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15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 17:28
STEVEN JEZO-VANNIER  ELLA FITZGERALD  Il était une voix en Amérique

STEVEN JEZO-VANNIER

ELLA FITZGERALD

Il était une voix en Amérique

 

LE MOT ET LE RESTE

Musiques (lemotetlereste.com)

 

Steven Jezo-Vannier, spécialiste rock et contre-culture (wixsite.com)

 

C'est l'une des premières biographies en français de la chanteuse Ella Fitzgerald, à coup sûr un événement, même si Alain Lacombe lui avait consacré un livre aux éditions du Limon, en 1988. On va enfin en savoir plus sur cette extraordinaire chanteuse, la Voix du Swing, la Première Dame du Jazz, celle qui parvint “au jazz total” selon Duke Ellington qui lui écrivit un portrait en quatre mouvements dont l’insurpassable “Beyond Category”.

C’est le premier intérêt du nouveau livre de Steve Jezo-Vannier pour  Le Mot et le Reste, l’excellente maison d’édition marseillaise qui a publié tous les écrits de ce passionné de musiques, de rock, de contreculture. Mais pas seulement, puisqu’après une biographie définitive de Frank Sinatra, soulignant la force du mythe, l'auteur s’intéresse à Ella Fitzgerald, l’autre  grande star vocale qui réussit à fabriquer son image, à incarner la musique américaine du XXème siècle.

Frank Sinatra et Ella Fitzgerald ont contribué tous deux à changer le statut des chanteurs de Big Band : arrivés au bon moment, ils ont profité de l’évolution du paysage sonore, de l’arrivée des micros qui créèrent une relation plus intime entre le chanteur et son public.

Steven Jezo-Vannier nous livre une nouvelle biographie précise, extrêmement documentée qui suit la chronologie des enregistrements comme des concerts. Comme la chanteuse s’est produite pendant près de soixante ans, dédiant sa vie à la scène, au rythme de 50 semaines par an, avec un peu plus de 200 albums dont 70 vendus à plusieurs millions d’exemplaires, cela représente une matière considérable à exploiter, un travail d’historien que réussit l’auteur en écrivant un récit passionnant, structuré en deux parties consistantes, la première de 1917 à 1955 et la seconde de 1955 à 1995, après un avant-goût impeccable, En coulisses. On suit Ella  dès ses débuts difficiles : jeune orpheline, elle connut la maison de redressement, fit des fugues, vécut dans la rue avant de connaître ses premiers succès (elle remporte un concours amateur de chant à l’Apollo Theater en 1934). La rencontre qui va changer sa vie est celle du batteur chef d’orchestre Chick Webb, “le petit géant” qui eut l’intelligence de la recruter. S’ensuivit une  ascension et une longévité inégalées dans le monde du jazz! La date charnière dans la vie d’Ella est 1955 : le génial producteur Norman Granz ( l’organisateur dès 1946 des mémorables tournées de Jazz at The Philharmonic ) prit en main sa carrière, créa le label Verve Records pour  enregistrer le Great American Song Book, donnant ainsi une dimension patrimoniale au jazz. En manager avisé, il lui fit enregistrer  le double album consacré à Cole Porter (admiratif de la diction de la chanteuse) et encouragea la collaboration fructueuse avec Louis Armstrong dans Ella & Louis avec Oscar Peterson au piano, puis le célèbre Porgy and Bess d’après Gershwin.

Ella Fitzgerald fut l’une des premières à se produire en Europe : à Berlin, elle donna en 1960 une version d’anthologie de “Mack The Knife” d’après l’Opéra de Quat’ Sous. Avec son producteur, ils réussirent enfin, et ce n’est pas la moindre de leurs contributions, à porter le jazz dans des lieux où il n’avait pas sa place, oeuvrant pour de meilleures conditions en tournées, des cachets plus importants et des contrats exigeant un public mixte.

Ella vivait la musique comme un sacerdoce : très secrète, elle a sacrifié sa vie amoureuse et sa seule famille fut son public. Celle que Pascal Anquetil, dans ses Portraits légendaires du jazz, nomme "l’éternelle jeune fille du swing" n’en resta pas là, sut évoluer constamment avec la musique: du swing, elle passa au bop sous l’influence de Dizzy Gillespie et continua sa vie durant à incarner le jazz, dans toute sa diversité. Elle qui était née en 1917 avec le jazz, a grandi et s‘est épanouie avec lui, en même temps que lui.

Dotée d’une voix exceptionnelle ( trois octaves) qu’elle garda jusqu’au bout, même quand son corps lâchait, elle créa aussi  un art vocal qui épousait la mélodie tout en se libérant du sens des mots, le scat. Elle ne faisait rien qui ne soit très musical, avec une exceptionnelle plasticité, alors qu’elle ne savait pas lire la musique. Toujours avec détermination et joie de vivre. Une “belle personne” solaire et pourtant humble, doutant d’elle même, dévorée par le trac avant les concerts “ J’espère qu’ils vont m’aimer”, répétait-elle.

On peut lire ce livre dans l’ordre, l’histoire d’une vie dédiée à la musique ou revenir sur un chapitre particulier au titre de chanson ( l’une des marques de fabrique de la maison d’édition) qui renvoie à un album précis, un enregistrement, ou un concert d’anthologie.

Saluons une nouvelle réussite pour cet auteur fasciné par son formidable sujet.

 

Sophie Chambon

 

 

 

 

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11 juin 2021 5 11 /06 /juin /2021 21:15

Mikko Innanen (saxophones alto, baryton & sopranino), Cedric Piromalli (orgue), Stefan Pasborg (batterie)

Copenhague, 26-27 février 2020

Clean Feed CF566CD / Orkhêstra

 

Un saxophoniste finlandais, un batteur danois, un pianiste français.... et un label portugais : un cocktail comme en concocte la vie européenne du jazz, avec les rencontres au gré des scènes et des orchestres. Mes activités passées, qui m'on fait bourlinguer dans le jazz du vieux continent, m'ont valu de croiser Mikko Innanen en diverses occasions, notamment son passage dans le European Jazz Youth Orchestra, institution européenne pilotée par le Danemark, et qui fusionnera ensuite avec l'orchestre de jazz de l'Union Européenne de Radiotélévision. J'avais écouté Stefan Pasborg dans des groupes auxquels participait Marc Ducret. Et je me suis maintes fois régalé à l'écoute de Cédric Piromalli pianiste, finaliste en 2002 du Concours International de Piano Jazz Martial Solal ; et encore au sein du groupe Triade, avec Sébastien Boisseau et Nicolas Larmignat, puis en l'invitant plus tard pour un concert solo à Montpellier, et aussi en l'écoutant voici un peu plus de 5 ans en trio avec Daniel Humair et Jérôme Regard. Et j'apprécie vivement l'organiste, entendu avec le trio West Lines ou le quartette Plumes. Autant dire que l'arrivée de ce CD dans mon escarcelle ne pouvait me laisser indifférent.... Le disque commence par un classicisme du meilleur aloi, en rapport avec l'histoire de cette instrumentation. Mais dès la deuxième plage un vent de liberté, voire d'audace, va planer sur le trio. Un lyrisme palpable va se résoudre en échappées multiples de chacun. Une espèce de calypso sera l'occasion de revenir vers le festif, mais le traitement du rythme et de l'improvisation est ici de haut vol. Ces constants va-et-vient entre lyrisme et effervescence se font en toute musicalité, et le disque est plus que recommandable : assez jouissif.

Xavier Prévost

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Courte vidéo d'aguichage sur Youtube 

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 14:18
FABIEN MARY AND THE VINTAGE ORCHESTRA  TOO SHORT

FABIEN MARY AND THE VINTAGE ORCHESTRA

TOO SHORT

LABEL JAZZ & PEOPLE/ DISTRIBUTIN PIAS

 

Fabien Mary – trompettiste / compositeur / arrangeur

 

The Vintage Orchestra:
Erick Poirier, Julien Ecrepont, Fabien Mary, Malo Mazurié : trompette
Dominique Mandin, Olivier Zanot, Thomas Savy, David Sauzay, Jean-François Devèze: saxophone, clarinette, flûte
Michaël Ballue, Michaël Joussein, Jerry Edwards, Martin Berlugue, Didier Havet: trombone
Florent Gac: piano
Yoni Zelnik: double basse
Andrea Michelutti: batterie

 

Le trompettiste Fabien Mary a beaucoup joué dans différents big bands, à Paris (Paris Jazz Big Band, Dal Sasso-Belmondo Big Band, Stan Laferrière Tentet, Gérard Badini Super Swing Machine, Michel Legrand Big Band, François Laudet Big Band). Sans oublier le Vintage Orchestra avec lequel il joue depuis sa création, leur premier disque datant de 2003.

Elle est donc longue l’histoire de Fabien Mary avec The Vintage Orchestra. Il a pu en conséquence concocter du “sur mesure” pour cette rutilante machine!

Après son Left Arm Blues, en octet, en 2018, il passe à la taille au-dessus, celle d’un grand format, accompagné de 16 musiciens : 5 (saxophone, clarinette, flûte), 4 trompettes, 5 trombones, piano, contrebasse, batterie. Le répertoire est de sa composition, dix pièces arrangées par ses soins qui mettent en valeur les cuivres, équilibrent les différents pupitres et c’est Dominique Mandin qui dirige cette formation parisienne.

De la pochette de l’album dans le style des Blue Note de la grande époque aux premiers accents du titre éponyme, “Too Short”, on se croirait revenu à l’époque des grands orchestres, mais pas exactement ceux de Duke ou du Count ou de l’ère swing. Le trompettiste s’est familiarisé avec toute sorte d’arrangeurs différents, et il va voir du côté des grands, comme Gil Evans, Thad Jones ou Bill Holman ( chez Stan Kenton, ou dans son big band), le tromboniste Slide Hampton et le pianiste Duke Pearson. Pour ces deux derniers, Fabien Mary a d’ailleurs composé un hommage, respectivement “One for Slide” et “D.P” ( Song for Duke Pearson).

L’écriture est virtuose, toutes les compositions sont de sa plume, sans le recours aux standards, mais fidèle à la tradition. Le trompettiste sait composer pour des solistes qui se distinguent au coeur des compositions. Et il a le bon goût de rester en retrait.

Peut être que le point commun avec les grands arrangeurs est de considérer l’orchestre comme un instrument et de créer une musique pour musiciens. S’il ne les a pas choisi, il a joué avec les musiciens du Vintage, il sait comment les faire résonner, swinguer, marier timbres et couleurs; tout à fait en mesure d’écrire une musique sur des tempos qu’ils soient capables de jouer, étoffant la complexité de son écriture puisqu’ ils sont en mesure d’improviser! Il cadre très proprement l’ensemble sur CD, qui peut exploser sur scène!

Malgré une grande fluidité, la simplicité n’est qu’apparente. On salue un travail des plus soignés pour des instrumentistes chevronnés, qu’il faut tous citer. Tous font un boulot admirable, mettant leur technique, inscrite dans la tradition, au service d’une grande élégance et générosité! Rendons hommage à l’instigateur de ce projet brillant, fédérateur, qui a travaillé une structure rigoureuse et dense pour aboutir à un jazz effervescent, à flot continu, encore porteur de sens et de vertus formelles!

Sophie Chambon

 


 

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3 juin 2021 4 03 /06 /juin /2021 22:47

Paul Jarret (guitare), Jim Black (batterie), Jozef Dumoulin (piano électrique, synthétiseur basse), Julien Pontvianne (saxophone ténor)

Malakoff, 7-8 mars 2021

Neuklang NCD 4233 / Big Wax Distribution

 

Une impression étrange : des premières mesures assez pop puis, plus ou moins progressivement, l'infiltration douce (ou parfois brutale) de facteurs divergents, sur le plan du son et du rythme. Et si l'on pourrait croire de prime abord à une soumission aux codes ambiants, il faut bien vite se rendre à l'évidence : on est ici en territoire de liberté. Dans la première plage le transit est très échelonné, par touches allusives, comme des ballons d'essai. Et au fil des plages on va entrer de plus en plus vite dans le vif du sujet. Fidèles à leurs réputations de trouble-fête prospectifs, Jim Black et Jozef Dumoulin vont nourrir de leurs effractions, vives ou nuancées selon le cas, le projet artistique et musical de Paul Jarret. Il faut dire que la genèse de cette aventure s'enracine dans le Prix Talents Adami Jazz, attribué en 2019 au guitariste. S'ensuivit la constitution de ce groupe avec des partenaires en vue, choisis non pour la visibilité de leur carrière, mais pour la singularité de leur apport musical. Des concerts, puis ce disque, façonnèrent la consistance du projet. Julien Pontvianne, au saxophone, est à son aise aussi bien dans les textures sonores inusitées (son intérêt pour la musique spectrale y est probablement pour quelque chose) que dans le pur lyrisme propre à son instrument (Ghost Song #2). Quant à Paul Jarret, initiateur du groupe et de la musique, il est constamment présent, mais sans esprit hégémonique : en nuances et attentions de tous les instants, impulsions, allusions, voire retrait. Bref c'est un disque à écouter (et à réécouter) avec toute la disponibilité qu'il requiert. C'est le propre de la très bonne musique.

Xavier Prévost

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Le groupe jouera le samedi 6 juin 2021 à Paris, au New Morning, dans le cadre du Pégazz Festival. Entrée libre, réservation obligatoire, participation libre sur place. Concert également retransmis sur Ad Lib TV. Toutes les infos en suivant le lien ci-dessous

http://www.pegazz.com/pegazz-festival-2021/

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3 juin 2021 4 03 /06 /juin /2021 12:25
RICERCARE        PHILIPPE MOURATOGLOU TRIO

PHILIPPE MOURATOGLOU TRIO RICERCARE

Visions fugitives

www.visionfugitive.fr

 

VISION FUGITIVE - Catalogue

www.philippe-mouratoglou.com/fr

Philippe Mouratoglou doit rêver ses disques et il parvient à les réaliser avec le soutien de Vision Fugitive, un label exigeant jusqu’à la conception du livret (excellentes notes de Pascal Rozat, peintures d’Emmanuel Guibert ). Et un trio qui fonctionne à l’intuition, recherchant formes et couleurs sonores, comme le ferait un peintre dans son atelier. Emmanuel Guibert qui suit le façonnage toujours soigné des albums du label, se concentre cette fois sur Varengeville, sur la côte d’albâtre, en Normandie, où Georges Braque installa son dernier atelier, attirant tous ses copains peintres, fascinés par la lumière marine, les bocages et valleuses herbues.

Après Universolitude (Eluard), le deuxième album de ce trio inclassable qui brouille les repères, Ricercare, est bien nommé. Ricercare, c’est “rechercher” et nous voilà à pied d’oeuvre avec cette fine dentelle sonore qui éveille l’imagination, entraîne des visions comme dans l’inaugural “Cherokee”, titre qui pourrait nous balader. Il ne s’agit point du standard de Ray Noble mais d’une référence à Joni Mitchell, la dame de Laurel Canyon et d’un emprunt à l’un de ses “open tunings”, accordages ouverts, qui facilitent la tâche, en jouant sans la main gauche des accords majeurs ou mineurs. Philippe Mouratoglou aime aussi perdre ses repères digitaux, se lancer sans réfléchir, dit-il, abandonner les plans et autres réflexes guitaristiques, se laisser porter par ce qui advient, la musique du hasard. La scène s’ouvre à un lieu d’expériences, ces accidents somme toute heureux, car le hasard aussi a son mot à dire. Le guitariste n’a peur de rien mais il peut se le permettre, il joue avec une telle dextérité, et de tous ses doigts, ça lui réussit!

Les guitares folk à cordes en métal induisent de longues résonances et une étrange familiarité, l’instrument recrée les images du genre, avant de les contourner, tout en restant dans une même perspective. Philippe Mouratoglou ne tombe jamais dans le piège attendu du lyrique quand il en a toutes possibilités.  On va ainsi de surprise en surprise avec l'envoûtant “Bleu Sahara” et  ce “Shamisen” joué au mediator, qui attaque fort, avec un son loin du luth japonais du titre. Le guitariste qui fréquente plutôt les classiques, aussi à l’aise dans le baroque que le contemporain, pourrait se voir associé à d’autres styles, inclassable guitar hero, à qui il ne manque que l’électrique.

Les compositions ont des titres inspirés de poèmes, le guitariste ayant saisi la leçon des “correspondances”, tentant avec succès d' habiller sa musique. Sur les dix titres, on compte une reprise du thème magnifique de Jimmy Rowles “The Peacocks”, ce “Ricercare” XXXVIII d’un luthiste du XVIème qui ne trompe pas sur sa provenance baroque. “Inventions sur Curumim” est plus intrigant: librement inspiré de Curumim, cette chanson brésilienne est transformée au point de ne pas en déceler l’origine, à la première écoute.

Venons-en aux indispensables complices, les partenaires de cet hydre à trois têtes, trio à l’instrumentation peu classique ( guitares acoustiques, contrebasse, batterie). Ils poussent toujours plus loin les compositions, apportant  leurs nuances coloristes dans une texture soyeuse qui enchaîne climats d’une grande douceur et atmosphères plus engagées. 

Ramon Lopez, maître du rythme est souvent plus affairé à peindre sa toile sonore, projetant une pluie de sons, myriades de gouttes sonores sur  la mélodie de Mouratoglou. La contrebasse structurante de Bruno Chevillon, toujours impeccable, ajoute le raffinement d’autres cordes en action. La rythmique joue à une improvisation complice, brossant tout un arrière-pays dans une tonalité sourde qui traduit une émotion souvent contenue. Et quelle réussite que ces deux duos en miroir, l’un avec Bruno Chevillon qui travaille l’archet dans “Capricornes” et l’autre avec Ramon Lopez, dans cet improbable “Shamisen”.

Ce trio singulièrement attrayant fait le pont entre des musiques a priori inconciliables, en montre au contraire les affinités, propose toute une galerie d'expressions. Avec la souplesse d’une musique qui n’est jamais mieux servie que quand elle est jouée avec douceur.

 

Sophie Chambon

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3 juin 2021 4 03 /06 /juin /2021 09:39

Propos recueillis par Jean-Louis Lemarchand.


Quatre ans après leur première rencontre discographique (Riddles), les pianistes Ray Lema et Laurent de Wilde confirment de belle manière leur complicité (Wheels). Un album plein de sève et de sensibilité. Sur deux Steinways, ils proposent un répertoire de leur cru (6 compositions communes et 2 signées de Wilde) qui balaie un large univers, l’Afrique natale de Ray, l’Europe et les Etats-Unis chers à Laurent et une incursion sur les terres cubaines. Dans un entretien pour les DNJ, Laurent de Wilde met l’accent sur cette « complémentarité des savoirs » qui donne naissance à « une musique complète »

 

 

Les DNJ : Comment trouver un terrain d'entente et d'écoute quand on vient de deux univers différents ?
Laurent de Wilde : Il faut d’abord du respect, de l’admiration. Et Dieu sait si j’en ai pour Ray, incroyable aventurier de l’expérience musicale. Guitariste, chanteur, maître percussionniste, son regard porte loin et va jusqu’aux aux sources de ce qui nous fait vibrer. Et puis aussi de la curiosité ! Je ne me lasse pas d’apprendre avec lui tout ce qui sous-tend son jeu, comment il fait tenir la musique sous ses doigts d’une façon si différente de la mienne ! Composer avec lui est un apprentissage permanent : comment fait-il tourner cette rythmique ? où place-t-il ses accents ? sur quelle architecture sous-jacente fait-il reposer son jeu ? Je le bombarde de questions et il fait de même avec moi, et chaque réponse nous rapproche un peu plus.

 


-DNJ : Quelle est la répartition des rôles dans cet exercice ?
LDW : Nous concevons notre musique comme une danse. Y a-t-il un rôle assigné dans notre couple de danseurs ? Je ne pense pas. Notre but est de nous fondre l’un dans l’autre et non de briller chacun au détriment de son partenaire. La beauté de la danse se construit à deux, si l’un soutient et que l’autre s’envole, les rôles peuvent s’inverser en quelques secondes. Ray possède une maturité rythmique qui m’impressionne particulièrement et mes années de jazz  m’ont permis d’aller plus loin dans l’harmonie, mais c’est justement cette complémentarité des savoirs qui nous permet de créer une musique complète. Chacun offre donc à l’autre les conseils et les connaissances qui lui permettent de parler la même langue.

 


-DNJ : Quelles sont les clés d'un partage équitable entre deux instrumentistes ?
LDW : La discussion ! Nous parlons beaucoup avec Ray de l’équilibre à trouver dans notre duo. Dès que l’un se sent un peu sur la touche, pas dans la danse, il en parle et nous essayons de trouver un moyen d’y remédier….

 

 

-DNJ : En quatre ans, quels changements sont intervenus dans votre coopération ?
LDW : Notre premier enregistrement s’est passé très vite… on ne se connaissait pas aussi bien que maintenant, chacun a mis sur la table ce qui lui était propre et nous avons essayé d’équilibrer notre rencontre au mieux. Et puis il y eut quatre ans de tournées, de discussions, de découvertes… Progressivement, chacun a assimilé dans son jeu celui de l’autre, pour développer une sorte de télépathie essentielle dans un projet comme celui-ci. Je dirais par conséquent que si notre premier enregistrement était une rencontre, celui-ci est une fusion !


Ray Lema-Laurent de Wilde, ‘’Wheels’’.
Gazebo Studios, Paris, novembre 2020.
Gazebo/One Drop/L’autre distribution. Sortie le 28 mai.
En concert les 15 et 16 juin au Sunset (75001).

 

 

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1 juin 2021 2 01 /06 /juin /2021 18:46

Dave Holland (contrebasse, guitare basse), Kevin Eubanks (guitare), Obed Calvaire (batterie)

New York, 10-11 septembre 2020

Editions Records EDN 1172 / UVM Distribution

 

Un autre pays ? Un autre territoire ? Ou un retour aux multiples sources ? Probablement tout à la fois. Le bassiste britannique né dans les Midlands, et immortalisé par le jazz U.S., a parcouru tous les territoires, d'Evan Parker à Miles Davis et Stan Getz en passant par Anthony Braxton, Sam Rivers et Steve Coleman. Il n'a pas oublié son goût pour le trio, dans cette instrumentation. Ce fut naguère avec John Abercrombie et Jack DeJohnette, puis avec Pat Metheny et Roy Haynes, et c'est aujourd'hui un nouveau groupe du même format. Kevin Eubanks était déjà son compagnon de route en quartette, à la fin des années 80, et Obed Calavaire a rejoint ce trio voici 4 ou 5 ans. La musique est d'une diversité confondante : blues, ballades aux mélodies subtiles, funk, improvisations débridées : tous trois sont parfaits, de bout en bout, avec une joie de jouer perceptible, et de très beaux dialogues entre le bassiste et ses deux partenaires (Passing Time, la plage 7....). Une totale réussite, et pour nous un absolu bonheur d'écoute.

Xavier Prévost

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Un avant-ouïr sur Youtube 

Bonne nouvelle : Dave Holland jouera en duo avec John Scofield le 6 novembre prochain à Paris, Maison de la Radio, pour un concert 'Jazz sur leVif'

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31 mai 2021 1 31 /05 /mai /2021 10:35
DMITRY BAEVSKY  SOUNDTRACK

DMITRY BAEVSKY

SOUNDTRACK

Jeb Patton( p) David Wong (cb)Pete Van Nostrand (dms),

Fresh Sound New Talent

Dmitry Baevsky

Dmitry Baevsky SOUNDTRACK (album trailer) - YouTube

 

SOUNDTRACK 

Dernier projet du saxophoniste russe Dmitry Baevsky, son neuvième album est une confession qui décline 13 titres enregistrés dans le New Jersey fin 2019, avec des musiciens du sérail. Seulement deux originaux se glissent  au sein d’une sélection de standards, des valeurs sûres. La musique s’écoute sans mots mais notre altiste se livre avec pudeur dans le livret et c’est bien. Car cette lecture est absolument indispensable pour comprendre le parcours compliqué, la drôle de vie d’un jeune musicien de 19 ans, obligé d’abandonner son saxophone à l’aéroport de sa ville natale, Leningrad, alors qu’il s’envolait pour deux semaines de stage aux Etats Unis. Il y restera plus de vingt ans pour apprendre le jazz, en assimiler les codes et en faire sa langue. Il quittera cependant ce pays où il s’était fait un nom sur la scène new yorkaise, pour Paris, repartant une fois encore à zéro : une nouvelle terre d’accueil, une plongée dans une culture et une langue différentes. Courageux sans doute mais cela en valait la peine, puisqu’ il y a enfin trouvé son point d’ancrage, il y a cinq ans, en fondant une famille….

Avec cet arrière-plan, on suit le montage de l’album selon une liste de titres, qui ne sont pas dus au hasard, qui nous baladent à travers des formes musicales, volontairement ouvertes: après une chanson populaire russe de son enfance, en ouverture et l'une de ses compositions, “Baltiskaya” du nom de la station de métro proche de chez lui, on suit ses petits cailloux qui ont pour nom “Invisible”, “Autumn in New York”, “Stranger in Paradise”, “Tranquility”, “Afternoon in Paris”. Ce sont de petites pièces, choisies et assemblées pour composer un portrait fragmenté, en puzzle. Pas de faux-pas, avec même quelques titres étonnants, des standards qui n’en sont pas vraiment, puisque peu joués, comme “Le coiffeur” de Dexter Gordon. Faisant remonter une vague de souvenirs qui aurait aussi bien pu le submerger, il essaie de leur donner forme dans une déclaration d’amour au jazz américain, à New York, à Paris. Son style est affirmé, solidement ancré dans le mainstream, son timbre d’alto, chaud, profond. Attaché à la clarté des lignes qui peuvent masquer une complexité formelle, Il se sert de la musique comme d’un langage accessible à tous, soutenu par une grande complicité avec les membres de son quartet, une rythmique impeccable qui swingue avec finesse. L’accord est parfait avec son alter ego au piano, Jeb Patton : avec lui, la compréhension est immédiate, ils attaquent sur n’importe quel tempo, à l’aise dans un bop techniquement vif “Over and Out”, ralentissent voluptueusement dans les ballades (“Autumn in New York”), sont délicieusement funky dans “The Jody Grind” du grand Horace Silver. Dmitry Baevsky a le chic de conclure sur "Afternoon in Paris" en trio sans piano, par amour de la formule. Un sans faute!

 

Sophie Chambon

 

 

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28 mai 2021 5 28 /05 /mai /2021 21:28

Bernard Lubat (piano, voix), Gérard Assayag (ordinateur, logiciel Omax & Smax), Marc Chemillier (ordinateur, logiciel Djazz)

Textes de Bernard Lubat, George Lewis, Marc Chemiilier & Gérard Assayag

New York, Strasbourg, Uzeste, Lille, Philadelphie, 2005-2020)

Livre-CD Phonofaune, édition bilingue français-anglais

 

Un CD avec des sessions de Bernard Lubat travaillées en direct ou a posteriori par les logiciels de Gérard Assayag (IRCAM -Institut de recherche et coordination acoustique/musique) et Marc Chemillier (EHESS-École des hautes études en sciences sociales). Et des textes des trois, ainsi que de George Lewis, pionnier du traitement en temps réel de l'improvisation au tout début des années 80. Les amateurs de jazz se souviennent des performances de George Lewis au premier Dunois, l'historique, celui de la rue Dunois. Des camarades formés au GRM (le Groupe de Recherche Musicale de la RTF, puis de l'ORTF, puis de l'INA....), et qui taquinaient la synthèse numérique à coup de DX 7 naissant et d'Apple II C archaïque, trouvaient à l'époque son approche balbutiante, sans prendre peut-être la mesure des perspectives qui s'ouvriraient dans le traitement informatique de l'improvisation.

La musique procède de toutes les métamorphoses de l'improvisation selon Bernard Lubat (et en matière de métamorphose, il en connaît un sacré rayon....). On y trouve des miniatures issues des solos en concert, ou sur le disque «Improvision», retravaillées ensuite par les deux sorciers du logiciel, et des performances de concert avec traitement en direct.

Le livre-disque est sous-titré 'cyber improvisations'. Les textes parlent de cocréation, d'intelligence artificielle, et ceux de Bernard Lubat font jaillir cette créativité lexicale qui n'appartient qu'à lui.... On y trouve aussi le verbatim d'un séminaire de 2006. Bref, c'est d'une richesse de musique et de pensée qui ne laissera pas indifférent.e.s 'celles et ceux' (comme disent les politiciens en surchauffe démagogique) pour qui la musique et l'improvisation sont une préoccupation prioritaire.

Xavier Prévost

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25 mai 2021 2 25 /05 /mai /2021 18:24

La pandémie a empêché cette année la tenue d'une cérémonie publique pour la remise des tous les Grands Prix de l'Académie. Le 5 février dernier, les Coups de cœur Jazz, Blues & Soul, et les Prix in honorem, avaient été annoncés sur France Musique dans l'émission 'Open Jazz' d'Alex Dutilh.

http://www.charlescros.org/Selection-Jazz-Blues-Soul-2020

Et comme chaque année les Grands Prix ont été choisis parmi ces Coups de cœur. Ils ont été proclamé ce mardi 25 mai 2021 dans l'émissions 'Open Jazz' d'Alex Dutilh

https://www.francemusique.fr/jazz/jazz-culture-palmares-de-l-academie-charles-cros-jazz-blues-soul-2020-95999

 

Le Grand Prix Jazz 2020 a été décerné au disque

«Abrazo» (ACT / PIAS)

de VINCENT PEIRANI & ÉMILE PARISIEN

ont participé au vote Jazz

Philippe Carles, Alex Dutilh, Arnaud Merlin, Nathalie Piolé, Xavier Prévost, Jean-Michel Proust, Daniel Yvinek

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Le Grand Prix Blues & Soul a été décerné au disque

«Have You Lost Your Mind Yet ?» (Cooking Vinyl)

de FANTASTIC NEGRITO

Ont participé au vote Blues & Soul

Joe Farmer, Stéphane Koechlin, Jacques Périn, Jean-Michel Proust et Nicolas Teurnier.

 

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