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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 21:00
 

DNJ : on vous a vu dans un film «  24 mesures » et vous avez composé aussi une BO cette année. Votre  relation avec le cinéma semble être très forte ?

 

AS : Au départ lorsque j’étais à l’Université je voulais devenir comédien. Mais quand j’ai commencé je me destinais surtout à la carrière d’avocat. Je voulais me donner les moyens de changer les choses. Plus tard, toujours à l’université j’ai rencontré Joseph Rosenberg, un écrivain qui était dans la mouvance de Tennessee Williams. Je prenais des cours d’écriture pour écrire des contes. J’ai alors écris une histoire et je lui ai lu. Il en avait été impressionné et m’avait demandé si je ne voulais pas devenir écrivain ou scénariste. Mais c’était quelque chose d’inenvisageable pour moi ! Comment aurais je pu imaginer qu’un noir puisse devenir écrivain ! Pour nous la culture se limitait à devenir danseur ou musicien. Mais Rosenberg m’a encouragé et j’ai commencé à écrire des pièces dont une pièce en trois actes : « Heaven ». Je crois que si je n’avais pas été musicien j’aurais pu effectivement devenir scénariste ou réalisateur.

 

 

 

DNJ : Que vous jouiez sur scène ou que vous apparaissiez à l’écran, il y a toujours la même émotion. Est ce quelque chose que voulez créer consciemment ?

 

Archie Shepp : Oui bien sûr, mais ce n’est pas spécialement influencé par les caméras. La caméra est pour moi comme un instrument de musique. Si la musique est bonne on l’écoute et si l’image est bonne on la regarde. Mais le plus important c’est d’oublier qu’il y a une caméra. C’est comme quand je joue, il ne s’agit pas de jouer un rôle mais d’être soi même.

 

DNJ : D’ailleurs en vous entendant je me dis que quand on parle de faire de la musique, ou du théâtre ou du cinéma, on dit toujours «  jouer », « to play », comme si chaque fois on ramenait à de l’entertainement. Mais pourtant la musique, tout comme les autres formes de l’art, sont des choses très sérieuses. Et dans votre jeu il y a toujours quelque chose de très profond. C’est assez curieux, ce mot de «  jouer »

 

AS : Oui mais les musiciens par exemple ils ne parlent pas de « jouer ». Ils parlent de «travailler ». C’est curieux effectivement d’utiliser ce mot que d’ailleurs on n’utilise pas pour les peintres. On ne dit pas « jouer de la peinture » par exemple. Cela veut aussi dire que le public perçoit avant tout la musique comme un divertissement. Alors on oublie que pour celui qui a créé, il y a derrière cela un vrai travail, du labeur et parfois de la souffrance. Pour le théâtre c’est pareil.

 

DNJ : Franck, tu disais en parlant de Archie, qu’il avait une façon particulière « de se placer par rapport à la caméra et de capter la lumière », qu’entendais tu par là ?

 

FC : Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, je ne connaissais pas vraiment sa musique. Dans le film que nous avons fait ensemble ( NDR : « Je suis jazz, c’est ma vie » ), il s’agissait au départ d’un travail sur Sun Ra. Je ne connaissais pas vraiment le parcours d’Archie à l’époque. La première fois que je l’ai vu il y a eu un vrai déclic. Il y a des gens qui ont un certain charisme. Quand ces êtres là se déplacent, on a l’impression que le monde se déplace avec eux. Quand Marlon Brando se déplace dans une pièce ou dans un rue, c’est la rue qui déplace avec lui. Pour moi Archie, c’était un peu ça  et quand je l’ai vu arriver avec son chapeau, je l’ai vu comme un comédien. Je l’ai d’ailleurs toujours vu comme un comédien, au  sens plein du terme. Il occupe l’espace. Les grands comédiens n’ont d’ailleurs pas besoin de metteur en scène, ils organisent l’espace. Quand je voie Archie je me dis que c’est en lui même un musicien acteur. Il n’y en pas beaucoup comme ça. Duke Ellington était comme ça aussi lorsqu’il était sur scène. Il y avait de la comédie. Et je me suis toujours dit que je ferai un jour un film avec Archie comme acteur.

 

DNJ : N’est ce pas cela le lien entre la musique et l’image : l’occupation de l’espace quoi vient du rythme ?

 

AS : Mon professeur lorsqu’il me parlait de Shakespeare et de la tragédie antique me rappelait que la scène est un espace pour un discours. Qu’il s’agisse de Musique, de Macbeth ou de Racine. Et lorsque je monte sur scène je sais qu’il y a toujours une expérience en place  qui arrive. Une expérience aussi visuelle qu’auditive. La scène est un endroit où l’on fait quelque chose. Et c’est aussi important que la musique. Lorsque l’on regarde Madonna ou Prince, c’est un spectacle. La musique n’est plus quatre bonhommes rigides sur scène avec le public devant qui claque les mains. Le public en lui même fait partie de l’expérience aujourd’hui. L’expérience a changée.  Lorsque j’ai joué récemment avec Chuck D et Public Ennemy, la musique était tellement forte que je ne pouvais plus m’entendre moi même. Heureusement j’ai l’habitude parce que j’avais joué avant avec eux. Mais c’est pour dire que le public transforme la musique en « happening ». La performance est aujourd’hui forcément audio+visuelle.

 

DNJ : Voulez vous dire que la musique a aujourd’hui moins d’importance que le spectacle en lui même ?

 

AS : Pas moins d’importance mais c’est devenu une partie essentielle du spectacle. Avant la musique était le spectacle à elle seule. Dexter, Johny Hodges….. Maintenant la musique est devenue seulement une partie de l’expérience. Il suffit de voir les musiciens aller en plein concert serrer des mains dans le public en plein milieu de la musique !

 

DNJ : Mais justement, lorsque l’on vous entend jouer ou lorsque vous apparaissez à l’écran, il y a cette capacité d’émotion brute. Il n’y a pas besoin de spectacle tout autour. Lorsque l’on vous entendre dire du Rimbaud dans un taxi, il n’y a pas de spectacle tout autour. Je ne sais pas si Prince, le spectacle en moins, peut véhiculer la même émotion ?

 

AS : Je crois que si. En tous cas il cherche. Lorsque nous étions jeunes, il y avait des mélodies, des Stardust, des belles ballades, le blues. C’était obligatoire pour un musicien  de connaître ces formes et ces standards. Aujourd’hui c’est différent, la danse et la voix priment. A partir des années 80, le phénomène du rap et du breakdance a commencé. Il faut maintenant être jeune et presque athlétique pour faire de la scène.  Il y a 25 ans je pouvais me contenter de dire simplement un passage d’une « Saison en Enfer » de Rimbaud dans un taxi pour émouvoir. C’était logique, plausible. Mais aujourd’hui les formes de communication ont changé. Maintenant même si je ne suis pas bien connu je peux essayer Myspace et je peux mettre ma musique sur Youtube. Avec  le rap, l’importance de la musique et des musiciens a commencé à décliner. Ils deviennent de moins en moins importants. La voix et le rythme sont devenus  prédominants. Et cela vient aussi du fait que depuis les années Reagan, l’accès à la musique est devenue très difficile financièrement pour les jeunes (américains). Du coup on a vu les jeunes noirs ou de Porto Rico utiliser ce qu’ils avaient, utiliser d’autres moyens comme simplement utiliser leur corps pour faire la rythmique (les beat boxers). Ces jeunes ont crée des choses incroyables avec le peu qu’ils avaient.

 

DNJ : cela veut il dire que cette évolution contraint les musiciens à s’adapter ?

 

AS : Bien sûr. D’abord parce que la mélodie n’a plus la même importance qu’avant. (Archie fredonne une petite mélodie). Il n’y a plus que les gens de 70 ans qui peuvent écouter ça. A la limite c’est de la pub pour la télé. Mais le style de la musique s’adapte. Il faut s’appeler Coltrane pour pouvoir exploiter une chanson avec un seul accord. Mais il y a toujours dans la musique afro-Américaine la trace de la musique des églises noires qui a toujours influencé la musique populaire. Écoutez ce que faisait le père de Aretha Franklin, comment il chantait le Gospel. C’est une musique très très riche qui swingue comme celle de Ellington ou de Basie. Ray Charles a commencé comme ça. Les Blind Boys. James Brown aussi.

 

DNJ : Et vous même ?

 

AS : Moi, avec ma grand-mère, Mama Rose qui m’a permis écouter cette musique là.  Tous les mois nous allions à des battles of songs, des sorte de batailles de Gospel où l’on entendait pendant une seule journée des dizaines de groupes qui venaient chanter : Le Golden Gate Quartet, les Blindes Boys de Virgine.

 

Franck Cassenti : Archie, il y a une question que je me pose : Et si pour le peuple noir américain il n’y avait pas eu ma musique ?

 

(Un moment de silence)

 

AS : Oui mais ils avaient……. Heureusement

 

FC : Mais quand même, pour en revenir au cinéma, lorsque l’on regarde le grand cinéma américain qui moi m’a nourri énormément lorsque j’étais jeune, les Nicolas Ray, les Minnelli, on constate qu’il n’y a pas un seul noir. Imagine des martiens qui débarque sur la terre et qui va à la cinémathèque et qui regarde un film de Minnelli. Pour lui le monde de l’époque était un monde blanc. Du coup, Archie, lorsque tu regardais ces films là , quel effet cela faisait de voir que le noir n’existait pas ?

 

AS : c’est pareil si j’étais un martien et que l’on me parle de Archie Shepp. Je me dirai que ce musicien là n’a pas existé. Donc en fait c’est mon habitude, pour moi ou pour mon peuple c’est d’être invisible. Récemment avec Monette on a revu aux États Unis, « Autant en emporte le vent ». La première fois je n’ai pas pu le regarder longtemps, je trouvais ça trop raciste et stéreotypique. Et l’actrice a été la première femme noire à gagner un oscar, pour ce film justement. Mais cela ne m’impressionne pas parce que les seuls rôles que les Noires pouvaient jouer étaient des rôles de bonnes ou de nurses. C’est comme lorsque mon professeur m’a demandé un jour si je voulais devenir écrivain, j’en étais presque choqué parce que c’était inimaginable. Quand Billie Holiday a joué au cinéma c’était uniquement pour un rôle de bonne. Elle a dit ensuite que c’était la dernière fois qu’elle faisait du cinéma parce que l’on n’imaginait pas lui confier un autre type de rôle.

 

Monette Berthomier : Oui mais en même temps cela correspondait à leur réalité dans la société

 

AS : Oui mais ce n’est pas parce que c’est la réalité qu’il faut représenter cette réalité là. On peut montrer un film sur les juifs à Auschwitz réduits à l’état d’esclavage. Est ce que cela veut dire que c’est la réalité des juifs. On ne peut pas que représenter la réalité comme elle est, en donnant le sentiment de la justifier.

 

DNJ : Mais il s’agit bien de représentation. Prenons la place des noirs dans le cinéma français aujourd’hui. Elle est totalement inexistante. Pourtant leur place réelle n’est pas celle là. Est ce que la future conquête des noirs n’est alors pas celle de l’image ?

 

AS : Entre autre et au milieu de beaucoup d’autres expériences. En Europe il est possible de trouver des films africains fait en Afrique. Aux États Unis c’est impossible. Les cinéastes africains sont totalement inconnus aux États Unis.

 

FC : La censure existe bel et bien sur ce sujet en France. Je me souviens avoir proposé un film sur un  bateau avec un équipage russe qui avait à l’époque trouvé des clandestins noirs et les avait jetés à la mer ; Il en est resté un seul rescapé. J’ai écris son histoire. Mais les responsables de la télé m’ont dit : « Franck tu ne penses tout de même pas que l’on va intéresser les gens avec cette histoire ? ». En France on n’est pas encore arrivé au moment où l‘on va faire un film en prime time avec un héros qui est un noir C’est une réalité

 

AS : Aux Etats-Unis c’est une réalité pourtant. Mais elle est rare.

 

DNJ : Pourtant les États-unis sont peut être sur le point d’avoir un Président Noir ?

 

 

AS : Oui peut être ! J’ai beaucoup de respect pour Barak. Mais est ce que les américains blancs sont prêts pour avoir un président noir ? Pour le moment Barak Obama ne fait pas mal lorsqu’il s’agit de s’opposer à Hillary Clinton. C’est une femme blanche. Dans un sens ce sont tous les deux des minorités. Mais comment Barak va t-il faire devant Mc Cain. Et comment va t-il résoudre le Kosovo, le conflit israélo-arabe etc….

 

DNJ : Puisque l’on parlait de la représentation des noirs au cinéma, j’ai deux questions à vous poser. D’abord pensez vous que l’on peut filmer le jazz ? Et que pensez vous des films qui ont été fait sur le jazz comme « Bird » de Clint Eastwood ou Autour de inuit de Bertrand Tavernier etc… Ne véhiculent ils pas certains clichés ?

 

AS : Si tu prends « Bird », le film était bien fait. En plus Forrest Whitaker joue très bien.  Mais dans le film, Parker est surtout entouré de blancs et l’on se demande « mais où a-t-il bien pu apprendre le blues ? ». En voyant le film on se dit que cela devait être avec Red Rodney !! De même en voyant le film on a rien sur sa mama. Pourtant la mère de Parker était très importante pour lui. Souvent quand Bird sortait d’un concert il appelait sa mère pour lui dire : « mama j’ai bien joué ce soir ! ». C’était sa mère qui est allée lui acheter son premier instrument. Et de cela il n’en est absolument pas parlé dans le film. Parker arrive là comme s’il avait toujours su jouer.

C’est pour cela que je n’utilise pas le mot « jazz ». On ne peut pas faire un film sur cette musique si l’on ne tient pas compte de sa culture, de cette communauté qui a créé cette musique. Il faut parler de la danse, de la religion. Cette musique est une expérience entière. Si l’on veut parler de la vie de Parker il faut que toutes ces choses soient représentés. C’est pourquoi un film comme Bird est plus le film d’une vedette que celui d’un homme.

 

FC : Lorsque ce film est sorti je faisais un film sur Dizzy. Il me disait qu’il n‘était pas allé voir le film et j’ai compris qu’en fait il n’aurait pu se retrouver dans un film comme ça. Moi je trouve, sur le plan du cinéma que c’était un bon film et l’on sent beaucoup de respect de la part de Clint Eastwood pour cette musique. Il aime les musiciens. Mais il ne faut pas oublier qu’il fait ce film dans le système hollywoodien. Mais dans le système américain, faire un film sur le jazz est déjà incroyable. Moi le premier film que j’ai vu, où l’on sent un peu la musique c’est un film de Preminger avec la musique de Duke (NDR : « Autopsie d’un Meurtre »). Il n’y a que Cassavetes ou Preminger qui ont commencé à sentir cela. Mais en tous cas je trouve ça bien que quelqu’un ait fait un film sur Bird

 

AS : Tu as vu le rôle de Dizzy dans le film ? Il est presque nul. Et j’ai aussi l’impression que Miles n’a pas voulu parler avec Clint parce qu’il en est totalement absent.

 

DNJ : Pensez vous que l’on peut filmer le jazz ?

 

FC : C’est ce que disait Archie, tout dépend du point de vue que l’on a. De l’angle que l’on prend. Ce qui m’a toujours passionné chez Shepp c’est d’abord qu’il incarne quelque chose qui dans l’histoire du jazz est assez unique. Quand j’entend Archie j’entend le passé, j’entend le présent et aussi le futur de cette musique. Mais aussi parce que Archie représente le croisement de l’esthétique et du politique.

 

AS : Tout dépend ce que l’on veut dire par le mot jazz, si l’on veut faire un film à son sujet. Si je veux faire un film sur le jazz, alors je commence dans un bateau avec des esclaves qui chantent une plainte. Cela commencerait alors avec la sueur, la souffrance, cela commencerait dans les églises, tout ça c’est jazz. Moi je suis jazz, c’est ma vie. C’est une vie qui vient de l’esclavage il y a quatre siècles avec les tambours, les banjos, les percussions de Martinique. On peut faire un film sur le jazz si l’on est honnête et si l’on admet qu’il ne s’agit pas seulement de la musique d’une époque

 

FC : Je me rappelle lorsque je faisais ce film avec Max Roach, il me disait «  si tu fais un film sur un batteur de jazz, film son pied ». Le pied c’est la relation au tempo et aussi au pied qui portait les chaînes.

 

AS : C’est une expérience organique. On ne peut pas diviser et dire que cela c’est du Gospel, cela c’est du Blues, cela c’est du jazz. C’est une expérience totale.

 

 

DNJ (à Archie) : Auriez vous aimé être réalisateur de cinéma ou scénariste

 

Archie : Bien sûr, en fait c’était le rêve de ma vie ! Et encore aujourd’hui. Mais ce n’est pas évident et c’est largement une question de finances. Il faut beaucoup de moyens pour devenir réalisateur ou cinéaste. Il y a malheureusement quelques domaines artistiques qui ne sont pas accessible sans argent. Le cinéma en est un.

 

DNJ : Vous avez récemment joué dans le film «  24 Mesures » (De Jalil Lespert)  , qu’est ce qui vous a poussé à accepter ?

 

AS : C’est Jalil qui a réussi à me convaincre. Et puis j’ai beaucoup aimé le petit monologue que j’ai trouvé particulièrement bien écrit. C’était aussi une chance pour moi de participer à une petite comédie. Il avait aussi choisi des thèmes que j’avais déjà enregistrés donc l’intérêt n’était pas dans la création de la musique. Mais j’ai apprécié ce rôle d’acteur, notamment avec le jeune Sami (Bouajila). Notre dialogue était très intéressant. En plus en discutant avec Jalil, il m’a laissé aussi beaucoup de liberté sur les dialogues pour proposer une autre version. Dans un autre contexte j’avais pu avec Franck être acteur au théâtre dans Black Ballad.

 

FC : oui, et tu as joué aussi dans Novencento avec Jean-François Balmer. Tu sais, Hitchcock  disait que pour un acteur le plus difficile était de ne rien faire. Il y a beaucoup d’acteurs qui ne peuvent pas ne rien faire. Archie au contraire il se met devant la caméra et c’est toujours génial. C’est une question de charisme, de présence. De vibrations. C’est comme les comédiens qui sont très beaux et lorsque tu les filmes il ne se passe plus rien. L’une des plus belles scènes que nous ayons fait c’était avec Archie en Afrique où il est devant un baobab et petit à petit il y a tout le village qui arrive et Archie est alors intégré à cette communauté. Il est tout au fond de l’image et pourtant on ne voit que lui.

 

DNJ : Quel est votre panthéon des cinéastes préféré ?

 

AS : J’aime beaucoup Billy Wilder. Les films qu’il a fait sont simples mais touchent beaucoup. Il a une manière de traiter les choses quotidiennes qui est très bien vue. Aussi il y a Elia Kazan. Aussi Spike Lee. Bien sur Cassavetes !

 

FC : Quel dommage ! C’est sûr que si tu l’avais connu il faisait un film sur toi.

 

AS : Oui, Cassavetes était effectivement très engagé

 

FC : Mais aussi parce qu’il avait cette façon de filmer que d’une certaine manière l’ion retrouve dans la musique afro-américaine. Il laissait beaucoup tourner et alors tout pouvait arriver

 

AS : Il n’a pas seulement filmé la réalité, il créait sa réalité propre. C’est important pour un artiste.

 

FC : Il utilisait le plan séquence. C'est-à-dire en fait la possibilité d’improviser. Et c’est quelque chose que l’on retrouve dans le jazz : tout peut surgir. Quelque chose de tout à fait nouveau.

 

AS : Aussi, il y a un autre réalisateur, c’est Gordon Parks. Il est noir. Il a fait l’un des plus beaux films que j’ai vu : « The learning tree » (1968)

 

 

Propos recueillis par Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 08:20

EGEA -1990 / Réed. 2008




 

Bien sûr lorsque l’on évoque Pieranunzi, c’est Bill Evans auquel on songe. Il y a pourtant dans cette réédition historique que nous propose le label Egea, bien d’autres choses. La réinvention de la modalité dans les traces de Bill Evans amène Pieranunzi dans cet exercice solo capé en studio en 1990 en France à s’approprier une grande part de l’histoire du piano jazz. Du côté des influences et mis à part le maître du jazz modal, on entend des références à Bud Powell ou Art Tatum (What is this thing called love ou Fascinating Rythm). Mais avec Pieranunzi ici dans une forme éblouissante, grand maître du piano solo bien avant Keith Jarrett, on peut s’attendre à tout. Passer dans un même morceau du lyrisme romantique, à la fugue ou au ragtime avec toujours ce sens du balancement, du swing et du contretemps rythmique. Il y a chez lui le sens inouï de l’improvisation, de la digression, l’évadée belle avant le retour au thème, le swing de la main gauche et la liberté baladeuse de la droite, l’invention et même l’inventivité, le sens de l’émotion et celui de l’intensité jubilatoire.

Si Pieranunzi s’affirme comme l’un des maîtres du jazz modal, il n’en perd jamais pour autant le sens mélodique, notamment au travers de ses superbes compositions dans lesquelles parfois on entend ce que deviendra plus tard un Giovanni Mirabassi. Mais c’est moins sur le terrain de ses propres thèmes qu’il convainc que dans cette façon de s’emparer de grands standards et d’en livrer une lecture à nulle autre pareille, totalement réinventée comme cette version de My Funny Valentine où le thème se laisse juste deviner par petites touches subtiles et où tout est affaire d’harmonies ici incroyablement révélées sous un jour nouveau. Jean-Marc Gelin

 

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 08:22

 Seventh 2008




 

Entre le 10 mai et le 10 juin 2005, le Triton, le club des Lilas dirigé par Jean-Pierre Vivante avait pris cette formidable initiative de demander à Magma de venir tout un mois durant faire une sorte de rétrospective en 4 volets ou plutôt 4 « epok » prétexte chacune à un DVD dont 3 ont déjà paru. Il s’agit donc ici du 4ème  et dernier volet qui retrace une période venue, comme le dit Vander, « mettre un terme aux grandes fresques des années 70 ».

Comme toujours, inlassablement, infatigablement, Christian Vander y est le gardien du temple, grand gourou perpétuateur de la légende, maître du feu chargé de maintenir ce magma éruptif en fusion dans un volcan qui jamais ne s’éteint. A tel point que le génial chanteur- batteur porte à bout de bras (qu’il a fort musclés au demeurant) cette mécanique bien huilée à vous coller des transes sur des tourneries épuisantes, éreintantes dont on sort ( après près de deux heures) totalement lessivés. A l’époque des trucs hyper formatés, Magma 35 ans après donne les mêmes leçons d’énergie que c’est pas possible que vous restiez les fesses vissés sur le tabouret en écoutant ça. Inventeur d’un langage qui jette des ponts entre le Jazz rock et Coltrane, Magma reste paradoxalement d’une brûlantissime actualité à l’heure où certains pourraient penser à tort que l’engagement  ne  serait plus cette composante nécessaire du jazz et du rock.

Il faut attendre le deuxième set pour pouvoir entendre Vander délaisser le micro  et se poser derrière la batterie, toujours avec la même incandescence généreuse abordant un thème comme Ka I-ka II – ka III  de près de 50 mn sans jamais mollir un seul instant. Magma mythique et toujours légendaire. Magma insurclassable !

Et pour cette rétrospective il faut rendre hommage au travail du Triton et au travail de co-production de Seventh record. Il faut une réelle science du cadrage, de la lumière et des plans nerveux mais jamais chaotiques pour maintenir à l‘écran cette énergie qui ne tombe jamais dans le plan saccadé ou stroboscopique. C’est super intelligemment réalisé, sans plans bidons et toujours au plus près de la musique. On a le sentiment alors de rentrer au plus près de ce temple à l’ésotérisme post Coltranien à l’heure de la grand messe sacrificielle.

Le moins que l’on puisse dire c’est que Magma c’est sûr, était ce soir là au rendez vous de sa propre légende. Inusable !Jean-Marc Gelin

 

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 08:16

Plus Loin Musique / Nocturne



 

Davantage qu’un simple pseudonyme de scène, « Nano » incarne l’intitulé d’un projet avant-gardiste dont Arnaud Méthivier demeure le directeur artistique. Cet album au nom de « L’écorce » est un hommage entièrement dédié à la Corse et à ses habitants. Pour accomplir cette invitation aux voyages intérieurs, ce disque réuni plusieurs talents dans différentes disciplines artistiques : Sylvain Favre au violon, Valentin Mussou au violoncelle, Jean Marc Lubrano à la photographie, Pierre Gambini aux textes et à la voix, ainsi que Térence Briand à la mise en son. Quant à lui, Arnaud Méthivier nous offre les plus étonnantes sonorités d’un accordéon endiablé. Mais ce second opus du musicien reste avant tout un album à lire, un recueil de poèmes sonores, ou bien tout simplement un regard photographique à déguster. En effet, sur la pochette principale, les amoureux de l’île de beauté seront charmés de reconnaître ce lieu mythique de la pointe du cap, à l’extrême nord de la Corse. Il s’agit de cette plage de Barcaggio donnant pour spectacle la Giraglia, cet intriguant îlot orné d’un phare, étant par ailleurs la première vue de la terre Corse en arrivant par bateau en provenance du continent. Tout un symbole. A travers un livret d’une grande richesse artistique, ce disque fait ressortir la pureté d’une noble poésie aux parfums abstraits. Chaque œuvre musicale est accompagnée de textes écrits en langue corse, soigneusement traduits en français pour transmettre la finesse d’esprit d’une prose délicate. Cette densité d’engagements artistiques dans des domaines différents garde pour objet principal la matière sonore, sous un état épuré de tout artifice inutile. Tout d’abord un certain esprit de Musique répétitive émerge comme un appel à la transe, comme un clin d’œil à cette partie africaine de la Corse, en témoignent les ostinatos des deux premiers morceaux. C’est par la suite que la mélancolie prend sa source à travers une tortueuse complainte au nom de « Ginkgo Biloba ». S’en suivent tour à tour de majestueuses effluves sonores soigneusement travaillées par la technique du « re-re », ce qui confondrait presque une telle réalisation à l’art cinématographique. Tous les arrangements sont d’ailleurs conçus à la manière d’un story-board aussi captivant qu’une aventure. Comparable à la complexité que la nature est capable d’offrir dans la plupart des maquis, ce projet est intimement fidèle aux diverses personnalités de son concepteur. Ce dernier transmet une agréable impression que rien n’est laissé au hasard tout au long de ce projet complet, abondant de créativité dans chaque composition originale, avec en permanence le souci du récit. Comme pour clôturer cette remarquable invitation au rêve, dans une dernière œuvre intitulée « Castelfidardo », ce voyage passe à travers la grave plénitude que cette île méditerranéenne nous apprend à recevoir le cœur ouvert.           Tristan Loriaut

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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 20:39
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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 19:47
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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 07:44
de Pierre Briançon

Ed Grasset
366 p. ; 19,50 €

 

 




Aurait-on pu imaginer avant de lire ce livre de Pierre Briançon que la prison, en l’occurrence celle de Saint Quentin en Californie, l’une des plus dures des États-unis, ait pu dans les années 60 être un véritable lieu de jazz ? Et pas de n’importe quel jazz puisque dans ce pénitencier se sont côtoyés à la même période, des jazzmen de la west coast de la dimension de Art Pepper, de Franck Morgan de Dupree Bolton, Franck Butler ou Jimmy Bunn (le pianiste du fameux Lover man de Parker) pour ne citer qu’eux. Ces musiciens exceptionnels ( et détenus en l’occurrence) se sont en effet produits à partir de 1962 dans l’orchestre de jazz « maison », le Saint Quentin Jazz Band promu par le directeur de l’établissement pénitentiaire de l’époque qui leur donna l’occasion inespérée d’y donner pendant quelques années des concerts tous les samedis soirs.

Pour le journaliste Pierre Briançon, ancien Directeur du journal l’Expansion, le point de départ de cette enquête incroyablement documentée, est la découverte à la sauvette chez un disquaire d’un enregistrement vynil de Earl Anderza (« Outa Sight » – Pacific Jazz 1962), saxophoniste alto totalement inconnu, qui n’apparaît dans aucune encyclopédie de jazz, qui n’a rien enregistré d’autres et dont le disque, véritable objet pour collectionneur ne laisse de sidérer notre auteur. Pierre Briançon est tellement impressionné par ce saxophoniste «  fantôme » qu’il se met rapidement en quête retrouver sa trace. Avec une pugnacité sans faille de grand journaliste enquêteur, Pierre Briançon enquête sur ce saxophoniste et en trouve finalement la trace dans les archives de la prison de Saint Quentin où le jeune homme a passé le plus sombre de son temps. Découvrant l’existence de ce Jazz Band improbable, Briançon épluche alors avec minutie les archives de la prison et relate l’histoire dans et hors les murs, de ces musiciens qui se sont côtoyés dans cet orchestre. Et découvre qu’en prison ils jouaient, présentaient parfois leur travail et leurs compostions devant des jurys extérieurs, donnaient régulièrement des concerts dans les murs de St Quentin.

Les tranches de vie de ces musiciens célèbres ou anonymes sont ainsi replacées avec beaucoup de subtilité dans le contexte social et jazzistique de cette époque où le jazz de l’après bop connu, après Charlie Parker les dérives les plus tragiques des héroïnomanes irrémédiablement conduits et ramenés sans cesse dans les griffes d’un système terriblement répressif. A partir de là et de cet angle de vue inédit, c’est une véritable approche originale de cette petite histoire du jazz que l’on suit telle une enquête captivante au gré des séjours passés en prison et des sorties sous conditionnelle. Avec Pierre Briançon on rentre au cœur d’un système rarement (voire jamais) exploré. Face à cet engrenage infernal apparaît un système répressif californien qui ne laisse que peu de chances de rédemption à ceux qui immanquablement se font prendre. Il faudra attendre longtemps avant que la machine judiciaire ne comprenne la dimension du mal et l’absurdité de la réponse répressive au détriment de toute démarche thérapeutique.

Dans cette prison extrêmement dure qui accueille des délinquants condamnés parfois pour des peines au terme non fixé (un condamné léger peu se voir infliger une peine allant de 6 mois à 10 ans sans qu’il ne sache précisément le terme de sa peine), les détenus côtoient les condamnés à la chambre à gaz. Et dans cet îlot de violence, le jazz parvient à naître à survivre. Certains même deviennent musiciens de jazz en découvrant les instruments à l’atelier. Le jazz alors devient une un lien symbolique et vital avec le monde extérieur.

Et si nous savions que le jazz était une musique libre, la lecture de cet ouvrage passionnant nous ramène à une autre évidence, celle que le jazz pouvait être aussi dans cet univers impitoyable, une musique de la liberté.               Jean-Marc Gelin

 

 

 

 

 

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 07:56
Vidéo prise par Lionel Eskenazi

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 07:41

Un film de Fabrice Ardenac et Alexandre Gonin

Artofilms 2008




 

 

Il ne faut pas grand-chose. Juste trois morceaux, trois thèmes du dernier album du Strada sextet de Henri Texier ( Alerte à l’eau paru chez Label Bleu), pour faire un grand film. Tout dépend de l’angle que l’on choisit. Tout dépend de l’approche.

Car le travail que propose ici Artofilms et de ses deux réalisateurs Fabrice Radenac et Alexandre Gonin repose sur l’approche au plus intime des musiciens à savoir leur travail de création collective au cours des répétitions et des ultimes réglages, propositions des uns et des autres avant la présentation en concert. Agrémenté d’interviews des musiciens prises – pour le coup - en dehors du contexte de la répétition, ceux ci s’expliquent sur l’apport de chacun et sur le tramage de ces voix qui donne à ce Strada sextet cette texture unique, cette couleur revendiquée et totalement travaillée. En nous permettant ainsi de voir hors scène le travail de ces musiciens on perçoit mieux l’alchimie que Texier est parvenu à créer avec ces instrumentistes de haut niveau, tous éléments indissociables d’un puzzle si cohérent dans l’approche et dans la compréhension de ce que veux Texier. Trois morceaux travaillés ici : Afrique à l’eau, Valse à l’eau et enfin Reggae d’eau font ressortir la personnalité de chacun et la fusion de tous. Toujours la pâte du maître qui, sans exigence et toujours en connivence avec ses musiciens les emmène exactement au point précis qu’il a en tête. Parce que Texier connaît l’apport de chacun. De Corneloup dont il dit qu’il est la continuation de cette école du post free jazz qui va de Portal à Sclavis et sur qui il se repose pour apporter un zeste de déstructuration. Ou Christophe Marguet, le complice en rythmique. Christophe Marget, le seul à qui Texier n’apporte pas de partition mais dont il peut compter sur sa compréhension des atmosphères rythmiques. Manu Codjia dont Texier dit qu’il est une palette incroyable à lui tout seul apportant autant l’assise d’une basse que celle, mélodique d’un violon. Gueorgi Kornazov, le tromboniste dont la science du contrepoint l’amène à toujours proposer de nouvelles directions au cours des répétitions. Sébastien Texier enfin dont Henri utilise aussi bien sa patte plus légère et lyrique au saxophone qu’à la clarinette.

Les deux réalisateurs ne se contentent pas de s’immiscer dans ce travail mais poursuivent en montrant l’application sur scène et filment alors avec une réelle compréhension du travail demandé, un peu comme s’ils étaient eux aussi partie intégrante du travail préalable, mettant en valeur les parties de solistes en soulignant leur intensité. Le filmage de ce concert n’est jamais fainéant et jamais avare sur la qualité des plans qu’il propose.

Ce travail parle alors à l’intelligence de l’auditeur. Lui offre une clef de lecture inédite. La musique est alors révélée autrement. Quand tout, encore une fois est question d’angle. Jean-Marc Gelin

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 07:39

DUKE ELLINGTON

At The Côte d’Azur  with Ella Fitzgerald and Joan Miro

The Last Jam Session

2 DVD Eagle Vision –

DVD 1 : JJJJJ

DVD 2 : JJ





Attention, ce double DVD consacré à Duke Ellington présente deux films fort différents, que ce soit du point de vue du fond (l’intérêt musical) que de la forme (l’intérêt cinématographique). Le premier DVD est un véritable chef d’œuvre qui mérite de figurer en bonne place sur les étagères de tous les passionnés de jazz. L’action se déroule d’abord au festival d’Antibes–Juan Les Pins en juillet 1966, où l’orchestre de Duke Ellington va jouer quatre soirs de suite. On connaissait les enregistrements audio de ces concerts parus chez Verve et c’est avec un grand plaisir que nous découvrons les images, remarquablement filmées en vidéo noir et blanc par de talentueux techniciens de l’ORTF. Des belles et pertinentes prises de vues, d’élégants mouvements de caméras sur grue qui balayent l’orchestre et un montage efficace, qui colle à la musique et qui n’oublie personne pendant l’exécution des chorus. L’orchestre d’Ellington en 1966 est composé de musiciens exceptionnels, rien que la section de saxophones peut rendre fou de jalousie tous les big bands du monde (Johnny Hodges, Paul Gonzalves, Harry Carney, Jimmy Hamilton, Russell Procope). Le répertoire va intégrer des classiques de l’orchestre mais aussi des titres plus rarement joués comme Such sweet Thunder. On assiste aussi à la création d’un nouveau morceau : « The Old Circus Train Turn-Around Blues » où un montage habile nous fait passer des répétitions sous le soleil de l’après-midi à la finalisation du morceau lors du concert du soir. Puis changement de décor, nous sommes à St Paul de Vence à la fondation Maeght et Duke Ellington va jouer en trio au milieu des statues de Giacometti et en présence du peintre et sculpteur Joan Miro. C’est une excellente idée de confronter l’art musical d’Ellington à l’art pictural moderne du XX ème siècle, surtout lorsque la réalisation est à la hauteur de l’évènement par son originalité et son audace. Enfin retour à Antibes avec la grande Ella Fitzgerald qui va interpréter trois titres (dont un très émouvant Something To Live For), intégrant son trio à l’orchestre de Duke. On regrette juste que les caméras n’aient pas captés les remarquables I Don’t Mean A Thing, Mac the Knife et Cotton Tail dont le témoignage discographique nous reste encore en mémoire. Après ce sommet, la vision du deuxième DVD nous paraît bien fade et ennuyeuse. Il s’agit des séances studio de l’enregistrement de Duke Big 4 en 1973, où Duke est en compagnie de Joe Pass, Ray Brown et Louie Bellson. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas d’un véritable film finalisé, mais d’une longue série de rushes, en temps réel (une heure trente), filmés par une caméra de reportage qui cherche ses cadrages et effectue la mise au point pendant qu’elle filme. Ce document « brut de décoffrage » arrive très vite au bout de ses limites et l’absence de montage se fait cruellement sentir. En montant ces images, On aurait pu réaliser un intéressant document de 15 ou 20 minutes sur le travail en studio de ces quatre monstres sacrés. C’est dommage et pas très professionnel de la part d’Eagle Vision de nous présenter ce document tel quel, malgré l’évident et poignant témoignage musical qu’il nous restitue.
Lionel Eskenazi

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