. De «Résurgence», le producteur et les musiciens ont retenu Marie et Épilogue : beau choix de thèmes, magnifiquement arrangés pour quatuor à cordes par Tony Hymas, et encadrant Watch devil go (du disque éponyme enregistré de décembre 1974 à janvier 1975), chanté par Marie, la fille de Jacques, sur un texte remanié par Caroline de Bendern, la dernière compagne du batteur-compositeur. L'amateur nostalgique regrettera peut-être l'absence de la petite Valse de «Résurgence», mais il fallait bien faire des choix dans un corpus finalement conséquent. Et le dialogue de Thollot avec Nathan Hanson sur La dynastie des Wittelsbach («Watch devil go») valait bien ce petit sacrifice. Très belle évocation aussi de On a mountain (qui s'intitulait me semble-t-il On the mountain dans «Cinq Hops»), magnifié par un arrangement de Nathan Hanson qui en joue toutes les parties de saxophone grâce au multipiste. Et belle émotion aussi en écoutant d'autres extraits du même disque par le duo Delaunay-Hymas, ou par le quartette rassemblé autour de François Jeanneau ; bref tout est du côté des cimes, même ce que je n'ai pas pris le soin de citer pour vous laisser le plaisir de la découverte, notamment celle des deux livrets : un bel album de photos rares, et un entretien très riche d'informations et d'expériences accordé par Jacques Thollot à Jean-Jacques Birgé et Raymond Vurluz en 2001. Il y a même la voix de Sunnay Murray sur le répondeur de Jacques au tout début du CD : on se précipite !

Xavier Prévost

 

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