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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:29

JJJJ(J) eLISABETH KONTOMANOU: « Back to my groove»

Nocturne 2007

 

kontomanou.jpg  Et pourtant l’entreprise était risquée ! Elle qui il y a à peine deux ans se trouvait propulsée au sommet de sa gloire, conquérant enfin son public, triomphant sur toutes les scènes, se trouvait devant le choix de tout artiste à ce moment crucial de sa carrière : et maintenant quoi faire ? Et toutes les critiques étaient là à attendre, et l’on sait combien les gloires se font et se défont rapidement et Elisabeth Kontomanou n’allait pas se faire dévorer dans l’arène, et elle qui ne répète jamais deux fois le même album allait nous surprendre à nouveau.

Car une nouvelle fois, Elisabeth Kontomanou nous laisse totalement abasourdis, prenant une claque immense devant l’un de ses meilleurs albums. Un album auquel personne ne s’attendait vraiment et dont le secret était bien gardé. Un de ses albums le plus personnel, ce qui en l’occurrence n’est pas une simple formule puisqu’elle signe paroles et musiques de tous les morceaux (à l’exception de deux titres).

Dès le premier d’entre eux, on est plongé dans une sorte d’Opéra dont ne sait pas si l’issue en sera heureuse ou dramatique. Avec des airs incantatoires de grande prêtresse de la soul music du Rythm and blues et du jazz réunis elle nous convie à l’écoute de la simple histoire d’une femme que la vie ballade d’espoirs en désillusions et en soleils retrouvés. Et l’album se commence par ces simples phrases : «  let me tell you the story of a woman so trapped in love ». On sait que l’on va alors être plongé dans un univers de fissures et de déchirures qui nous bouleversera comme une chanson de Billie Holiday dont Kontomanou ne tait pas qu’elle inspire son travail.

Alors son monde nous est ouvert. Les arrangements de quelques uns des acteurs de cette oeuvre, (le pianiste) Orrin Evans, (le guitariste) Marvin Sewell et Gustav Karlström sonnent merveilleusement et ponctuent les histoires qui nous sont contées par des voicings, des quatuor à cordes et une instrumentation dont le propos n’est que de souligner, de ponctuer le propos de la chanteuse qui se fait alors actrice d’un paysage immense. On aime alors les chorus de Sam Newsome (le saxophoniste soprano qui était à ses côtés lors du précèdent album – écoutez What a life) et surtout les interventions discrètes mais si intelligentes de Marvin Sewell qui de quelques notes plante exactement et comme il se doit le décor, salissant le son lorsque l’histoire devient glauque, exaltant son lyrisme lorsqu’elle devient belle.

Alors Elisabeth Kontomanou prend sa part à la douleur des femmes. Des lame s’enfoncent au cœur comme dans ce Late Night qui renvoie à ces jours sombres d’errances urbaines qui furent le lot de la chanteuse à l’époque où ses enfants et le chant étaient ses seules bouées de survie.

Jean-Marc Gelin

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:28

JJJ STEVE LACY – ROSWELL RUDD QUARTET: «Early and late »

Cuneiform Records 2007

 stevelacy-roswellrudd.jpg

Il s’agit dans cet album des retrouvailles tardives du saxophoniste (sopraniste devrait on dire) Steve Lacy et du tromboniste Roswell Rudd. Les deux hommes qui s’étaient déjà croisés dans des orchestres de Dixieland avaient poursuivi dans les années 60 avec un petit combo qui explorait la musique de Monk dont on sait combien elle fut chère à Steve Lacy. On les retrouve ici  dans deux séries de concerts donnés pour partie en 1999 (à Amsterdam et à Tucson) avec la formation qui était celle de Lacy à l’époque (le magnifique Jean Jacques Avenel à la cb et John Betsch à la batterie) puis dans un match retour à New York en 2002 soit deux ans avant la mort de Steve Lacy.

Que ceux qui restaient sur l’image d’un Lacy grave et tourmenté oublient immédiatement tous leurs préjugés. Car dans cette rencontre, portée par l’énergie incroyable de Roswell Rudd, la musique que ces quartets délivre est d’une toute autre nature. Elle serait plutôt de celle que l’on retrouve dans les after hours des clubs New Yorkais poursuivant sur le terreau de Monk et de Cecil Taylor l’exercice post free des poursuivants de Ornette (un peu mais pas trop) et de Mingus (surtout dans l’esprit). Le reste des compositions est signé Lacy, Rudd ou encore du regretté et trop méconnu pianiste Herbie Nichols. Jamais totalement libre, au sens formel, cette musique est totalement espiègle et drôle se jouant des facéties du tromboniste qui à lui seul jette un pont évident entre la tradition (Dixieland) et la new Thing (la musique post free). Car Roswell Rudd ne joue pas, il exprime toute une palette d’expression, de monologues allant du bruitage au râle jusqu’à l’irruption rocailleuse. Il y a de la gouaille dans son jeu que des imbéciles ont pris u jour pour de la vulgarité (Il y a sur la jeune scène des trombonistes un musicien qui nous fait beaucoup penser à Rudd, c’est l’italien Gianlucca Petrella dont Enrico Rava (qui a joué avec Rudd justement) se plaît à dire qu’il s’agit du meilleur tromboniste actuel).

Mais fermons la parenthèse et puisqu’il est question de jeunesse, revenons sur celle retrouvée de Steve Lacy qui affiche ici, résolument mutin mais avec l’air de ne pas y toucher une liberté toute basée sur le sens de l’improvisation moins sinueuse qu’à l’accoutumée mais toujours aussi irrésistible. Toujours empreinte de cette superbe.

Et il est étonnant de voir tout au long de cet album combien chacun des musiciens ne cède pas à l’autre tout en maintenant l’ensemble cohérent. Chaque membre de ces quartets impose une réelle personnalité. Sans jamais trahir ni soi même ni la musique des autres. Non le jazz n’est pas mort dans de sombres perspectives. Vivifiant !   -  Jean-Marc Gelin

 

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:24

JJJJ DAVID LINX & THE BRUSSELS JAZZ ORCH. : «Changing Faces»

O+ Music 2007

linx.jpg

Si les chanteurs de jazz vocal ont tous ce vieux rêve d’enregistrer avec un big band, celui de David Linx prend une autre dimension tant il est vrai qu’enregistrer avec l’orchestre de son propre pays lui tenait particuièrement à cœur et depuis longtemps. Et force est de constater qu’en s’octroyant les services du BJO, David Linx s’offrait ainsi un modèle de luxe, du genre de ce qui se fait de mieux en Europe. Un orchestre à la dimension du Vienna Ort Orchestra de Matthias Ruegg ou dans une moindre mesure du nééralndais Metropol Orchestra de Vince Mendoza. Car avec le BJO David Linx dispose d’un formidable terrain de jeu. Et lorsqu’en plus Linx fait appel à un grand nombre d’intrevenants extérieurs, on se dit que l’on a affaire à une sorte de super méga production dont on peut attendre le meilleur comme le pire. Car dans cet album protéiforme, Linx ose tout, change les formats et les angles d’attaques dans un exercice où c’est presque (une fois n’est pas coutume) le chanteur qui met en valeur l’orchestre avec lequel il joue et non pas l’inverse. La voix de David Linx comme un écrin pour l’expression des cuivres magnifiquement dirigés. Quel orchestre et quels solistes ! Et pour réussir ce tour de force, cette prise de risque qui l’amène à alterner les passages seul avec le big band avec d’autres chanteurs invités, il faut une réelle science de l’arrangement à laquelle se frottent plusieurs musiciens de grand talent. Entre autre Stéphane Guillaume apporte sa patte ainsi que Laurent Cugny. Et si David Linx reprend des thèmes qu’il a déjà chanté ( the land of joy par exemple), ce n’est jamais dans la facilité et toujours avec une grande mise en danger de lui-même dans une sorte de redécouverte totalement réussie de ces thèmes que le format exigeait d’entendre autrement. Ainsi le duo sur Bilhete avec Ivan Lins n’est pas forcément convaincant sur le plan du chant mais c’est assurément un grand moment musical formidablement arrangé par S. Guillaume. On a le droit d’être agacé par la présence de Nathalie Dessay (elle est franchement pénible !) sur Home in the spring qui grince un peu. En revanche comment ne pas tomber sous le charme de cette rencontre habitée avec Maria João (Linx est allé enregistrer au Bresil en une seule prise avec elle) qui illumine l’album de sa présence déjantée et délicieusement folle (Miziane). La fin de l’album plaira ou énervera c’est selon. Elle désapointera  ceux qui verront dans ce beau jouet confié aux cordes géniales de David Linx poindre le début d’une dérive un peu mégalo. Elle plaira en revanche à ceux qui verront dans cette suite ultime la marque d’un travail très exigeant qui abouti à cette forme magistrale de la musique intégrée au chant. Un travail jamais frileux puisque Linx est l’homme de toutes les audaces. Derrière l’exigence d’un travail musical totalement réussi Linx parvient à préserver l’essentiel : la liberté du chanteur et la sponatnéité de son expression. Jean-Marc Gelin

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:22

JJJ(J) GILLES NATUREL – « Belleville »

Cristal 2007

crcd0714.jpg

Voilà bien le type de nouvelle réjouissante : celle de découvrir sur notre palier l’album que l’on attendait tant, celui de Gilles Naturel qui depuis belle lurette figure en bonne place dans notre panthéon de nos contrebassistes préférés et se trouve être l’un des plus demandé aujourd’hui en France. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le label Cristal nous propose un double album correspondant réellement à deux projets différents.

Dans le premier le bassiste est associé à Rick Margitza (ts), Alain Jean-Marie (p), et Philippe Soirat (dm). Un album dans une veine néo bop qui groove terrible. Pas le genre qui va à 100 à l’heure mais plutôt du genre  groover en prenant son temps, sans flâner mais en restant bien au fond du temps. Alain Jean-Marie reconnaissable entre 1000 donne une réplique affûtée et Rick Margitza ici dans une forme splendide s’entend  à merveille avec le contrebassiste qui signe sur ce premier album toutes les compositions révélant ainsi un réel talent d’écriture où il montre sa parfaite connaissance de son histoire du jazz, de ce qu’elle doit à la pulse et à la façon de faire traîner les choses qui, passées par le filtre du blues n’en sortent jamais très clean.

Dans le 2ème album il n’est pas non plus question de s’énerver. Tout reste calme sous la houlette d’un Lenny Popkin d’une grande classe, d’une élégance absolue et d’une suprême sensualité. Qu’un saxophoniste ténor puisse nous évoquer à ce point Paul Desmond en est véritablement troublant.

Et dans ce double travail remarquablement bien réalisé, Gilles Naturel ne montre pas simplement deux facettes de son talent. Il révèle aussi dans la  continuité son jeu qui au-delà de son assise rythmique parvient à dessiner derrière une vraie ligne mélodique un talent qui n’est pas sans évoquer le génial NHØP. Du bel ouvrage.                                                         Jean-Marc Gelin

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:19

JJJ Damien Prud’Homme Quartet – « Reflets »

Cristal 2007

Damien Prud’homme est saxophoniste de Jazz. C’est à l’âge de 35 ans qu’il signe un second album de compositions intitulé « Reflets », entouré d’un trio de mouvance Hard-Bop avec Sergio Cruz au Piano, Gautier Laurent à la Contrebasse et Christian Mariotto à la Batterie. Toujours dans une recherche d’un son acoustique et singulier, le leader au ténor détient une remarquable technique de son instrument. La patte de velours et la solidité rythmique du contrebassiste offre l’assise à une énergie de groupe, ainsi que le batteur coloriste et ses univers multiples. Sous le label Cristal Records, cet album est enregistré les 21 et 22 Novembre 2006 au Studio Bop City, dans les faubourgs enfumés de Paris. La Musique est fraîche d’inventivité interactive. Un quartet machine de guerre ou de paix, comme on veut. En témoigne ce magnifique duo question-réponse entre le sax et la batterie sur le titre « Duo (interlude 1) », suivi d’une magnifique intro d’un pianiste au touché raffiné à l’extrême. Malheureusement, il est possible de trouver le mixage et la prise de son assez limités en qualité. Les studios Bop City proposent, c’est bien connu, une offre de services d’enregistrement de disques aux musiciens, à des prix défiants toutes concurrence. Il est donc imaginable d’y retrouver là bas une certaine inexpérience dans l’enregistrement de ce genre de Musique. On retrouve aussi dans le répertoire, en plus des compositions de Sergio Cruz et de Damien Prud’Homme , le tube interplanétaire qu’est Here’s That Rainy Day, magnifiquement déstructuré avec plaisir par ces derniers. Se dégage de l’ensemble une remarquable énergie, bouillonnante d’interactivité, de surprise, de magie. On sent une certaine affiliation aux grands saxophonistes comme Chris Potter avec des projets comme « Gratitude » par exemple. Mais toujours dans un souci de respect d’une tradition Jazz éternelle, qui se transforme, de jour en jour. La preuve nous est donnée à chaque instant dans ce disque : une partie du Jazz et son histoire vont enfin passer au rayon de l’archéologie comme l’est devenu la Musique Baroque par exemple, avec des musiciens comme Jordi Savall pour n’en citer qu’un. Peut être que le métier de Jazzman sera enfin mieux considéré. Dans ce nouvel opus, Damien Prud’Homme , attaché à son œuvre et à l’époque dont il s’est inspiré, examine chaque reflet de la beauté de Musique, par le biais des mélodies du cœur. Un disque fort en émotion. Tristan Loriaut

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:17

JJJJ aLeXIS tCHOLAKIAN – « Search for peace »

www.tcholakian.fr

 DSC-00629.jpg

   Passons sur le titre un peu maladroit de cet album ( too much !) pour ne rester que sur l’essentiel, la musique. Celle que joue Alexis Tcholakian et qui est faite de ces standards qu’il s’approprie au point de réellement les sublimer. Alexis Tcholakian est inconnu des amateurs de jazz. Il ne fait partie ni du moule ni de la bande et c’est là une bien grande injustice que nombre de programmateurs, d‘éditeurs ou de labels feraient bien de prendre en considération. Car dans l’exercice du piano solo si souvent nombriliste et introspectif, Tcholakian dit tout autre chose. Il y a avec ce garçon qui s’est définitivement choisi pour maître Bill Evans et Keith Jarrett l’expression d’une passion secrète et romantique pour ces mélodies qu’il sait si bien nous rendre bleues à l’âme. Lorsqu’au bout des touches du clavier il y a les doigts du pianiste et qu’au bout de ses doigts se trouvent les bras qui remontent aux épaules et finalement au cœur du pianiste, alors la musique devient l’expression directe de l’âme, le prolongement d’une respiration intérieure et l’inspiration de la respiration même.

L’entrée en matière de cet album sur For all we Know est un choc total. Presque trop pour une entrée en matière. Mais la suite ne décoit pas. Tcholakian rend les choses simples. Jusqu’à ce Luiza de Jobim réputé pourtant impraticable et dont il s’affranchit de toutes les difficultés pour l’habiter totalement comme l’amour que l’on dit à une femme avant de lui faire. Mais Tcholakian se révèle aussi un compositeur particulièrement intéressant qui mêle à ses références classiques (de jazz) une modernité apprivoisée. Ecoutez bien la conclusion poignante de cet album. Certains vous diront certainement « mais, le jazz modal, tout le monde sait le jouer comme ça ! ». Repondez leur que c’est faux, que peu de musiciens n’osent aujourd’hui jouer ce jazz avec ces sentiments qu’il semble à quelques crétins prétentieux urgent de cacher. Et surtout dites leur de ne pas essayer. Car il y en a fort peu qui seraient capables de jouer cette musique comme Tcholakian, avec autant de vérité et de profondeur légère. Mais je suis sûr qu’il y a quelque part dans les nuages quelqu’un qui comprendra bien ce que je veux dire et qui verra en Tcholakian comme la poursuite de son propre rêve, c’est Michel Grailler auquel ce jeune pianiste me fait irrésistiblement penser. Avec tendresse et mélancolie -  Jean Marc Gelin
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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:15

WILLIAM PARKER : « Who owns music ? »

William Parker

Buddy’s knife 2007


parker-who-owns-music.jpg

William Parker est l’une des figures majeures depuis 30 ans de l’avant garde New Yorkaise. L’une de ces figures tutélaires qui règne dans ce paysage post free. Un colosse à la dimension d’Ellington ou de Mingus, véritable figure de proue pour toute une génération de musiciens noirs de Harlem.

 

A cette question volontairement polémique et engagée ( à qui apprtient la musique ?) William Parker répond pêle mêle dans ce petit opuscule en faisant à la fois un retour sur lui même, en livrant une suite de pensées et d’analyses libres et personnelle du paysage musical. C’est à l’image de ce qu’est William Parker, totalement anarchique, volontairement déstructuré, drôle et parfois même carrément ésotérique.

William Parker théorise tout dans une sorte de vision philosophique et cosmogonique de l’univers.

Sur l’improvisation par exemple : « there is also a theory of non repetition, which means if we play a note, say, a Bb, at 12 p.m, and play the same Bb at 12 :01, it sounds different, because time is moving around us every second the earth is rotating”….. Comprenne qui pourra.

Parfois aussi W.P s’engage politiquement et parfois avec beaucoup d’humour. Des bribes de réflexion décousues apparaissent comme ces 16 « entries » posées sur un carnet entre 1967 et 2006. Entry 6: “What is free jazz = Is this a movement to liberate jazz from its schakles, its name and standing ? Does it mean the audience gets in free? The musicians play for free?”

 

Au delà de l’intérêt évident à suivre William Parker dans le flot de ses pensées pas si  désordonnées que cela, il y a de toute évidence autre chose qui en émerge. C’est notamment cet esprit de la scène undergound New Yorkaise qui transparaît à chaque page.

Malheureusement,comme l’ouvrage de Henry Grimes (ci-après) ces opuscules ne sont disponibles que chez un petit éditeur allemand de Cologne difficilement trouvable, Buddy’s Knife. Un jeu de piste pour les amoureux de l’esprit de cette musique irrésistiblement libre. Il reste simplement à espérer qu’il fasse un jour l’objet d’une traduction chez nous                                                                       - Jean-Marc Gelin

 

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:13

HENRY GRIMES: « Signs along the road - poems »

Henry Grimes

Buddy’s knife 2007 
grimes-sings-along-road.jpg

Henry Grimes est un drôle de personnage. Une de ces légendes du jazz qui en ont écrit les plus belles pages lorsqu’il traîna sa contrebasse avec les plus grands musiciens de jazz New Yorkais des années 60 : Cecil Taylor, Sonny Rollins, Don Cherry, Pharoah Sanders et bien d’autres.

Mais Henry Grimes disparut un beau jour sans laisser de trace et il devint quasiment impossible de savoir où il était. Nulle part peut être. Beaucoup pensaient qu’il était mort. En réalité Henry Grimes, parce que les temps étaient terriblement durs pour les musiciens dans cette Amérique là, avait dû se résoudre à vendre sa contrebasse pour résoudre ses problèmes d’argent. Mais dans l’incapacité totale de racheter ensuite son instrument, Grimes se vit contraint de disparaître totalement de la scène, faute de moyens de jouer. Il disparut alors plus de 30 ans jusqu’à ce qu’un jeune cadre américain, par ailleurs grand amateur de jazz reconnut stupéfait en son gardien de parking celui qui n’était autre que son contrebassiste idolâtré. Alors lorsque la nouvelle se répandit que Henry Grimes etait bien là, en 2003 le réseau des musiciens se mit en marche et l’on raconte que l’on doit à William Parker de lui avoir racheté son instrument, de l’avoir remis en selle sur toutes les scènes de jazz du monde entier où l’on peut à nouveau l’entendre dans une sorte de renaissance à la musique et à lui même.

Durant toutes ces années d’errance Henry Grimes écrivait. Des poèmes essentiellement. Une 50aine de poèmes essentiellement mystiques et quasiment ésotériques que l’éditeur Allemand Buddy’s Knife se propose de publier aujourd’hui dans un petit opuscule préfacé par le guitariste Marc Ribot. Il y est question des forces obscures et des énergies telluriques qui régissent notre univers dans une espèce de labyrinthe dans lequel on peut se perdre et ne pas se retrouver. Juste berçés par les mots enchaînés les uns aux autres dans une sorte de musicalité poétique.

 

Comme pour le livre de William Parker on remarquera dans ces petits ouvrages l’extrême élégance de ces éditions particulièrement soignées dans le parti éditorial et la qualité des clichés superbes en noir et blanc qui émaillent ces ouvrages. Assurément du beau travail dont on attend avec impatience une version traduite en français                                                                  - Jean-Marc Gelin

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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 23:10

manu-codjia.jpg

DNJ : Tu as sorti récemment ton premier album chez Bee jazz. Cet album a été quasi unanimement encensé par la critique à l’exception de quelques uns qui se sont demandés si tu ne t’etais pas fait un peu forcé la main. Ils se demandaient alors si tu avais eu vraiment envie de faire cet album là à ce moment là.

 

Manu Codjia : En aucun je ne me suis fait forcé la main. Cela faisait longtemps que les gens me disaient que je devais faire un disque et j’ai pris le temps avant d’accéder à leur demande. Moi j’etais très content de le réaliser. Par contre c’est vrai que je n’en suis pas totalement à l’initiative et ce n’est pas moi qui ait eu l’idée de ce beau casting ( avec Humair et aussi Moutin que je ne connaissais pas) même si c’est une formation avec laquelle j’ai adoré jouer. J’avais très envie de réaliser un album et c’est juste que l’occasion s’est présentée à moi avec Bee Jazz. Mais bon ce n’est effectivement pas l’aboutissement d’une longue démarche. Mohamed Gastli de Bee Jazz connaissait Daniel Humair (pour s’être occupé du trio avec Célea et Couturier). Daniel était emballé par l’idée et nous avons donc cherché un bassiste. L’idée est venu de lui d’aller chercher Moutin et c’était vraiment un super choix. C’est après que le casting a été déterminé que je me suis plongé à fond dans la musique que je pouvais écrire pour cette formation. A la base je ne voulais pas que l’on fasse des choses très ouvertes et je voulais vraiment qu’il y ait une grande part d’écriture dans ce projet. Je voulais créer de vrais climats. Pas seulement un thème qui laisserait la porte ouverte à toutes les impros. Maintenant si certain n’ont pas aimé, c’est le cours naturel des choses et je l’accepte bien volontiers. En revanche j’ai entendu des critiques me dire « on aurait aimé que tu fasse un autre disque comme –ci ou comme ça avec untel ou untel» et là je ne  suis plus du tout d’accord. Ce que j’ai fait est mon propre projet artistique et un journaliste n’a pas à me dicter mes choix, ni me dire quelle musique je dois jouer et avec qui.

 

 

DNJ : Justement, on s’attendait à ce que pour ce premier disque, tu y associes quelqu’un comme Mathieu (Donarier) avec lequel tu joues beaucoup

 

MC : Comme je tourne déjà beaucoup avec lui je voulais faire quelque chose d’un peu plus nouveau. Et puis je voulais surtout un trio qui me permettrait d’avoir plus de place et de m’exprimer plus. De jouer plus devant que je ne le fais d’habitude.

 

DNJ : Ce qui frappe dans ton premier album c’est que ton écriture semble privilégier la recherche du son. Est ce que c’est quelque chose qui se travaille à la table ou qui vient lorsque l’on est en studio ?

 

MC : Non il y a un vrai travail préalable au niveau de l’écriture. On a enregistré au mois de septembre (2006) et cela faisait déjà 6 mois que le projet avait été décidé. Et je dois dire que j’ai passé ces 6 mois là à beaucoup penser au son que je voudrais développer. Et je savais aussi qu’au delà des climats et au delà du son il était indispensable de garder une certaine fraîcheur à la musique. Je crois que c’est ce que nous avons réussi à faire.

 

DNJ : Même si c’est quelque chose d’évident dans tout le jazz cette recherche d’un son «à soi » est la préoccupation première des guitaristes aujourd’hui. Quels sont tes modèles en la matière ?

 

MC : Au risque de te décevoir ils sont très classiques : Scofield, Metheny et Frisell. Et bien sûr Ducret même si sa musique nest pas mon univers. Et puis forcément il y a Wes Montgomery et bien sûr Jimmy Hendricks.

 

DNJ : Hendricks c’est effectivement quelqu’un qui s’entend de plus en plus dans ton jeu

 

MC : Oui c’est vrai mais curieusement c’est quelqu’un que j’ai découvert assez tard finalement.

 

DNJ : Il est vrai que ton parcours a surtout été très vite orienté «  jazz », à la différence de certains guitaristes de ta génération chez qui on entend plus de références rock. Comment es tu venu à la musique ?

 

MC : En fait ma famille n’est pas spécialement musicienne à part mon père qui a tapé un peu le djembé au pays ( NDLR : le Benin). Mais c’est surtout ma grand mère qui a été déterminante. Elle jouait un peu de piano. Mon école se trouvait à côté de chez mes grands parents du coup je déjeunais chez eux et juste avant d’y retourner, après manger ma grand mère nous faisait faire ½ heure de piano. Elle nous apprenait la méthode rose. Ce qui m’a apprit à lire et d’avoir  un rapport à la partition beaucoup plus spontané que ce que l’on enseigne dans les écoles de musique. Un rapport concret à la musique. Après cela comme il n’y avait pas de piano chez ma mère j’ai joué de la guitare un peu par défaut. Parce que c’était plus facile d’en avoir une. Ensuite je suis allé dans une école de musique. Cela m’a assez vite plu. J’ai d’abord fait de la musique classique mais assez rapidement j’ai eu envie de faire autre chose. Je trouvais que c’était un peu austère. Au bout de 3 ans j’ai appris qu’il y avait une classe de jazz qui s’était ouverte et j’ai eu un prof qui s’appelle François Arnold et qui nous faisait surtout improviser sur des trucs des Beatles, des trucs un peu rock. Mais rapidement il a commencé à nous faire écouter des disques, à nous initier un peu à la culture jazz. Et très vite alors j’ai su que je voulais jouer cette musique. Ensuite j’ai beaucoup écouté et traversé toutes les périodes en m’arrêtant bien sûr sur Miles puis sur le jazz rock (Mike Stern surtout). J’ai même eu ma période guitare héro du genre Van Halen et autres.  Et puis Pat Metheny a été l’unes des grandes claques pour moi. Je me souviens d’un album de lui, « Letter from home ». J’étais totalement halluciné, je ne comprenais pas ce qu’il jouait. Après vers 16 ans je n’écoutais plus que du jazz : Wes, Miles, Trane. Mais je décrochais aussi du jazz rock qui commençait un peu à me lasser. Lorsque j’écoutais des groupes comme Uzeb, j’etais toujours très impressionné par la côté technique mais en revanche le discours musical ne m’intéressait pas vraiment. N

 

 

 

 

 

 

DNJ : A quel moment es tu monté à Paris ?

 

MC : Juste après mon bac. J’ai décidé de quitter Chaumont et de monter m’inscrire au CIM (vers 1993). C’était la dernière année avant la mort d’Alain Guerini. C’est là que pas mal de connexions se sont faites. J’ai eu des profs comme Olivier Ker Ourio notamment ou Pierre Culaz. Mais ensuite j’ai intégré le conservatoire où j’ai découvert encore un nouvel environnement musical. D’abord parce que nous étions moins nombreux et ensuite parce que le niveau musical y était encore supérieur. C’était le CNSM de François Jeanneau. C’est là que j’ai rencontré des gens comme Benjamin Moussay, Jean-Charles Richard, Thomas Savy, Thomas Grimonprez. A l’époque j’avais encore une conception assez classique du jazz, dans le sens pas très avant gardiste. C’est à ce moment là que Christophe Monio est arrivé, en même temps que des gens comme Donarier,G. Kornazov, Geoffroy Tamisier…… Et tous ces gens là (notamment Monio) m’ont fait découvrir une forme de jazz que je ne connaissais pas vraiment. La musique d’improvisation totale depuis Ornette jusqu’à des trucs totalement barrés comme Zorn par exemple. Avant je ne voulais jouer que des trucs très clean genre guitare dans l’ampli, super phrasés, recherche harmoniques et tout et tout. Mais après avoir écouté ces nouveaux trucs j’ai modifié ma façon de jouer en mettant du son, de la reverb pour modifier mon univers. Et c’est à ce moment là que l’on a commencé à monter des groupes avec Mathieu (Donarier) ou Christophe (Monio). Des trucs comme les Spice Bones qui fonctionnaient pas mal, avec 4 trombones, rien que ça ! Puis avec Monio Mania etc…

 

DNJ : Ensuite il y a le fameux tremplin de la Défense en 1999. Une étape importante j’imagine

 

MC : Cette année là j’ai un peu trusté La Défense parce que j’ai joué avec 4 groupes. J’ai eu le 1er prix de soliste et aussi le 1er prix de groupe. Après te dire que cela a été déclencheur, je n’en suis pas vraiment conscient mais j’imagine que les journalistes ont commencé à entendre mon nom et que les choses sont donc allé plus vite. C’est vrai que ma rencontre juste après avec Eric Truffaz s’est faite un peu grâce cela. Et comme il avait entendu parler de moi et qu’il était en train de monter son nouveau de groupe il m’a appelé. Cela coïncidait aussi avec le moment de la fin de mes études et mon entrée réelle dans la vie professionnelle de la musique. Notamment aussi mon passage très bref après le fameux ONJ de Damiani qui a fait couler tant d’encre.

 

DNJ : Avec Truffaz il y a là encore l’apprentissage du travail sur le son ?

 

MC : Oui, complètement. Ce sont des musiques que je n’avais jamais vraiment jouées. Et puis cela nous donné l’occasion de faire plein de tournées dans le monde entier, dans des salles remplies de milliers de personnes enthousiastes. Vraiment une belle expérience.

 

DNJ : Comment s’est faite ta rencontre avec Texier ?

 

MC : Après Truffaz les choses se sont naturellement accélérées. La rencontre s’est faite par l’intermédiaire de son fils Sébastien avec qui j’ai eu l’occasion de jouer plusieurs fois. Et puis Henri est quelqu’un qui est resté très curieux, qui va voir les concerts et qui reste très à l’écoute de ce qui se joue. Et donc il m’a appelé et on s’est vus.

 

DNJ : Tu as eu le trac de le rencontrer ?

 

MC : Non pas du tout

 

DNJ : Parce que tu es totalement sûr de toi

 

MC : Non pas du tout mais c’est que je ne suis pas quelqu’un de très extraverti mais je me dis que je joue comme je dois jouer, que je fais le maximum et puis voilà. Maintenant j’aime les choses qui me stimulent. Et puis avec Henri c’est vraiment quelqu’un qui est à la fois très exigeant, qui sait exactement ce qu’il veut mais qui en même temps est très accessible. C’est quelqu’un vraiment de très généreux et qui a une vision très précise de ce qu’il a envie d’entendre de nous. Il est très précis et il entend vraiment sa musique dans sa tête.

 

DNJ : En ce qui concerne ton jeu, on a parfois le sentiment que tu rechignes beaucoup à te mettre en avant. Il y a comme une sorte d’abnégation

 

MC : C’est vrai on m’a beaucoup dit cela et c’est vrai aussi que je suis quelqu’un d’assez introverti. Du coup cela peut laisser croire à de l’abnégation. Mais en fait c’est autre chose. C’est surtout que quelque soit le contexte, en trio, avec une chanteuse ou avec un big band je cherche avant tout à rester connecté avec l’environnement musical qui se crée et à m’y fondre. De me mettre au service de la musique quelque soit celui qui la joue. Mais par exemple dans mon trio je ne prends aucun plaisir à me mettre en avant. Mais ce n’est pas que je rechigne à passer devant, c’est autre chose.

 

DNJ : Mais entre ce rôle que l’on sent plus en retrait lorsque tu joues avec les autres et cette mise en avant plus exposée lorsque tu es en trio, as tu pensé à jouer dans des quartet du genre de ceux que l’on entend dans la mouvance de Rosenwinkell ?

 

MC : Non pas du tout. Je ne me sens pas d’affinités avec toute cette scène des jeunes quadras New Yorkais. Je n’ai pas envie de jouer cette musique qui ne m’intéresse pas vraiment.

 

DNJ : Et avec un piano ?

 

MC : Je crois que c’est vraiment difficile pour un guitariste de jouer avec un pianiste. Il y a peu de pianiste qui soient à l’écoute du son que l’on peut créer ensemble. Sauf peut être quelqu’un comme Laurent Coq qui est vraiment pour le coup quelqu’un qui est très attentif à cela. Sinon il y a bien sûr de superbes pianistes mais j’ai du mal à entendre derrière mes propres accords ceux du clavier.

 

DNJ : Aujourd’hui quelle direction musicale prends tu?

 

MC : Avec le trio Humair et Moutin cela risque de ne pas tourner beaucoup. En revanche j’ai très envie aujourd’hui de faire tourner mon nouveau trio avec Philippe Garcia et Jérôme Regard  et de constituer un noyau sur la base de ce trio. Qui plus est j’ai un contrat d’artiste avec Bee Jazz et j’ai donc encore 2 disques à faire (au total 3 en 5 ans).

 

DNJ : Tu as dû être pas mal sollicité par les labels

 

MC : Oui c’est vrai mais le truc c’est que peu de labels produisent. C’est tout l’intérêt de Bee Jazz.

 

DNJ : En side man tu joues avec qui en ce moment ?

 

MC : Je viens de participer à l’album de Leïla Olivesi qui est sorti chez Nocturne. Par ailleurs j’ai fait un enregistrement avec Francesca Stradivarius ainsi qu’un duo avec Michel Benita.                   Sinon je viens de finir l’enregistrement du quintet de G. Kornazov avec Emile Parisien, Marc Buronfosse et Karl Jannuska. J’ai aussi enregistré un album avec Geoffroy Tamisier. Donc pas mal de projets en cours.

 

DNJ : Qu’écoutes tu en ce moment

 

MC : En fait je suis assez conventionnel. Du coup je réécoute toujours les mêmes, Miles, Coltrane, Jarrett, Frisell etc…. Mais je ne suis pas un acheteur de disques compulsif.

 

DNJ : Sur l’île déserte tu emporterais quoi

 

MC : My Funny Valentine de Miles bien que je n’ai pas besoin de l’emporter puisque je le connais par cœur. C’est pour moi la quintessence de ce que représente le jazz.

 

DNJ : Le free, c’est important pour toi

 

MC : Je crois qu’avec le free on touche à la quintessence de l’improvisation même si je n’aime pas beaucoup tout ceux qui se refusent absolument à jouer le moindre accord

 

DNJ : Marc Ducret ?

 

MC : D’abord c’est un maître de l’instrument. Parfois sa musique me perd un peu mais je trouve que sa musique est absolument incroyable. Au delà de la maîtrise de son instrument c’est la précision de son discours musical que je trouve bluffante. Il a des idées très complexes qu’il domine totalement. Je suis hyper impressionné par Ducret ! C’est vraiment impressionnant dans l’aboutissement de l’idée musicale.

 

DNJ : Peux tu citer le nom d’un artiste que tu détestes?

 

MC : Le truc c’est que j’aime les artistes, tous les artistes. Le problème c’est que c’est un mot galvaudé. Il y a beaucoup de gens qui se prétendent artistes et qui ne le sont pas. Ceux là je ne les aime pas beaucoup. Quand à savoir qui ils sont, tu as l’embarras du choix, je te laisse deviner…..

 

 

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin

 

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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 07:35

JJJJ lEiLA OLIVESI : « L’étrange fleur »

Nocturne 2007

Leïla Olivesi (p), Boris Pokora (ts), Manu Codjia (g), Elisabeth Kontomanou (vc), Chris Jennings (cb), Donald Kontomanou (dm)

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Cette fois c’est sûr Leïla Olivesi a trouvé la bonne formule autour de laquelle elle semblait tourner depuis un bon moment. Depuis l’époque en fait de son premier groupe, le Brahma Sextet. On entendait à l’époque Leïla Olivesi dans les clubs parisiens comme à la recherche de sa formation idéale, essayant un tel ou une telle. Chaque fois des musiciens de grand talent (Jeanne Added, Magic Malik pour ne citer qu’eux) mais chaque fois aussi des musiciens qui s’envolaient vers d’autres sphères. Leïla Olivesi semblait alors peiner à trouver ceux et celles avec lesquelles elles s’engagerait dans le projet qui lui tenait le plus à cœur. Ce projet auquel son rapport très intime exigeait de la compositrice qu’elle en bâtisse l’ossature idéale.

La part de l’intime

Mais cette fois, avec cet album là, c’est sûr, Leïla Olivesi a trouvé sa pierre philosophale. Il y a déjà quelques années, elle nous confiait son désir de composer une sorte de suite dont le fil conducteur seraient les poèmes écrit par sa mère. Ces textes à l’étrange force d’envoûtement qui racontent l’histoire de Aïcha Kandicha, ce personnage mythique qui, au-delà de l’image de la sorcière telle qu’on la raconte aux enfants, se révèle au fil de ces poèmes comme la représentation de la femme universelle. Un divinité faite femme, à la sensualité farouche, libre et donc insaisissable. Une femme détentrice des secrets de l’univers qui pourrait libérer ses forces de vie si seulement les hommes atteignaient à cette sagesse à laquelle seul le vieillard rencontré au cours de ces pages semble avoir accédé. Par les temps inquiétants qui se révèlent aujourd’hui, et qui en Orient comme en Occident semblent plus que jamais emprisonner la femme derrière toute forme de prisons, du voile lourd jusqu’aux pages glacées de quelque magazine glamour, ces beaux poèmes pourraient alors avoir valeur de message fort. Et qui d’autre mieux que Elisabteh Kontomanou pour chanter ainsi libre sagesse de Aïcha Kandicha !

Il y a donc dans le travail de Leïla Olivesi, fille et femme à la fois quelque chose de très intime. Il y a cette sincérité émouvante dans l’hommage qu’elle rend à sa mère qui rend elle-même hommage aux femmes. Mais plus qu’un hommage c’est la continuation du travail de la mère par la fille qui lui donne une force certaine.

Mais à partir de là, Leïla Olivesi fait preuve d’une très grande maturité dans ses compositions. Par rapport à ce que nous avions entendu dans le Brahma Sextet, la pianiste a en effet fait un chemin impressionnant jusqu’à se hisser au rang d’une compositrice de très grand talent. Des  compositions qui évoquent parfois Wayne Shorter ou parfois Pat Metheny si on état obligé de se raccrocher  quelques sublimes références.

Formule gagnante

Leïla Olivesi a trouvé la formule gagnante en associant le saxophoniste Boris Pokora (primé l’an dernier aux trophées du Sunside) au guitariste Manu Codjia toujours aussi impressionnant dans cette puissance tout en détachement qui émane de son jeu. Derrière rien à dire. Chris Jennings et Donald Kontomanou se connaissent bien et tournent admirablement. Le jeune batteur que l’on a l’habitude d’entendre, toujours très réservé lorsqu’il joue derrière sa chanteuse de mère, se libère littéralement lorsqu’il se met au service du quintet. On l’a déjà dit ailleurs, ce batteur c’est sûr deviendra assurément un très grand.

En réussissant dans cet album à conjuguer la mise en voix des poèmes de sa mère, en alternant ceux-ci avec des compositions instrumentales très riches au groove sous jacent, Leïla Olivesi réalise une réelle performance dont on imagine bien tout le travail préalable que cela a dû lui demander. Et l’on reste alors totalement acquis à la cause de cet album dans lequel les résonances réverbérées de la guitare de Manu Codjia répondent aux sinuosités puissantes et assurées du saxophoniste et contribuent ainsi à la mise en espace d’un univers mouvant à la poésie étrangement fantomatique et aux contours sensuellement mystérieux. Jean-Marc Gelin

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