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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 08:06

 

Hative 2013

Michel Marre (tp, fch), Alain Jean-Marie (p), Yves Torchinsky (cb), Simon Goubert (dms)

 

 marre.jpg

 

Michel Marre, comme tous ceux qui sont venus à la trompette à force d’écoute des plus belles pages du bop et du hard bop, a un amour profond pour Clifford Brown. Rares sont les musiciens en effet qui ont pu, à ce point marquer l’histoire de leur instrument. Et pourtant Clifford Brown disparu tragiquement à l’âge de 26 ans dans un accident de voiture avec d’autres de ses copains musiciens est véritablement un des grands héros du jazz des années 60. Je tiens pour ma part les albums de Clifford comme les plus importants de l’hsitoire du jazz, et Clifford comme le plus grand trompettiste de tous les temps à l’instar d’un Fats Navarro, d’un Lee Morgan ou d’un Freddie Hubbard. Mais je l’avoue la liste est très longue…..

Comme un retour aux sources, Michel Marre, routier du jazz qui a bourlingué entre autre avec Mal Waldron, Sam Rivers ou encore Archie Shepp revient à Brownie et à son plaisir de jouer de bons vieux standards. Sans pour autant donner dans l’imitation. Juste un moyen d’exprimer par cet album et en compagnie d’une rythmique qui connaît bien cette affaire-là, tout ce qu’il doit à l’un de ses maîtres. Et d’ailleurs c’est au buggle que Michel Marre s’exprime le plus souvent, instrument pourtant loin d’être le medium favori de Clifford Brown. Avec de beaux arrangements ( magnifique ouverture sur Round Midnight), Michel Marre y montre ce que les trompettistes expriment souvent ( curieusement pas forcément le trait dominant chez Brown), son amour de la mélodie et du chant. En vrai chanteur de l’instrument.

Les  4 vieux briscards rivalisent de jeu subtil et émouvant avec un art consommé du savoir-faire. Alain Jean-Marie comme toujours merveilleux accompagnateur, enlumineur de tous les motifs. Yves Torchinsky en soutient de la ligne mélodie et de la pulse. Simon Goubert qui fait passer des frissons dans la musique à force de drive fin et de frémissements de peaux.

Forcément dans le choix des thèmes le sublime hommage de Benny Golson ( I remember Clifford), un thème magnifique de Michel Marre ( Espera) et quelques bons vieux standards ( We’ll be together again, Body and Soul, Baby don’t you please come home, caresless love). Au milieu de l’album quelques petites incises de pure impro qui s’insèrent malicieusement, juste pour prolonger le plaisir que ces quatre-là ont à jouer ensemble.

Et au final un album plutôt réussi entre émotion, swing et retenue. D’une certaine manière ce quartet parle d’amour. Et sans révolutionner le genre, nous murmure à l’oreille de fort jolies choses. De quoi baisser un peu les lumières et se laisser glisser au doux pays du jazz.

Jean-marc Gelin

 

 

 

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 19:30

Oboman-Ithursarry.pngAdlib production 52è Rue Est

www.moduledistribution.com

www.jeanlucfillon.com

Avec l’ alliance du hautbois et du « piano à vent », Jean Luc « Oboman » Fillon continue à jouer -et son parcours nous le prouve- avec l’originalité de cet instrument, hors contexte classique, privilégiant les particularismes musicaux, toujours à la recherche d’un son, d’un phrasé personnels. Musicien audacieux, il ose se frayer un chemin au cœur de tous les possibles, attiré par l’aventure. Et chaque album en est une nouvelle preuve, multipliant les rencontres, les essais, les recherches. Pour l’élégance du jeu, l’équilibre des voix, la couleur et la subtilité de l’anche double. Oboréades réunit cette fois Jean Luc Fillon à l’accordéoniste  Didier Ithursarry . Oboréades, dans la mythologie est lefils de Borée (vent du Nord) avec Erythie qui souffle du sud, et il peut à loisir se transformer de simple brise fraîche en tornade.

Dans cet album, la combinaison de deux timbres originaux et particulièrement inusités en jazz ne nous surprendra pas, mais il ne s’agit pas de world music, avec effets exotiques. Cultiver l’originalité en soi n’a rien de remarquable, beaucoup de musiciens du classique et du contemporain ont tenté de sortir de leur territoires drastiquement délimités  mais quand cette recherche se réalise dans un contexte adapté et insolite, après une véritable réflexion musicale, on atteint l’exception et le résultat tout à fait époustouflant confirme une intelligence musicale hors norme. Ça groove grave entre eux deux qui savent intégrer de multiples influences en un entrelacs harmonique subtil.

Dès le premier morceau « Les lavandières », nous en avons la preuve : l’album démarre sur un formidable unisson accordéon /hautbois, une petite prouesse technique. Dans « Sconclusione » au cor anglais, plus sombre et moelleux, Jean Luc Fillon se jette avec le soutien de l’accordéoniste en contrepoint, qui commente et pimente leur dialogue. Le « Chat pacha » tout en allitération, au tempo rapide, tourbillonne avant que « Frecciarossa » ne réveille subtilement quelques effluves de chansons napolitaines. Sur « Double Scotch », toujours enlevé, composition de Hermeto Pascoale, le hautbois se pête à une montée « en broderie » raffinée, brillante tout simplement. Et quant au traitement du tube « Bebe » de l’incroyable Hermeto Pascoal au « look d’albinos barbu et chevelu », le hautboïste arrive à jouer, toujours aussi rapide et leste sur des rythmes différenciés. Ainsi cette promenade qu’il nous offre est-elle pleine d’imprévus. On ne sait jamais où ces deux là nous entraînent mais on se laisse embarquer bien volontiers, confiants. Quand le talent est là…

Sophie Chambon  

 

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 19:23


choros-do-brazil---oboman-aquarela.jpgJean Luc Oboman  Fillon/ Edu Miranda/ Tuniko Goulart
Buda musique/ Soca disc


Jean Luc Fillon continue à exploiter le filon des particularismes musicaux et à braconner sur les terres de l’improvisation en adaptant cette fois le répertoire  très particulier des choros du Brésil, à savoir l’une des premières formes musicales qui présente quelques parallèles avec le jazz, puisqu’il s’inspire d’une danse afro-brésilienne ancienne, le lundu. Au début du XXème siècle, le choro se trouva en relation étroite avec d’autres styles voisins nord américains, ragtime et dixieland. D‘où l’adjonction de trombones, saxophones, percussions.... les ensembles de choros étant donc à géométrie variable.
A la rencontre de deux styles musicaux, la musique classique romantique qu’il a pratiqué à un très haut niveau et le jazz qui l’a séduit pour sa liberté, son rapport au rythme, Jean Luc Fillon est avant tout intéressé par la recherche d’un son et d’un phrasé très personnels. Il peut les développer dans la forme du choro, dont la cellule de base, le « terno », s’articulant autour de bois et de cordes, a une métrique à deux temps en forme de rondo, marquée de syncopes et de modulations harmoniques caractéristiques. Le hautbois se glisse donc ici à la place de la flûte, et reprend le rôle d’instrument mélodique avec la mandoline brésilienne ( le bandolim), la guitare ayant un rôle harmonique et rythmique.
Les choros, de tradition orale à l’origine, se retrouvent au cœur de musiques populaires beaucoup plus connues comme la samba ou la bossa nova. La danse n’est jamais très loin, en dépit de l’étymologie (« chorar » signifie « pleurer ») : les choros sont plutôt conçus sur un rythme joyeux et enlevé qui a ses origines dans la valse, la polka, certaines danses européennes... Le métissage n’est donc pas un mot galvaudé.
Dans cet album en trio, notre Oboman s’entoure de nouveaux complices, brésiliens cette fois-ci donc : le guitariste Tuniko Goulart et le mandoliniste  Edu Miranda. Le répertoire d’Aquarela, sorti chez Buda Musique, parcourt entre autres des compositions de Vinicius de Moraes, de Pixinguinha et d’Hermeto Pascoal. Il n’est pas étonnant que l’univers décalé et joyeux de ce poly-instrumentiste fou, vraiment inclassable, ait attiré notre hautboïste. Brésilien attaché au folklore de son pays, Pascoal introduisit dans des mélodies superbes tous les ingrédients de l’époque : fusion, free, avec indéniablement ce sens du rythme et des couleurs propres à la musique sud-américaine.
 Jean Luc Fillon nous fait voyager dans un même morceau entre les musiques ethniques, les folklores de nos provinces (Poitou, Catalogne) ou d’Italie (Sardaigne, Piémont) mais aussi  le jazz free ou le contemporain le plus XXème, reliés par des transitions  qui nous paraissent naturelles alors qu’elles sont du domaine de la performance. C’est formidablement festif sur le  « Chorinho pra ele » que nous avons tous en mémoire sans toujours savoir que c’est du Pascoal. Dans certains titres comme « Doce de Coco », ou « Carinhoso », le jazz apparaît très finement, avec un délicieux parfum de nostalgie : d’un coup, Oboman joue et swingue d’évidence. Notons enfin une rapidité vertigineuse, une virtuosité dans les sinuosités et  les volutes, particulièrement dans les unissons, parfaits, avec la mandoline. Jean Luc Fillon a déjà  pratiqué avec bonheur dans son CD précédent « Oboréades », le même procédé avec l’accordéon. Sa maîtrise instrumentale se révèle à ce moment là singulière. La synchronisation du rythme, de la justesse et du phrasé est parfaite, note à note, dans un style d’improvisation débridée. Un travail  de réglage impressionnant.
Un Cd à écouter rapidement.
 

 

Sophie Chambon


Choros do Brazil a été sélectionné « CD de la semaine » par FIP.

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 07:53

 

Abalone 2013

Franck Vaillant ( dms, perc), Pierre de Bethmann (p, fder), Bruno Chevillon ( cb)

 coverthisisatrio.jpg

 

Attention grosse secousse dans le petit monde du jazz hexagonal. Accrochez vous bien aux fauteuils : le batteur de Benzine, l’un des acteurs les plus créatifs du moment a décidé de bousculer de landernau et de secouer quelques unes de nos bonnes vieilles habitudes !

Car, avec cet album-choc, Franck Vaillant à l’instar d’un Bad Plus à la française (modèle assez évident) renverse ici la table et les conventions du trio piano-basse-batterie. D’emblée, dès l’écoute du premier morceau, on sait que l’on a devant nous un vrai album de batteur. Où la pulse s’installe comme LE centre de gravité. Comme Dave King, le batteur de Bad Plus, Franck Vaillant propose d’installer la batterie comme le vrai leader du trio. Et il faut alors un batteur exceptionnel et une inventivité rythmique hallucinante pour repousser la place de la mélodie ou de l’harmonie traditionnellement dévolue au piano au profit d’un discours où tous les reliefs viennent de la batterie. On pourrait craindre la démonstration à écouter Franck Vaillant passer constamment devant. Et pourtant le batteur de Benzine parvient généralement à éviter cet ecueil avec un jeu où le jazz et le rock ne se sont jamais aussi bien mêlés dans une sorte de jazz-garage pourrait t-on dire.

Car il faut aussi deux partenaires de jeu très intelligents pour comprendre cet agencement, cette nouvelle forme du trio. Où l’on découvre un Pierre de Bethmann dans un registre que l’on ne lui connaissait pas, plus engagé, plus agressif ( dans le bon sens du terme), tout en ménageant de superbes nuances. Le trio dans un exercice d’équilibriste instable absolument fascinant.

Et i y a aussi cette rencontre rarissime entre le pianiste et le contrebassiste Bruno Chevillon, totalement inattendue. Car, puisque la batterie se charge comme un vrai soliste de l’exposé des motifs, que le clavier installe les trames, il revient entièrement à Chevillon de poser la pulse ( écouter des thèmes comme Aspiracoeur ou Aqa Haw) et d’assumer avec le clavier le rôle dévolu à la rythmique. Vaillant étant lui, dans une autre approche.

Il faut ainsi écouter toute l’inventivité de ce trio dans un morceau comme Aspiracoeur où Franck Vaillant décoiffe avec des rythmes totalement décalés. Ou encore écouter ce thème un peu rock-lunaire (No return) aux contours galactiques.

De bout en bout de cet album, le trio dégage une énergie folle, totalement doppé, à la limite du tour de force.  Et Fanck Vaillant de s’imposer comme l’un des musiciens les plus passionnant du moment.

Plus qu’un power trio, cette sorte de punchy-trio exceptionnel, tenu aux forceps par des musiciens de très haute volée, va vous sortir d’une certaine torpeur.

Faire voler en éclats vos habitudes.

Le Bad Plus à la Française est né aujourd’hui. Qu’on se le dise !

Jean-Marc Gelin

 

 

 

© Juin Vinate, Live at Triton
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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 23:02

 

L'Arfi, association à la recherche d'un folklore imaginaire, collectif de musiciens lyonnais fondé en 1978, est en deuil. Elle vient de perdre l'un de ses pères fondateurs, le tromboniste et inventeur de sons Alain Gibert. Autodidacte, Alain Gibert avait découvert la musique à travers sa passion pour le jazz. D'abord guitariste, il avait ensuite choisi de jouer du trombone. Il incarnait la grande histoire du jazz et de la musique libre racontée au jeune public à travers les nombreux spectacles qu'il lui a consacrés. Les adultes n'étaient pas en reste lorsqu'il collaborait avec des orchestres comme le Marvelous Band, la Marmite Infernale ou le trio Apollo, ou avec André Ricros, le chanteur de la Compagnie de l'Auvergne Imaginée, le clarinettiste Louis Sclavis et le compositeur Steve Waring. Alain Gibert laissera à tous les amateurs de jazz et de musiques improvisées le souvenir d'un artiste généreux, d'un remarquable pédagogue amoureux de l'Auvergne et de ses musiques traditionnelles et d'un infatigable expérimentateur de sons, de musiques et de chansons. 

Vous trouverez ci-joint le communiqué de presse au format PDF
Ministère de la Culture et de la Communication


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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 23:00

 

Michel Zenino (contrebasse, arrangements), Jean Pierre Arnaud (batterie) Olivier Temime (saxophone)

www.atoutjazz.com

www.cristalrecords.com

 Massaliajazz.png

En tant que régionale de l’équipe, on se devait d’écouter d’une oreille plus qu’attentive cet album- hommage aux compositions marseillaises et provençales, à l’heure où le petit monde culturel n’a d’yeux que pour la cité phocéenne, élue Capitale culturelle européenne, en oubliant souvent que c’est tout le territoire de Marseille-Provence, soit plus d’une centaine de communes sur le département des Bouches du Rhône qui est concerné.

Michel Zenino, Jean-Pierre Arnaud, Olivier Temime s’en donnent à cœur joie, avec une simplicité bon enfant pour célébrer leur ville, loin de la mode et de ses diktats. Comme les Américains reprenaient les tubes de Broadway, notre trio de méridionaux bien allumés, en partant de la tradition, se réapproprie le « folklore » local, assaisonnant ces bons vieux saucissons à la sauce hard bop.

 Dépoussiérant certains clichés, ils transforment en jazz  certains fondamentaux de la « culture marseillaise », à savoir «Félicie aussi » de l’inénarrable Fernand Contandin, dit Fernandel, des chansons ensoleillées de l’auteur d’opérettes, Vincent Scotto ( « Cane Canebière », « Adieu Venise Provençale » ) ou l’« Aujourd’hui peut-être » de Paul Durand, immortalisé par Fernand Sardou. Ces thèmes se refont une jeunesse insolente et énergique, joués avec la flamme (plus que la flemme ) méridionale.

Le pastaga ou petit jaune, les boules de pétanque, les filles de la Belle de Mai ( manque juste « Mon amant de St Jean » dans ces reprises ) honorent les représentations d’un Marseille d’autrefois, ce Marseille de toujours, bon enfant, servies à tue-tête par les vendeuses de poisson « ave l’assent » sur le Vieux Port ou la Canebière…

La pochette de Massaliazz  (ah ! le joli mot valise ) représente un pain cubique de savon de Marseille (il ne reste plus en fait que trois savonneries en ville et pour tout dire, le savon de Marseille se fabrique…ailleurs  ) repeint en bleu ( aux couleurs de la ville, de l’azur, de la mer …de l’O.M ). Mais on ne refait pas la légende.

Le jazz dans tout ça?  On le retrouve dans cette ville où le verbe est roi, qui, après le rap de groupes phares, aujourd’hui, célèbre plutôt le hip hop et les musiques du monde. Car traversée de tant de mémoires et d’imaginaires, la ville a toujours favorisé l’inspiration, mixant les genres les plus divers, se voulant à contre-courant ou d’avant garde. Ce trio de jazzmen « classiques »  renoue donc avec une autre tradition, car, quand on lit A fond de cale de G.Suzanne et M. Samson chez Wildproject, on découvre que le jazz était très écouté entre deux guerres et ses musiciens très actifs.

Ce trio Massaliazz  mérite  d’être écouté, avec un batteur plein d’énergie qui enlève l’affaire avec fougue, un contrebassiste auteur de beaux arrangements et un saxophoniste mieux qu’ inspiré.

L’ensemble  jazze allègrement. Jamais affranchis de leurs désormais lointains modèles, Sonny Rollins, John Coltrane, le trio puise sans réserve dans ce répertoire admiré, aimé car tellement aimable, donnant à certains thèmes une vigueur nouvelle. Avec humour, « Without a song » devient “Sans mes tongs », “Body and Soul”, « Boudiou on s’ Saoûle », « Bernie’s tune », « J.P. Mes Thunes ».

Oui, c’est du jazz, du bon, du vrai et ça fait du bien. On aurait pu entendre davantage cette musique, au moment des cérémonies et autres manifestations festives de la ville. Dans Massaliazz, tout est savoureux, parfait pour l’été, mais pas seulement, et pourra s’écouter au-delà de l’année 2013.

Absolument conseillé, sans modération !

 

Sophie Chambon

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 18:12

 

2 projets sortent coup sur coup, restitué l'un en Cd et l'autre en DVD.  2 projets dans lesquels le guitariste affiche son affection pour la musique traditionnelle américaine, celle des valses country, de la folk et du bluegrass.

Avec dans les deux cas un instrumentum cordes (+ batterie dans le cas de Big Sur) et un brin de nostalgie pour l'Amérique des pionniers.


BILL FRISELL: "Big sur"

Okeh 2013

Bill Frisell (g), Eyvind Kang (vl), Hank Roberts ( vlc), Jenny Scheinman (vl), Rudy Roston (dms)

 billfrisellbigsur.png

Dans l'album qui sort sur le label légendaire Okeh (celui sur lequel Louis Armstrong enregistra son premier disque ), le guitariste répond à une commande du festival de jazz de Monterey . Le projet de Frisell lui fut inspiré par Glen Deven Ranch endroit de toute beauté en Californie, pays des espaces sauvages, des mustangs et des prairies de l'Ouest ouvertes sur la mer. Toute la musique de Frisell s'en inspire. Véritable carte postale.  

À l'instar et avec le même instrumentum qu'un John Zorn avec The Dreamers, Frisell compose ici une musique très identitaire et s'approprie les codes de la musique traditionnelle. Mais là où Zorn dirige et laisse le quartet vibrer, Frisell privilégie au contraire une musique très écrite où les mélodies exhalent ici la valse lente, celle des farmers, celles des bals et celle de la musique que l'on écoute sur le rocking chair sous la Veranda le soir.

Entouré de musiciens très impliqués, le guitariste de Baltimore privilégie l'osmose d'un moment d'intimité pour une musique de chambre aux douceurs un brin mélancoliques, dont la continuité et la monotonie, sans lasser, sont autant de façons de rendre un hommage, comme peint couleur sépia à ces grands espaces qu'il affectionne.

 

 

 

BILL FRISELL : " The Disfarmer project"

Un film de Guillaume Dero

DVD la Huit

Bill Frisell (g), Carrière Rodriguez ( fiddle, g), Greg Leisz (g, dobro), Viktor Krauss (cb)

disfarmer

Autre projet, joué à Banlieues Bleues en 2011, le Disfarmer project du nom de ce photographe des années 30 (Mike Disfarmer) qui, dans les années 30, en pleine dépression réalisa une série de portraits des habitants du village de Herber Springs dans l'Arkansas. Portrait de gens simples dont Bill Frisell au travers de sa musique parvient à nous faire partager l'émotion qu'il a ressentie à la vue de ces visages figés sur la pellicule, de ces histoires racontées dans de simples regards captés par le photographe dans une immobilité parfois très touchante. Qui d'autre que Frisell pouvait, avec autant d'empathie et de sympathie, s'approprier cette plongée dans l'Amerique profonde, cette Amérique rurale qu'il aime tant.

En se gardant bien de proposer une musique par trop évocatrice ( à la différence de Big Sur qui est une véritable carte postale), Bill Frisell ne tombe pas dans le cliché mais nous livre simplement ce quil ressent en découvrant ces photographies. Musique mariant les résonnances de la guitare, trames des cordes et ligne précise du violon, Bill Frisell nenferme pas mais au contraire propose des shémas très ouverts que lon pourrait fort bien imaginer mariés à des voix voire même à des cuivres.

 

Banlieue Bleue comme souvent, rend toutes ses lettres de noblesse à l'idée du festival comme lieu d'émergence de projets originaux ( le concert était accompagné de la diffusion des clichés de Mike Disfamer) qui avait donné lieu à un albm enregistré en 2002 chez Nonesuch.

Et comme souvent c'est la Huit qui prolonge le projet et l'accompagne d'une interview de l'artiste. Où Frisell, avec beaucoup d'humilité raconte devant les caméras la genèse de ce projet et la nature de son émotion.

 

 

 

Quil sagisse de Big Sur ou du Disfarmer Project, Bill Frisell se découvre ainsi comme un artiste authentique et sincère. fédérateur de deux combos très subtils. Un artiste qui revendique avec beaucoup dhumilité ses racines musicales pourtant bien loin du Maryland et si proches de lArkansas ou de la Californie.

 

Jean-Marc Gelin

bill-frisell-disfarmer-project.jpg

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 23:15

 

Ed. Alter Ego, Jazz Impression 2012,  105p, 12 euros TTC

http://leseditionsalterego.wordpress.com

 couv-lemarchand-web.jpg

Et voilà comment, d’une façon originale, il est possible de raconter 100 ans de jazz ! Au travers 19 anecdotes choisies de la manière la plus arbitraire qui soit par notre confrère et ami Jean-Louis Lemarchand ( dont les lecteurs des DNJ apprécient dans ces colonnes les chroniques avisées). Partant de la naissance du jazz en 1913 au travers de l’Original Dixieland Jazz Band pour se terminer 100 ans plus tard dans l’émotion d’un concert unique réunissant pour la première fois deux géants de cette musique, Yusef Lateef et Ahmad Jamal lors d’un concert donné à l’Olympia le 27 juin 2012.

A l’inverse d’une démarche d’historien qu’aurait préconisé un Lucien Lefebvre de l’Ecole des Annales, Jean-Louis Lemarchand privilégie l’histoire événementielle. Moins en ce qu’elles racontent d’anecdotique, que dans ce qu’elles disent de moment privilégiés où le jazz se construit, dans ces sortes de moments qui ont contribué à en faire une Histoire avec sa cohorte de légendes et de mythes. Mais chaque fois en replacant ces petites histoires dans a grande avec un H.

Il peut s’agit de l’histoire de Strange fruit par Billie Holiday ; il peut s’agit du Greatest Jazz concert réunissant ppur la seule et unique fois sur scène Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Bud Powell, Charles Mingus et Max Roach ou du bout de peau prétendument coincé dans l’embouchure de Miles lors de l‘enregistrement d’Ascenseur pour l’Echafaud.

Ce petit ouvrage d’à peine plus de 100  pages s’adresse autant aux amateurs néophytes qu’au public plus éclairé qui y découvrira le dessous de ces histoires souvent connues superficiellement (Si l’on savait par exemple que le Greatest jazz concert avait donné lieu à une bataille d’égo, on y apprend que le cachet de Gillespie s’était élévé à 450 dollars, celui de Bud Powell à 500 dollars et celui de Parker, qui en 53 etait déjà une légende vivante à peine à 200 dollars).

 

Avec son sens de l’écriture d’une rare limpidité et d’une efficacité redoutable, ce petit ouvrage se laisse dévorer en deux temps trois mouvements avec une certaine délectation. Celle de pénétrer en un territoire parfois bien connu mais remarquablement bien raconté. Et puisque les choix qui l’ont émaillé sont par définition limitatifs et totalement aléatoire, l’on imagine que l’ami Jean-Louis en a encore un grand nombre dans sa hotte. Là c’etait trop court et pour nous ôter cette frustration on en redemande encore avec une insatiable impatience.

Jean-Marc Gelin

 

Par le menu

1/ 6 mars 1913, San Francisco : Le jazz fait so entrée dans la presse

2/ 28 juin 1928, Chicago : Louis Armstrong enregistre West End blues

3/ 21 novembre 1934, New-York : Ella Fitzgerald remporte un concours amateur

4/ 2 décembre 1934, Paris : 1er concert du Hot-Club de France

5/ 20 avril 1939, New-York : Billie Holiday enregistre Strange Fruit

6/ 22 février 1948, Nice : Ouverture du Festival International de Jazz

7/ 15 mai 1953, Toronto : Charlie Parker et son quintet au Massey Hall

8/ 4 décembre 1957, Paris : Miles Davis enregistre Ascenseur pour l’échafaud

9/ 21 mars 1960, Paris : John Coltrane débarque à l’Olympia

10/ 30 mai 1962, Moscou : Benny Goodman entame une tournée en URSS

11/ 17-19 avril 1964, Paris : Mingus à Wagram et au Théâtre des Champs Elysées

12/ 30 juillet 1969, Alger : Archie Shepp joue avec des touaregs

13/ 25 juillet 1970, Saint Pal de Vence : Albert Ayler à la Fondation Maeght

14/ 4 juillet 1976, New-York : dernier concert de Thelonious Monk

15/ 16 avril 1981 : ouverture du New Morning à Paris

16/ 17 décembre 1982, Roissy : Michel Petruciani retourne aux Etats-Unis

17/ 11 avril 2000, New-York : Bruce Mundvall (Blue Note) reçoit Norah Jones

18/ 18 septembre 2001, New-York : Martial Solal se produit au Village Vanguard

19/ 27 juin 2012, Paris : Yusef Lateef et Ahmad Jamal à l’Olympia

 

 

 


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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 21:37

 

 

 

 

 

 

 

 

cecilia-bertolini.jpg

 

 

 

Dans sa jeune carrière de chanteuse, Cécilia Bertolini aura rarement eu un public aussi participatif que ce 28 mai après-midi à la Maison d’arrêt des femmes de Versailles. Tout au long de cette grande heure de concert, les quelque vingt jeunes femmes détenues ont claqué des doigts, balancé la tête, tapé dans les mains. Autant de signes d’approbation pour

 

©sandrine sauveur

 

 

un répertoire formé de standards (Herbie Hancock, Sting…) et, surtout de compositions personnelles d’une chanteuse prometteuse (« Gotta Do It ».Bonsaï Music.2012). Après le rappel d’usage, Cécilia et ses deux interprètes-Sylvain Gontard (trompette) et Tony Paeleman (piano électrique)- se sont prêtés à une séance de questions-réponses sur le métier d’artiste, le choix du répertoire, le prochain disque à venir… La Maison d’arrêt des femmes de Versailles participe depuis plusieurs années à cette action culturelle jazz en prison baptisée « Dedans comme dehors » et initiée par le festival Jazz à St Germain des Prés Paris. Pour cette septième édition, le festival a d’ailleurs décidé de prendre intégralement à sa charge financière ce concert. « Nous entendons ainsi manifester notre engagement pour la réinsertion sociale par le culturel », témoigne Fréderic Charbaut, directeur artistique d’Esprit Jazz, association organisant le festival. Le récital de jazz vocal donné à Versailles comme le concert de blues de Karim Albert Kook le 23 mai dernier à la Maison centrale de Poissy participe aux actions conduites par le Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (S.P.I.P) des Yvelines sur le terrain culturel. La culture a en effet été reconnue dans la loi comme un facteur d’insertion et de réintégration des personnes détenues. La maison d’arrêt de Versailles qui accueillait fin mai 58 femmes propose, outre la traditionnelle bibliothèque, des actions de création artistique (théâtre) et de diffusion, telles que des conférences (par exemple sur le Château de Versailles, tout proche, à l’époque royale) ou des concerts (récemment un récital de piano avec Mozart au programme). « La culture ne doit pas s’arrêter à la porte de la prison », assure Christelle Delozé, directrice adjointe de l’établissement. Un moment réticentes –« la culture ce n’est pas pour moi »- les femmes détenues semblent apprécier ces moments d’ouverture sur un univers qui leur est généralement peu ou pas connu. C’était du moins l’impression que les observateurs extérieurs pouvaient ressentir ce 28 mai dans cette salle de concert improvisée au cœur de la Maison d’arrêt des femmes de Versailles. www.festivaljazzsaintgermainparis.com Jean-Louis Lemarchand

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 22:07

 

Label La Buissonne

carrothers.jpg 

«  A la fin d’une séance d’enregistrement, nous nous sommes retrouvés autour du piano avec Bill Carrothers à évoquer des thèmes qui nous sont chers. Au fil de la discussion il fredonne en arpégeant à sa façon un « Once In A While ». C’est alors que je découvre un autre Bill... Un chanteur dans la pure tradition».

Voilà l’origine de ce solo piano/voix où l’Américain pose « ses » mélodies sur des harmonies qu’il travaille à sa façon. On le savait chanteur et, avec sa femme Peg, membres actifs d’une chorale, chez eux dans le Mid West, depuis son formidable projet sur Armistice 1918 du regretté label Sketch. Les thèmes des musiques d’histoire, des musiques de guerre (Guerre civile américaine, Grande Guerre..) le fascinent et sont intégrés à son répertoire. La nostalgie joue à fond avec ce musicien, beaucoup plus sensible à l’histoire et aux bouleversements d e la fin du XIX ème et du début du XXème siècle qu’à l’époque actuelle. Comme la guerre, la musique brouille les pistes de l’espace et du temps jusqu’au vertige. Bill Carrothers avouait dans le livret d’un précédent solo, consacré aux Civil War Diaries que « l’histoire est affaire de fantômes et la musique une manière agréable de converser avec eux. Car les fantômes sont parmi nous ».

Il nous livre ici 13 petites pièces chantées, simplement, fermement énoncées d’une voix chaude, sans vibrato. Un phrasé et une diction impeccables...comme dans la valse mélancolique et tendre « Mexicali Rose ». Ce sont des chansons populaires,  et certaines, empruntées au répertoire américain, racontent toutes une histoire de séparation, souvent dues à la guerre. Si elles dévoilent des émotions enfouies, elles s’attardent  sur le souvenir de ces instants heureux mais fugaces d’un amour perdu.  Célébrant l’attente comme le souffle le titre de l’album, Love and longing. Un enchaînement de thèmes dépouillés, peu variés, sur les affres plus que les bonheurs de la relation amoureuse, même dans « The L & N don’t stop here anymore » au rythme plus entraînant. Il est question d’amour,  mais d’une certaine idée de l’amour, porté par des valeurs spirituelles, d’un désir qui serait vertueux avec en lui, un parfum d’absolu. L’amour peut libérer les êtres, croit-on, mais il les attache aussi. La musique de Bill Carrothers, souvent sombre, frôle la disparition, l’évanouissement. Un travail marqué par la pureté, car jamais l’artiste ne transige et conserve intact un univers musical très particulier, hanté.

Parfois son timbre de voix est proche de celui de Chet Baker comme dans le déchirant « So in love », le piano ponctuant la tristesse de la mélodie, insistant sur les temps comme un bourdon sinistre. Un glas dont on n’aurait pas à se demander pour qui il sonne. Le final sur le célèbre « Skylark » d’ Hoagy Carmichael nous enveloppe d’un voile frissonnant. Et si Bill Carrothers sifflote, ce n’est pas vraiment léger, persiste toujours ce sentiment de  perte, de ‘paradis perdu’. Ainsi, ce climat particulier, posé dès le premier titre « Love » jusqu’au final, renforce le sentiment de se trouver au sein d’une seule partition chromatique. Un ensemble qui happe, finit par submerger et  émeut souvent.

Sophie Chambon

 

 

 

 

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