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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 23:13

 

JOACHIM KÜHN & ALEXEY KRUGLOV : «  Moscow »

Act 2014

Joachim Kühn (p), Alexey Kruglov (ts,ss)

 moscow.jpg

 

JOACHIM KÜHN : “ Voodoo sense”

Joachim Kühn (p), Majid Bekkas (cb), Ramon Lopez (dms) + Archie Shepp (ts);

 Joachim_Kuehn_Trio_Voodoo_Sense_c_Act_Music_Jazz_A_4baa9b0c.png

 

 

A juste titre l’année 2014 sera entre autres marquée par un bel anniversaire, celui des 70 ans du pianiste de Liepzig. Musicien essentiel dans le paysage du jazz et ce depuis les années 70, le pianiste allemand qui fut l’un des compagnons du trio mythique qui l’associait à Daniel Humair et JF Jenny Clark (dont on réédite plusieurs albums aujourd’hui), Joachim Kühn est un sexagénaire étourdissant. Véritable force de la nature le pianiste apparaît dans une forme plus qu’éblouissante.

Le label ACT de Siggi Loch  qui l’abrite depuis quelques temps, ne manque donc pas de lui rendre un hommage appuyé avec la sortie rapprochée de rééditions mais aussi et surtout de plusieurs albums récents qui témoignent si besoin est de l’incroyable vitalité de Joachim Kühn. Et surtout de son absolue actualité.

Toujours à l’affût de nouvelles expériences musicales Joachim Kühn ne cesse en effet de multiplier les rencontres. Ouvert à toute remise en question de ses propres certitudes et de son propre champ d’expression Kühn donne l’image d’un jazzman jamais blasé, jamais à court d’envie ni d’idées. Toujours à l’affût de belles confrontations. On se souvient par exemple de la magnifique rencontre à 4 mains avec le jeune pianiste prodige et compatriote Michael Wollny qui fut éditée sur le même label, témoignage d’un concert assez inoubliable.

Dans le bien nommé «Moscow», Joachim Kûhn à l’occasion d’un déplacement en Russie a accepté la proposition de  l’institut Goethe de Moscou d’enregistrer avec talent de la scène moscovite, en l’occurrence le saxophoniste Alexey Kruglov.  Et c’est avec un sens du dialogue, de l’échange et du partage que le pianiste allemand dialogue avec ce musicien particulièrement expressif et engagé.

Car le saxophoniste qui affiche ici un sens un peu théâtral ne manque pas le rendez vous dans un moment d’une extrême intensité où la posture post aylerienne de Kruglov crie autre chose que la seule musique et insuffle un supplément d'âme parfois déchirant ( Because of mouloud) et presque exténuant. La musique évolue alors entre moments écrits très mélodiques et des libres improvisations free comme les aime le maître de Liepzig où ce dernier accompagne cette sorte de combat avec lui-même que semble se livrer le saxophoniste qui s’emballe parfois dans l'émotionnel. Tellement engagé qu'il en devient parfois théâtral ou à tout le moins mélo. La volonté d'en faire une expression tire-larme agace alors parfois par son côté limite mielleux ( Poet).

 

Mais au final si la rencontre ne porte pas tout à fait ses fruits, le pianiste y étant quand même très en retrait, elle porte à tout le moins la marque de l’extrême générosité de Joachim Kühn et son ouverture vers des horizons plus ou moins connus.

 

 

 

 

 

Avec Ramon Lopez et Majid Bekkas, l’affaire est d’un tout autre niveau. Le trio se connaît depuis de nombreuses années et a déjà à son actif trois albums avant celui-ci. Trio fusionnel s’il en est. Pas de round d’observation, mais plutôt une façon d’emblée de poser la musique sur des sommets exceptionnels. Il faut entendre cette lutte quasiment fratricide avec Ramon Lopez où tout deux parviennent à densifier de manière incroyable la musique, à lui donner vie, à l'animer en pulsation et en vibrations. Avec Majid Bekkas et son jeu très puissant et parfois très orientalisé ils forment là un trio powerful. Un supplément d’âme. Inspiré entre autres par l’album de Coltrane ( « Kulu Sé Mama » enregistré en 1965) dont il est repris le titre éponyme, « Voodoo sense » associe plusieurs invités à l’enregistrement et notamment Archie Shepp.

Le pianiste et le saxophoniste se connaissent bien et avaient l’an dernier scellé leurs retrouvailles en enregistrant un bel album et surtout en multipliant des concerts exceptionnels dans plusieurs festivals. Avec Archie Shepp on est là encore dans une forme d'expression tripale. Sauf que celle-là colle au blues du saxophoniste, colle à une expression qui est à fleur de peau et à fleur de mélodie. Avec la foi d’un enragé Shepp joue comme il chante à moins que ce ne soit le contraire. Avec toujours cet engagement total qui est le point commun à ces deux artistes sans concession.

Tout au long de l’album on frôle et même on atteint des sommets de densité, de groove et parfois même de transe. L’esprit de Coltrane plane dans cette séance ensorcelante. On plonge avec eux dans la moiteur de l’afrique et des racines du jazz.

 

Ces racines que le pianiste et le saxophoniste n’ont jamais cessé d’explorer.

Jean-Marc Gelin

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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 07:39

 

Bonsaï Music www.bonsaimusic.fr 

Distribution  Harmonia Mundi/idol

twenty.jpg

Concert de présentation  le jeudi 27 mars au Sunset/Sunside à Paris

 

« 20 », pour 20 ans tout rond, c’est le titre du dernier opus du trio chez Bonsaï music, enregistré à Antibes en août dernier. Il fête autant d’années de collaboration musicale et d’amitié entre le batteur André Cecarelli, le pianiste Jean Michel Pilc et le contrebassiste Thomas Bramerie. Ces noces de porcelaine consacrent  une authentique (et belle) vision du jazz avec des reprises réussies, un « Old Devil Moon » très enlevé, « caliente » à point, « On Green Dolphin  Street » lunaire et fantomatique, deux  versions impeccables des « tubes » de Miles Davis «All Blues» et «Solar», une relecture plutôt «allumée» du cultissisme thème monkien «Straight no chaser». Comme le trio est français, il ne va pas se priver d’ajouter Brassens et Brel au répertoire, avec ce «Ne me quitte pas» élégiaque, version très subtile et douce.

          Ce disque doit beaucoup à la plume du pianiste Jean Michel Pilc que l’on retrouve  avec plaisir, même s’il  vit à NYC depuis (bien) longtemps. Ecoutez le titre éponyme où affleure sa sensibilité toujours à fleur de touche. Le trio est la formation musicale essentielle qui a marqué sa signature dans ses divers groupes et le pianiste arrive souvent à (re) créer un sentiment unique, d’un jazz intemporel, par un jeu fougueux,  singulier, vital.

          Un trio classique donc pour une musique qui l’est moins. Une tension constante  affleure sans aller jusqu’à l’explosion ou la cassure, du jazz qui  apparaît presque  atypique aujourd’hui. On se laisse emporter par la fluidité des lignes mélodiques, faites aussi de surprises : une musique de franche affirmation, déterminée et  sans compromis. André Ceccarelli se montre attentif, constamment sur le qui-vive. Thomas Bramerie est toujours formidable, tout en retenue, inventif et complice, le compagnon indispensable.

           Une alchimie travaillée, une musique qui reste dans l’oreille, une alternance élégante de thèmes. Alors, bon anniversaire, messieurs et souhaitons de vous écouter encore longtemps!

 

          Sophie Chambon

               

    

 

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 11:12

 

Plus Loin Music 2014

Omer Avital (cb), Avishai Cohen (tp), Joël Frahm (ts), Daniel Freedman (dms), Yonathan Avishai (p)

 

omeravital.jpg 

Le contrebassiste israélien Omer Avital a longtemps été le ciment de ce qui se faisait de mieux sur cette scène des musiciens exilés à New-York. Le contrebassiste arrivé là-bas il y a près de 20 ans sur cette terre promise du jazz, en même temps que le contrebassiste Avishai Cohen fut longtemps l’un des piliers du Smalls, célèbre club de jazz de big apple où il venait fédérer les énergies et les rencontres entre les musiciens des deux continents. Et pour autant Omer Avital n’a jamais renié la musique de son pays natal. D'ailleurs tout se mélange allègrement chez lui qui revendique enpmius des racines marocaines et Yéménites. Il en a fait au contraire au fil de sa discographie le point central d’un métissage épatant et heureux qu’il marie avec les codes bien assimilés du bebop dans une sorte de noce festive où la musique est affaire de joie.

Car la musique d’Omer Avital, entre temps revenu en Israël a des fourmis dans les pieds et le groove chaleureux. Il le démontre ici avec ce quintet flamboyant qui nous offre sur un plateau luxuriant une musique gorgée de soleil et de fruits mûrs. Les paysages se mélangent et le taxi jaune de New-York semble nous déposer en au pied du lac de Tibériade. Ecoutez Le blue de Yemen Suite ou encore ce Tsfadina où la musique traditionnelle se mêle au bop et même à la salsa.

Et pour arriver à ce que cette recette savoureuse exhale tout son fumet, il faut une formation de haite volée. Et croyez moi, ça joue et ça joue même grave ! L’association d’Omer Avital avec le batteur Daniel Freedman y est irrésistible et la pulse qu’ils installent emporte tout jusqu’aux plus grincheux des insensibles du dodelinement. Cette musique amène immanquablement à la danse, à battre le rythme des pieds, des mains et de la tête.  Sur le devant de la scène ça étincelle avec deux soufflants de haute volée. Le saxophoniste Joël Frahm met le feu dans la lignée des grands du bop et l’exceptionnel trompettiste Avishai Cohen que nous tenons ici comme l’un des absolus géants de l’instrument explose à chacune de ses interventions.

Voilà bien un album à dévorer tout cru. A mettre sur sa platine ou dans sa voiture le lundi matin avant de partir travailler. Le jazz d’Omer Avital porte en lui la fraîcheur de la musique qui parle aux tripes et donne envie de mordre la vie à pleine dents.

A dévorer absolument !

Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ps : vous faites quoi le 28 avril ? Le fort bien nommé Café de la Danse ?

 

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 00:09

 

Nonesuch Records - East West 2014

 mehliana-taming-the-dragon-450.jpg

C'est un album totalement iconoclaste auquel on était bien loin de s'attendre. Brad Mehldau décoiffe et trublionne. Bien loin des chemins sages, le garçon prend ici la tangente vers des horizons bien plus taquins, plus crades, plus voyous.

Voilà quelque chose qui vous réveille les écoutillles, assurément.

On sait que Brad aime bien les duos ainsi qu'il en avait témoigné avec son magnifique album avec Kevin Hays. Ici c'est un corpus fender/ batterie sur un répertoire très original et très électrique sur lequel le génial pianiste de Floride prend visiblement un malin plaisir à créer du son, à créer des formes musicales et à les faire évoluer. Totalement déroutant au premier abord.

 

 

 

Si l’album s’y fait parfois un peu rock (and beyond), Brad Melhdau invente surtout son propre langage et se fixe ses propres codes. Ici la fusée Meldhau se met à décoller avec son double (ou triple voire quadruple) clavier, devant lequel il semble se transformer en gourou lunaire. Meldhau se démultiplie, comme s'il recréait un orchestre à lui tout seul comme sur ce Hungry ghost totalement dévastateur. On y entend un Taming the dragon, le morceau éponyme très sale où le travail sur le son, disons plutôt les mille feuilles sonores est incroyable et très dense.

On y entend aussi des résonances jazz-fusion des années 70 comme Sleeping giant qui sonne comme un blues lunaire à la Zawinul. Dans le même mouvement très spatial, Meldhau ne se contente pas de créer de la musique, il crée aussi des images dérivant dans l'espace (Elegy for amelia E). On connaît les liens d’amitié très fort qui lient le pianiste à Charlotte Gainsbourg. Peut être faut il y voir cet hommage-caméléon qu’il y rend à son chanteur de père.

London Gloaming, magnifique morceau éthéré porteur d’une sourde angoisse révèle toute la richesse de cette association Mehldau-Giuliana.

 

 

Meldhau ouvre alors des voies à un jazz électrique en pleine mutation. On aime, on est totalement sous hypnose de cette musique aux formes nouvelles et incertaines, aux contours flous. Fantomatique et onirique ce jazz là nous emmène loin. Il en ouvre en tout cas de nouvelles brèches.

Passionnant !

Jean-Marc Gelin

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 21:43

 

Film de Per Fly- sortie le 19 mars 2014.

 

waltzformonica.jpg

Cette suédoise eut son heure de gloire en 1964 quand Bill Evans la convia à chanter sur "Waltz for Debby" (Universal).  Un demi-siècle après, Monica Zetterlund  (1938-2005) se rappelle au bon souvenir des jazzophiles à la faveur d'une biographie romancée filmée, ou biopic selon l'expression (malheureusement) consacrée.

Le cinéaste Per Fly a centré son travail sur une courte période-quelques années- de la vie de Monica Z (le titre original du film). Celle où la chanteuse ambitieuse rêve de percer dans le jazz. Remarquée par Leonard Feather à Stockholm, invitée à New-York pour se produire avec le trio de Tommy Flanagan, elle ne passe pas la première soirée (trop blanche dans un milieu de jazzmen noirs, selon l'explication avancée par le scénario). Le déclic viendra quand  Monica décide de chanter le jazz dans sa langue natale. L'enregistrement avec Bill Evans marquera l'apogée de sa carrière internationale jazzistique. Monica Zetterlund participera à de nombreuses comédies musicales et fera des apparitions dans quelques films avant de disparaître tragiquement dans l'incendie de son appartement.

 

 

 

 

Valse pour Monica ne déroge pas aux règles d'or du biopic en développant largement (longuement) les aspects personnels de la vie de l'héroïne, ses addictions à l'alcool et aux médicaments, ses relations difficiles avec son père, ses amants…. Amateurs de mélos et d’atmosphère rétro (mention au cinéaste intello proche de Bergman), vous serez aux anges. On passera sur les raccourcis simplificateurs et sur cette attitude désagréable prêtée à Ella Fitzgerald (réputée pourtant pour sa gentillesse) pour retenir la performance de la chanteuse Edda Magnason (déjà deux albums à son actif) qui fait ses débuts au cinéma dans le rôle-titre. Edda fait (re)vivre avec son ambition, sa fraîcheur, son caractère Monica, icône suédoise au destin en dents de scie. Le film-bien accueilli en Suède avec 500.000 entrées en trois mois- lui donne l'occasion de reprendre quelques standards américains (Paul Desmond, Bill Evans, Ray Charles) dont plusieurs adaptations en suédois signées Beppe Wolgers, l'homme qui contribua largement au succès de Monica Zetterlund.

Jean-Louis Lemarchand

 

 

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 21:34

 

Sortie le 3 mars 2014-03-10

Concerts : 21&22 avril au Duc des Lombards ....

www.anteprimaproductions.com 

www.naive.fr

sophie-alour-shaker.jpg

On en rêvait elle l’a fait... Il fallait oser reprendre la bluette  «  My favorite things »de La Mélodie du bonheur, sublimée, on le sait par Coltrane et en donner une version décomplexée, librement chaloupée, à la flûte. Comme en son temps Willy de Ville qui avait osé s’attaquer à «Hey Joe » en proposant  une relecture « caliente », des plus exotiques avec mariachis.

C’était plus que risqué mais le résultat est réussi. D’ailleurs, à voir le sourire mutin sur la pochette de son dernier opus, on sent que l’espiègle saxophoniste Sophie Alour s’est amusée à nous secouer dans son Shaker personnel. Alors, ajustez votre casque et montez derrière elle dans une équipée pas sauvage mais des plus agréables, pour une virée dans les années soixante, au cœur du funk avec ce son qui caractérise la décennie, celui de l’orgue Hammond. C’est Fred Nardin qui tient l’orgue admirablement mais Sophie Alour a travaillé avec la grande Rhoda Scott, la prêtresse de l’instrument, aux pieds nus. Les musiciens dont  Sophie Alour s’entoure sont des amis et la rejoignent dans cette exaltation d’une musique heureuse, fraternelle et généreuse. Fred Pasqua  tient la batterie et sur certains titres, interviennent des «guests» formidables, Julien Alour au bugle, Hugo Lippi à la guitare (« Shaker»). Ça groove formidablement tout au long du disque, et on apprécie cette mise en jeu du corps dans une musique régénératrice.  « I wanna move my body » donne le ton de ce programme efficace avec Julie Saury, autre complice inspirée à la batterie.

Sophie Alour a  ce « quelque chose » qui vous fait chavirer, un « son » que l’on aime à retrouver dans ses solos précis, lyriques et  chaleureux :  si, dans cet album, elle reprend quelques unes de ses propres compositions écrites depuis plusieurs années, elle prouve qu’elle joue aussi (fort bien) du soprano. Elle a su multiplier les expériences convaincantes et sa musique nous atteint en plein cœur... Comme le disque est bien conçu, il existe aussi des plages plus élégiaques, des ballades  nostalgiques comme le délicat  « Comptine » ou encore  le poignant « En ton absence » repris en final par la saxophoniste sur un orgue électronique. Elle a raison une fois encore de terminer ainsi son album car le bleu est assurément la couleur du jazz.

Sophie Chambon

 


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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 20:47

 acapumco.jpg

Guitar electric only

Simon HENOCQ : enregistrement, mixage, mastering
Coproduction : Cartons Records & Coax Records | Distribution : Muséa | Graphisme : Heureux les Cailloux |

 
www.facebook.com/ACAPULCOJulienDesprez 


 
http://juliendesprez.blogspot.fr/ 


 
www.cartoncartoncarton.com/acapulco.html 


 
www.collectifcoax.com/acapulco

 

Acapulco ! Avec un tel titre, on pense s’envoler vers un petit paradis à l’exotisme plus ou moins frelaté mais aux rythmes assurément  tropicaux. Un coup d’œil sur la pochette kraft  du label Carton des Coax records vous en dissuade vite. On penche ensuite  pour Haïti avec ses figures crayonnées, colorées à la « Basquiat », qui, au passage, aimait infiniment le jazz et Charlie Parker...

Fausse piste encore quand on lit le nom du guitariste solo qui nous offre ce petit bibelot sonique, cet objet sonore sans cesse en évolution, cet happening  détonant de 18’, en trois titres,  c’est Julien Desprez du collectif Coax, pilier de « Q » que nos oreilles (pourtant rodées) n’avaient pas franchement adoré en live (terribles infrabasses), membre de l’étonnant  Radiation 10,  bien plus « aimable » dans la mutation, ne serait-ce qu’au seul niveau de l’émission sonore. On se retrouve dans les terres foulées par certains collectifs nordistes comme Muzzix, le label Circum, Olivier Benoît, une scène musicale actuelle, complexe et très active que l’on pourrait, s’il faut absolument la définir, apparenter à une recherche protéiforme « industrialo-bruitiste »,  noisy mais pas seulement... Un drôle de magma sonore,  une matière en mouvement qui vous emporte avec un développement  organique, une construction certaine même si elle nous échappe ; pas vraiment de repères  en effet mais en même temps, c’est trop court pour se perdre.

Alors Acapulco ? Un solo électrique plus qu’électrisant, avec des effets recherchés, travaillés, étranges, des trafics d’influence sonores, des fulgurances dans les accélérations, des dérives jamais brutales, des bruits saturés, grésillant doucement, sans véritable fureur ou rage qui font que l’oreille s’habitue vite à ces variations sonores très acceptables sur une chaîne (quid en live ?). Alors, il est un peu inquiétant cet univers dans lequel nous plonge le guitariste, loin des jolies mélodies suraigües où excellaient autrefois les hardeux, métalleux  avec ces envolées juvéniles de guitares électriques.  Times are changin’... Ici, une guitare bien préparée nous fait entrer de plein pied dans un univers personnel vibrant, insolite, post post-moderne, où les décharges électriques d’un arc tendu à l’extrême (bow)  vous accompagnent dans une errance créative, un ailleurs indécis. Des variations actuelles sur le son qui atteignent une dimension poétique, originale et intense. Sans véritable tsunami. Allez, ce n’est pas la fin du monde !  Juste « une sculpture sonore en jaillissement » comme l’écrit fort joliment le batteur  Edouard Perraud : «L’esprit, les mains, l’instrument, l’amplificateur, les traitements, les câbles et le corps ne sont qu’une seule et même chose dans ce solo fulgurant. Ici la musique est inventée/découverte, comme un mécanisme secret qui cache les lois d’un monde encore inconnu, une terra incognita qui surgit d’un coin de ciel en coruscation. »

NB : Fascinant de regarder le « teaser » du musicien en action, sec et précis. Les sons produits vous installent paradoxalement plutôt confortablement dans ce matelas sonore, chaud et douillet au final....

 

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 23:13

 (23 titres de 1962 à 1991).Universal Jazz. Mars 2014.

 

claude-nougaro-quand-le-jazz-est-l.jpg

Le boxeur de mots, le petit taureau toulousain aura, chacun le sait,  réussi à réconcilier jazz et java dans une chanson mais aussi fait découvrir le jazz à des générations d’amateurs de chansons populaires, à une époque dominée par les yé-yé « matraqués » à longueur de journée sur les ondes dites alors « périphériques ».  Dix ans jour pour jour après sa disparition, le 4 mars, replonger dans l’œuvre de Claude Nougaro (1929-2004), c’est retrouver aussi une série de standards de jazz signés Dave Brubeck (Blue Rondo a la turk devenu A bout de souffle), Sonny Rollins (St Thomas, A tes seins), Gerry Mulligan (Jeru, Le piano de mauvaise vie), Dizzy Gillespie (Con Alma, Hymne), Wayne Shorter (Beauty and the Beast, Comme une Piaf), Nat Adderley (Work Song, Sing Sing Song), Neal Hefti (Girl Talk, Dansez sur moi)…

S’il avait découvert le jazz à l’écoute d’émissions d’Hugues Panassié, Nougaro avait les oreilles ouvertes sur les courants les plus contemporains et offrit même, en 1976,une « pige » à Ornette Coleman dans Gloria, composition de Don Byas, où l’altiste texan partageait la vedette avec Maurice Vander, pianiste et directeur musical, Luigi Trussardi (basse) et Charles Bellonzi (batterie). « Il abordait le phrasé comme un jazzman, avec cette capacité de prendre des libertés avec la mesure », relève dans le livret Richard Galliano.  L’accordéoniste était en bonne compagnie dans les formations de Nougaro, Eddy Louiss, Bernard Lubat, Pierre Cullaz (qui vient de disparaître), Daniel Humair, André Ceccarelli (1), Aldo Romano (un très proche), Michel Portal, Pierre Michelot, Michel Gaudry…. On regrettera au passage que le livret ne fournisse que des informations parcellaires sur la composition des groupes. Qu’importe, c’est un vrai bonheur de retrouver ces jazzmen de premier plan en petite formation ou en grand orchestre.  Et, surtout, comment ne pas épouser le point de vue du signataire du livret, Bruno Guemonprez : « Nougaro se révèle être un chanteur de jazz remarquablement technique et à son aise dans tous les tempi et dans tous les registres de l’émotion musicale ».

Jean-Louis Lemarchand


(1)  André Ceccarelli rend hommage de belle façon à Nougaro dans Anousgaro (Just Looking Production/Harmonia Mundi) avec David Linx (voix), Diego Imbert(basse) et Pierre-Alain Goualch (piano). Le groupe est en concert ce mois de mars à Blagnac(31) les 21 et 22, Le Thor (84) le 23 et Marcq-en-Baroeul (59) le 25.

Jean-Louis Lemarchand

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2 mars 2014 7 02 /03 /mars /2014 22:00

 

Act 2014

Michael Woolny (p), Tim Lefebvre (cb), , Eric Schaeffer (dms)

 wollny.jpg

 

La France, avec un peu de retard à l’allumage commence à céder à la Wollnymania.

Il est vrai que depuis ces 10 dernières années le jeune pianiste allemand est ce qui nous est arrivé de mieux sur la scène du jazz ces dernières années. Il y a une décennie qu’on le découvrait notamment au travers un album enregistré en duo avec le saxophoniste Heinz Sauer ( « Melancholia » en 2004) puis avec son superbe trio Em composé de la contre-bassiste Eva Kruse et de Eric Schaefer.

A peine âgé aujourd’hui de 36 ans, Michael Wollny s’est donc totalement imposé dans le paysage jusqu’à devenir un des éléments incontournables du label ACT au sein duquel il a signé quelques collaboration notables avec entre autre Vincent Peirani ou Joachim Khun.

Dans l’album qu’il signe aujourd’hui, Eva Kruse a laissé la place au contrebassiste Tim Lefebvre. Ce qui n’empêche pas l’émergence d’un véritable trio soudé et homogène. Les afficionados de Em  seront peut-être un peu déconcertés par l’allure très sage de l’album que certains n’hésiterons pas à qualifier ( un peu stupidement je pense) de l’album de la maturité. Car il n’est pas question ici de bouleverser les codes du trio, ni même question de virtuosité pianistique, mais juste d’un trio bâti autour d’un album construit sur des chansons dont Wollny parvient à tisser une sorte de trame unique. Dans un même mouvement assez mélancolique, Wollny s’inspire de chansons allemandes, de Lieds ou encore de pop musique (en conviant notamment Pink sur un morceau chanté par Théo Bleckman et dont la théâtralité m’évoque les scénographies de  Joel Pommerat) pour livrer un album très inspiré par le thème de la nuit et du rêve. Se côtoient ainsi des thème d’Alban Berg, de Charlie Kaufman de David Lynch, d’Hindemith, de Varèse ou encore des inspirations Nietzchéeenes.

Tout en maîtrise, Wollny privilégie le son du trio, échappant largement aux inspirations rock ou pop qui avaient pu nourrir sa musique pour se raccrocher à une forme de tradition du jazz trio. Et dans cet exercice le pianiste met en avant la force du collectif avec une noirceur très douce. Il faut ainsi écouter When the sleeper wakes comme l’illustration parfaite de ce power trio. Tout en retenue, en non-dit, en exaltation discrète des mélodies autour desquels le pianiste tourne avec un art consommé de la digression, Michael Wollny dessine un climat sombre comme un ciel aux lourds nuages gris se déplaçant lentement dans un espace ténébreux. Une sorte de romantisme allemand qui trouverait son expression dans une forme jazzistique très européenne. A l'image de cette mélancolique déambulation sur Lasse, il livre ici un album aux couleurs automnales.

Du très grand art.

Jean-Marc Gelin

 

 

 

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 12:04

 

Francis Le Bras (piano), Daniel Erdmann (saxophone), Claude Tchamitchian (contrebasse)

Sortie du disque en mars 2014 sur  Vents d’EST, label et collectif artistique

iwww.ventsdest.com

Distribution  Allumés du Jazz www.allumesdujazz.com

 ESTAQUE-GOUDES-490x331.jpg

 

Ça commence comme un chant d’amour, d’abandon au désir ou à la plainte, c’est tout comme. Avec ses formidables complices, le contrebassiste Claude Tchamitchian, particulièrement en forme, le saxophoniste imperturbable et néanmoins follement réactif Daniel Erdmann, Francis Le Bras engage une conversation subtile, drôle et mélodique. Voilà tout un art du trio qui se réinvente sous nos yeux, une façon de réarranger, et de faire virevolter la musique autour d’une contrebasse  très active, d’un «allumé» du saxophone et d’un pianiste qui harmonise ses propres déséquilibres, à la recherche  non pas d’un enfermement protecteur mais d’élans lumineux, d’horizons éclatés. On assiste à une mise en jeu du corps  avec ce concert réjouissant qui préfigure la sortie d’un album enregistré cet été à la Buissonne ...

Aucun des trois n’est marseillais mais cette ville a su  devenir incontournable dans  leur parcours personnel et artistique. Ceci dit, malgré le titre, le concert  de ce samedi 8 février n’a pas donné lieu à une série de pièces folkloriques, une galéjade arrosée au  pastis, avec vue dégagée sur la Grande Bleue. C’est autrement plus original et intimiste. Le pianiste Francis Le Bras, à l’origine de ce projet, est parvenu à transposer sa vision de la cité phocéenne avec humour et sensibilité,  jusqu’à nous régaler d’un gospel, réécrit en l’honneur de la Bonne Mère (!) « Holy Mother ». Et  ça colle, peuchère.

Cette musique a une profondeur émerveillée, une qualité de sérieux immédiatement palpable, avec des pièces plus atmosphériques comme cette «Corniche JFK» qui ne sera  peut-être pas le nom définitif  de la composition. De toute façon, le pianiste a su recréer un itinéraire particulier, une géographie décomplexée qui emprunte le chemin des écoliers, jamais les transports en commun (marseillais). Une vision  qui se matérialise dès le premier titre, la déambulation de  «Saturday night au Panier» en évoquant une nouvelle narration, une enquête sur un rythme dense et syncopé, tel un polar d’Izzo, Chourmo ou Total Chéops, et qui va voir également du côté du cinéma : le ciel et l’obscurité sont réconciliés dans ces échappées nocturnes,  ces travelling avant sur l’asphalte luisante... Bande-son d’un film noir imaginaire, un extérieur nuitdont la mise en scène joue du décor urbain aux images contrastées en noir et blanc.

le-bras.jpeg

Le saxophoniste Daniel Erdmann a laissé aussi quelques traces de sa réflexion et l’on retiendra ce « Igor on the Autobahn », une pièce au titre décalé, qui lui sied comme un gant. On aime la diversité des couleurs proposées, ces valeurs douces où viennent se couler les sonorités du saxophone. On vous le disait, une création libre à plus d’un titre mais pas free, avec même, le plaisir d’une ballade au cœur de la mélancolie. C’est que Francis Le Bras paraît fasciné par une certaine qualité de sombre qu’il déjoue en vitesse, comme s’il se défendait d’une pente naturelle méditative et recueillie. Le trio se livre avec bonheur au jeu d’un texte ouvert : toutes les pièces prennent un relief particulier qui les rend actuelles sans autre référence que le seul désir qui s’y trouve engagé. Un parcours initiatique qui renouvelle notre vision de la cité phocéenne. Vivement recommandé.

 

©sophie chambon

 

NB : Précisons pour les Marseillais que ce concert se déroulait dans un nouveau lieu branché, L’U.percut,  127 rue Sainte, bar à tapas à deux pas de la puissante abbaye fortifiée de St Victor (Vème siècle avant J.C ),  là où l’on bénit les navettes pour la Chandeleur ....

 

Sophie Chambon

 

 

 


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