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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 07:59

Allgorythm  2008




 
On reconnaît le (bon) goût indéniable du guitariste Jean Philippe Muvien, qui en plus de sa propre activité discographique, a choisi de lancer son propre label et de distribuer sur sa marque ALLGORYTHM  les « indés » qui lui plaisent . Ainsi en est il de ce label sicilien  Jazzeyes qui met aujourd’hui en valeur le batteur Al Foster.
Deuxième disque en leader d’un magnifique quartet  depuis dix ans, cet album porte un titre sans véritable équivoque : quarante ans après le joli mois de Mai 68, ce Love, Peace and Jazz fait retour sur ce qui prolongeait le « summer of love » de 67, mais également rappelle que Wayne Shorter, plus encore peut-être que Miles Davis, (le  patron de Foster pendant très longtemps) est l’une des inspirations de l’album . Ce qui se vérifie avec le saxophoniste Eli Degibri, Israélien d’origine, , qui, au soprano, sait faire monter la pression, installant une tension créative,  tout en découpant aussi  ses solos de façon aérée au ténor. Créateur de climats, il est soutenu par le « drive » voluptueusement efficace  de Foster, le chant puissant et profond de Douglas Weiss.  Ce dernier est le  contrebassiste du groupe, complice habituel du pianiste  Kevin Hays, dernier élément fondamental du quartet au jeu à la fois effervescent,  délicat, toujours vibrant.

Belle cohérence aussi dans la choix des titres, parce que les 3 longues compositions d’ Al Foster se marient  thématiquement avec les titres repris à Miles Davis « Blue in green » , Wayne Shorter « ESP » ou Blue Mitchell « Fungii Mama » . Les arrangements qui en découlent se déploient selon une  palette de couleurs variées, toujours en recherche d'harmonie, du sombre à l'éclatant, du concentré au diaphane.

Profondément réjouissant et tonique ! Sophie Chambon

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 07:51

JJJ Mélanie Dahan : « La Princesse et les croque-notes »

Cristal Records 2008



 
Très belle surprise que cet album de la jeune et talentueuse vocaliste, Mélanie Dahan. Un album de chansons françaises transformées par la grâce des arrangements exquis du pianiste transalpin, Giovanni Mirabassi, en standards de jazz. Mélanie Dahan, la Princesse, affiche une élégante distance par rapport au texte, la poésie au cœur de ces chansons ne s’en révélant que plus pleinement. Elle choisit des textes connus ou peu visités de poètes-compositeurs, Dimey, Brassens ou Ferré et interprète de sa voix grave et calme ses histoires intimes qu’elle excelle à raconter. Des textes sublimement ciselés, des haikus intemporels arrangés avec intelligence. Le trio de croque-notes qui l’accompagne est efficace et inspiré, Mirabassi nous livrant quelques improvisations à sa manière, bavarde et lyrique. La langue française est dit-on difficilement chantable en jazz. Les double-six et Mimi Perrin nous avaient prouvé que c’était une langue qui pouvait swinguer si on s’y essayait avec sérieux et humour ; l’air de ne pas y toucher, Mélanie Dahan utilise avec délicatesse et douceur, son phrasé jazz pour exprimer toute la quintessence de ses mélodies d’antan. Quelle belle idée de nous permettre de renouer ainsi avec les textes et les mélodies qui ont bercé notre histoire. Une mention spéciale pour « Si tu me payes un verre ». A consommer sans modération.

Régine Coqueran

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 07:49

Enja Records / Harmonia Mundi

 



 
Rabih Abou-Khalil est un homme épris de métissage, ayant enregistré avec des grands noms du Jazz, avec des musiciens arabes traditionnels, des quatuors classiques jusqu’aux orchestres symphoniques en passant par des musiciens arméniens. Ce nouvel album au doux nom de « Em Portuguès » est une mise en Musique par le compositeur libanais de morceaux choisis de la Poésie portugaise, issus de la plume de Mario Rainho, José Luis Gordo, Rui Manuel, Silva Tavares, Tiago Torres da Silva, Antonio Rocha. Touchant au plus profond de l’âme de chacun, certains de ces textes (traduits en plusieurs langues dans le livret) communiquent un lyrisme à la fois spirituel et charnel : « C’est dans la mer de tes jambes, que se loge la mélancolie… ». Agé de 26 ans et originaire de Lisbonne, Ricardo Ribeiro est un chanteur virtuose à l’esprit libre transcendant sa propre culture, réunissant par ailleurs les qualités techniques nécessaires à l’interprétation des mélodies caractéristiques de la Musique du joueur d’oud Rabih Abou-Khalil. Offrant une identité à ce brassage culturel, l’instrumentation de ce projet prend forme en la personne de Luciano Biondini à l’accordéon, Michel Godard à la basse électro-acoustique, parfois utilisant le tuba comme second instrument, et de Jarrod Cagwin à la batterie et aux percussions. A signaler aussi le remarquable travail de l’ingénieur du son Walter Quintus pour le compte du précieux label Enja. « Quando te vejo sorrir » est un des poèmes introduit par un duo unissant le chant et l’oud, reflétant alors l’intime corrélation entre Liban et Portugal. Ce couple instrumental est quasi-permanent dans chacune des compositions et représente le fil conducteur de ce point de rencontre des cultures, sorte de folklore imaginaire alliant l’orient à l’occident, teintée d’improvisation aux reflets Jazz et Musique du Monde. Cette collaboration entre un compositeur libanais et un chanteur portugais est une idée amusante à l’origine de Ricardo Pais, directeur du Théâtre National de Porto. Ce disque est habité à la fois d’une fascinante douceur et d’une puissance rapsodique, alternant entre complaintes prosaïquement mélancolique et danses de légèreté sautillante (« Jogo de la vida »). La science des mots en devient presque inutile pour décrire ce que l’esprit reçoit en émotion à l’écoute d’un tel charme musical. Un véritable hommage à ce qu’il y a de meilleur dans le mélange des civilisations. Il faut aussi souligner l’immense talent des improvisateurs qui mettent tout en œuvre pour retranscrire toute la passion qui émane de leur cœur. Un disque dédié à la paradoxale fraicheur d’une nuit d’été. Tristan Loriaut

 

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 07:46

Peter Erskine (drums), Nguyen Lê (electric guitar), Michel Benita (bass) + Stéphane Guillaume (ténor et soprano saxophones). Act – 2008.




 

Cela fait déjà sept ans que ce trio (crée sous l’impulsion du batteur Peter Erskine) a enregistré son premier album, qui nous avait fait une très forte impression. Pour ce deuxième opus (toujours publié chez ACT, le label des albums de Nguyen Lê), ce groupe occasionnel à configuration triangulaire, a décidé de ne pas se répéter et d’apporter des couleurs nouvelles à leur riche et spécifique palette musicale. Le trio va donc se métamorphoser en quartet en intégrant l’inventif saxophoniste Stéphane Guillaume. Ce ne peut être un hasard que Peter Erskine (ex-batteur de Weather Report) soit tombé amoureux de la sonorité du plus « Shorterien » des saxophonistes français (qu’il joue du soprano ou du ténor). L’alchimie fonctionne à merveille, la musique est fluide, elle laisse beaucoup d’espace et de liberté aux solistes, tout en maintenant une discipline rythmique à la fois implacable et souple. A l’image de son titre, ce disque fait la part belle à la liberté de s’envoler en rêvant, un programme des plus planants qui n’exclut pas des moments rock, dûs à l’énergie déployée et aux furieux sons de guitare de Lê (Rotha et Priska, Kokopanista). Les morceaux ont tous été conçus pour ce quartet inédit où les sonorités du saxophone et de la guitare fusionnent à merveille (les thèmes sont souvent joués à l’unisson). Les trois membres originels continuent de se partager équitablement les compositions, mais confient tout de même un titre à l’ingénieuse écriture de Stéphane Guillaume (Hanging Out of the Roots, qui s’intègre très bien à l’univers du trio). Avec Plan 9, Peter Erskine compose le morceau le plus jazz du disque, on apprécie son swing espiègle et son élégance décontractée. Le très émouvant Song for Jaco, lui permet de célébrer les vingt ans de la disparition de Pastorius, son incomparable compagnon des grandes années Weather Report et offre l’occasion à Michel Benita d’effectuer un très beau solo mélodique de contrebasse acoustique. Enfin Nguyen Lê nous impressionne toujours autant par ses fulgurantes interventions électriques extrême-orientales, notamment sur deux de ses compositions (Jive Five et Kokopanista). En terminant l’album avec A Demain, seul titre joué en trio, on sait que l’aventure de ce groupe exceptionnel n’est pas terminée et nous nous en réjouissons d’avance. Lionel Eskenazi
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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 07:44

Effendi 2008

François Bourassa (p), André Leroux (ts,ss, f), Guy Boisvert (cb), Greg Ritchie (dm), Philippe Melanson  (dm), Aboulaye Koné (perc)


 
Il serait peut être temps que le public parisien commence à se familiariser avec le nom de François Bourassa. Car à 49 ans, ce pianiste canadien habitué aux prix et aux récompenses, ne cesse de marquer le paysage du jazz par la qualité de son travail et de ses créations. Dernière récompense en date et non des moindres, celle du prix Oscar Peterson reçu en 2007 et qui, à entendre le présent album est très largement justifié. Car disons le tout net, il y a dans le travail de François Bourassa la quintessence de ce qui nous fait vibrer dans le jazz actuel. L’énergie et l’engagement bien sûr mais aussi des compositions brillantes, jazzy en diable qui associent autant l’émotion pure à un groove terrible, quelques idées géniales de compositions, un amusement rythmique qui passe des métriques impaires à des passages en binaires où le jazz peut parfois se teinter de pop et de world sans jamais y perdre son identité fondamentale et sa capacité à créer des espaces d’improvisations brûlantes. C’est qu’il y a dans cet album autant de force que de puissance dynamique. Avec l’aide d’un saxophoniste qui a tout compris, Bourassa passe d’un jazz-pop comme III Wooster Street, à un jazz world où les percus explosent ( Aboubou), pour glisser ensuite une belle ballade au jazz plus bleuté ( Nationz) sans jamais donner une once de sentiment de « décousu ». C’est que cet album est au contraire intelligemment conçu dans son ensemble et dans son agencement. De quoi nous mettre constamment les sens en éveil. Le saxophoniste André Leroux, incandescent au ténor comme au soprano y affûte les thèmes avec une lame aussi brûlante qu’acérée et se révèle un très grand saxophoniste. Il s’appuie sur une rythmique dans laquelle le jeu de François Bourassa, est un joyau d’intelligence dans l’utilisation de la grille, dans l’accompagnement du soliste et surtout dans la puissance et la dynamique de groupe. Le pianiste qui signe cet album sous son nom ne se surexpose jamais et joue la carte du collectif. Toute l’intelligence de Bourassa consiste alors à rendre à cet opus une grande cohérence dans la diversité du discours. C’est ce que ce groupe a véritablement « un truc ». Lorsque l’on ne sait pas quoi dire sur un album ou sur un groupe, on dit «  il a le son ! » pour se débarrasser du sujet. Mais ce que nous entendons surtout ici, c‘est un vrai plaisir à ne jamais se répéter, à sortir des formats sans jamais nous perdre. Loin de tout académisme, ce quartet nous donne une nouvelle preuve de la formidable vitalité du jazz en s’appuyant sur un  discours stimulant et vivifiant en phase avec les canons du jazz d’aujourd’hui. Jean-Marc Gelin

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 07:40

Parco della Musica Records 2008



Attention chef d’œuvre ! Le saxophoniste et clarinettiste, Francesco Bearzatti, bien que vivant la plupart de l’année en France, reste un musicien méconnu dans notre pays et pourtant quel talent de compositeur et quel son ! Ici il rend hommage ou plus précisément il écrit une biographie musicale de Tina Modotti. Cette femme sublime née en 1896 et morte au Mexique en 1940 fut comédienne de cinéma et de théâtre, photographe et militante politique révolutionnaire; une femme fatale aventurière, femme-monument au sang chaud, pasionaria et muse. Sa vie foisonnante a inspiré le quartet dont le son est excessivement cohérent, brut et riche avec des accents rock (grâce à Zeno de Rossi à la batterie et Danilo Gallo à la guitare basse). Le son du saxophoniste est sale, « crad », fougueux, brûlant. Les improvisations de Bearzatti au saxophone ténor ou à la clarinette sont époustouflantes sans parler de celles de Giovanni Falzone à la trompette, débridées et totalement jubilatoires. Un plaisir à jouer communicatif et une soif de vie. Aucune uniformité ou moment ennuyeux. Au contraire, ici la variété des climats est de mise. Cette suite est résolument chronologique et chaque morceau est en écho à une période-phare de la vie de l’artiste. Du Frioul au Mexique en passant par les États-Unis et la Russie. De l’enfance pauvre à la guerre civile. Du bonheur béat à la révolution politique. Sans être illustratives, les compositions de Bearzatti évoquent les rythmes et les sons d’époque (comme la musique mariachi). Nous ne sommes bien sûr pas dans le folklore mais plus dans l’aspiration/respiration du temps et de l’espace dans lesquels ont vécu Tina Modotti. C’est un projet grandiose qui emballe dès la première écoute par un quartet qui porte bien son non « Tinissima ». Sublissima !

Régine Coqueran

 

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 07:38

Tzadik 2008





 
«  Lucifer » est le premier album studio du Bar Kokhba sextet, probablement le groupe préféré des fans de John Zorn, depuis dix ans. Ce dernier a composé une série de pièces, réunis sous le nom de « Book of Angels » qui fait référence aux noms des anges cités dans la Torah. Chaque volume de la série, parue chez Tzadik le label de Zorn, est signé par un groupe différent (Masada, Cracow Klezmer Band ...). « Lucifer » de Bar Kokhba en est le dixième volume.

Zorn, saxophoniste moins en colère ici, nous propose ici une musique qui puise sa source dans la tradition hébraïque et qui, par ce biais, permet à son auteur de progresser dans sa quête de créer la « nouvelle musique juive ». Musicien qui se challenge en permanence, le saxophoniste surprend encore avec « Lucifer ». Et une fois n'est pas coutume, la musique y est tout à fait accessible et subtile. Enfin les mélodies sont cousues dans la dentelle et puisent leur source aussi dans les traditions latines, arabo-andalouse et le rock. Cet album donne la part belle aux instruments à cordes avec Marc Ribot à la guitare et Erik Friedlander au violoncelle et Mark Feldman au violon particulièrement lyriques. La rythmique n'est pas en reste puisqu'il s'agit du duo contrebasse/batterie préféré de Zorn (Greg Cohen, Joey Baron) assisté de Cyro Baptista aux percussions. Le groupe ainsi réuni fait preuve d'une cohésion osmotique et d'une motricité fantastique tout au long de l'album.

L'esthétique de l'album est totalement homogène et continue grâce à l'extraordinaire niveau du sextet.

Habituellement répétitif lorsqu'il garde le cap sur une approche musicale bien précise (« Party Intellectual », « Asmodeus »), Ribot est particulièrement brillant dans « Lucifer ». D'ailleurs sont apport artistique est essentiel à l'album et ses interventions lumineuses. Ses coutumières imprécisions stylistiques, qui font partie intégrante de son formidable talent, enrichissent la musique impeccablement exécutée par le groupe en lui donnant un petit côté wild. Ses improvisations inspirées mettent en exergue l'exceptionnelle richesse des compositions de Zorn. On l'appellera comme on le voudra: jazz de chambre, jazz lyrique, la musique de « Lucifer » fait aussi bien dans la beauté et la retenue que dans l'énergie et le joyeux. On pourrait la qualifier de musique d'orfèvre.  Jérôme Gransac

 

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 07:36

Cristal 2008

Eric Barret (ts,ss), Serge Lazarevitch (g), Joël Allouche (dm)





Petit coup de cœur pour cet album du trio Eric Barret, Joël Allouche et Serge Lazarevitch qui tourne déjà depuis près de 10 ans. Une décennie qui leur permet d’arriver aujourd’hui à ce point d’osmose et de compréhension mutuelle, d’automatisme et de partage si évident dès la première écoute de ce bien bel album. Car ces trois là prennent visiblement du plaisir à jouer ensemble. Pas seulement à la jouer d’ailleurs. A la créer ensemble tant à la table en la composant qu’à l’instant en l’improvisant. Refusant toute posture conceptuelle, les trois hommes, avec un bonheur rare ne rejettent pas la ligne mélodique. En témoignent des thèmes tendres comme Lou is Louise ou Les météores par exemple. Le jazz est au cœur du sujet. Et les trois hommes sur ce terrain là s’y entendent à merveille dans l’exploration de thèmes de Monk remarquablement revisités (Rythm a ning et Evidence) ou à réécrire un Au Clair de la Lune où il est question de jouer subtilement et simplement avec les harmonies. Dans cet exercice qui marche sur trois pieds, si Eric Barret insuffle une inspiration puisée dans les racines du jazz, les envolées de Lazarevitch ramènent plus au rock, moins à la manière de Mike Stern qu’à celle d’un John Scofield.

Parce qu’ils ne se laissent jamais trop fermer dans un schéma de jeu et parce qu’ils tirent leurs inspirations autant de compositions très mélodiques que de l’exploration harmonique ou rythmique d’un espace, ils offrent là un album particulièrement ouvert dans lequel le format du trio sax-guitare-batterie ne s’enferme jamais mais au contraire ouvre des perspectives, des angles et des contrastes toujours intéressants et raffinés. Dans ce trio là, chacun ne cherche pas forcément à servir le propos de l’autre mais à s’inscrire en cohérence tout en affirmant son propre contrechamp (et pas contre chant). Ainsi lorsque Eric Barret affiche le son tranchant d’un sax ténor acéré, Serge Lazarevitch arrondi les angles et étire les espaces dans lesquels s’amusent les frissonnements de Joël Allouche. 10 ans d’entente parfaite leur permettent de parvenir à cette forme de contraste complémentaire, à cette attirance des oppositions de jeu qui offre à l’auditeur un superbe relief à cette musique qu’ils ont visiblement tant de plaisir à jouer ensemble. Une totale réussite.                                                         
Jean-Marc Gelin

 

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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 09:45

 

 

Miguel Zenon, le héros très discret que l’on a pu entendre notamment aux côtés de Charlie Haden dans le Libération Music Orchestra ou aux côtés de Joshua Redman dans le San Francisco Jazz Collective, publie son troisième album, véritable révélation de l’année ( cf. article de Lionel Eskenazi).

Il était en concert à Paris en mai dernier. L’occasion de rencontrer la future grande étoile du saxophone alto.

 

 

Quelles sont vos principales influences ?

 MZ : Bien sûr pour moi le numéro 1 c’est Charlie Parker. Mais il y a d’autres musiciens que j’écoute beaucoup. Ornette Coleman, Cannonball, Benny Carter. Parmi les contemporains il y a Kenny Garrett, Greg Osby et Steve Coleman qui est certainement celui qui m’influence le plus. Voilà pour les altos. Parmi les ténors, bien sûr Coltrane, Rollins, Joe Lovano.

 

Dans le jeu on peut entendre cette influence de Steve Coleman mais pas dans votre écriture qui est très personnelle

 MZ : Effectivement.  J’écris ce que j’écris et j’ai mon propre background. J’ai mes propres idées sur la façon d’organiser ce que j’ai à dire en fonction des formules, des systèmes, des métriques….

 

Quelle est l’influence de Porto Rico dans votre écriture ?

 MZ : Elle est partout. Il y a une partie de mon âme dans cette musique.  Cela est très important depuis 4 ou 5 ans. J’ai passé du temps à étudier la culture musicale de Porto Rico, l’histoire de la musique, le folklore. Du coup cela est parfois le propos de ma musique, parfois moins mais elle est toujours là. Il y a toujours une sorte de ‘’Porto’ Rican attitude’’.

 

Dans Awake ce background musical est présent mais on sent que vous allez au-delà ?

 MZ : Oui spécialement dans ce CD où mon propos n’était pas d’écrire autour du folklore ou de ma culture. Ce n’est pas le principal sujet de ce CD. Il y a beaucoup d’autres choses que je voulais mettre en avant et avant tout le son de groupe et la pulse.

 

Lorsque l’on vous entend, notamment en concert on entend dans votre jeu une progression harmonique et rythmique qui semblent très construits. Il y a plusieurs mouvements dans un même morceau. D’où tenez vous le goût pour ce type d’écriture ?

 MZ : C’est quelque chose que j’ai beaucoup travaillé dans les cours de compositions et que je tiens aussi beaucoup de la musique classique. Mais aussi et surtout en écoutant des musiques du monde entier, d’Afrique ou d’Amérique du Sud ou encore la musique européenne. Cela m’a ouvert à une autre perception de la musique. Ce qui m’intéresse c’est de développer la forme d’une composition. Ecrire pour différente section qui sont à certains moments reliées par un motif. Dans mes morceaux il y a souvent des interludes par exemple, qui sont des moments de connection des différentes sections

 

Est-ce que «  Awake » est une part de votre recherche musicale ou bien est une sorte d’accomplissement ?

 MZ : « Awake » » a moins a voir avec mes recherches sur la musique Porto Ricaine que sur mon travail pour le groupe. C’est plus le point de départ d’une route que je voudrais suivre dans l’avenir. C’est une sorte de point  que je fais avec moi-même, sur ce que je veux faire, sur ce que je veux réussir, en essayant d’être honnête avec moi même.

 Est-ce une étape dans votre musique ?

 MZ : Oui c’est quelque chose de très personnel. Il arrive à un moment très personnel de ma vie où je parviens à grandir. C’est une étape pour aller vers autre chose. Je ne sais pas si l’on peut dire que j’ai trouvé quelque chose mais plutôt que je sais dans quelle direction je veux aller. Avant cet album je me sentais, comment dire, un peu collé dans un format. Et depuis cet album c’est comme si je me libérais de quelque chose.

 

On a pu lire dans une autre interview qu’il y avait un fondement religieux dans cet album.

 MZ : Absolument ! Tout simplement parce que je suis quelqu’un de très religieux.. Mais la religion inspire la musique que je fais d’une manière générale. Je ne veux pas trop développer cela mais il y a c’est ce côté spirituel qui anime ma musique. C’est quelque chose de très important dan ma vie et dans ma musique aussi. C’est difficile de parler d’aspects très spécifiques qui influenceraient ma musique. Ce qui est important c’est de partager quelque chose de très profond avec le public. Quelque chose d’essentiel. Quand je pense à ma musique  et à ce qu’elle peut produire c’est surtout à la relation spirituelle qui compte. Une connection avec quelque chose de très élevé.

                                                                                                                                

On a le sentiment en entendant votre musique qu’elle progresse toujours. Est-ce que vous-même avez le sentiment d’améliorer toujours votre jeu ?

 MZ : Oui je suis toujours dans ce processus. Mais ce n’est pas quelque chose auquel je pense. Il y a une part de moi même qui est comme ça. Qui cherche toujours à s’améliorer. C’est juste ma nature. Et devenir toujours meilleur est mon seul but dans la vie.

 

 Certains critiques parlant de votre musique parlaient d’une musique très introspective, que leur répondez vous ?

 MZ : En fait le propre de la musique c’est que chacun la ressent différemment. Chacun peut s’en faire sa propre opinion. Ce que la musique reflète vraiment c’est uniquement « vous ». Mais je pense que notre musique peut être très abordable par le public ou alors pas du tout. Et quand j’écris je ne pense pas à l’impact immédiat sur le public. Pour moi c’est un process plus long.

 Pouvez vous nous parler des membres de votre groupe ?

 MZ : Luis (Perdomo) et Hans (Glawhischnig) sont des musiciens avec qui je joue depuis pas mal de temps. Notre collaboration remonte à l’époque où nous jouions dans le groupe de David Sanchez. Luis cela fait très longtemps que je le connais et nous sommes tous les deux très amis. Henry (Cole), le batteur a rejoint le groupe il y a trois ans environ. Il est aussi de Porto Rico. Entre nous tous, nous arrivons à fabriquer une véritable alchimie.

 

 Pourquoi avez-vous choisi de jouer sur certains morceaux avec des cordes ?

 MZ : En fait au départ j’ai fait ce morceau (Lanamilla) pour ma femme. Et en écrivant ce morceau j’entendais les cordes. Du coup j’ai réellement écrit ces parties pour cordes pour ce morceau précisément. Puis j’ai trouvé que cela pourrait aussi apporter une autre couleur. Mais en fait tout cela résulte d’un long process car j’ai dû écrire spécifiquement pour les cordes et apprendre à le faire. C’est quelque chose pour lequel il a fallu que j’étudie un peu en matière d’instrumentation. Le plus difficile c’est que cela doit coller avec le groupe et surtout avec le contexte musical. Brandford a fait un gros boulot avec nous, en studio. Il nous a rendu les choses très faciles. Mais je ne vois pas les cordes comme l’aspect le plus important de mon travail. Le plus important c’est le groupe. Et surtout la couleur d’ensemble.

Quelle est la raison pour laquelle vous avez choisi le label de Brandford Marsalis alors que l’on imagine de toutes les majors doivent vous faire des ponts d’or ? N’est ce pas risqué ?

MZ : La principale raison est le grand respect que je porte à Brandford. On a une relation très proche. Et il avait accepté de produire mes premiers albums. En fait lorsqu’il a créé son propre label il m’a approché pour me demander d’être le premier à inaugurer son catalogue. C’était un grand honneur pour moi. J’ai tellement de respect pour lui et pour son travail ! C’était un très grand compliment qu’il me faisait en me demandant de faire partie de ce projet. C’est la principale raison pour laquelle j’avais accepté. Il est donc normal que je reste sur son label.

Mais n’auriez vous pas eu une plus grande diffusion avec un autre label

MZ : Je ne sais pas. Si vous parlez de reconnaissance du public, c’est vrai c’est important. Mais ce n’est pas ce qui compte le plus pour moi. C’est vrai que c’est important d’être reconnu pour son travail, d’être appelé, de jouer pus. Mais ce qui compte avant tout pour moi c’est d’être heureux dans ce que je fais, être heureux avec moi-même. Je suis vraiment en paix avec moi-même aujourd’hui. Je fais les choses graduellement, pas à pas. Je travail de plus en plus. C’est bien pour moi. Je ne fais aucun complexe d’avoir une diffusion plus limitée.

 

Tout le monde est dithyrambique au sujet de votre album sauf Downbeat. Cela vous affecte t-il ?

MZ : En fait sincèrement, je ne lis pas les critiques et les commentaires sur mon travail. Je n’aime pas être influencé par ce que l’on pense de moi. Que ce soit positif ou négatif.

 

Hier soir le club était vraiment très chaud et les gens réagissaient à votre musique. Est-ce que cette atmosphère de club influence votre jeu ?

MZ : Oui je pense que cela a une influence sur le groupe en général. C’est une question d’énergie. Cela influe sur nous si les gens se sentent bien. Cette énergie circule. Mais pour moi je garde à l’esprit que de toutes façons, quelle que soit la réaction du public, je dois jouer de mon mieux. Il y a pour moi une sorte de quête très personnelle. J’essaie de faire abstraction du fait qu’il y ait peu de monde dans la salle ou au contraire qu’il y ait foule.

Transmettre est quelque chose qui semble important pour vous. Enseignez vous toujours ?

MZ : Oui la transmission est quelque chose de fondamental pour moi. Pas seulement enseigner mais transmettre la musique d’une manière générale. Pour moi ce n’est pas si important que les gens connaissent la musique. Ce qui importe c’est de créer un feeling avec cette musique. Ce qui importe c’est de créer ce sentiment de bonheur, de bien être, de joie. J’essaie de transmettre cela.

 

Avez-vous en tête votre futur projet ?

MZ : Oui, j’écris quelque chose pour la fondation Guggenheim qui sera très lié à Porto Rico autour de la Plena ( musique folklorique de Porto Rico). Ce sera très lié à l’influence de la musique africaine.

 

Miguel, sur votre site on voit que vous avez lu un livre que beaucoup de gens on lu, « The Road » de Cormack Mc Carthy ( Prix Pullitzer), belle source d’inspiration musicale non ?

MZ : Oui mais avec la musique on peut tout transformer. Pour moi c’est différent. Ce n’est pas parce que j’ai aimé quelque chose que je vais en faire de la musique. Mais c’est vrai que c’est un livre très profond.

Sur votre site o voit aussi que l’un de vos films préféré est « Paris je t’aime ». Est-ce vrai ?

MZ : définitivement oui.

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin et Bruno Pfeiffer

 

 

Miguel Zenon sera à Paris dans le cadre du Paris Jazz festival au Parc Floral avec le San Francisco Jazz Collective.

Retrouvez par ailleurs l’extrait vidéo du concert de Miguel Zenon sur les DNJ

 

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 13:47
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