JJJ OLIVIER CALMEL: “EMPREINTES”
Musica Guild 2007

Lorsque nous avons reçu cet album on avait encore en tête le précédent et premier album d’Olivier Calmel (Mafate) qui nous avait alors totalement conquis par sa capacité à nous faire voyager. Qu’est ce qui fait que ce deuxième opus se révèle à la fois incroyablement plus riche mais en même temps un peu moins emballant.
Olivier Calmel a fait visiblement un gros travail d’écriture sur cet album où il semble privilégier les frottements harmoniques et les ruptures dans un ensemble de petites pièces plus ou moins courtes où la ligne mélodique se révèle moins. Et malgré tout, tout se passe comme si l’écriture prenait le pas sur l’improvisation et le cadre formel sur l’improvisation (même si une écoute attentive montre que ce n’est pas le cas). Une maîtrise qui ne cède pas au lâcher prise.
Et pourtant cet album diablement intéressant est surtout particulièrement riche et se situe dan une sorte d’entre deux. En effet alors que Frederic Eymard ( jeune violoniste alto soutenu par Didier Lockwood) semble tirer vers le classique, Olivier Calmel lui, tire de son côté vers le jazz dans une exercice qui relève parfois de la rencontre et parfois de l’opposition frontale. D’Humeur changeante ou Epistrophe sont deux morceaux qui à ce titre illustrent bien ce sens des contrastes. On retrouve bien sûr avec Olivier Calmel les inspirations liées au voyage. Travelling Mafate poursuit le travail engagé précédemment du côté de la musique flamenco et Le Hongrois Déraille s’embarque vers l’Europe de l’Est. Mais il y a là d’autres inspirations beaucoup plus cinématographique ou littéraires où à la manière d’un Darius Milhaud, Olivier Calmel nous conte quelques histoires (Trois messes basses, Préludes des cinq Rameaux). Ces histoires sont parfois trop brèves pour ne pas générer quelques frustrations comme ce Au Lever que l’on aurait tant aimé entendre se poursuivre.
C’est qu’avec Empreintes, Olivier Calmel poursuit un travail commencé il y a déjà quelques années. Soucieux de gagner ses galons bien mérités de compositeur, le pianiste pourtant épaulé d’une admirable rythmique (dont le très grand Jannuska !) semble constamment se brider. Pourtant cela ne fait aucun doute, le salut vient de cette lumière qui semble jaillir au bout de ses doigts de pianiste et qu’il réfrène, à notre sens un peu trop souvent. Lorsque en fin d’album, Olivier Calmel parvient à se lâcher totalement (au risque, dans l’emballement de paraphraser lourdement la référence à My favorite Thing), on sent qu’il y là une ouverture, une sorte de respiration salutaire. Une voie dans laquelle il hésite pourtant encore à s’engouffrer mais que avec impatience nous attendons pour le prochain album de ce jeune pianiste si talentueux.
Jean-Marc Gelin

Il y a dans le jeu du pianiste américain Bill Charlap quelque chose qui tient d’une immense délicatesse. Enregistré en live à l’occasion des 70 ans du Village Vanguard, le pianiste y revisite le territoire des standards de jazz de Autumn in New York à It’s only a paper moon en passant par The Lady is a tramp
En 1969, il y a 38 ans, Jacques Coursil, alors trompettiste virtuose de la scène free-jazz, compagnon de Sunny Murray, d’Antony Braxton, d’Albert Ayler, de Frank Wright, se retire discrètement de la scène après l’enregistrement de son deuxième album, The way ahead, pour se consacrer à la linguistique, qu’il enseignera à Caen et aux Antilles avant de partir à l’université Cornell aux États-unis. En 2005, à la demande d’un de ses anciens élèves de Cornell, un certain John Zorn, qui l’accueille sur son label Tzadik, il rejoue enfin de la trompette en public et enregistre son troisième album, Minimal Brass. Il a passé dit-il ses trente dernières années à démanteler la trompette, à supprimer de son jeu toutes les affèteries, à travailler inlassablement son instrument, pour ne conserver que le souffle continu. Less is more…ne peut-on que se dire à l’écoute de ce sublime album. Avec Clameurs, Jacques Coursil appelle avec les mots du poète martiniquais Franz Fanon au refus du « «meurtre de ce qui a de plus humain dans l’humain, la liberté ! […] Je demande que l’on me considère à partir de mon désir […] Exister absolument ! » Né en 1939 à Paris, Jacques Coursil ne découvre sa terre d’origine martiniquaise qu’à 40 ans. C’est une terre de brassage culturel, de passage, de lumière, de chaos, de labeur, de blessures, de révoltes mais surtout de cris étouffés. « Le cri de l’esclave, de l’opprimé, s’étouffe dans sa gorge. S’il crie, on le bat, il est mort –le cri à pleine voix est le privilège de l’homme libre. Dans la langue des poètes, le cri noué se mue en écrit », explique Jacques Coursil dans le livret qui accompagne son nouvel album. Son projet ici est à la fois politique, musical et linguistique et se décline en « 4 oratorios pour trompettes et voix ». Coursil rend hommage dans leur langue (français, créole, arabe),

