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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 21:55

 

1 CD Plus Loin/ Harmonia Mundi

 

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On l’attendait au tournant ce deuxième opus du Jus de Bosce de Médéric Collignon autour de la musique de Miles Davis. Presque trois ans et demi après avoir revisité « Porgy & Bess », Médéric et ses acolytes retrouvent la musique de Miles dix ans après Porgy, esquivant intelligemment les chefs d’œuvres tels que « Kind of Blue » ou les fabuleux albums du quintette de 1965-1967 afin de retrouver Miles au moment de la fameuse révolution électrique (et franchement électrisante) qui mêlait jazz, free, rock, funk et même la musique indienne et qui le consacrait super star avec un « Bitches Brew » vendu à 400 000 exemplaires et un concert mythique à l’ile de Wight en août 1970 devant 600 000 personnes. Médéric s’attaque donc à Miles dans sa période la plus folle, la plus énergique et la plus bouillonnante, la plus « black power » aussi, avec le funk moite et obsédant de « On the Corner ». Médo n’a peur de rien car il va puiser son inspiration dans l’intégralité de cette période, de « Mademoiselle Mabry » (1968) à « Interlude » (tiré de « Agharta » en 1975), en passant par les inévitables thèmes tirés d’« In a Silent Way » et de « Bitches Brew » (1969). Il ose aussi nous faire redécouvrir des titres plus rares comme « Billy Preston » (tiré des sessions de « On the Corner », mais figurant dans l’album « Get Up With It », ou « Early Minor » (un thème de Zawinul de 1969) et « Nem Um Talvez » (un morceau signé par Hermeto Pascoal figurant dans « Live Evil »).

Le concept du groupe « Jus de Bosce » (qui est un jeu de mots d’après « Juke Box ») est de reprendre des musiques incontournables et éternelles et de les faire siennes. C’est un groupe qui ne compose pas, mais qui arrange et dérange les morceaux comme un sculpteur qui ferait des variations sur des figures connues, en malaxant différemment la pâte, en la triturant pour aboutir à autre chose. Médéric ne va donc pas s’amuser à « copier »  Miles, il ne joue pas du tout comme lui, il va « Collignoner » comme il a toujours su le faire, c'est-à-dire qu’il va jouer les morceaux de cette période avec son propre style, sa folie contagieuse, son âme écorchée-vive et surtout avec sa fabuleuse énergie, poussant son cornet de poche dans des terrains encore inexplorés avec toute une gamme de sons, du plus pur au plus saturé, n’hésitant pas à pousser ses vocalises les plus audacieuses, que ce soit sur « SHHH Peaceful » ou sur le très bluesy « Mademoiselle Mabry » où il dialogue avec amour avec son cornet. Il va aussi arranger cette musique avec beaucoup d’audace, avec un réel souci d’architecte sonore (quel extraordinaire travail de mixage !) comme par exemple la présence sur quelques titres de quatre cors qui vont donner une touche orchestrale à l’ensemble. Et puis de l’énergie, il en a à revendre Médéric et il sait très bien la transmettre aux musiciens de son quartette, un groupe incroyablement soudé, cohérent et alchimique, l’équivalent d’un groupe de rock de premier plan comme Led Zeppelin (ce n’est donc pas un hasard si l’album des termine sur « Kashmir », d’autant plus que le disque de Led Zep est sorti en février 1975, ce qui correspond exactement à la date des derniers concerts de Miles au Japon, avant qu’il n’arrête complètement la musique pendant six ans). Un groupe au bouillonnement rythmique imperturbable, une éruption volcanique sauvage et colorée et un Frank Woeste qui sort du lot en effectuant un travail considérable au Fender Rhodes, malaxant et triturant les sonorités comme peu de pianistes savent le faire. Vous l’aurez bien sûr compris, il s’agit d’un disque incontournable et dores et déjà l’un des plus marquants de l’année 2010 et puis allez absolument voir ce groupe sur scène afin de recevoir une grande giclée de lyrisme et de sauvagerie.

 

Lionel Eskenazi

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Published by Lionel Eskenazi
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commentaires

Ptilou 16/07/2010 21:22



Sur Spotify, je me suis fait une playlist des morceaux de Miles repris par le Jus de Bocse sur ce CD, de façon à faire l'aller retour entre les opus joués par Miles et les adaptations
Collignonesque !  Très interessant de marquer ce saut d'époque...


Jus de Bocse est un groupe superbe et puissant ! que je ne me lasse pas d'aller voir Live en club de jazz !



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