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9 janvier 2008 3 09 /01 /janvier /2008 07:56

JJJ TOM HARELL & DADO MORONI : «  humanity »

Abeat 2007

 
Harrell-Moroni.jpg

C’est souvent une histoire qui marche. Les pianistes aiment les trompettistes. A moins que ce ne soit le contraire, je ne sais pas trop. Ceux qui ont écouté la belle réédition des sessions de Chet Baker à Paris n’ont pas pu manquer de relever combien les associations du trompettiste avec Dick Twardzik ou Urtreger étaient capitales. Il n’y a pas si longtemps nous nous éblouissions de cette rencontre mutine entre Solal et Dave Douglas.

La rencontre dont il s’agit ici ne déroge pas au principe. Même si les deux hommes se connaissent et jouent ensemble depuis près de 20 ans tout se passe comme si le plaisir de jouer tous les deux  était parfaitement intact. Car lorsqu’un immense trompettiste de la dimension de Tom Harrell joue avec l’un des plus grands pianistes italiens actuel, la rencontre ne peut manquer d’émouvoir. Le trompettiste qui a plus de 60 ans n’a jamais autant marché sur les traces de Chet Baker en arrive en effet à une sorte de mimétisme troublant avec son maître. On retrouve dans son jeu les mêmes fêlures, les mêmes fragilités et le même sens innoui de l’improvisation où, quelque soit le détour utilisé c’est toujours la mélodie qui en ressort sublimée. On ne peut pas jurer que Tom Harrell n’a pas quelques vibratos, ni même qu’il souffle comme à 20 ans. Mais il y a dans son jeu une chaleur intacte, une grande proximité avec celui qui reçoit ce qu’il dit. Une façon de mettre de l’intimité dans son jeu qui s’apparente à une forme de tendresse.

La présence à ses côtés de Dado Moroni est lumineuse. Car ce dernier n’y est pas un simple accompagnateur. Il est une sorte de complément indispensable, de guide. Comme celui qui tient le bras de l’aveugle pour l’aider à traverser, Dado Moroni apporte un soutien avec une énergie qui est à la musique du trompettiste son souffle et son battement de cœur tout à la fois. Il y a quelque chose qui relève moins de la complicité que de la fraternité dans la façon qu’à le pianiste d’épauler son compagnon tout au long de cette très courte escapade au milieu de ces 6 standards. Et chez le pianiste cet amour partagé des standards qu’il lit avec une certaine gourmandise. Cette gourmandise de ces pianistes qui ne peuvent pas s’empêcher de dévorer du Art Tatum ou du Erroll Garner.

Le thème d’ouverture, The nearness of you est une sorte d’uppercut pour l’auditeur rapidement versé au bord de l’émotion. Saisissant ! Cette façon aussi qu’il y a chez les deux hommes de tourner autour du thème avec une certaine pudeur qui es empêcherait de s’emparer à bras le corps de la mélodie. Ainsi dans Poinciana où les notes du thème n’apparaissent réellement qu’à la fin sans que celui-ci n’en soit pour autant dévoyé.

C’est qu’il y a chez les deux hommes cette façon de se livrer avec beaucoup de décence et de retenue. De ne jamais s’appesantir lourdement mais de frôler, de caresser toujours le sujet qui n’est pris qu’avec une extrême délicatesse. Il en est ainsi par exemple dans les citations très discrètes du pianiste qui effleurent au détour d’une phrase.

Ce n’est pas grand-chose et cet album pourra tout aussi bien s’oublier aussi vite. Il en restera quelque chose comme une trace en erre. Comme le prolongement d’un dernier accord qui nous poursuit puis lentement s’efface dans un nuit de douce rêverie. Comme une étoile filante à l’éphémère beauté.                                                                                                                        Jean-Marc Gelin

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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 22:49

JJJJ(J) Non stop travels with Michel Petrucciani - Live in StuTggarT

De Roger Willemsen

 

petruciani-dvd.jpgC’est bien plus qu’un travail que livre là Roger Willemsen. Plus qu’un hommage bien sûr et plus encore qu’un témoignage, une sorte de déclaration d’amour fraternelle entre lui et son sujet Michel Petrucciani. Et il ne peut pas en être autrement pour parvenir à tant de complicité, tant de liberté dans l’échange et tant de sincérité aussi. Alors entre eux tout est dit, rien n’est éludé et naturellement tous les thèmes sont abordés tout au long de ce chemin que nous parcourons en 1995 avec Petrucciani de San Francisco, à Paris et enfin à New York. Et il faut rendre hommage à la simplicité, à l’humour et à l’immense force du pianiste avec qui il était possible de parler de tout, de la vie, de la maladie, de la souffrance, de la mort, de l’amour et de ses souvenirs d’enfance sans la moindre gêne.

 

Ce DVD n’est pas un inédit et il avait été diffusé il y a quelques années par la chaîne Arte. Beaucoup le connaissent donc déjà. Il est complété par un concert donné par le pianiste à Stuggart en février 1998 moins d’un an avant sa disparition en janvier 1999.

 

Michel Petrucciani dont jamais autant que dans ce DVD nous n’avions pu percevoir la force titanesque qui l’habitait. Et nous ne parlons même pas de son courage même si toujours il s’impose d’évidence. Nous parlons de ce regard pétillant et malicieux toujours porté sur le futur de lui-même. Cette gourmandise de la vie autant que cette volonté farouche de la mordre à pleine dent

Les rires succèdent aux moments d’émotion pure. On rit lorsque Petrucciani parle de la mort et de son agnotisme ( je veux bien croire qu’il y a quelque chose après la mort mais si je me suis trompé je demanderai à ce que l’on me renvoie sur terre !) et l’on pleure lorsque Charles Llyod, 20 ans après leur première et magnifique rencontre, reprend la même prose qu’une photo de l’époque et lui dit combien il est aujourd’hui un homme fier de lui. Petrucciani parle de tout très simplement. Il évoque son père, musicien pour qui il avait une admiration sans borne ( terrible souvenir de cette séance de répétition tant attendue et tournant au désastre),  il évoque le jazz et un peu son regard sur les autres pianistes. On rit encore lorsqu’il raconte ce thème qu’il avait composé pour Charles Llyod « She did it again » que d’aucuns croient dédiés à une femme et qui en fait raconte l’histoire de Josy, la chienne de Charles Llyod qu’il emmenait en voiture et qui ne cessait d’émettre des pets insupportables ! On frémit lorsque Roger Willemsen ave une infinie délicatesse pose à Petrucciani la question de la souffrance. Moment terrible.

Ce voyage réalisé en 1995 avec Petrucciani le mène en studio lorsque fut enregistré l’album Flamingo avec Stéphane Grappelli et Roy Haynes (ainsi que George Mraz). La rencontre de trois générations de jazzmen mythiques. Et l’on suit Petrucciani concentré et ému à l’écoute d’un chorus de Grappelli et s’en aller voir avec une grande humilité ce vieux monsieur pour lui dire combien il avait été touché par ce qu’il avait entendu. Le DVD s’achève sur un rêve, comme un défi lancé un jour à l’heure du thé dans le jardin de Charlotte Rampling : Willemsen lançait l’idée de filmer Petrucciani assis devant un piano posé sur le toit d’un building en plein cœur de Manhattan. Quelque mois plus tard un hélicoptère un peu kitsch tournait dans les airs autour de cet homme de génie posé sur le toit du monde et de nos rêves. L’image s’arrête, nous laissant le regret de ne pas avoir connu l’homme. Nous laissant aussi avec le souvenir d’un extraordinaire musicien dont on perçoit aujourd’hui l’empreinte qu’il laisse sur des générations entière de pianistes et qui, irrémédiablement ne cesse de nous manquer.                                                                            Jean-Marc Gelin

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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 07:54
goldberg.jpg

JJJ Worlds – Aaron Goldberg

Sunnyside 2006

 

 Le 15 décembre dernier au Sunside, il y avait salle comble pour applaudir le trio trop rare sur les scènes d’Aaron Goldberg. Avec Reuben Rodgers, le bassiste à la fois si discret et si parfaitement  présent, et Eric Harland, l’inventif batteur, ce trio a un son bien à lui, un mix de hard-bop et de musique brésilienne. Bref, ça joue terrible ! Cela fait dix ans, que ces trois jeunes musiciens (Goldberg n’a que 33 ans) jouent ensemble tout en se nourrissant auprès de prestigieux aînés. Aaron Goldberg a passé 4 ans avec Joshua Redman, Reuben Rodgers travaille régulièrement avec Diana Reeves. Eric Harland, quant à lui joue avec Kurt Rosenwinkel (invité sur un morceau de cet album),  McCoy Tyner, et Joshua Redman. Des collaborations qui, sans aucun doute, enrichissent leur trio à l’énergie débordante. L’album « Worlds » est un tribut au brassage culturel. La musique brésilienne est au centre de l’album et de l’inspiration de Goldberg. Il a étudié la langue portugaise et la bossa nova et cette musique influence profondément son écriture musicale (Salvador) qui reste une écriture très jazz. Goldberg est un très grand pianiste avec beaucoup de style, un jeu délié très virtuose et très hargneux. L’album donne l’impression d’avoir été enregistré en « live », sur le vif, sans répétition. Cette spontanéité est le fruit de beaucoup d’écoute et de générosité de chacun des musiciens de ce trio. Ce plaisir d’être ensemble se retrouve sur scène comme sur le CD (Oam’s blues, jubilatoire course poursuite entre Harland et Goldberg). Goldberg rend hommage à trois compositeurs dans cet album : l’immense, l’incommensurable, l’indépassable Carlos Jobim, dont on ne dira jamais quel grand compositeur il est en reprenant deux de ses titres Modinha et le planant Inutil Paisagem ; le chanteur et compositeur Djavan rendu célèbre par son duo avec Stevie Wonder sur Samurai, dont il joue en introduction le Lambada de Serpente ; le saxophoniste Benny Golson en détournant Stablemates, le standard qu’il a écrit pour sa femme, en Unstablemates, pour dit-il rendre compte de sa situation personnelle. Goldberg puisent à différentes sources car comme il l’écrit dans les liner notes, là est la richesse du jazz né comme l’Amérique de parents mélangés. - Régine Coqueran

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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 20:59

JJ EHA – « Fortune »

2007

Eha.jpg

EHA (prononcer é-a) est un collectif regroupant six musiciens et quelques invités d’origines européennes, africaines, sud et nord américaines. Tous sont réunis par le guitariste et compositeur Philippe Coignet, pour jouer une musique originale et actuelle, fusion du Jazz, du Funk et de la World Music, très représentative de la scène culturelle du Paris des années 2000. Un mariage particulièrement réussi des sons acoustiques et électriques.Après de nombreux concerts, EHA réalise un premier album à la fin des années 90. Distribué dans une vingtaine de pays, il est diffusé par des radios de nombreux pays, d'Amérique du Nord au Japon en passant par les Caraïbes, l'Europe, l'Afrique, le Moyen-Orient, l'Océan Indien, l'Indonésie... Cet album est aujourd'hui épuisé. EHA revient aujourd’hui en 2007 sur le label Kwazil avec un nouvel enregistrement, « Fortune », fruit d'un travail de studio très abouti, mêlant maturité, énergie, écriture subtile et spontanéité, pour une musique oscillant entre World et Latin Jazz. Malgré ce coté très écrit de cette Musique au caractéristiques quand même très électriques, dans ce disque domine une étonnante poésie, qui n’est pas sans rappeler les célèbres opus des grands groupes d’hier comme Weather Report ou bien Mahavishnu Orchestra. Les passionnés de ce genre de projets magistraux ne resteront pas insensibles à la qualité de cet enregistrement, dédié au plus large des publics, au-delà de toute connotation jazzy. Malgré tout, si toutefois le kitch de ces œuvres n’est pas si dérangeant, il faut quand même relever un certain coté assez synthétique, qui désespère encore et toujours les amoureux de la Musique acoustique. Eternel débat. Chaque morceau du disque emploie une formule assez peu novatrice dans l’instrumentation, laissant peu de place à la nouveauté dans les arrangements tout comme dans les solos des instrumentistes. Il faut se rappeler du dangereux tournant qu’avait pris Georges Benson à l’époque de son album « Breezin’ », album qui a quand même cartonné et qui a fait passer Benson au stade de star internationale. Dans le cas d’EHA, cette fusion des styles révèle ses limites dans la maturité du jeu des instrumentistes, qui malgré cela nous offrent, après tout, un parfait aperçu de ce qui est faisable dans le style choisi. Il est regrettable aussi de ne pas retrouver une prise de risque dans l’innovation, dans la composition. Comme s’il était encore nécessaire de revenir indéfiniment sur ce style de fusion qui marqua les années 70 et 80. Un bémol aussi sur les qualités d’improvisateur du guitariste électrique, lors des solos de certains morceaux, dénudé de tout sens rythmique et harmonique, perdu dans un flot démonstratif et parfois peu ressemblant avec l’original, seule cible à atteindre. Dommage aussi de ne pas trouver non plus d’innovation dans le timbre de chaque instrument, donnant un point commun avec une quelconque Musique de Variétés. Il faut malgré tout quand même souligner l’incontournable hommage au folklorisme ethnique résidant dans ce disque. Un incomparable voyage au sein des cultures, toutes aussi vastes que diverses. Laissons nous bercer quand même par le côté festif de ce travail colossal réalisé en studio par des musiciens aux qualités, disons plus que redevables. - Tristan Loriaut

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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 20:55

JJJ Fred Borey : «  Maria »

Fresh Sound New Talent

 

Frederic-Borey.jpg Fred Borey est un saxophoniste et compositeur Franc Comtois qui n'est connu ni d'Eve ni d'Adam aux dnjs. Pourtant, Fred Borey participe activement au développement du jazz dans sa région natale et a joué avec Charlier et Sourisse dans son propre trio. De plus, il est loué par ses pairs (Jérôme Sabbagh, Lionel Loueke) qui lui prédisent de beaux horizons artistiques et a signé chez Fresh Sound New Talent, le label de Jordi Pujol.

Fresh Sound est ce label qui finit par obtenir une image de débusqueurs de talents dans le milieu du jazz mainstream moderne bien propre sur lui. Tout d'abord représentatif de la mouvance new-yorkaise, son catalogue s'est enrichi de productions françaises, comme celle de David Prez et Romain Pilon. Et au final, derrière un packaging bien maîtrisé et un courant musical peut être un peu formaté, Fresh Sound prend des couleurs reconnaissables de l'extérieur. Une esthétique comme celles qu'on peut rencontrer chez ECM ou Criss Cross. Au terme formatage, on pourra préférer celui de mode. Nous avons là  encore une collaboration sax/guitare plus une section rythmique. Comme pour le cd de David Prez et Romain Pilon ou celui de Michael Felderbaum avec Pierre de Bethmann.

Pourtant on ne doute pas de l'authenticité de la musique proposée par Fred Borey. Celui-ci fait partie intégrante de ce mouvement mainstream moderne aux sonorités à a Rosenwinckel et aux développements mélodiques subtils, parfois abstraits et sous-jacents aux chorus. Et associé à Pierre Perchaud, la musique de Borey prend une dimension de sérénité et d'onctuosité. Pierre Perchaud est un guitariste à découvrir car son talent n'est plus à démontrer, mais à soutenir et encourager.

Les deux musiciens font respirer la musique encore et toujours; les notes défilent selon un canevas très structuré et se dégustent une à une sans étouffer le propos. Le saxophoniste et le guitariste se cherchent, se trouvent délicatement et soumettent posément chacun des idées expressives à exploiter, le tout forme un son! Tout en restant dans une esthétique veloutée et sans véritable escalade, le quartet de Borey crée une musique tendue mais souple où l'auditeur a le loisir d'apprécier le talent de musiciens qui prennent leur temps. Jerôme Gransac

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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 09:18

JJJJ YVES ROUSSEAU : «  Poète, vos papiers »

 Harmonia Mundi 2007

 

Rousseau.jpg Il est urgent de (re)découvrir le Verbe haut de Léo Ferré. Au-delà de ses succès populaires (Jolie Môme, C’est Extra ou Avec le temps), que connaissons-nous véritablement de l’œuvre de ce poète de combat ? (« Les plus beaux chants sont des chants de revendications. Le vers doit faire l’amour dans la tête des populations. A l’école de la poésie et de la musique on n’apprend pas, on se bat ! »1). Nous sommes-nous un instant risqués au-delà de ses coups de gueule d’anar révolté à goûter ses mots crûs. Il ne nous parle que de notre humanité étriquée (« N’oubliez jamais que ce qu’il y a d’encombrant dans la morale c’est que c’est toujours la morale des autres »1), ficelée, vide mais aussi de notre humanité aimante, miséreuse, souffrante et mourante. Ferré n’est pas un misanthrope, il aime trop la vie et la liberté pour cela. Ce sont ses mots libres, vindicatifs, emphatiques qu’Yves Rousseau nous donne à entendre car « la poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n’être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie. Elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche. »1  C’est cette chair sensuelle et généreuse que nous donne à goûter Jeanne Added et Claudia Solal, deux muses inventives et inspirées. Deux muses en liberté. Les chuintements de l’une et la verve de l’autre ; les mots qu’elles font leur : des mots cognés, jetés, hachés, tranchés, croqués, moqués et toujours respectés ; le swing dans chaque syllabe détachée ; la musicalité de la phrase superbement déclamée :

« Madame la misère écoutez le tumulte
Qui monte des bas-fonds comme un dernier convoi
Traînant des mots d'amour avalant les insultes
Et prenant par la main leurs colères adultes »
2

 

Sur ces mots du recueil de Ferré paru en 1956, « Poètes, vos papiers » d’une saisissante modernité, les compositions et arrangements d’Yves Rousseau sont un travail d’orfèvre. Ils accentuent un tumulte (Préface), prolongent une émotion (Le plus beau concerto), accompagnent le cri de rage (Où va cet univers) ou portent la revendication (Tête à tête). Si bien que l’on ne sait plus reconnaître les chansons de Ferré de celles de Rousseau, ce dernier ayant su s’inspirer des créations du poète pour mieux libérer sa poésie du livre fermé. A ce titre l’arrangement de Signora Miseria (traduction en italien de la chanson de Ferré Madame la misère) ou du Testament (avec violons saturés) sont flamboyants. Tout le contraire de la tiédeur affectée que Ferré détestait tant. Yves Rousseau est de la même engeance que Ferré. Et puis il y a aussi Jeanne Added. Quelle personnalité ! Une jeune chanteuse au tempérament de feu : portez attention à Où va cet univers ou à A toi, elle ne fait pas dans la mesure ou la demi-mesure, elle brûle tout et ce tempérament convient parfaitement au libertaire Ferré. Quand on etend chanter Added, on comprend qu’il y a urgence et que c’est une question de vie et de vie. Il y a aussi Claudia Solal, improvisatrice fantasque, exigeante, barrée. Dans ce rôle d’interprète, elle garde la juste distance avec les textes, sans pathos et avec ce grain de voix à nous damner. Écoutez sa ferveur mystique sur Signora Misera ou sa souriante hauteur sur Mannequin.  Voici un projet né de la rencontre magique d’artistes rares qu’il est urgent de découvrir pour sa brûlante radicalité. - Régine Coqueran

 

1 Léo Ferré – éditions La Mémoire et la Mer

2 Léo Ferré – Madame la Misère

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6 janvier 2008 7 06 /01 /janvier /2008 07:34

JJJ HAL GALPER : «  Now hear this »

Enja 2007 – Réédition 1977

 galper.jpg

 

Réédition d’un album paru sous le label Enja dans lequel on retrouvait à l’époque un quartet aussi explosif qu’éphémère composé de Hal Galper au piano, du trompettiste désormais un peu oublié Terusmasa Hino, de Cecil Mc Bee à la contrebasse et de l’immense Tony Williams à la batterie.

C’était en 1977 et, à côté du jazz électrique perdurait un jazz très ancré dans la tradition hard boppienne sous l’égide de quelques meneurs.

Ici le label Enja donnait carte blanche au pianiste Hal Galper qui signe la totalité des compositions à l’exception de Bemsha Swing (de Monk). La musique s’inscrit dans un répertoire très classique et quasiment bâti pour le  « live » des clubs. Car l’on a affaire ici à de (jeunes) vieux briscards de la scène rompus à ces sessions d’enregistrements où il n’est pas question d’autres choses que de jouer avec conviction des partitions amenées pour l’occasion par le pianiste. Sous l’impulsion d’un Tony Williams (First song in the day) toujours aussi bouillonnant dans le feu de ses cymbales, celui qui fut un moment le pianiste du quintette de Cannonball Adderley y affiche un goût prononcé de ce jeu qui évolue entre hard et bop avec une assise tantôt basée sur un jeu en block chords un peu à la manière de Wynton Kelly et tantôt dans un lyrisme que ne renierait pas Mc Coy Tyner.  La musique y est alors explosive et le trompettiste japonais Terumasa Hino, l’ami des grands boppers comme Joe Henderson ou Jackie Mc Lean apporte avec son phrasé agressif la brillance d’une trompette incisive et sacrément mordante. Enfin Cecil Mc Bee apparaît à cette poque à son apogée dans une forme absolument sidérante, véritable pilier de cette formation et totalement boosté par la présence de Tony Williams. Cet album prend alors valeur de témoignage de la vivacité de cette musique qui pouvait sembler un peu à contre courant dans le contexte de l’époque et que certain comme Galper, Mc Lean ou Woody Shaw maintenait en vie avant qu’une autre forme moins convaincante de revival ne finisse par l’affadir un peu.                                                                                                                                  Jean- Marc Gelin

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5 janvier 2008 6 05 /01 /janvier /2008 16:21

JJJJ Louis Armstrong : « rétrospective 1923/- 1956 »

Saga 2007

(1901-1971)

armstrong.jpg Un petit bijou que l’on regrette de ne pas vous avoir conseillé avant les fêtes. Bien sûr les spécialistes ne trouveront aucun inédit, aucune perle inconnue sur lesquelles se ruer. Et pourtant, grâce à une sélection judicieuse sur une période assez large qui démarre logiquement avez King Oliver (1923) et s’achève en 1955 avec un morceau qui clôturait un concert donné en Espagne avec Trummy Young ou Edmond Hall les instigateurs de ce bel ouvrage nous proposent en trois volumes un remarquable parcours en pays Pops.

Qui n’a pas entendu le contre chant de Louis Armstrong derrière Bessie Smith sur Saint Louis Blues en 1925 n’a rien entendu. Oui derrière la trompette de Louis il n’ y a pas que la rage de vivre, il u a l’érotisme de la morsure à pleine dent. C’est chaud bouillant et c’est pas plus tard les enveloppements dans le manteau de Johnny Dodds qui vont vous rafraîchir. Ça non ! Il y en a qui prétendent que la qualité des très grands musiciens de jazz tient aussi de ceux dont ils s’entouraient. Ben on peut pas vraiment leur donner tort lorsque l’on entend cette formation exceptionnelle que constituait le Hot Five puis le Hot Seven. Comme in dit aujourd’hui : ça joue grave mon pote ! Replongez vous dans le fameux Potato head Blues. Pas un seul aujourd’hui qui arrive  jouer comme ça. Même maintenant. Epoustoufflant ! Ou encore ce West end Blues avec Earl Hines les deux rivalisant d’ingéniosité dans l’improvisation après une intro que personne, ni Armstrong lui-même ne parviendront à reproduire. Un morceau qui pour beaucoup reste encore aujourd’hui la quintessence du jazz.

Il est émouvant aussi d’entendre Lionel Hampton alors batteur dans le groupe Sebastian new Cotton Club orchestra, faire à la demande du trompettiste ses premières armes de vibraphoniste sur Memories of you. Cette version de Stardust si émouvante ou encore cette énergie incroyable avec laquelle Stachmo enchaîne sur Swing That music pas moins de 17 contre ut (piano). Et d’entendre avec quelle simplicité Louis interprète Nobody nows the trouble I’ve seen en 1938 avec une chorale de Gospel, j’en ai encore le frisson qui me parcours de haut en bas.

Travail remarquable et surtout travail de grande qualité qu’il s’agisse du remastering et du nettoyage absolument remarquable des bandes. Qualité du support aussi avec un très beau fonds documentaire au niveau du crédit photographique mais aussi et c’est assez rare dans ce genre de travail, des liner signées Daniel Nevers qui présentent le coffret mais aussi commentent et éclairent chacun des 63 morceaux de ce beau coffret. On regrettera simplement que dans ces liners, Daniel Nevers semble enterrer la période créative de Louis à 1930 soit quelques temps après la disparition des Hot Five. Les deux derniers volumes de ce coffret illustrent à quel point Armstrong ne cessa toute sa vie durant d’insuffler au jazz son génie que l’on se plaît à écouter comme des monuments toujours insurpassables aujourd’hui.                                                                                      Jean-Marc Gelin

 

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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:48

Les boutiques se sont illuminées et les sapins ont commencé à investir les appartements. Les gamins ont piaffé d’impatience à l’idée d’aller accrocher les guirlandes et la crèche ne va pas tarder à sortir des cartons. Il flotte un drôle d’air d’avant les fêtes et les ombres flottent la nuit devant les néons des magasins épuisés par les jours de grève et le vent qui souffle fort. Et pendant ce temps là nous étions l’autre soir dans un club de jazz à écouter Franck Morgan qui tel un vieux sage assis sur un tabouret nous distillait quelques histoires du bop avec cet air attendri et serein qu’ont les vieux lorsqu’ils racontent à leurs petits enfants des histoires vraies du passé. Ce soir là c’était Noël avant l’heure. Au bar on rencontre quelques copains et l’on tape la discute. On parle de choses et d’autres. Tiens, on cause d’Yvinec fraîchement nommé à la direction artistique de l’O.N.J dans sa nouvelle formule et l’on y va tous franchement de notre commentaire comme quoi la notion de directeur artistique c’est débile – comme quoi il aurait été préférable de nommer un tel ou un tel – comme quoi Yvinec ceci et Yvinec cela. Bref, personne ne semblait se rendre compte qu’avant même que Yvinec n’ait pu proposer quoique ce soit, qu’avant même de s’être penché sur son projet, le pauvre était déjà descendu en flammes par la gent bien pensante du jazz à laquelle nous étions censé appartenir. Et pourtant ! Si finalement il devait être avant tout question de laisser au temps le temps nécessaire. Pour nous journalistes, cette règle doit pas s’imposer comme l’exigence d’une impérieuse distanciation par rapport à l‘histoire en mouvement. Comme la règle absolue de mise en perspective, de jugement dans le temps passé et dans celui à venir. Peut être une telle règle de conduite à laquelle nous devons nous astreindre aurait elle évité à certains d’entre nous de vilipender Coltrane un moment avant, sans rire de le porter aux nues ensuite sans avoir l’air de se déjuger.

Mais à l’inverse donner du temps au temps c’est aussi laisser celui aux artistes de mûrir. Lorsque par exemple l’on voit certains labels vanter les mérites d’un jeune pianiste en exhortant ce dernier d’être immédiatement et tout de suite le génie qu’ils pressentent en lui, en le sommant d’être maintenant le futur Tony Williams du piano c’est aussi et de l’autre côté de la barrière transgresser cette nécessité absolue du temps qui construit et façonne.

 

Tiens d’ailleurs puisque l’on parle du temps qui passe et que l’on va bientôt fermer la page de l’année 2007, devons nous chercher aujourd’hui à en tirer le bilan ? Car pour tout vous dire la page de cette année se tourne, sans éclat, de manière un peu morose mais sans amertume…. L’IAJE aura été certainement cette année à New York un des évènements marquant pour le jazz français. Mais si l’on cherche ce qui, cette année a pu bousculer les fondamentaux du jazz, chambouler un peu nos repères et questionner notre « jazz attitude », je crois que l’on serait bien en peine de répondre. Des clubs de jazz ferment toujours, des festivals se bagarrent en haut de leurs clochers, les disques continuent d’affluer en grand nombre, les autoproductions se bousculent, la presse du jazz change la donne salutairement et fait son aggiorniamento ou menace de disparaître. Mais il n’empêche, dans ce paysage qui aura beaucoup été marqué par une campagne électorale médiocre sur papier glaçant, l’année du jazz qui s’achève laisse une impression bizarre de curieuse atonie. Dire que la France du jazz ronronne serait alors oublier ce que nous disions précédemment. Laisser le temps au temps c’est accepter les mises entre parenthèses, les lentes maturités. C’est aussi attendre patiemment les révolutions de demain. Le premier disque de jazz avait cette année exactement 90 ans. 90 années durant le quel le jazz aura connu une évolution hallucinante.

De quoi nous admettre de souffler un peu. Que le temps du jazz ralentisse et qu’on laisse enfin le temps au temps.

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8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 09:42
JJJJ Camisetas

Chief Inspector 2007


images-copie-3.jpg  
Voilà un nouvel album passionnant à découvrir, résultat d’une volonté affirmée d’évoquer une musique des lisières, dans un sud imaginaire et théâtral (toujours des photos de pochette très originales avec Chief Inspector), avec un titre qui chante,«Camisetas», du nom de ce groupe improbable, devenu réalité par la bonne volonté de tous et le soutien dePhilippe Ochem et la scène strasbourgeoise Pôle Sud. Une rencontre organisée par le label indépendant avec le batteur Jim Black qui était déjà intervenu pour Chief Inspector avec son groupe Alasnosaxis. Un projet fut concocté comprenant le guitariste Maxime Delpierre, habitué du label, le claviériste Arnaud Roulin, sans oublier, cerise sur le gâteau, à la demande même de l’américain, Mederic Collignon. Si cette rencontre traduisait le désir de Jim Black de travailler avec notre homme-orchestre, si singulier vocaliste-bugliste-cornettiste, celui-ci était bien entendu ravi de participer à cette nouvelle aventure, tant il est vrai qu’il n’est jamais opposé aux échanges, cultivant les affinités électives et transversales, voulant décloisonner les genres.

C’est une musique très actuelle, («no radio»), improvisée entièrement sur certaines plages, un rock planant et progressif grâce à la guitare de Maxime Delpierre que l’on suit avec le plus vif intérêt depuis Limousine ; mais aussi des claviers bien déglingués, des sons trafiqués, saturation et échos, un cornet ou un bugle électrifiés comme dans ce« pneu lisse ».La batterie dure, parfois funky, précise, redresse les écarts de langage. Un montage intelligent révèle des plages plus atmosphériques « Mime Marcel », d’autres plus secouées quand intervient  vocalement Mederic Collignon avec ses cris rarement étouffés en chuchotements, comme ce « Backeoffe » très réchauffé ou cette vraie tournerie, « la meinau ».

Un son particulier que l’électronique revisite encore, une atmosphère immédiatement perceptible, Camisetas plaît tout de suite, avec ses bruits parfaitement dérangés qui parfois enflent en sirènes légèrement hystériques, tous ses trafics d’influence parfaitement assimilés ( on croit avoir rêvé, on entend comme un écho des premiers Genesis avec Peter Gabriel à la flûte, sur le très angélique « Legend of the dangerous bean »).

 Un album très réussi à recommander à tous les amateurs d'une certaine modernité, décomplexée, qui n'a pas peur d'hybridations savamment contrôlées.   Sophie Chambon

 

 

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