JJJJ JEAN-CHARLES RICHARD: “ Faces”
HERRADE 2006
Jean Charles Richard (ss, bs), Dave Liebman (dm)
Jean Marc Gelin
JJJJ JEAN-CHARLES RICHARD: “ Faces”
HERRADE 2006
Jean Charles Richard (ss, bs), Dave Liebman (dm)
Jean Marc Gelin
JJJ Diana KRALL: « From this moment on »
Verve 2006
JJJJ Bill Frisell, Ron Carter, Paul Motian
Nonesuch 2006
Bill Frisell renoue ici avec une sorte de country jazz qui trouve ses racines dans son Amérique profonde avec un style inimitable et qui ne l’a d‘ailleurs jamais vraiment quitté. Sur des thèmes comme ce magnifique thème traditionnel arrangé par Frisell Pretty Polly et qui semble tout droit sorti du folklore de son Colorado natal, il fait tourner le motif mélodique en lui imprimant avec sa pedal steel guitar des effets réverbérés au moelleux métallique. Il ne s’agit pas de longs étirements de la musique mais simplement d’une exploration juste du thème exposé. D’une déclinaisons des nuances et du son. Ron Carter et Paul Motian créent alors des formules irrésistibles, motifs à géométrie variables de profondeur et légèreté mêlées à l’image de la rondeur d’un Ron Carter qui à 70 ans fait ici un numéro époustouflant. Sa façon de décliner ses walkin bass simples mais incomparables dans leur sonorité et leur feeling crée une assisse dans laquelle Paul Motian n’a plus qu’à prendre place, déroulant alors son jeu de fin coloriste aux balais frissonnants. Montrant qu’ils sont avant tout des joueurs de jazz, les trois hommes s’attaquent aussi et avec autant de bonheur à des standards réinventés comme le Misterioso de Monk ou ce standard un peu moins joué On the street Where you live où l’occasion leur est donnée de montrer combien ils maîtrisent aussi le swing. Jamais ils ne s’y font démonstratifs. Alors Bill Frissell avec son sens inné du blues nous embarque dans une sorte de road movie où défilent ces images d’Amérique et toutes ses déclinaisons de couleurs qui vont avec. Défilent alors de grands espaces sauvages. Espaces imaginaires comme dans cet Introduction ou encore ce Misterioso joué d’une manière un peu poisseuse. Avec I’m so lonesome, I could Cry la guitare country de Bill Frisell affirme ses
Jean Marc Gelin
JJJJ FRANCK AVITABILE: “Short Stories”
Dreyfus Jazz 2006
Il y a un an à peine Avitabile nous avait séduit avec son Just Play sorti en 2005 chez Dreyfus. Il revient aujourd’hui avec ces Short Stories, ensemble de 18 morceaux très courts qui ne sont pas sans rappeler les petites pièces de Debussy. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si le premier morceau se nomme Arabesque (Debussy ayant lui-même composé plusieurs Arabesques) et le deuxième Childhood memory. Et s’il faut convoquer des références, appelons à la table de Franck Avitabile Ravel, Satie ou même Darius Milhaud qui excellait dans l’exposé de pièces très brèves. Et ces influences auxquelles se mêlent aussi Art Tatum parfois, Keith Jarrett et dans une moindre mesure Bill Evans se mêlent dans l’expression très personnelle de Franck Avitabile dans une sorte de syncrétisme musical enchanteur autant que raffiné. Irrésistible. Car toujours Avitabile joue avec une sensibilité qui le porte à faire chanter son piano avec un romantisme toujours délicatement retenu. Délicatesse, c’est le mot qui s’accorde à son jeu. Survolant de manière aérienne le clavier, Avitabile donne le sentiment de se dédoubler tant son jeu de main gauche donne parfois l’impression d’un piano à quatre mains capable de dérouler des arabesques mélodiques tout en explorant quelques profondeurs harmoniques (Inside Out). Son Meddley est moment fort et bouleversant de romantisme et de swing mêlé. Une sorte d’expression émouvante de l’artiste mariée avec une extrême pudeur. Seulement deux titres sont issus de standards : un There is no greater Love que n’auraient reniés ni Art Tatum ni Bud Powell (excusez du peu) et un Over The Rainbow qui vient avec beaucoup de finesse clôturer ce remarquable album.
Avec une passion toute en retenue Franck Avitabile nous raconte ici de brèves histoires, sorties d’une sorte de songe éveillé résonnant comme des réminiscences pianistique de ce qui fonde son jeu. Ces histoires ne disent rien d’autres qu’un amour, son amour de la musique et du piano. Un amour que Franck Avitabile parvient à nous transmettre ici avec une sensibilité rare.
Jean-Marc Gelin
JJJ PATRICK ARTERO: “ Artero - Brel”
Nocturne 2006
Les musiciens embarqués dans l’aventure tirent tous leur épingle du jeu avec toutefois une mention spéciale pour Giovanni Mirabassi dont le toucher aérien au clavier, la précision et l’originalité des chorus sont un réel bonheur. Les arrangements particulièrement soignés réservent une bonne place aux solistes «
Un disque inclassable si l’on tient absolument à ranger la musique en général et le jazz en particulier dans des boîtes hermétiques mais, sans aucun doute, un disque intéressant qui conquiert l’auditeur au fil des écoutes successives. A recommander.
Jean Pierre Foubert
JJJJ FRANCOIS COUTURIER: “Nostalghia – Songs for Tarkovski”
ECM 2005
Régine Coqueran

JJ nicolas FOLMER: “Fluides” Cristal 2006
Le trompettiste du Paris Jazz Big Band poursuit donc sa route somme toute très classique et l’on retrouvera ici les mêmes couleurs que celle qui prédominent dans la formation qu’il co-dirige avec Pierre Bertrand. Des compositions qui pourraient presque se concevoir pour grande formation. Portant c’est ici en quartet qu’évolue Nicolas Folmer avec des partenaires de choix. Le jeu subtil mais très présent de Pierre Alain Goualch au piano en fait un compagnon idéal, un sideman rêvé au lyrisme contenu. Idem pour Stéphane Huchard à la batterie. On est en revanche moins convaincus par l’apport des deux contrebassistes particulièrement absents de l’album. Exercice de style particulièrement élégant et raffiné qui, par son très grand classicisme ne bouleversera certes pas le genre des trompettistes de jazz. On n’est pas dans l’underground New Yorkais mais une scène pbien plus léchée. On croit parfois entendre certains albums du catalogue Criss Cross des années 90. Pas révolutionnaire, rien qui fâche, rien d’incorrect donc mais avec un goût suffisamment délicieux pour nous donner envie d’y revenir beaucoup. Jean Marc Gelin
Cristal 2006
JJJJ Domanchich, Avenel, Goubert : “ Dag”
Une triangulaire, mais gagnante cette fois, un équilibre parfait qui se repère dès la pochette, puisque chacun des musiciens a apporté trois compositions au groupe. Sans révolutionner l'art du trio, ils créent ce qu'on n'a pas souvent l'occasion d'entendre. Cet album se déguste délicatement, le piano de Sophia fait retour à Monk parfois ( « Pourquoi pas? » , « Soliloques » ), grande figure solitaire qui sut se trouver de merveilleux partenaires. L'intériorité mélancolique de la musique de Sophia Domancich demeure mais elle a trouvé des couleurs et même des élans nouveaux ( « Rêve de singe ») avec le drumming fort et subtil de Simon Goubert ( «Somewhere we were »), et le boisé ferme de Jean-Jacques Avenel, qui nous prévient déjà, par un solo, d'une «Eclaircie» avant ce «Canoë», final de l'album, surprenant, plus léger, comme si le complice de Steve Lacy révélait une sérénité inconnue. Sophie Chambon
JJJ KenNY GARRETT: “Beyond the wall”
Nonesuch 2006
On reste coi car, en première réaction, cet opus suscite quelques interrogations: Kenny Garrett en quête de vénérabilité ? Kenny Garrett mystique? C’est quoi cette mièvrerie dégoulinante ? Pourquoi faire appel à Pharoah Sanders autrement que pour trouver une quelconque légitimité dans la démarche? On sait l’homme très intéressé par l’Asie, il parle même japonais. On connaît l’artiste très influencé par John Coltrane, il avait d’ailleurs consacré un album magnifique (« Pursuance ») à sa musique. Pour certains : quoi de plus normal que d’emprunter les mêmes chemins de son maître ? Pour d’autres, la question serait plus : quel tropisme a piqué Garrett à faire dans le mystique bouddhisant après un voyage en Chine ?
A l’origine, cette œuvre était dédiée à Mc Coy Tyner, qui devait jouer sur cet album. Mais c’est Mulgrew Miller qui pose ses mains sur les touches d’un piano inspiré. En fait, il ne faut pas seulement considérer cette œuvre comme un disque de jazz. Il faut aussi se rappeler des deniers galas de Garrett en festivals et de la musique qu’il y présente. "Beyond the Wall » est un amalgame de passion pour l’Asie, de sujets à la mode, de tonalités et figures tirées de
« Qing Wen » et « Kiss the skies »: si on s’arrête aux chœurs « world », ces deux pièces font penser à de la mauvaise musique d’ascenseur… Voilà ! Vous vous dites que vous avez une idée, même superficielle, de la chose et que cela vous suffit. Permettez-moi de vous contredire … L’ensemble n’est finalement pas si mal ficelé, malgré ce qu’on vient de vous en dire. Il apporte des plaisirs simples comme celui de respirer l’herbe fraichement coupée : odeur ultra connue mais toujours agréable quand elle arrive a nos naseaux. Il faut dire qu’avec un tel line-up, le groupe joue terrible ! On ne peut pas reprocher grand-chose à l’interprétation. Bobby Hutcherson est particulièrement surprenant d’imagination et la combinaison Garrett / Sanders est inspirée et nous délivre de précieux et intenses moments. Sans compter la section rythmique percutante avec Brian Blade et les interventions habitées de Mulgrew Miller sur la belle et puissante composition « Beyond the Wall », dont on siffle immédiatement le thème, par exemple. Après quelques écoutes, on découvre d’autres délices comme « Now » qui est une pièce de jazz modal tout ce qui a de plus somptueuse, ou même « Gwo Ka », malgré les chœurs « houhouuuuu », ou la ballade « May Peace Be Upon Them » avec une mention spéciale à … tout le monde, car vraiment personne n’est en reste.
L’atmosphère de l’album est très coltranienne, parfois même très solennel et emphatique comme sur « Calling ». Le pire dans tout ça, c’est qu’on y prend goût, une fois l’effet de surprise évoquée au début de cette chronique. Justement, c’est un coup de cœur, un flash : on l’écoute en boucle…
Mais, dans notre cdthèque, quel place aura ce cd dans six mois ? En tout cas, pas sûr qu’il reste graver dans nos mémoires ad vitam aeternam.
Jerome Gransac
JJJJazz Hip Trio : « Douces Pluies »
Nocturne 2006
Le label sudiste varois Celp a ressorti récemment deux albums, l’un du Jazz Hip Trio, l’autre en quartet avec Barney Wilen, tous deux en live et à Chateauvallon. Ce «Barney Wilen et le Jazz Hip Trio», intitulé « Le jardin aux sentiers qui bifurquent » (un titre magnifique de Borgès) est un témoignage précieux, souvent oublié de la discographie officielle du saxophoniste.
Comment ces deux hommes ont-ils réussi à concilier cette double vie de musicien et de médecin ? Phénomène incompréhensible actuellement où la spécialisation est valorisée, mais peut-être cela explique-t-il le relatif désintérêt de la profession pour ces « dilettantes », sudistes, au parcours dispersé et quelque peu rebelle ?
Cette présentation n’est pas inutile pour révéler la suite de cette histoire à rebondissements avec dès 1957, la création d’une revue Jazz Hip, farfelue, non académique et d’un régionalisme impertinent, aventure qui devait durer dix ans. JB Eisinger, le pianiste du groupe, atteint d’une maladie invalidante, préféra s’éloigner de la scène en 1989. Son complice Roger Luccioni n’abandonna pas la partie pour autant et reforma un nouveau groupe, après d’assez longues recherches, en intégrant le pianiste Henri Florens et le batteur Jean Pierre Arnaud, tous deux attachés à leur sud natal.
Cet album sorti chez Nocturne est un retour dans la production discographique du Jazz Hip Trio, et aussi le signe d’une continuité réelle d’esprit et de forme. Les compositions sont souvent de JB Eisinger, certaines anciennes comme « Tableau de Daniel Humair», ou Starlight starbright », gravées en 68 sur les deux premiers disques du trio, d’autres très récentes comme ce « Douces pluies »qui donne son nom à l’album, ou «L’automne est arrivé». Dans le même temps, comme s’il reprenait goût à la vie, le pianiste s’est remis à composer. Anticipant un prochain retour en scène, il s’est attelé à la création d’un Cd auto-produit, sur le label Plein Sud, enregistré chez lui, de façon artisanale, en re-recording, fort justement intitulé « Virtual Trio ». Il faudrait donc écouter les deux albums en parallèle, car ils sont bien plus que complémentaires. Ils continuent, prolongent, renforcent cette histoire étonnante de musique et de complicité, qui court sur une vie. La qualité d’interprétation du trio irrigue d’un sang neuf les compositions de JB Eisinger qui révèlent une compréhension fine et intimement vécue du jazz. L’improvisation est parfois limitée au profit de l’exposition de thèmes d’un lyrisme souvent mélancolique. « L’automne est arrivé » s’inspire d’un texte de Mimi Perrin, l’amie de toujours, clin d’œil à Early Autumn dans la version des Double Six. Pendant les années soixante, JB Eisinger se référait volontiers à la musique classique ou contemporaine (« Shéhérajazz, CelloBritten »,) il aima aussi rendre hommage à ceux qui l’ont toujours inspiré comme Johnny Griffin (« Little Giant Steps »).
La vivacité inspirée de Henri Florens, qui apporte « Thème n°1 », encouragée par une section rythmique chaleureuse- Roger Luccioni signe deux belles compositions « Hyperespace » et « Rue du Chemin Vert »- renforce l’élan et la vigueur de ce jazz que l’on écoutait autrefois dans des caves ou en club, dans le bruit des couverts et des conversations, derrière un écran de fumée, pour dissiper son ennui ou masquer ses fêlures. Un certain état d’esprit et tout un art de vivre.
Sophie Chambon
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