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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:20

JJJ DAVID MURRAY: “Sacred Ground”

Justin Time 2007

 murray.jpgIl y a dans cet album de David Murray qui compte parmi les saxophonistes actuel les plus prolixes (parfois jusqu’à 12 albums /an), quelque chose de terriblement gênant. En effet loin de ses habitudes, il s’agit d’un de ses albums qui de prime abord pourrait paraître comme le plus impersonnel. Alors que d’habitude Murray se donne le temps d’élaborer de vrais projets dans lesquels son investissement intime est réel et dense on est ici en face d’un album fourre-tout dans lequel Murray jette pèle mêle du post free aylérien, de la rumba, quelques morceaux faciles voire funky à deux balles et, histoire de ne fâcher personne, du bon gros blues qui tâche sur une grille simplissime. Pas de quoi se faire du mal. On est donc bien loin de ses projets les plus personnels, loin du World Saxophone Quartet, loin de son travail sur Pouchkine, très loin de ce qu’il fait sur la musique Gwo Ka et il y a pour tout dire dans cet album quelque chose de très commercial qui ne serait pas loin de nous fâcher tout rouge. Cerise sur le gâteau, la galette nous est présentée avec en featuring, Cassandra Wilson herself, ce qui bien sûr ne manque pas d’appâter les chalands curieux que nous sommes. Tout cela pour se rendre compte qu’en réalité la divine chanteuse n’apparaît que sur deux titres (en début et en fin d’album), juste un passage éclair (mais dense néanmoins) histoire de préciser tout de même qu’elle reste effectivement l’une des plus grandes chanteuses de jazz actuelle (impressionnante Cassandra).

Mais à la réflexion on est en droit de se demander finalement s’il n’y a pas dans la travail qu’il livre ici quelque chose de beaucoup plus intime qu’à l’accoutumée. Un peu comme s’il jouait pour le plaisir et sans arrière pensée, un simple set,  Murray semble ici débarrassé de toutes ses exubérances caricaturales pour revenir aux racines du jazz. Et c’est avec une très grande force de conviction que l’on entend dans son jeu l’histoire du saxophone jazz avec une lignée qui va de Coleman Hawkins (Believe in love) à Albert Ayler (Pierce city)  dont il est assurément l’un des émules émérite. Rollins aussi qui comme d’habitude chez lui ne traîne pas bien loin. Il y a toujours chez Murray ce vibrato superbe et cette propension à riper dans le cri rauque. Comme le continuum de cette déchirure Aylérienne toujours prégnante. Et l’album devient alors une sorte de leçon de saxophone hissant quasiment chaque morceau au rang de modèle. Lorsqu’il s’empare de la clarinette basse pour un morceau (Banished) c’est aussi l’occasion de montrer alors la profondeur incroyable de son jeu sur cet instrument, profondeur doublée ici par la ligne d’archet. Quand le blues arrive, comme la conclusion d’un set, il est là encore un modèle du genre dans la pure tradition, Murray et Cassandra s’entendant à merveille pour faire tourner  la grille avec classe. Même dans les moments les plus simples, David Murray reste encore et toujours le digne héritier de ce jazz éternel. Une sorte de collossal géant.

Jean-Marc Gelin

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:19

JJJJJ ABBEY LINCOLN  « Abbey sings Abbey »

Universal 2007

 Ne boudons pas notre plaisir. Les occasions étant désormais rares de la voir sur scène, profitons de ce dernier opus pour prendre le temps d’écouter Abbey Lincoln. Ce disque regroupe l’essentiel : onze titres composés et écrits par Madame Lincoln - nom de scène qu’on lui a choisi en 1955 en l’honneur d’Abraham Lincoln, vain libérateur des esclaves dit-on – et un titre composé par Thelonious Monk sur lequel elle a écrit des paroles. Comme une tragédienne, elle proclame et transmet la mémoire de ses ancêtres plus qu’elle ne chante. Des ballades et des folks songs qui sont des histoires fortes, sur sa vie, sur l’amour perdu, sur la solitude, sur le chant d’un oiseau, qu’elle chante avec classe et dignité, sans doute transcendée par la foi. On entend une immense lassitude dans sa voix, ou plutôt un total abandon : aucune affèterie ou minauderie, aucun ornement pour ne conserver que l’essentiel, le sens profond des mots. Elle met d’elle-même dans chaque mot qu’elle prononce, à la manière d’un prêcheur ou d’un griot. Et c’est poignant ! Dans son chant, on entend Billie Holliday, dont elle se sent si proche, mais aussi toutes les grandes chanteuses de blues, au premier rang desquelles, Dinah Washington. Elle nous transmet ce précieux héritage de la culture noire avec une immense générosité et un engagement radical. Et bien sûr, elle nous tend le miroir. Cette femme fut une des icônes de la révolte noire, son portrait peut encore se reconnaître sur certains murs de Harlem. « En 1960, lors d'un concert, j'ai présenté, avec Max [Roach], un manifeste musical intitulé Freedom Now Suite. Sur un des morceaux - voix, batterie - je hurlais, pleurais, chantais, gémissais... J'exprimais émotionnellement tous les sentiments d'une population meurtrie. Une heure après le concert, Max se fit tabasser dans un commissariat de police. Aucune chanteuse n'avait crié jusqu'à ce moment! Elles miaulaient, faisaient dans l'ironie, mais de cris, jamais! », rappelle Abbey Lincoln à Paola Genone dans une interview parue dans l’Express en juin 2007. Aujourd’hui le cri a disparu, restent l’émotion et l’âme meurtrie. L’âge n’a pas apaisé sa quête personnelle et identitaire. Being me (Être moi) conclut cet album splendide avec ses mots, « Being me, I laugh seeing now and then, So many things have changed and yet somehow, There will always be a stage, a song for me, Hold the curtain open, it's time to take a bow ». (Être moi, je ris de voir çà et là, que tant de choses ont changé mais d’une manière ou d’une autre il y aura toujours une scène ou une chanson pour moi, tenez le rideau ouvert, il est temps pour moi de tirer ma révérence).

Régine Coqueran

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:16

JJJJ STEPHANE KERECKI : «  Focus danse »

Zig Zag 2007

Kerecki.jpg A quoi tient un album de jazz réussi ? On ne sait pas trop mais il y a là quelque chose qui relève d’une sorte d’alchimie que l’on explique pas toujours mais qui, lorsqu’elle se produit est capable de vous remuer tout entier. Et dans cette alchimie, dans cet alliage magique il est bien souvent question d’ENERGIE. C’est en tous cas la brillante démonstration qu’en apporte ici le contrebassiste Stéphane Kerecki qui, dans ce trio pianoless signe l’intégralité des compositions avec à ses côtés Mathieu Donarier au ténor et soprano et Thomas Grimonprez à la batterie. Et ça tourne bien entre ces trois là ! ça  tourne autour du plaisir de jouer ensemble avec verve et puissance. L’art de la fougue en quelque sorte pour un album sauvagement vivant.

Une puissance intense de l’expression. Le plus souvent up tempo (la bête noire, Electron libre), ils ménagent aussi sur des morceaux plus lents, de sublimes moments de pure poésie (la ville songe, Day Dream) où, avec forcent ils concilient paradoxalement des moments plus calmes avec la même puissance de jeu. Mathieu Donarier que l’on savait depuis longtemps un très grand saxophoniste depuis qu’on l’avait entendu avec Caratini ou Codjia, confirme ici combien son jeu maîtrise tout un pan de l’histoire du jazz. Souvent avec des accents Rollinsien, Donarier s’est forgé un jeu à la fois classique et personnel avec autant de force brute au ténor qu’au soprano. A tel point que les deux instruments se situent dans une sorte de continuité de son expression. Et surtout, Mathieu Donarier a le son ! Un son terrible que l’on serait bien en peine de prendre en défaut. Un son duquel émerge une force brute. Une passion rauque. Quand à Kerecki, il n’ y a pas mieux que les liner notes de notre ami Bergerot : Kerecki c’est la contrebasse qui danse. Celle qui rebondit et qui danse. Sa danse à lui n’est pas main dans la main avec le batteur mais ici autour du soliste. En osmose avec lui il tourne autour et virevolte. Alors en électron libre, à ses côtés, Thomas Grimonprez frémit, caresse toutes les parties du corps de sa batterie, roule, s’enroule et relance sans cesse.

Au gré des compositions et selon que Donarier prend le ténor ou la soprano, on est plongé dans une couleur différente, toujours liée par cette fameuse énergie et cette puissance de jeu. Kerecki toujours livre sa vision d’un jazz classique sans jamais oublier ce qu’il doit au groove. Et dans ce double jeu l’on retrouve toujours nos repères. Il est de ces duplicités dont nous sommes les victimes heureuses.

Jean-Marc Gelin

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:14

JJJ CHARLIE MARIANO : «  Silver Blue »

Enja 2007

0063757950721.gifUn jour que la baronne de Koenigswarter lui demandait quel serait son vœu le plus cher, Mariano dit «  je voudrais avoir le cœur et  la technique de Parker… Mais la technique de Parker, on s’en fiche, non ? Si j’avais le cœur de Bird ça suffirait ! ». Et l’on sait que pendant longtemps Charlie Mariano courut avec son sax alto sur les traces de Bird. On se souvient encore de ses envolées d’oiseau chez Kenton ou dans l’orchestre de Shelly Manne. On se souvient aussi du temps où avec sa femme, la remarquable pianiste et émule de Bud Powell, Toshiko Akioshi, ils pouvaient enflammer les scènes du post-bop. Pourtant Mariano au fil des ans a fait bien d’autres choses et finalement était un peu tombé dans l’oubli ces dernières années. On doit aujourd’hui au trio du pianiste Suisse, Jean Christophe Cholet cette belle idée d’offrir à Charlie Mariano cette occasion de refaire surface dans un très beau moment de pure nostalgie qui s’offre alors à nous. Avec l’âge, Mariano s’est approché de cette vérité qui n’existe finalement qu’en étant parfaitement soi même. Longtemps adepte de la musique indienne et de la pratique du nagasvaram, instrument sur lequel il savait délivrer un message mystique, Mariano parvient en peu de mots musicaux à insuffler un supplément d’âme aux thèmes les plus simples. Et c’est justement avec cette part d’âme en plus que Mariano revisite les standards. Avec ces phrases un peu traînantes et malheureusement pas toujours juste mais si belles, Mariano livre un moment magnifique de nostalgie douce. L’homme ne court plus après le temps et encore moins après le tempo. N’enchaîne plus en virtuose les triples croches lancées à toute allure. Non Mariano est juste parvenu à cette part de sincérité intime et même s’il lui arrive parfois de jouer un peu « en dehors », il y a chez lui cette façon de faire chanter, de faire pleurer la note lancinante qui n’appartient qu’aux grands. Qui n’appartient qu’à ceux pour qui, jouer des thèmes aussi connus que Prelude to a kiss, My Funny Valentine ou Black orpheus est une façon de dire bien plus que les seules notes qu’ils jouent. Les puristes feront la moue. Ils n’entendront pas ici un grand saxophoniste. Ils entendront juste un sage enfin débarrassé de tout le superflu. Charlie Mariano a peut être trouvé le cœur de Charlie Parker, peut être pas. Mais c’est avec une beauté fragile qu’ici, il nous livre le sien.

Jean-Marc Gelin

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:12
13456.jpg

J JOHN COLTRANE : «  Kind of Coltrane »

Brillant Jazz 2007

Voilà une compilation surprenante à plus d’un titre. D’abord par le choix des 10 Cd qui la composent : passant d’une période allant de 1958 à 1965, l’éditeur Hollandais a mis la main sur quelques enregistrements libres qui débutent avec les sessions Savoy enregistrées avec le trompettiste Wilbur Harden puis enchaîne avec un volume injustement nommé «  Soultrane » avec Tadd Dameron et quelque enregistrements « live » du quintet de Miles ou encore du quartet mythique avec Mc Coy Tyner et Elvin Jones. La logique est chronologique et l’éditeur cherche à balayer le pus large possible en donnant un aperçu rapide et donc forcément aléatoire des quelques étapes de la carrière du saxophoniste.

L’autre surprise vient de son prix puisque cet éditeur met sur le marché ce coffret de 10 CD pour la modique somme de… 21 euros ! Même si la qualité sonore n’est pas toujours optimum il n’empêche qu’à ce prix là, tous ceux qui auront à cœur de découvrir un peu l’œuvre de John  Coltrane auraient tort de se priver. Il es vrai cependant que les enregistrements les plus essentiels de Coltrane chez Prestige ou Impulse largement disponibles sur le marché à des prix tout aussi abordables ne sont pas là.

21 euros, c’est néanmoins un exploit si l’on oublie en revanche la qualité du support éditorial. De ce côté-là en effet, Brillant Jazz brille surtout par son incroyable médiocrité. Aucune liner note dans le coffret, une présentation simplissime qui en oublie même le minimum de rigueur  (des fautes d’orthographe dans le nom des musiciens : Tommy Flanagen, Lois Hayes), des sessions non datées (late 50’s par exemple) etc…. C’est donc le flou le plus total dans les indications hasardeuses qui dénotent là un manque total de scrupule et de professionnalisme. On est alors en droit de se demander si le prix excuse tout et si, même à prix modique, Coltrane peut se déguster par paquet de 10 ?

Jean-Marc Gelin

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:10

JJJ Chris Cody Coalition : « Conscript »

Nocturne 2007

 CHC001-RECTO.jpgAvec une intrigante énergie, le disque « Conscript » de ce quartet commence par un suspense, idéal pour ouvrir les hostilités. La « coalition » de Chris Cody fonctionne dès les premières notes comme une machine, bien huilée, dirigée par la « cool-issante » attitude d’un tromboniste au cœur tendre, Glenn Ferris. La présence de la paire d’inséparables rythmiciens donne une impression de déjà-vu, impression bien plus rassurante qu’encombrante. Laurent Robin, fidèle aux cotés de Bruno Rousselet, participe à ce projet de la même façon qu’à tous les autres, c’est-à-dire avec la plus fervente des générosités du moment. Les compositions viennent du pianiste australien, leader du groupe. Laissant place aussi bien aux mesures composés qu’aux poétiques envolées sonores, en passant par un bref regard sur le Jazz et sa culture, et tout cela parfois avec beaucoup d’humour. À la fois baladés et à la fois attendris, à la fois bousculés et à la fois chatouillés. L’esprit de surprise domine. Facile à croire quand on connaît la redoutable malice des protagonistes. La relation entre eux n’est pas seulement fusionnelle, mais elle est en plus une interaction fonctionnelle. Le résultat est un disque soigné, à la prise de son et au mixage excellents. Peut-être un bémol sur le visuel du support cd. Hélas en ces périodes illégitimes de téléchargements abusifs, un effort des musiciens dans le domaine visuel n’est jamais inutile, sans être taxé de carriérisme. Quoiqu’il en soit, on ne s’inclinera jamais assez devant le talent de ces musiciens, qui, pour l’anecdote, se retrouvent chaque année en tant que musiciens-accompagnateurs des candidats au concours d’entrée de la classe de Jazz du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Ce qui ne fait qu’honorer d’autant plus la richesse de leur groove. C’est un disque extrêmement rythmique, le dandinement des corps est provoqué par le précis touché d’une contrebasse, allant directement à l’essentiel. On sent donc chez lui une grande expérience dans ce genre de contexte. Inutile d’en rajouter pour le vieux briscard Glenn Ferris. C’est chez Chris Cody que la maturité est ressentie différemment. Est-ce dû aux origines lointaines ? Le son personnalisé de ces voicings convoque en permanence la Beauté. Cette esthétique se rapprochant même du son européen. Mais aussi dans ce quartet, à certains moments, le swing revient au galop, profond et pénétrant, avec par-dessus des accords suspendus aux consonances bien afro-américaines. Tout en feeling, c’est un album complet certes, une boîte à idées sûrement. Des idées expérimentées à l’extrême par de férus passionnés, au service de la « session ». Est-ce une erreur que de les citer comme de parfaits « sidemen » ? Non, il s’agit bien là d’un métier : celui de servir la Musique. Il n’y a que du positif à user d’un tel disque, transporté par cette éternelle joie de vivre que nous apporte la Musique de Jazz.

Tristan Loriaut

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 07:07

JJJJJean-Paul Celea, François Couturier, Daniel Humair : « Trypic » 

Bee Jazz 2007

Celea.jpg Avec une pochette réalisée d’après un monotype de Daniel Humair, le label Beejazz sort Tryptic, un album qui réunit des maîtres du jazz, trois de nos musiciens actuels, qui comptent parmi les plus expérimentés. Onze compositions, dont quatre versions « jazzifiées » de classiques très connus, une improvisation collective « Instant », mais aussi des thèmes de vieux complices  «Good mood » de Joachim Kühn, « Inki » de Harald Pepl ou encore le « Canticle with response » de John Surman. Un trio qui combine sens du lyrisme, goût et rigueur de l’échange, appétit de nouvelles aventures. Une recherche qui découle du désir de musique qu’ils ont tous, chevillé au corps. Ils continuent à faire durer leur plaisir (et le nôtre), à affiner cette identité jazz, leur passion. Car s’ils se plaisent à « interpréter » Beethoven, Mahler ou Britten, ces trois là jouent surtout leur histoire. Ces citations ou reprises ne peuvent masquer en effet les parfums de leur propre musique, parfaitement agencée, souvent émouvante, emportée parfois, toujours rebondissante.

 Jean-Paul Celea est un contrebassiste sûr et souple, vibrant et ardent, aux nuances multiples. François Couturier soutient l’écoute, la relance même, en exposant au piano les thèmes classiques, comme l’adagietto de la cinquième symphonie de Mahler, [ qui parcourt « Mort à Venise »], mais il a  par ailleurs, toute la fluidité, la fougue d‘un jazz vif et libre.  Daniel Humair s’en donne à cœur joie sur «Ludwig »(en fait, l’allegretto de la 7 ème symphonie de Beethoven), puissant  sans être assourdissant ; d’ailleurs étourdissant par sa capacité à être sur tous les fronts, avec sa frappe sèche et précise, son élocution claire .

Le son est exceptionnel ( La Buissonne), capté comme au plus près, l’interaction entre les instruments est impressionnante : on retiendra aussi la beauté retenue du paradoxal « Good mood » qui s’accorde à la couleur d’ensemble, à la tonalité sombre de l’album, ou  ce « Dramadrome » que DH connaît bien (issu de son Babyboom), joué ici de façon plus discontinue.

Voilà un chant qui vient de loin, du plus intime, sans se priver, dans son énonciation même, des formes de la modernité. Aucune satisfaction passéiste avec ces hommes là qui s’engagent totalement à chaque fois, le métier en aucun cas ne tuant la spontanéité. Et l’on ne peut que féliciter Beejazz d’avoir réuni ces artisans fabuleux pour un premier tableau musical, dont on espère déjà une suite.

Sophie Chambon

www.beejazz.com

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20 août 2007 1 20 /08 /août /2007 07:55

 

roach-copie-1.jpg

 

 

 

Avec Max Roach, c’est un nouveau pionnier et témoin de l’évolution du jazz qui disparaît. A la fois tenant de la tradition par sa formation et garant de la révolution par ses expériences musicales, ce percussionniste exceptionnel a permis à la batterie de passer d’un rôle de pure rythmique à celui d’instrument à part entière au sein des formations de jazz. L’expression musicale des percussions prend avec lui tout son sens.

 

Né le 10 janvier 1924 Max va très vite intégrer les bases de la musique qui guidera sa vie. Sa mère est chanteuse de Gospel et il est bien sûr bercé très tôt dans la musique quand il l’accompagne dès 4 ans à l’office. Il joue du bugle dans les parades mais dès 10 ans il tient la batterie dans les orchestres de Gospel. Il se forme à l’académie de musique de Manhattan. Il était sans doute déjà excellent car à 16 ans à l’occasion du passage de l’orchestre de Duke Ellington à New York, il remplace au pied levé le batteur Sonny Greer malade. Dès l’âge de 18 ans il écume les clubs de Jazz de la 52 ème et 78 ème rue où il joue avec Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Miles Davis, Thelonious Monk, Coleman Hawkins, Bud Powell, et Miles Davis. Il est avec Kenny Clarke le  pionnier de la batterie Be Bop.

Max Roach tiendra une place essentielle dans les enregistrements de Charlie Parker notamment dans  les plages enregistrées en 1945 pour le label Savoy.

En 1952 il fonde le label Debut Records avec le bassiste Charles Mingus. C’est sous cette marque que l’on retrouvera Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Bud Powell, Mingus et Roach pour l’extraordinaire concert Jazz at Massey Hall. Sous cette marque sont également enregistrés les duos « Percussion / Discussion » avec Mingus, libres improvisations contrebasse batterie.

En 1954, il forme un quintet avec le trompettiste  Clifford Brown, le saxophoniste ténor Harold Land, le pianiste Richie Powell le bassiste George Morrow, Land sera remplacé quelques années plus tard par Sonny Rollins. Ce groupe prototype du hard bop sera de courte durée et disparaîtra à la mort prématurée de Clifford et de Richie dans un accident de voiture en juin 1956.

Néanmoins Roach continue d’animer des formations inspirées de ce premier quintet en développant l’utilisation des rythmes en ¾ dans les standards de jazz (Album Jazz in ¾ de 1957). Plusieurs disques essentiels se succéderont :

 

« We insist » en 1960 suite à sa participation à la commémoration du 100 ème anniversaire de la proclamation de l’émancipation par Abraham Lincoln. Ses positions politiques lui valent d’ailleurs d’être inscrit dans les années 60 sur la liste noire des maisons de disques,

images-copie-1.jpg 

« Money Jungle » en 1962 avec Duke Ellington et Charlie Mingus

« Drums unlimited » en 1966 lui permet d’apporter la preuve que la batterie est un instrument solo à part entière qui peut jouer des thèmes, des variations et des phrases rythmiques cohérentes.

Les années 70 et 80 lui permettent de développer de multiples expériences musicales dans le domaine des percussions soit seul pour des concerts de batterie soit en duo participant ainsi à l’avant-garde et eau mouvement free avec des musiciens tels que Cecil Taylor Antony Braxton ou Archie Shepp. Il crée des formations originales comme le «  Double Quartet » ou le “So What Brass Quintet” composé uniquement de cuivres

 

Il complète son activité de musicien par l’exercice de l’enseignement  à l’University of Massachusetts à Amherst.

Le talent de Max Roach, son extraordinaire contribution à l’évolution de la musique en général et du jazz en particulier  ont été reconnus, bien sûr par le monde des musiciens, il a inspiré et inspire encore de nombreux batteurs. Des instances plus « officielles. » ont également marqué cette reconnaissance du talent d’un musicien d’exception : la Fondation Mac Arthur qui lui attribue un « genius », il est nommé Commandeur des Arts et Lettres et deux fois titulaire du Grand Prix du disque en France, Docteur Honoraire des Universités de Bologne et de Columbia.

Jean-Pierre Foubert


070816roach-copie-1.jpg

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4 août 2007 6 04 /08 /août /2007 08:26

JJJJ CHARLIE MARIANO : «  Silver Blue »

Enja 2007

 mariano.jpg

Un jour que la baronne de Koenigswarter lui demandait quel serait son vœu le plus cher, Mariano dit «  je voudrais avoir le cœur et  la technique de Parker… Mais la technique de Parker, on s’en fiche, non ? Si j’avais le cœur de Bird ça suffirait ! ». Et l’on sait que pendant longtemps Charlie Mariano courut avec son sax alto sur les traces de Bird. On se souvient encore de ses envolées d’oiseau chez Kenton ou dans l’orchestre de Shelly Manne. On se souvient aussi du temps où avec sa femme, la remarquable pianiste et émule de Bud Powell, Toshiko Akioshi, ils pouvaient enflammer les scènes du post-bop. Pourtant Mariano au fil des ans a fait bien d’autres choses et finalement il faut bien le dire, était un peu tombé dans l’oubli. On doit aujourd’hui au trio du pianiste Suisse, Jean Christophe Cholet cette belle idée d’offrir à Charlie Mariano cette occasion de refaire surface.  Et c’est alors un très beau moment de pure nostalgie qui s’offre alors à nous. Avec l’âge, Mariano s’est approché de cette vérité qui n’existe finalement qu’en étant parfaitement soi même. Longtemps adepte de la musique indienne et de la pratique du nagasvaram, instrument sur lequel il savait délivrer un message mystique, Mariano parvient en peu de mots musicaux à insuffler un supplément d’âme aux thèmes les plus simples. Et c’est justement avec cette part d’âme en plus que Mariano revisite les standards. Avec ces phrases un peu traînantes et malheureusement pas toujours juste mais si belles, Mariano livre un moment magnifique de nostalgie douce. L’homme ne court plus après le temps et encore moins après le tempo. N’enchaîne plus en virtuose les triples croches lancées à toute allure. Non Mariano est juste parvenu à cette part de sincérité intime et même s’il lui arrive parfois de jouer un peu « en dehors », il y a chez lui cette façon de faire chanter, de faire pleurer la note lancinante qui n’appartient qu’aux grands. Qui n’appartient qu’à ceux pour qui, jouer des thèmes aussi connus que Prelude to a kiss, My Funny Valentine ou Black orpheus est une façon de dire bien plus que les seules notes qu’ils jouent. Les puristes feront la moue. Ils n’entendront pas ici un grand saxophoniste. Ils entendront juste un sage enfin débarrassé de tout le superflu. Charlie Mariano a peut être trouvé le cœur de Charlie Parker, peut être pas. Mais c’est avec une beauté fragile qu’ici, il nous livre le sien.
Jean-Marc Gelin

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7 juillet 2007 6 07 /07 /juillet /2007 21:56

Telle une volée de moineaux en liberté vous allez donc prendre la route aux quatre coins de France ou du Monde. Nord-Sud-Est-Ouest. A coup sûr (et nous vous en remercions), vous allez emporter avec vous les quelques (douze derniers) numéros des DNJ que vous n’avez pas eu le temps de lire histoire de rester un peu connectés à l’actualité du jazz. Pour peu que le temps s’y mette ce sera pour vous hot jazz sur la plage. Mais surtout restez bien attentifs car vous ne le savez peut être pas mais là où l’on joue du jazz, il y a parfois sous la plage quelques pavés magnifiques.

Juillet 1965. Souvenez vous ce soir là ou plutôt imaginez. Côte d’Azur. Antibes. Dans la torpeur des nuits d’été lorsque le soleil a définitivement disparu mais que la chaleur reste là, étouffante, éreintante. Lorsque le climat est à l’orage, accablant malgré le léger vent frais venu de la nuit de la mer. Ce soir là dans cette nuit bleue s’élevait l’ivresse du chant de Coltrane. Un chant d’amour suprême. Un chant vers Dieu offert aux astres de la nuit azuréenne. Vers la nuit de ce bleue de Trane. Comme s’il s’agissait de mourir là, en jouant. Comme s’il était vital de dire alors ce qui apparaissait comme une vérité consubstantielle du chant et de l’amour. Le jazz n’était pas ce soir là affaire de musique mais de bien d’autres choses. Il y avait Dieu dans ce jazz là et il y avait aussi l’essence du génie qui n’en est certainement que le prolongement. Il y avait la coexistence brute et sauvage de la beauté radicale. La confusion magnifiquement suprême des astres, de l’amour, du musicien et de son chant poussé à la vie par la mort. Ce chant là était aussi divin qu’il portait en lui la marque (involontaire) d’une révolution en marche.

Et ce soir là bien sûr, même s’il ne s’agissait que d’amour, sous la plage se trouvait le pavé qu’il jetait sur la scène du jazz et qui, comme tout les pavés annonçait à sa façon une sorte de révolution et le monde ignorait alors sur l’instant que le jazz qui prendrait sa suite ne serait jamais vraiment comme avant, et deux ans plus tard l’âme de John Coltrane poursuivrait cette quête divine, d’une autre façon et John Coltrane disparaîtrait le 17 juillet 1967 il y a tout juste quarante ans, et John Coltrane laisserait à des générations de musiciens le témoignage de cette nuit qui n’aurait jamais dû finir sa marche universelle et donc éternelle parce qu’elle radicalisait alors tout ce que le jazz dit depuis toujours tant avec ses tripes qu’avec cette part viscérale de nous même qui tend vers le beau irrésistiblement attiré par une force aimantée et incontrôlable, qu’il dit un amour suprême auquel personne ce soir là ne pouvait alors résister tant il exprimait ce que chacun de nous sait de Dieu et de l’amour sans pourtant le savoir vraiment.

Cet été peut être partirez vous en vacances en chargeant A Love Suprême ou Chasin’ the Trane ou Ascension sur votre Ipod. Peut être pourriez vous aussi emporter cette réédition tant attendu du livre de Lewis Porter (John Coltrane – éditions Outre Mesure). Mais s’il vous plaît, si vous traînez quelque part dans un festival estival un soir vers le 17 juillet, écoutez bien ce qui se passe. Restez attentif à cette forme de musique que nous ne connaissons pas encore mais qui demain pourrait bien insuffler un nouveau vent venu cette fois des astres bleus. Et il se pourrait bien que ce soir là  aussi sous vos pieds se trouvent alors les pavés de demain.

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