Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 06:23



www.vijay-iyer.com

 Ceux qui, comme moi je le confesse, avaient de Vijay Iyer l’image d’un musicien virtuose des claviers électriques devront réviser leur jugement après l’écoute de cet album. Car réduire ce musicien américain d’origine indienne à ce rôle de side man cantonné dans une fonction plus ou moins expérimentale découvriront avec cet album que Vijay Iyer est avant tout, et surtout un pianiste exceptionnel et un superbe compositeur.

Ce qu’il dit ici dans un album où il joue entièrement acoustique est une sorte de musique de l’urgence d’où découle un flot à la fois cérébral et terriblement primal. Lorsqu’il intervient, son coreligionnaire, le saxophoniste alto Rudresh Mahanthappa (que pour ma part j’avais découvert cet été dans un jam session où sa prestation m’avait laissé dans un  état dont je ne me suis toujours pas remis) entre dans cette musique avec une force vitale totalement sidérante. C’est de la vie qui sort du pavillon de son instrument, une vie torrentielle qui mène au bord du gouffre, au bord du désastre avec une énergie aussi désespérée qu’un peu folle. Ceux qui ne connaissent pas ce prodige doivent absolument se ruer sur ses productions et découvriront ainsi une sorte de nouveau langage du saxophone qui, à coup sûr les bousculera et les emmènera ailleurs. Dans une sorte de langage où le jazz Colemanien se mêle très subtilement au phrasé des instruments indiens tiré du raga.

Mais la musique de Vijay Iyer ne se limite pas (si limite il y avait) à cette vision de la musique. Ses compositions réalisent avec audace une syntaxe entre la musique de Steve Coleman (par les métriques impaires et les structures atonales) tout en se dépouillant parfois de tous les superflus d’une part (Machine days) et d’autres musiques qui traversent l’histoire du jazz. Il est ainsi capable d’enchaîner avec un morceau très latin jazz ( Age of everything) avec un morceau plus modal dans le plus grand classicisme ( I’m all smile de Michael Leonhardt). Abordant le piano avec le même lyrisme que s’il s’agissait d’un clavier électronique ; Vijay Iyer est stupéfiant de technique montrant une indépendance rythmique et mélodique des deux mains assez incroyable, renversant les rôles de la gauche et de la droite avec une agilité un peu surnaturelle. Mais foin d’exhibition car là n’est pas le propos. Lorsqu’il se livre à un exercice en solo acoustique, il livre avec une sensibilité musicale rare un morceau bien loin des errances introspectives propre au genre mais au contraire ouvre sa musique à une forme de jazz rénové. Et lorsqu’il joue en trio, alors ses camarades de jeu  jouent les trouble fêtes à l’image de Marcus Gilmore en batteur totalement décalé capable de jouer hors tempo ou d’essayer des phrases totalement incongrues mais vivifiantes. La musique de Vijay Iyer par certain égard prolonge les derniers travaux de Coltrane mais loin, bien loin des clichés du genre. Il faut absolument aller voir Iyer et tenter l’expérience. Totalement innovante. Jean-Marc Gelin

 

Partager cet article
Repost0
15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 00:27

Nicole Bertolt & François Roulmann

Préface de Marc Lapprand

Éditions Textuel

49 €  - 224 pages

 

En 2009, le 23 juin précisément, certains célèbrerons le 50ème anniversaire de la disparition de l’un de nos plus génial des trublions touche à tout, émérite pataphysiciens que très peu connaissent sous le nom de « Bison ravi » ou de Vernon Sullivan, plus connu sous le blase de Boris Vian que l’on pensait ne plus avoir à présenter. Le 23 juin 2009 en effet, après avoir assisté à la projection du film « J’irai cracher sur vos tombes », Boris Vian disparaissait à l’âge de 39 ans et laissait derrière lui une œuvre protéiforme d’écrivain, de chroniqueur de jazz, de chansonnier, de provocateur, de directeur artistique, de librettiste même, œuvre insaisissable marquée par la démangeaison du verbe et l’omniprésence du swing. Cet anniversaire est ainsi l’occasion pour les éditions Textuel de proposer un ouvrage absolument superbe sur Boris Vian confié à François Roulmann, spécialiste de l’œuvre de Vian ( une œuvre complète à paraître en 2010 à La Pléiade) et à Nicole Bertolt qui depuis quelques années assure la direction patrimoniale de la Fondation Boris Vian et a accès à ce titre à un fonds documentaire exceptionnel. Organisé autour de 9 chapitres et de courts textes toujours très fluides récapitulant les grands thèmes de l’œuvre et de la vie de Vian ( « Jazz en noir et blanc », « l’Écrivain joue sa partition », « chansons possibles et impossibles » etc….) cet ouvrage est accompagné d’une documentation exceptionnelle qui nous plonge au plus près du cœur de l’ambiance de Saint germain des Près, des surréalistes, des pataphysiciens, des Queneau jusqu’aux Brassens, de Salvador à Duke Ellington, figure omniprésente dans la vie de Vian ( savez vous que Duke était le parrain de sa fille ?). Au cœur de l’ouvrage, des fac similés représentant des pages manuscrites de la main de Vian, les premières lignes des chansons mythiques, des covers de l’époque des éditions Fontana ou autre, des photos de l’époque exceptionnelles, bref une iconographie qui donne à cet ouvrage un rythme, loin des clichés nostalgiques. Toujours léger et sans aucune emphase (Vian aurait certainement détesté), ce livre se déguste, se regarde, s’entend et s’écoute aussi avec un malin plaisir. Le rire n’est jamais totalement absent de la farce, dans la vie de cet ingénieur de génie aussi cinglant que provocateur pour qui le jazz était tout jusqu’au point qu’il se pastiche lui-même en tant que collectionneur compulsif, fou de l’œuvre de Duke autant que de Miles, traducteur de la vie romancée de Bix par Dorothy Baker et surtout grand chroniqueur  Jazz Hot. Vian, travailleur infatigable, ingénieur le jour à L’Afnor, caméléon la nuit au tabou ou ailleurs. Vian dont on se dit qu’il doit s’agir d’un nom générique regroupant plusieurs sosies, car c’est sûr, à lire cette superbe somme, on acquiert la conviction que Vian c’était pas une seule personne sinon c’est pas possible ! Vian qui écrit comme il swingue. Avec l’acidité élégante des dandys post zazous pour qui la vie était un sacré bon moment à passer. Jean-Marc Gelin

 

Partager cet article
Repost0
14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 22:44

Mc Coy Tyner (p), Ron Carter (b), Jack DeJohnette (dm) + Marc Ribot ou John Scofield ou Derek Trucks ou Bill Frisell (g) ou Bela Fleck (banjo).

1 CD + 1 DVD  Half Note/Naïve

 




Il y a de l’électricité dans l’air et un sentiment de jeunesse et de fraîcheur dans ce magnifique album. Une véritable cure de jouvence pour McCoy Tyner qui fêtera ses 70 ans le 11 décembre prochain. Après avoir souffert d’une terrible maladie, le voici amaigri, mais en super forme avec ce Guitars, qui paraît quelques mois après le magistral McCoy Tyner Quartet (où il était en compagnie de Joe Lovano, Christian McBride et Jeff Tain Watts). Ce projet, où pour la première fois il ajoute à son trio une guitare électrique sulfureuse, a en fait été enregistré trois mois avant le fameux concert que l’on peut apprécier sur McCoy Tyner Quartet. McCoy n’a plus de temps à perdre, et il a visiblement envie d’enchaîner ses publications autour d’expériences inédites et en compagnie des plus grands. La section rythmique qui l’accompagne est tout simplement l’une des meilleures du monde : l’élégant Ron Carter à la contrebasse et le puissant Jack DeJohnette à la batterie. Rien qu’avec ces deux là, il aurait pu réaliser un remarquable album en trio, mais le goût du risque, l’amour des rencontres et l’envie de se surpasser a été prédominant. Tout comme le choix de ses partenaires guitaristes, aussi surprenant que remarquable, pour leur goût de l’aventure, de l’improvisation et leur fabuleux talent technique. Tout d’abord on le trouve en compagnie de Marc Ribot, héro à la fois génial et modeste de la scène downtown New-Yorkaise et collaborateur assidu de John Zorn. Il ouvre d’ailleurs son album par un court duo improvisé au climat plutôt free (Improvisation 2), qui s’enchaîne à merveille avec l’énergique Passion Dance (titre phare de l’album The Real McCoy en 1967 pour Blue Note et repris avec Joe Lovano au sax ténor sur le récent McCoy Tyner Quartet). Après le jeu foudroyant aux accents rock de Ribot, place à la fluidité bluesy de John Scofield, avec une composition de John Coltrane (dédié à Paul Chambers) : Mr P.C et une très belle reprise de Blues on the Corner (extrait lui aussi de The Real Mccoy et de Mccoy Tyner Quartet). Puis l’inattendu arrive avec la présence de Bela Fleck au banjo. Si vous ne connaissez pas ce musicien, vos préjugés sur le banjo vont vite disparaître car vous allez entendre un fabuleux virtuose, au jeu brillant et intelligent, doué d’une belle faculté à improviser. Fleck place deux de ses compositions et nous émerveille dans une sublime relecture du My Favorite Things de Coltrane. Toujours dans l’inattendu, on distinguera la présence de Derek Trucks, guitariste de blues-rock sudiste, membre de l’Allman Brothers Band et fidèle descendant de Duane Allman et de Dicky Betts. Trucks va très bien intégrer son jeu de slide guitar à l’univers de Mccoy (Slapback Blues) et nous éblouir dans leur très belle version de Greensleeves. Enfin sur les trois derniers titres de l’album, on appréciera le subtil jeu atmosphérique de Bill Frisell, avec en particulier l’ultime morceau (Baba Drame de Boubacar Traoré), une très belle ambiance africaine où la guitare prend des accents de kora. En prime un DVD nous permet de voir chaque guitariste en studio jouer un titre et l’on peut choisir son angle de caméra (le montage du réalisateur, le split screen avec les quatre musiciens, le plan sur Mccoy Tyner, le plan sur Ron Carter, le plan sur Jack DeJohnette ou bien sûr, le plan sur le guitariste invité).
Lionel Eskenazi

Partager cet article
Repost0
14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 16:00

JJJJ ANDY EMLER : « For better times »

Illusions 2008



2008, l’année Emler ? Assurément, car le pianiste a triomphé de tous ses « concurrents », , devancé tous les prétendants, gagné haut la main de multiples prix, raflant toutes les mises et récompenses. Une consécration amplement justifiée avec sa meute, la belle machine du Mégaoctet, mais aussi en trio avec sa rythmique superlative (Tchamitchian, Echampard), dans le TEE justement nommé.

C’est seulement après ces succès qu’il s’est enfin résolu, encouragé par son « alter ego », son fidèle complice de La Buissonne , Gérard de Haro à passer le test du solo ; à accepter cet exercice difficile et pourtant inévitable à un moment donné de la carrière d’un pianiste .

C’est là que l’on affronte tous les démons, que l’imaginaire est le plus à découvert. Pour ce disque en solitaire qu’il présente justement comme « une œuvre orchestrale pour pianos multiples », Andy Emler n’a pas lésiné : il nous a offert un orchestre de pianos.

Ça joue vite, fort et grave. Un piano lyrique, fougueux même, abrupt dans les graves, assourdissant parfois, percutant et percussif toujours. Mécanique et obsessionnel dans sa façon d’enfoncer implacablement les touches, épuisant les notes, Emler martèle des accords surprenants, dissonants parfois, circulant avec aisance de rebond en accélération, maintenant une cadence très nerveuse. Une musique énergique, construite de façon élaborée, rythmiquement appuyée, qui affirme vite un sens dramatique évident. Une musique complexe et profonde, grave et sombre qui trahit un engagement émotionnel, à vif, que cristallise le choix des titres et celui de l’album lui même « For better Times » .La thématique questionne l’ordre mondial en écho à l’environnement politique et social, préoccupations très actuelles en somme.

 Ah !Ce goût prononcé pour les reprises, les boucles, les échos, les répétitions passionnées d’un même thème, ou d’une phrase ! Pas vraiment d’acidité mélancolique dans la musique d’Andy, qui emporte comme un torrent, balaie comme une vague de fond, sauf peut-être sur la courte composition qui introduit enfin une pause, un répit , une douceur tendre et impressionniste : « Father and Son » n’est pas de lui justement mais de Peter Gabriel, que Gérard et Andy admirent depuis si longtemps !

Cet album illustre un art de l’instant : fortement travaillé, il renvoie aux maîtres de l’instrument et aux musiciens classiques, distillant une musique intime qui laisse sa résonance sur le merveilleux piano de la Buissonne.

Plus d’une heure de fureur poétique sur un piano préparé, métallique parfois comme un instrument africain,  un piano qui ne nous entraîne pas dans une valse langoureuse mais qui danse néanmoins, assez éloigné du jazz de la tradition américaine : Andy Emler a une culture, une formation et fait partie d’une génération qui lui permet de sortir de ces références. Un authentique compositeur, une empreinte indélébile. Un univers des plus attachants. Bravo l’artiste !  Sophie Chambon

Partager cet article
Repost0
14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 06:36

Enja Records

 



Cela en surprendra plus d’un, mais il existe encore, enfouies dans quelques greniers poussiéreux, des enregistrements de cette figure indémodable qui n’attendent que d’être révélées au grand jour. L’héritage musical de Chet Baker est géré par sa veuve, Carol Baker, et Matthias Winckelmann, le fondateur du label Enja. Les œuvres encore inédites du trompettiste sont éditées sur CD et vinyle dans la collection « Legacy », créée spécialement pour ce patrimoine. Pour la petite histoire, il y a quelques mois, le pianiste Bradley Young appelle Carol Baker et lui apprend l’existence d’un enregistrement de son défunt mari avec son trio dans un studio de Chicago. Il s’agit de bandes de toute première qualité datant de 1986, avec un Chet Baker au sommet de son art. A partir de la fin des années 70, le jazzman ne séjourne plus que rarement aux Etats-Unis, s’étant alors installé en Europe, préparant son retour outre-Atlantique. C’est par la suite, lors d’une de ses rares tournées américaines, qu’il fait escale à Chicago où Bradley Young, jeune pianiste de jazz, se présente alors à son idole. Et ce n’est qu’en 1986, quelques jam sessions plus tard, que les deux musiciens se réunissent en studio pour enregistrer en un après-midi ce recueil de standards compilés dans l’album « Chet in Chicago ». La souveraine et éternelle sérénité du trompettiste est évidemment au rendez-vous avec des improvisations omniprésentes. A ses cotés sonne une rythmique « Straight Ahead » sous les doigts du pianiste Bradley Young, du bassiste Larry Gray et du batteur Rusty Jones. A signaler aussi la présence d’un invité de marque en la personne d’Ed Petersen, donnant brillamment la réplique au trompettiste sur pas moins de 3 morceaux (« Ornithology », « Crazy Rythm » et « Sippin’ at Bells »). Chaque standards, revisités par des arrangements légèrement modernisés, sonnent comme de nouvelles compositions. « It’s You Or No One » donne le parfait exemple d’une sensibilité aigue d’un Chet Baker inimitable lorsqu’il s’agit d’Amour, avec un grand A. Avec la même verve, « We’ll Be Together Again » donne aussi le sentiment d’un retour perpétuel à l’essentiel de la vie. Puis il y a aussi ce magnifique « Solar », qui ne doit rien à Miles Davis tellement ce thème semble y être réinventé. Et pour terminer, comment ignorer l’ultra-classique « My Funny Valentine ». Il y a des œuvres qui ne disparaitront jamais de nos souvenirs. « Chet In Chicago » est une formidable ballade lors d’un bel après-midi de printemps aux côtés de Chet Baker.
Tristan Loriaut


Partager cet article
Repost0
13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 08:14
A l'occasion de la disparition de cette voix africaine d'exception, le musée Dapper souhaite lui rendre hommage au travers de 3 soirées exceptionnelles :

Jeudi 18 décembre : Miriam Makeba, l'actrice

Projection du film
Amok, de Souheil Ben Barka

Une occcasion de voir ce film engagé et rarement visible sur les écrans.
Avec Robert Liensol, Miriam Makeba, Douta Seck, Richard Harrisson.

Projection suivie d'une rencontre animée par Catherine Ruelle
Entrée libre dans la limite des places disponibles. Accès libre à l'exposition
Femmes dans les arts d'Afrique de 19 h à 20 h 30. Réservation souhaitable au 01
45 00 91 75.

- Vendredi 16 et samedi 17 janvier : Miriam Makeba, la chanteuse
 
Deux concerts exceptionnels (Programmation en cours)




Partager cet article
Repost0
12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 22:02

Blue Note Records totalise 10 nominations pour les 51st Annual GRAMMY Awards pour les artistes suivants édités par le label :


Al Green pour « Lay It Down », nominé comme meilleur album R&B, meilleure performance vocale et meilleure prise de son


Joe Lovano
 : «  Symphonica », nominé comme meilleur album de grande formation
 

Stacey Kent
 : « Breakfast on the Morning Tram », nominée pour le meilleur album de jazz vocal


Cassandra Wilson : « Loverly », elle aussi nominée dans la même catégorie

Traincha & The Metropole Orchestra : «  The Look of Love - Burt Bacharach Songbook » nominé pour le meilleur travail d’arrangement instrumental


Lester Young / Count Basie : « The Lester Young/Count Basie Sessions 1936-1940 »
[Mosaic Records], nominé au titre du meilleur album historique


Blue Note Records - 150 5th Ave - New York, NY 10011
http://www.bluenote.com/

Partager cet article
Repost0
12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 06:12

 

Comment t’es venue cette idée de te présenter comme nouveau Directeur artistique de l’ONJ ?

D.Y : Pour être franc, je n’aurai jamais postulé pour le rôle de Directeur musical de l’ONJ tel qu’il existait auparavant. Cela ne correspondait pas à ce que je fait actuellement. Je suis loin d’être exclusivement dans ce type de travail musical. Mais en lisant la fiche d’appel à candidatures j’ai appris qu’il s’agissait désormais d’une nouvelle fonction, celle de Directeur artistique. Et là l’idée de mettre au point des projets, de susciter des rencontres sur d’autres terrains artistiques est quelque chose qui m’a tout de suite plu parce que c’est la prolongation de mon travail actuel. Je le fais déjà dans mes propres projets mais aussi en collaborant en tant que directeur artistique à de nombreux projets de musiciens.

 

Mais là pour le coup tu es parti de rien puisque tu as créé l’orchestre de toute pièce et par ailleurs tu as choisi de faire appel à différents arrangeurs pour chacun des trois projets ?

D.Y : Qu’il s’agisse de Vincent Artaud (pour le projet « Robert Wyatt »), d’Alban Darche (pour le projet « Billie Holiday ») ou de Benoît Delbecq (à un autre titre pour le projet « Carmen »), ce sont surtout des personnalités musicales de grand talent à qui j’ai confié le travail d’arrangement et de mise en forme et qui sont à l’écoute de mon projet. Véritable travail à quatre mains. Quand à l’orchestre, j’ai choisi de créer effectivement une formation qui n’existait pas auparavant en allant chercher de très jeunes musiciens. L’idée n’était absolument pas de créer un orchestre « tout terrain » qui réunisse les pupitres habituels mais au contraire façonner un son, créer une couleur avec eux. En ce sens on peut imaginer de générer par notre singularité des collaborations avec des univers artistiques à large spectre. Le choix de ces jeunes a donc été crucial. Et dans ce contexte chacun apporte une réelle personnalité. A tel point par exemple que moi, Vincent, Alban et moi sommes allés les voir un  par un et avons ainsi passé du temps avec eux pour

essayer de percevoir leur personnalité, de comprendre comment ils travaillaient et quel était leur univers musical. L’idée sous jacente est une idée assez basique, celle d’écrire en fonction de la personnalité de chaque musicien. Vincent a de lui-même sollicité Ève Risser afin de passer avec elle une journée en studio pour appréhender son jeu. Elle a comme tous les membres de cet orchestre un éventail de possibles incroyable. Mais ce qui m’intéresse aussi c’est de pouvoir travailler avec des gens qui ont un esprit totalement ouvert et qui ont aussi une grande culture musicale. Avec Antonin Tri-Hoang (saxophoniste alto) j’ai été impressionné qu’il connaisse autant bien Robert Wyatt que Benoît Delbecq alors qu’il n’a que 19 ans ! Cela faisait déjà partie de son univers musical. Ces jeunes là n’ont attendu rien ni personne. Ils sont organisés de manière autonome. Je les ai aussi choisi  pour leur disponibilité, leur potentiel d’évolution et leur ouverture d’esprit. J’ai d’ailleurs envie des les accompagner dans des projets plus personnels et notamment à travers de petites formes de l’orchestre allant du solo à des petits combos.

 

Concernant ce premier projet, autour du chanteur pop Robert Wyatt, comment as-tu travaillé ?

D.Y : j’étais en contact avec lui depuis quelques années autour d’un projet qui pour différentes raisons n’avait pas abouti. Je l’ai tout simplement contacté et lui ait expliqué mon idée. C’est un personnage extrêmement attachant à la fois complexe et chaleureux. Il a accepté de chanter a capella pour ce projet. Ces bandes constitueront le matériau de base de notre travail.

 

Travailler à partir de voix enregistrée a capella, c’est déjà ce que tu faisais dans ton précèdent albums avec Guillaume de Chassy ?

D.Y : Cela fait un moment que je m‘intéresse à l’idée de partir du personnage principal pour construire la narration. En ayant beaucoup enregistré en studio en tant que bassiste j’ai souvent été frustré d’avoir à jouer sans entendre la voix définitive. D’où l’idée d’inverser le processus en se servant de chaque inflexion de

 

la voix comme d’un écrin musical. Il s’agit autant d’un détournement de la matière vocale que d’un hommage à proprement parler. Il s’agit aussi d’associer d’autres artistes sur le même mode a capella et d’en faire tout un travail d’arrangement.

 

Billie Holiday, t’a-t-elle aussi confié des bandes ?

D.Y : Tu vas rire mais j’ai réussi à dénicher effectivement des bandes d’enregistrement où elle chante a capella. Je vais voir ce que je peux en faire. En tous cas le répertoire est choisi. J’ai scénarisé ce projet comme un spectacle à part entière un peu comme une comédie musicale. Il mettra en scène deux chanteurs sur lesquels j’a eu un coup de cœur : Ian Siegal et Karen Lanaud et dont l’univers est suffisamment éloigné de Billie Holiday pour imaginer qu’ils en seront une seconde incarnation

 

Quand on est un musicien du circuit avec tout ce que cela comporte d’amitiés et de réseaux, cela doit être difficile à gérer de constituer un orchestre de jeunes ? Les sollicitations doivent être fortes ?

D.Y : J’ai pris tout de suite le parti de ne pas travailler avec les musiciens qui me sont proches. Ces musiciens que j’aime et avec qui j’ai plaisir à travailler ont tous un planning, un parcours musical, des choix artistiques assumés. Et là j’avais envie de travailler à partir d’une bande totalement vierge. De me laisser surprendre et surtout de découvrir, et de faire découvrir. C’est de toute façon une démarche que je m’impose souvent. Lorsque je réalise des albums, je n’appelle pas toujours les gens que je connais. La musique c’est aussi une affaire de casting.

 

Mais là, pour créer un ONJ, partir de musiciens jeunes que tu ne connais pas, c’est un peu risqué, non ? Joueur ?

D.Y : prendre des risques, oui assurément. C’est même pour cela que je fais ce métier. Tu sais il m’est arrivé maintes fois de venir en studio avec des arrangements que j’avais écrit et que je n’ai jamais utilisé parce que je préférais me laisser surprendre en dirigeant les gens oralement et en leur laissant de fait plus de champ de proposition.  

 

A ce risque des jeunes musiciens, tu en ajoutes un autre. Celui des chocs esthétiques. Par exemple l’univers d’Alban Darche semble très éloigné de celui de Billie Holiday. C’est un contraste recherché ?

 

D.Y : en fait il ne faut pas le voir comme cela. Bien sûr que Billie Holiday fait partie de l’univers de Alban Darche, de sa culture et de son esthétique. Qu’il travaille avec Philippe Katerine ou sur la musique de Queen il maîtrise comme tous les passionnés l’histoire de la musique sur laquelle il travaille. De fait il connaît parfaitement la musique de Billie Holiday. J’ai fait appel à des musiciens dont j’apprécie le travail et en qui j’ai confiance et surtout je pense fondamentalement qu’ils ont la culture pour s’attaquer à ce type de projet. Il ne s’agit absoluement pas de les prendre à contre emploi. Peut être simplement de leur soumettre de nouveaux défis

 

Tu vas faire Carmen à l’Opéra Comique. Comment l’idée a t-elle pu se faire ?

D.Y : J’étais très intéressé par le mode de fonctionnement de cette institutuion notamment depuis la nomination de Deschamps. Après ma nomination j’ai éprouvé le besoin d’appréhender des mondes que je connaissais moins. J’ai à ce titre rencontré beaucoup de monde ( artistes, administrateurs, managers….). Parmi eux, Olivier Manteï, qui est le directeur délégué de l’Opéra Comique et que j’ai questionné pour savoir comment il gérait sa boutique. Il a tout de suite été très clairvoyant sur les enjeux et les challenges. Au terme de ce rendez vous il a alors eu l’idée de me nous confier la bande originale de Carmen, film muet de 1915 de Cecil B. de Mille. Il en a parlé à Deschamps qui a accepté le projet. Une date a été prise pour le 26 juin 2009.

 

L’ONJ n’a toujours pas de lieu propre. Où répéterez vous ?

D.Y : La recherche d’un lieu est à l’ordre du jour. Il y a des pistes sérieuses. En attendant, pour Robert Wyatt on répétera à la Dynamo. Pour Billie Holiday ce sera à Radio France. Enfin pour Carmen, logiquement ce sera à l’Opéra Comique.

 

Avec cette nouvelle fonction, tu as encore le temps pour tes propres projets ?

D.Y : Je t’avoue que cela est un engagement total très chronophage. Il n’empêche que nous avons avec Guillaume de Chassy un beau projet qui sort en février. Nous sommes allé à New York enregistrer un album avec Paul Motian et Mark Murphy. Un moment très fort de nos aventures duettistes. Je ne te cache pas que lorsque Motian nous a dit que la dernière fois qu’il avait joué avec Murphy c’était avec Bill Evans et Scott La Faro, cela aurait pu nous mettre une certaine pression. Mais la musique est ailleurs !!    Propos recueillis par Jean-Marc Gelin
Partager cet article
Repost0
11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 07:32
A 82 ans, le guitaritse Jimmy Gourley vient de nous quitter. Gourley, tout est dans sn nom ! Cette façon qu'il avait Jimmy d'égrenner ses notes, cette grande classe et cette élégance jamais prise à défaut. Jimmy Gourley avec Anita par exemple. Ou avec Zoots Sims si vous préférez.
En même temps Jimmy Raney. Les deux grands de cette époque qui ont tant fait pour ce jazz du bop net de l'après bop. Jimmy Gourley vivait à Paris. L'époque aussi de René Thomas. Et Saint Germain des Prés évidemment.
Aujourdhui une pensée pour son fils Sean, guitariste lui aussi, rencontré un jour sur le plateau de Aligre FM.
Partager cet article
Repost0
11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 06:05

Frank ZAPPA/ONE SIZE FITS ALL Cosmogonie du sofa

Guy DAROL 

COLLECTION SOLO 

Edition LE MOT ET LE RESTE

  La maison d’édition marseillaise Le mot et le reste a sorti une ravissante petite collection intitulée Solo qui est un vrai plaisir de lecture. Un auteur  décrit les émotions suscitées à l’écoute d’un disque, à la vue d’une pochette  ou après un concert. L’idée est séduisante, les trouvailles ou les bonheurs d’écriture multiples selon la personnalité des auteurs . Le propos peut parfois s’obscurcir, l’écriture se regarder dans un miroir, fascinée par ses propres arabesques et son propre mouvement, l’exercice de style n’en demeure pas moins fascinant Car il s’agit bien d’un moment singulier, d’une rencontre fondatrice avec une musique qui s’inscrit à jamais dans une vie. Ainsi, Anne Savelli nous présente son bonheur d’écoute des Cowboy Junkies et en particulier de la séance de the Trinity Session de 1988,  Guillaume Belhomme  dévoile ses réflexions très littéraires avec Morton Feldman/For Bunita Marcus. Cet enthousiasme ressenti,  chacun de nous, « hommes (et femmes) du commun à l’ouvrage » comme disait Dubuffet est susceptible de le faire partager à son tour. Se joue alors, nécessairement, un processus d’identification à la lecture de ces solos, petites pièces révélatrices d’une écoute attentive, passionnée.  Cette expérience bouleversante donne matière à écrire un récit composé de brefs chapitres présentant l’objet d‘étude et d’admiration : s’y développent en filigrane des sentiments très personnels, découpant une tranche de vie, un parcours qui traque l’intime et aussi de petites histoires d’amour, des  histoires de tous les jours.

Révélations parfois anodines, parfois brutales,  qui en quelques lignes explosent à la face du lecteur,qui, à son tour peut entrer en résonance. Il ne s’agit pas volontairement  d’une critique érudite, très  technique qui se veut « objective » . On a plus affaire à un travail de passionné, un portrait vivant nécessairement documenté, qui, en dépit de l’analyse originale et rigoureuse tient de l’essai, de la nouvelle. Où les digressions ne sont jamais suspectes, de réminiscences en associations d’idées, de souvenirs intimes en réflexions politiques ou poétiques sur la création et le sens de l’histoire.

Si vous en voulez une illustration des plus saisissantes, lisez l’ouvrage de GUY DAROL véritablement obsédé par Frank Zappa qui nous fait partager ici « la cosmogonie du sofa », le célèbre OSFA pour les initiés (à savoir ONE SIZE FITS ALL, réalisé en 1975).

De la pochette aux textes, Guy Darol passe en revue  de façon inépuisable  avec une maîtrise saisissante, l’histoire de l’album et surtout décrypte ce qui reste (pour lui) « l’album de l’univers entier ».

Certes on pénètre dans des zones d’inintelligibilité : le lecteur lambda n’aura pas toujours ces illuminations prodigieuses qui semblent avoir frappé l’auteur, familier de l’underground zappaïen… mais par libres associations, citations, divagations impulsives, il traque néanmoins dans cette expérience une communauté de sentiments. On découvre ici une sorte de journal intime qui ne ressemble à aucun autre, érudit et pourtant accessible, pour qui s’intéresse un tant soit peu à Frank ZAPPA. On est ému aussi de cet attachement indéfectible à un homme et sa musique. A découvrir !

Sophie Chambon

 

 

*Si on veut connaître Frank Zappa,  on peut lire Guy Darol dans ses autres livres aux éditions du Castor Astral

ou Christophe Delbrouck, l’autre spécialiste du génial moustachu ( Frank Zappa, Chronique Discographique éditions Parallèles, 1994).

Partager cet article
Repost0